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VOYAGES
A PEKING, MANILLE
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L'ILE DE FRANCE, '
FAITS
Dans l'intervalle des années 1784. a iSoi,
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.Vs.-b: -i'^ - \^ - V >U- 0\^> -
JV *rw*f J Paris,
Chez MM. Treuttel et VOrtz, Libraires, rue
de Lille, n.° 17.
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0>c G oo
VOYAGES
A PEKING, MANILLE
ET
L'ÎLE DE FRANCE,
»
FAITS
Dans rintervaîle des années 1784 à 1801 ,
Par M. DE GUIGNES,
Résident de France à la Chine, attaché au Ministère
des Relations extérieures , Correspondant de la
première et de la troisième Classe de V Institut.
TOME SECOND.
À PARIS,
DE L'IMPRIMERIE IMPÉRIALE.
M. DCCC. VIII.
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RETOUR DE PEKING,
JJ FÉVRIER 17 9 S*
T EMPS clair et doux, avec des vents d'est.
M. Raux vint le matin nous prévenir que les
mandarins vouloient que les missionnaires se char-
geassent de raccommoder la pendule qui étoit
brisée *, mais que Payant refusé , vu qu'ils n'avoient
personne en état de le faire , on devoit l'envoyer;
à Quan ton pour Ja réparer.
Vers les trois heures, une partie de notre monde
étant déjà en route , ainsi que tout le bagage ,
M. Raux revint à la maison , où se trouvoient
pour lors les mandarins de Peking avec ceux de
Quanton : ces derniers vouloient absolument nous
faire monter en charrettes, et se refusoient à nous
donner des chevaux , prétendant que cela ne se
pouvoit pas , parce que telle étoit la volonté de
l'empereur; d'après leur obstination, nous deman-
dâmes des petites voitures pour nous rendre jus-
qu'à la porte de Peking; et Al. Raux leur ayant
observé qu'ils ne dévoient pas s'arrêter à de pa-
reilles bagatelles , ils ordonnèrent à leurs valets
d'en aller chercher ; mais ceux-ci amenèrent des
TOME II. A
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RETOUR
chevaux au lieu de voitures : on peut juger , d'après
cela , combien ces gens-là sont menteurs.
L'ambassadeur et M. Vanbraam partirent à
quatre heures dans des petites voitures ; pour nous ,
après avoir pris congé de M. Raux, et nous être
séparés pour toujours , nous fîmes selter nos che-
vaux , non sans peine , car lorsqu'ils nous aper-
cevoient , ils avoient une peur effroyable.
Pendant ce temps , les Chinois dévafisoient la
maison ; on auroit dit qu'elle étoit au pillage , et
dans un instant il ne resta pas la moindre chose.
Lorsque je voulus monter à cheval, cela me fut
impossible , l'animal étoit trop effrayé ; un domes-
tique Chinois ayant voulu s'en approcher 9 il fut
)eté par terre : j'entrai alors dans la voiture de
notre second mandarin , et nous commençâmes
notre route : elle fut la même que la première fois ,
jusqu'à la porte extérieure du palais. Les murs de
Fenceinte sont peints en rouge , et médiocrement
élevés; nous les suivîmes pendant quelque temps ,
et après avoir passé par des petites et mauvaises
rues de traverse , nous rentrâmes dans la grande
rue qui conduit à la porte de la ville Tartare.
Entrés dans la ville Chinoise , le cocher prit sur
la droite et nous fit traverser dans la campagne >
entre des maisons éparses , et au milieu de fon-
drières: le terrain étant sec et sablonneux, la pous-
sière étoil très -forte; mais le mandarin Tartare,
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de peking; 3
qui se tcnoit assis devant moi, n'en paroissoit nul*
îement incommodé : il prit une bouteille d'eau-de-
rie qu'il avoit mise par précaution dans la voiture,
en avala une bonne gorgée après m'en avoir offert,
et la donna ensuite au cocher , qui fit de même et
la porta à deux personnes de l'ambassade qui nous
fiuivoient à cheval. Nous cheminâmes assez long-
temps dans ce détestable chemin : enfin , ayant
passé devant une pagode, nous nous trouvâmes
dans Ja grande rue auprès de la porte occidentale
de Peking, la même par laquelle nous étions entrés
la première fois. Ici je montai à cheval , et, accom-
pagné d'un guide , je rejoignis bientôt l'ambas-
sadeur et M. Vanbraam, qui étoient en palanquin.
Nous ne vîmes rien cf extraordinaire dans Pee-
ling : nous rencontrâmes plusieurs femmes , les
unes à pied et les autres en charrettes ; plusieurs
de ces femmes étoient habillées d'étoffes blanches.
En sortant de la ville Tartare , on voit auprès
de la porte, et près des murailles, la maison des
missionnaires Portugais , distinguée par une croix
élevée sur le frontispice de leur église.
La poussière étoit moins considérable dans fes
rues de Peking , que lorsque nous y passâmes la
première fois ; il est vrai qu'il s'y trou voit infini-
ment moins de monde qu'alors.
Le chemin , à la sortie de Peking , est pavé ;
%u rencontre d'espace en espace, des auberges et
Aa
4 RETOUR
de petits villages ; la campagne est unie avec de*
arbres répandus çà et la. Bientôt nous atteignîmes
Tare de triomphe qui est à quinze ly de Peking ;
il regarde l'ouest : nous traversâmes ensuite , à la
nuit, la ville de Fey-ching-hien , et à huit heures
nous descendîmes au bourg de Tchang-tsin-tien ,
dans une auberge qualifiée du titre de Kong-kouan ,
où nous trouvâmes un souper aussi détestable que
la maison ; mais , grâces aux soins de nos domes-
tiques, qui avoient eu la précaution de faire char-
ger nos lits sur leurs charrettes , nous n'eûmes pas
le désagrément de dormir sur des planches.
[ 16.] En quittant le bourg, le chemin est uni
et garni d'arbres ; nous vîmes un homme mort
étendu par terre , auprès d'un village ; il parois-
soit être depuis quelque temps dans cet endroit.
Descendus dans notre Kong-kouan , à Leang-
hiang-hien , nous y restâmes jusqu'à ce que nous
eussions obtenu de bons chevaux pour continuer
Ja route.
En quittant la ville, le chemin continue d'être uni
et bordé d'arbres ; mais il étoit tellement rempli de
poussière , que les gens de pied , pour Féviter , tra-
versèrent dans la campagne , tandis que les voi-
lures suivirent une longue chaussée pavée , qui
n'est remarquable que par un petit pavillon cons,-
truit à son extrémité , et dans lequel on aperçoit
un peut monument en pierre noire.
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de peking: 5
On trouve peu après , à l'entrée d'un bônrg ,
un pont assez long, large d'environ quinze à vingt
pieds : la rivière étoit gelée.
Vers les quatre heures et demie le temps se cou-
vrit extrêmement dans la partie du nord, et toutan-
nonçoit un orage ; mais au lieu de pluie nous fûmes
couverts en un instant d'une quantité prodigieuse
de poussière chassée par un vent violent et très-
froid ; le soleil en fut obscurci , et nous restâmes'
quelque temps sans pouvoir rien distinguer. Les
Chinois qui voyagent dans cette province , portent ,
pour se préserver les yeux , des verres de lunettes
entourés de cuir , et qui s'attachent par derrière'
la tête ; n'ayant pas eu cette précaution , la pous-
sière nous incommoda beaucoup , et nous em-
pêcha de considérer à notre aise un pont trèsrlong
et très-bien tait sur lequel nous étions.
Ce pont a six cents pieds de long ; il est pavé de
grandes pierres , et garni d'un parapet de marbre
blanc bien travaillé , et orné , dans divers endroits ,
de figures d'éléphans également de marbre et bien
exécutées. Sur une île qui se trouve au milieu de
2a rivière, il y a une chaussée qui divise le pont
en deux , et sur laquelle on a construit un pavillon :
on en voit un pareil à la sortie, et à peu de dis-
tance un édifice considérable , soutenu par de gros
piliers de bois peint en rouge , dont l'entrée est
décorée par deux tigres de bronze. Près de là on,
A3
4 RETOUR
trouve un arc de triomphe, des pavillons à moitié*
ruinés , et des tortues de pierre portant des mo-
numens sur le dos.
Il n'y avoit pas de pont autrefois dans cet en-
droit ; i! n'a été construit qu'après la mort d'un
nommé Ouang-yn : cet homme étoit si fort , que
pour faire avancer son bateau , il se servoit d'une
grosse barre de fer que l'on montre encore dressée
contre les parois du pont. Nous n'entrâmes point
dans la ville de Tso-tcheou : nous restâmes dans le
faubourg ; on nous donna une maison assez bonne
et d'une grandeur moyenne : mais dont une partie
étoit occupée par une femme qui voyageoit, et que
nous ne pûmes voir , par le soin qu'elle prit de
faire fermer toutes les portes. Je trouvai dans cette
auberge , sur les murs de la chambre où nous
couchâmes , une inscription en arabe que je copiai :
plusieurs personnes à qui je Fai montrée, n'ont pu
m'en donner l'explication ; elles croient qu'elle ne
contient que des noms de particuliers.
Uj ^ ç>l cio ^CL»jj> <jLS
[ 17. ] Partis par un temps clair et avec un
vent de nord , nous traversâmes la ville , qui n'of-
frit à nos yeux que de chétives maisons , et nous
nous arrêtâmes dans le faubourg de la ville de
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DE PEKIKG. 7
Suvtching-hien. La campagne est unie, et ké che-
mins étoient pleins de poussière. On rencontre dé
remps en temps de» petits ponts et des pagodes ,
dont fe plus grand nombre est dans uri état misé-
rable. La ville de Sin-tching-hien n'a rien quf
mérite attention , et fa seule chose remarquable
étoit la pagode oi nous logeâmes , ét dans la-
quelle nous nous étions arrêtés en venant. L'idole"
Rappelle Chin-nottg; elle est habillée comme les
anciens rois , et est entourée des deux côtés de 1
guerriers et de génies qui fonr des offrandes ;
on voit par derrière une grotte factice remplie de
diables et de divers autres personnages. Nous
couchâmes dans cette ville , dont fe nom , qui veut
dire ville aux murailles neuves, ne répond pas à- ce
qu'elfe est en effet, puisque les murailles qui Fen~
tourent sont en partie tombées.
[18.] Nous passâmes dan» notre route a travers
plusieurs villages , dont les? maisons presque plates
et bâtiesen terre , présentoiem le plus triste aspect;
Le terrain , dans la campagne , ressemble à de-
la cendre ; la poussière qui s'en élève forme sou-
vent en l'air des espèces de trombes , que lé vent
promène suivant sa direction! Les chemins sont
bordés d'arbres , et de distance en distance on ren-
contre des corps-de-garde , mais fa plupart tombent
en ruine.
Arrivés a la ville cte Hîong-hien , nous ne vîmes,
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S RETOUR
en ïa traversant , qu'une pagode , deux arcs de
triomphe , quelques pauvres maisons , des jardins
et des terrains abandonnés. Le second faubourg ,
dans lequel nous restâmes , est beaucoup mieux
bâti.
[19.] Peu de temps après avoir quitté cet
endroit , nous nous trouvâmes au milieu d'un
terrain marécageux , sur lequel les Chinois ont
construit une chaussée d'environ cinq cents toises
de longueur, et dont les différentes parties com-
muniquent entre elles par de petits ponts. Quoi-
que ce chemin eût été raccommodé nouvellement
avec de la terre et des planches , il y restoit encore
un grand nombre de trous ; ce qui le rendoit fort
dangereux pour les chevaux. Ii y a au milieu de
cette chaussée un très-petit village avec un arc de*
triomphe.
Après avoir dîné à Jin-kieou-hien , nous conti-
nuâmes notre route par un beau chemin planté
d'arbres et dans une campagne unie, variée de
temps en temps par des tombeaux.
La poussière étoit moins forte que précédem-
ment ; mais , en générai , l'aspect du pays est mi-
sérable. Les villages sont pauvres et en mauvais
état ; les pagodes sont ruinées , et les dieux ex-
posés aux injures de l'air. On voit presque toujours
à Fentrée de ces temples des figures d'hommes
et de chevaux ; elles sont en terre et peintes de
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DE PEKING. p
diverses couleurs : à peu de distance on trouve
des cfoches qui reposent à terre, et qui parois sent
abandonnées.
[20.] Nous arrivâmes de bonne heure à Hao-
kien-fou. En entrant dans la ville , et sur Tespia-
nade qui est entre les deux portes, nous trouvâmes '
sur un massif de pierre cinq petits canons de fer
d'environ trois pieds de long. Ces canons étoient
simplement posés sur le massif, et ii n'y avoit rien
pour les fixer lorsqu'on les tire. Les murailles et
une pagode qu'on laisse sur la gauche après avoir
dépassé la porte , sont à moitié détruites.
En nous rendant chez ie mandarin , nous vîmes
de grands espaces entièrement vides , des maisons
de peu d'apparence ; et , excepté une seule rue
garnie de boutiques fort propres et bien dispo-
sées, nous n'aperçûmes rien de remarquable.
Arrivés chez le mandarin , on nous donna un
guide pour nous conduire dans la maison où nous
devions dîner avant d'aller a la comédie. Personne
ne setant présenté pour accompagner l'ambassa-
deur , lorsqu'on vint le prévenir que le spectacle
alfoit commencer , il partit avec M. Vanbraam en
palanquin : nous montâmes ensuite à cheval, mais
comme celui que j'avois étoit boiteux , je restai le
dernier, et le peuple me jeta des pierres en criant
beaucoup après moi.
L'ambassadeur et M. Vanbraam firent le salut
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IO RETOUR
devant fe nom de Fempereur , et assistèrent à la
comédie; les mandarins leur firent servir des rafraî-
chissemens , et leur donnèrent des présens consis-
tant en soieries.
Nous n'assistâmes point à la cérémonie, car à
notre arrivée les Chinois nous ayant placés à l'écart ,
avec des domestiques , nous partîmes et nous par-
vînmes bientôt à la porte de la ville en suivant
une rue remplie de poussière et garnie de chétives
maisons. Le chemin en dehors est beau et bordé
d'arbres. Nous passâmes plusieurs villages et un
pont bâti sur une petite rivière qui étoit pour lors
gelée : les corps-de-garde et les pagodes sont tou-
jours dans un état pitoyable ; enfin , dans toute
notre route nous ne vîmes rien de remarquable
avant d'être auprès des murailles de Yen-hien. Je
traversai cette ville à pied, car mon cheval n'ayant
plus la force de marcher , j'avois été forcé de l'aban-
donner avant d'y arriver : ces animaux étant mal
nourris , ne peuvent supporter une longue course.
Le Kong-Rouan dans lequel on nous conduisit
au sortir de fa ville, étoit misérable ; mais ayant
aperçu en passant dans Yen - bien une maison
garnie de banderoles , nous nous y fîmes conduire.
Quelle fut notre surprise d'y trouver les gens de
notre premier mandarin , disposant tout pour re-
cevoir leur maître ! nous les chassâmes et nous
nous installâmes dans ce nouveau Kong-kouan >
■
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DE PEKINC: î I
beaucoup meilleur que celui qu'on nous avoit des-
vné; ce qui fait voir que les Chinois ne s'oublient
pas , et commencent toujours par eux lorsqu'on les
laisse faire.
[21.] Nous arrivâmes à onze heures a Fou-
tchan-y : les portes qui sont à l'entrée et à la sortie
de ce bourg , sont presque détruites , et en aussi
mauvais état que les maisons. Enfin , il n'y a rien
de remarquable en ce lieu , qu'un pont fort an-
cien , de quatre arches avec trois plus petites entre
les piles : ce pont est pavé de pierres , et bordé
de parapets ; mais tout l'ouvrage est sur le point
de s'écrouler.
La campagne est toujours unie ; les maisons
des vi//ages, toutes assez misérables, sont basses ,
arrondies , ou presque plates ; les pagodes ne va-
lent pas mieux que les demeures des particuliers ,
et sont en grande partie très-délabrées. Descendus
dans notre Kong-kouan, en dehors de Fou-tching-
hien , nous allâmes voir les murailles de cette ville,
qui sont à-peu-près tombées. En général, les envi-
rons offrent un coup d'oeil triste , et Ton ne voit
que des ruines.
M. Vanbraam parvint à se procurer un semoir
Chinois ; cette machine est composée d'une espèce
de trémie , au fond de laquelle il y a deux petits
canaux qui conduisent le grain à chacun dès deux
pieds , dont l'extrémité est armée d'un petit socle.
12 RETOUR
Le grain s'échappe a mesure que ïa machine ouvre
la terre. Deux Chinois conduisent ce semoir , qui
ne peut convenir que dans une terre très -légère
(n: 43).
Les corps-de-garde de cette province sont assez
rapprochés; ils consistent dans une maison, une
écurie et une espèce de tour carrée sur laquelle
il y a un petit pavillon. Deux ou trois soldats ha-
bitent ces corps -de -garde, qui sont presque tous
délabrés , ce qui doit surprendre quand on pense
qu'ils sont peu éloignés de la capitale.
[22.] Après avoir traversé quelques pauvres
villages , et suivi un chemin un peu plus pou-
dreux qu'à l'ordinaire , nous arrivâmes à la ville
de Kin-tcheou , où nous ne vîmes de curieux que
trois arcs de triomphe, une pagode a trois étages,
et une tour fort ancienne , qui en a onze avec un
comble entouré de cercles de fer.
La campagne après la ville continue d'être plate ,
a v ec des villages de distance en distance. La terre
est argileuse et grise ; la poussière fut moins con-
sidérable que le matin : les chemins bordés d'arbres
ofTroient un beau coup d'oeil. Comme ils font quel-
quefois des coudes assez considérables, nous nous
imaginâmes de suivre un sentier a travers la cam-
pagne ; et Dieu sait où il nous auroit conduits, si
un petit Chinois n'eût couru après nous à toute
bride : nous rîmes beaucoup en le voyant venir ; se&
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DE PEKING. 13
bras et ses jambes alloient comme les ailes d'un mou-
lin ; il arriva tout essoufflé , et nous reprîmes avec
lui fa vraie route. Après quelque temps nous vîmes
ie Yun - ho , ou canal impérial , sur lequel il y
avoit beaucoup de bateaux. Enfin , après avoir
suivi un chemin creux, nous entrâmes dans le fau-
bourg de la ville de Te-tcheou , première place de
la province du Chan-tqng. Les boutiques étoient
pour la plupart garnies de chapeaux, et ne présen-
taient rien d'extraordinaire.
L'ambassadeur fut reçu ici en cérémonie. Les
soldats se tinrent rangés en ligne à l'entrée de la
ville ; ils battirent sur un Lo ou bassin de cuivre ,
tirèrent des boîtes lors de son passage, et le gou-
verneur de /a ville vint le visiter dès le moment
qu'il sut son arrivée.
[2 3 .] L'ambassadeur alla seul avec M. Vanbraam
chez le mandarin ; car nous étant trompés de che-
min, nous n'arrivâmes que quelque temps après.
La première cour est spacieuse , et fermée par trois
portes; la seconde est plus petite, et entourée de
bâtiraens. Cétoit dans cette dernière qu'on avoit
dressé la salle de la comédie ; elle étoit fort bien
disposée et ornée de rubans de couleur plissés de
différentes manières.
L'ambassadeur et M. Vanbraam se trouvoient
en face dans une grande salle ouverte , assis sur
des coussins , ayant vis-à-vis d'eux les _ mandarins
\{ RETOUR
du lieu et les nôtres. Étant allés ies rejoindre , !e
lingua Chinois vînt nous dire de nous retirer ,
donnant pour raison que le spectacle se donnoit
seulement pour Fambassadeur , d'après les ordres
de l'empereur : voyant que M. Vanbraam enten-
doit très-bien ce que le Chinois nous disoit, et
qu'il gardoit un profond silence , nous pensâmes ,
mon compagnon et moi , qu'il étoit plus prudent
de sortir , ce que nous fîmes après avoir consi-
déré un instant la disposition de la salle et de la
comédie.
La ville est assez peuplée ; les rues sont gar-
nies de boutiques , mais de peu de valeur : nous
étions à peine en dehors des portes , que nous
vîmes venir Fambassadeur, précédé par des Chi-
nois frappant sur des bassins de cuivre , et par
deux mandarins avec des soldats. Le faubourg est
long ; nous trouvâmes en dehors deux rangées de
soldats , dont un tira des boîtes lorsque M. Titzing
vint à passer : un mandarin du Chan-tong Fes-
corta tout le temps qu'il fut dans cette province.
En quittant Te-tcheou , on trouvé une tour de neuf
étages. Dans cet endroit nous prîmes une autre
route dans la direction de l'est, et nous la suivîmes
pendant dix a douze jours.
La campagne dans ces cantons est meilleure ;
elle est bien cultivée , et plus remplie d'arbres
fruitiers : les maisons sont entourées d'arbres-, les
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DE PEKING. 15
chemins en sont aussi bordés , et il y a moins de
poussière que dans fa route précédente, flous
v/raes plusieurs tombeaux, dont un étoit orné de
figures d eléphans. Ensuite , après avoir dépassé
une tour de sept étages , nous entrâmes dans la
ville de Ping-yuen-hien. La maison que nous oc-
cupâmes appartenoit à un mandarin. Deux arcs de
triomphe en décorent l'entrée , et des arbres rem-
plissent la cour. Les appartenons sont grands et
fort propres i nous y trouvâmes une glace dres-
sée à la manière chinoise, c'est-à-dire isolée,
et une table de pierre ou poudding jaunâtre. Il y
avoit dans un des corps-de-logis bâtis sur le der-
rière de la maison, une grande salle dans laquelle
étoient déposés les morts de la famille , dans des
cercueils longs et bien peints , ayant à l'endroit de
la tête une petite boîte blanche. Nous deman-
dâmes à examiner de près ces cercueils ; mais nous
ne pûmes que les entrevoir à travers les fentes
des fenêtres , car les gardiens ne voulurent jamais
nous permettre d'entrer.
Notre demeure étant au pied des murailles ,
nous y montâmes par une longue rampe , au haut
de /aquelle on voit un petit «pavillon. Elles sont
en terre battue, et revêtues en briques, dont la
majeure partie du côté de la ville, est tombée. La
largeur des murs peut être de douze pieds par le
haut. II est possible d'en faire le tour à cheval,
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l6 RETOUR
malgré les pàvillons qui sont construits sur chacune
des portes. De dessus les murailles on domine
toute la ville : elle est d'une moyenne grandeur \ et
des jardins et des terres labourées en occupent une
partie. Excepté une pagode , quelques édifices à
deux étages , et un petit nombre de bonnes mai-
sons, les bâtimens en général sont de peu d'ap-
parence.
Lorsque l'ambassadeur entra dans la ville , on
tira trois coups, et deux soldats à cheval l'accom-
pagnèrent jusqu'à la maison où le mandarin du
lieu, et plusieurs officiers vinrent le visiter. L'un
cTeux voyant l'embonpoint de M. Vanbraam , se
récria beaucoup , en disant qu'il devoit être riche
et spirituel. Telle est , ainsi que je l'ai déjà dit ,
la manière de penser des Chinois : on doit pré-
sumer, d'après cela , quelle opinion ils avoient de
quelques-uns de nous.
Jusqu'à présent nous avions vu un grand nombre
de corbeaux dans la province de Petchely ; ces oi-
seaux disparurent en partie , et le peu qui en resta
avoit un collier blanc.
[ 24. ] Les chemins sont bordés d'arbres ; ia
campagne est unie , et le terrain paroît bon. On
aperçoit dans les champs un grand nombre d'arbres
fruitiers; mais on en voit également plusieurs qui
ne sont bons à rien , ei qui entourent les tombeaux.
Les villages sont toujours chétifs et misérables ; on
trouve
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£>E PEKIN ùl \*f
trouve aux environs des cylindres de pierres can-
nelées , que les Chinois roulent sur les pailles pour
en /aire sortir le grain.
Arrivés au village de Tsy-ho-hien-ngan-chan, on
nous servit des poires très-grosses , fort bonnes ,
et semblables aux beurrés; j'en mesurai une, elle
avoit cinq pouces trois lignes de hauteur , sur quatre
pouces six lignes de diamètre , et treize pouces et
demi de circonférence.
*
On rencontre un petit nombre de Chinois dans
les chemins , et fort peu dans les champs : depuis
Peking , la population nous parut généralement
médiocre dans les villages ; et si les grandes villes
nous semblèrent plus peuplées , il ne faut pas s'en
étonner, puisqu'elles sont le rendez-vous des gens
de /a campagne qui y viennent en grand nombre
pour vendre ou acheter des denrées.
[25.] La campagne offroit le même coup d'oeil
que la veille , mais la poussière étoit plus consi-
dérable. Les maisons sont mauvaises ; les toits n'en
sont pas aussi plats que dans la province de Pet-
chely , et ils sont ordinairement faits de paille ou
de tuile. #
Dans ces cantons , les corps-de-garde contien-
nent cinq soldats : à l'approche des mandarins ils
sortent de la maison et se placent sur une ligne :
ils sont grands , vigoureux^ et portent pour armes
des flèches , des arcs et quelquefois des fusils. Les
TOME II. B
\B RETOUR
femmes, que nous rencontrâmes en petit nombre,
sont au contraire d'une taille médiocre.
Nous ne vîmes rien de remarquable à Tsy-ho-hien ;
mais seulement , en entrant , plusieurs tombeaux
entourés d'arbres, ensuite une grande pagode, et
à peu de distance , une tombe ornée d'une petite
tour. On passe , après cette ville , une foible rivière ,
sut un pont de pierre de neuf arches , long d'en-
viron cent cinquante pieds , et dont les pierres qui
forment le parapet , représentent des figures d'a-
nimaux. Le pont est pavé , mais en mauvais état.
Nous en étions à une demi- lieue lorsque nous
fumes tout-à-coup très-incommodés par une pous-
sière considérable qui provenoit du terrain sec et
sablonneux à travers lequel le chemin étoit creusé.
Près de ce passage désagréable s'élève une mon-
tagne sur laquelle les Chinois ont construit un fort.
Un peu plus bas , sur la gauche , on voit avec
plaisir une pagode bâtie sur une colline ombragée
d'arbres touffus , et qui font un contraste frappant
avec les terrains arides et desséchés d'alentour.
La route continue ainsi £ travers plusieurs petits
villages après lesquels nous nous trouvâmes dans
un bas -fond arrosé par un ruisseau qu'on passe
sur un pont plat , dont toutes les pierres sont
fiées par des crampons de fer. Notre journée se
termina au bourg de TWiang-cha : comme H, étoit
de bonne heure, ;e fus me promener, ce qui me
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DE PEKING.' l£
procura l'occasion de voir ferrer des ânes , des mu*
lets et des chevaux. Les Chinois attachent fortement
fecAeval a un piquet, ensuite ils lui relèvent le pied
avec une corde. Le fer est mince , étroit et gros-
sièrement fait, avec des entailles pour la tête des
clous. Les ânes paroissent se laisser ferrer plus fa-
cilement , car on ne les attache point.
Je trouvai dans le bourg une vieille pagode qui
sert de grenier à foin ; elle renferme une cloche
antique, supportée par quatre piliers de pierre
surmontés d'un toit de la même matière ; la cloche
a près de six pieds de haut , sur trois de diamètre.
A peu de distance il y a un réchaud de fer pour
brûler les offrandes.
Les habitans de ce bourg sont rieurs : ils s'ar-
rétoient pour se moquer de nous. Nous vîmes du
charbon fait avec de petites racines d'arbustes ; il
brûle bien : lorsqu'il est rougi au feu, il n'a pas
d'odeur et devient sonore.
[26.] Le chemin continue entre les montagnes,
et devient fort difficile. Nous traversâmes trois
bourgs , quelques villages très-peu considérables ,
et plusieurs petits ponts , dont un avok une arche
gothique. Cette route étant la seule qui existe
dans ces cantons, est très - fréquentée : nous y
rencontrâmes beaucoup de coulis ; mais elle étoit
très -mauvaise pour les charrettes , et les nôtres rte
purent y passer qu'avec de grandes difficultés , à
XO RETOUR
cause des cailloux ronds qui couvrent une bonne
partie du terrain. Les pierres des montagnes sont
inclinées et divisées par grosses lames ; elles res-
semblent à du grès.
Après avoir traversé quelques petits villages, et
le bourg de Tchang-chang , dont les hommes et
les femmes avoient des goitres , nous sortîmes enfin
d'entre les montagnes , et nous pûmes jouir de la
vue de la campagne , qui est très-belle , et diver-
sifiée , de dislance en distance , par des maisons et
des bouquett d'arbres.
Un peu avant la ville de Tay-ngan-hien , que
Ton ne découvre que de fort près , nous trouvâmes
deux lignes de soldats postés sur le bord du che-
min du faubourg , qui est considérable et garni
de boutiques contenant des grains et autres objets
nécessaires aux paysans.
La ville n'étant pas éloignée de notre Kong-
kouan, j'allai la visiter. On trouve dans la rue
principale un arc de triomphe , et à l'extrémité une
grande et belle pagode, dont un bonze m'ouvrit
la porte. Les bârimens étoient bien entretenus ,
et, comme ils ont été construits par ordre de l'em-
pereur , les toits sont en tuiles jaunes et les mu-
railles peintes en rouge et en jaune. Au milieu de
la grande cour il y a un Poussa , plus loin une
cloche suspendue , et un fourneau de fonte de six
pieds de hauteur. Une des pièces de la pagode
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DE PEKING. 2 1
renferme une déesse dont on ne voit que fa tête f
le reste du corps étant caché par des toiles ; deux
génies sont sur les côtés , et , plus en avant , un
gros tambour et un grand miroir de métal , dont
k poii étoit totalement terni.
La nuit commençant à s'approcher , je fus forcé
de retourner à la maison , toujours accompagné
par les mêmes Chinois , mais en petit nombre.
La ville me parut fbiblement peuplée.
[27.] En quittant notre Kong-kouan , nous trou-
vâmes à la sorrie du faubourg des soldats rangés
en lignes , et qui avoient pour armes des sabres
et des fusils. La campagne est unie, belle et très-
bien cultivée, avec des habitations de distance en
distance. Les chemins sont beaux, bordés d'arbres ,
et suivent les inégalités du terrain, qui tantôt est
fbiblement élevé , et tantôt forme des pentes très-
adoucies : en général , la route monte et descend ,
tourne soit à droite soit à gauche , sans qu'on ait
fait le moindre travail pour la redresser ou la rendre
plus unie. Arrivés au bourg de Tchouy-kia-tchang,
nous le quittâmes bientôt ; mais à sa sortie , la
campagne ne nous parut pas aussi belle que le
matin.
Les corps-de- garde de cette province sont en
bon état ; les soldats, au nombre de six dans cha-
cun , sont grands et vigoureux : novs rencontrâmes
encore des Chinois avec des goitres. Le terrain est
'22 RETOUR
sec et sablonneux , ies pierres se détachent par
feuillets/ Nous couchâmes à Yo-kîa-tchang.
[28.] Nous eûmes le matin des montagnes sur
la gauche , mais elles disparurent ensuite et nous
laissèrent voir une belle campagne très-bien cul-
tivée ; le terrain est cependant peu arrosé , car on
ne trouve de ruisseaux que dans les fonds.
Nous vîmes encore dans plusieurs villages dés ha-
bitans avec des goitres , mais en plus petit nombre.
Avant comme après la ville de Sin-tay-hien , la
campagne est belle , bien cultivée , et garnie d'ha-
bitations entourées d'arbres : des petits villages
en ouire sont bâtis sur la route , et nous en tra-
versâmes plusieurs avant d'être à Mong-yn-hien y
petite ville entourée de murs hauts d'environ douze
à quinze pieds , et dont on n'aperçoit aucune mai-
son , excepté un fort construit au centre de la place.
Le faubourg est long et considérable , parce que ,
suivant l'usage dés Chinois , les maisons ne sont
bâties que sur les bords du chemin ; nous n'en
vîmes aucune de remarquable, excepté celle qui
étoit préparée pour un de nos mandarins : nous
crûmes d'abord qu'elle nous étoit destinée , mais
nos conducteurs nous firent aller jusqu'à Mong-
yn-hien -kia-hin g , village assez médiocre, et
qui n'a de remarquable qu'une pagode qui est
à l'entrée. Nous logeâmes chez un maître d'é-
cole et un marchand d'arbres 9 que ies mandarins
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DE PEKINO. 23
a voient fait retirer pour nous établir à leur place.
f r" Mars.] Je fus sur le point de perdre mon
journal ; heureusement pour moi que je Ta vois
retiré de dessus ma selle , à laquelle j etois dans
f habitude de rattacher ; car , au moment du dé*
part , lorsque je voulus la prendre , elle ne se
trouva plus. Les nfand&rins l'ayant fait chercher
inutilement , m'en donnèrent une autre, et noua
partîmes.
La route continue sur des hauteurs et dans des
bas-ronds. Le terrain est sec et les pierres sont
argileuses. Nous traversâmes plusieurs petits viJ-r
lages et un pont sans eau, avant d'arriver au
bourg de To-tsang-y, où nous restâmes peu de
temps. La route et k campagne sont toujours les
mêmes, et nous mt vîmes rien qui méritât notre
attention. Arrivés**u village de Tsin-to-tsy , on
nous servit du (ait.
Les soldats des corps -de-garde de ce pays sont
autrement habillés que ceux des autres provinces ;
ils ont des casaques garnies de clous , et portent
sur la tète un casque en fer, surmonté d'un fer de
lance avec une houpe rouge. Ces soldats étoient
quelquefois au nombre de dix ; ils paroiss«ient
forts et vigoureux.
Nous vîmes le matin des vaches , des boeufs ,
des moutons et des cochons ; mais nous reçconr.
txàroes peu de monde. La population estiiarWe. Les
B4
*
24 RETOUR
paysans sont robustes, mais laids ; les femmes ne
scmt pas mieux.
[2.] Avant d'être au village de Poen-tsing-tcha f
nous aperçûmes plusieurs habitations. Le terrain,
resserré d'abord entre deux montagnes qui s'apla-
nissent peu à peu , devient ensuite presque en-
tièrement uni : il est bien çuTtivé , et Ton y voit
des endroits remplis d'arbres fruitiers ; aussi fa
terre est -elle noire et meilleure dans ces cantons.
La route fut la même que le jour précédent : on
trouve beaucoup de pierres dans les fonds ; mais
nous n'en vîmes plus à rapproche d'une rivière
que nous traversâmes à gué , et qui paroît de-
voir couvrir un grand espace de terrain lorsque
ses eaux débordent. Des soldats rangés en ligne
nous attendoient sur le rivajp ; mais leur pré-
sence n'empêcha pas le peurflfcxïe nous dire des
injures. Débarrassés de ces insoiens , nous pas-
sâmes sur un pont de quatre arches , dont les
garde-fbux , en marbre , sont ornés de figures de
tigres; et laissant sur ia droite un tombeau dé-
coré de colonnes et de figures d'animaux , nous
atteignîmes les portes de Y-tcheou : ces portes
sonudoubles , placées en face Tune de l'autre , et
paroissent en bon état ainsi que les remparts.
Le Kong-kouan où nous logeâmes sert de mai-
son pour les examens des étudians ; il est vaste
et composé de plusieurs salles et de pavillons : oa
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DE PEKING. 25
trouve à rentrée deux grandes pièces remplies de
mauvais bancs et de méchantes tables pour'ies
écoiiers , et plus loin un gros tambour.
En nous promenant dans la ville , nous vîmes
des boutiques de peu de valeur , des jardins , des
terrains abandonnés , et des maisons de peu d'ap-
parence , dont quelques-unes avoient seulement
une entrée en brique. Vers l'extrémité de la ville,
nous entrâmes dans une pagode considérable et
qui a dû être très-belle lorsqu'on en prenoit soin :
abandonnée maintenant, elle n'offre de curieux
que plusieurs figures de tortues en pierre , élevées
du temps de Kang-hy. La population de Y - tcheou
n'est pas grande : des enfans et un très -petit
nombre de Chinois nous suivirent dans notre
promenade. •
[3.] Nous vîmes pour la première fois , en quit-
tant la ville , une porte triple, dont la première ou-
verture est, comme à l'ordinaire, en face de la rue ;
mais la seconde , au lieu d'être placée à gauche ,
est sur la droite , et la troisième , qui est en face de
Ja première, en est séparée par un mur et par des
maisons ( n.° J. La campagne , après la ville ,
est belle et bien cultivée, et Ton y voit beaucoup
d'arbres fruitiers : les Chinois , en les plantant,
ôtent toutes les racines et ne laissent que trois
chicots.
Nous fumes fort incommodés de la poussière ,
2.6 RETOUR
provenant du terrain qui étoit sec, sablonneux,
et peu arrosé ; nous vîmes cependant quelques
petits ponts d'une ou même de trois arches, mais
ii n'y avoit pas d'eau. Après avoir traversé à gué
une rivière dont les bords sont garnis de digues
qui s'étendent fort loin , nous entrâmes dans Ly-
kia-tsy. La campagne après ce bourg est belle et
bien cultivée , l'herbe commençoit à pousser. Les
maisons des habitans et des villages sont meil-
leures dans ces cantons ; mais les pagodes sont
en très- mauvais état. Les hommes sont laids, les
femmes sont petites et peu agréables. Enfin , dans
toute notre route nous ne vîmes rien de remar-
quable que quelques brouettes à voiles qui passè-
rent près de nous avant que nous eussions atteint
le village de Che-ly-poit , oii nous nous arrêtâmes.
[4-] La première chose qui frappa nos regards
en partant, fut la ville de Yen-tchin-hien , ou
plutôt sa porte et ses murailles ; car nous la pro-
longeâmes en dehors, et nous n'y entrâmes point.
La campagne ensuite est belle et unie , avec des
■
vergers considérables et des maisons. La terre est
sablonneuse et extrêmement légère.
Après avoir dépassé quelques villages et un
grand nombre de tombeaux , nos voitures traver-
sèrent Hong-hoa-pou , dans lequel la foule étoit
considérable ; mais en sortant du bourg, nous
rencontrâmes les mêmes Chinois , s'en allant par
-
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DE PEKING. 27
bandes dans la campagne, pour regagner leurs
ha&tations.
Peu de temps après avoir quitté Hong-hoa-pou ,
on entre dans la province de Kiang-nan. La cam-
pagne est belle , et Ton voit des villages et beau-
coup de tombeaux dont ia plupart sont entourés
de pins. Les corps-de-garde changent dans cette
province; ils n'ont plus la tour cadrée, mais une
petite cabane de bois, posée sur quatre piquets
fort élevés, et dans laquelle on parvient au moyen
d'une échelle; les soldats y sont au* nombre de
cinq ( n/ tp ). Notre journée se termina au village
de Tong-ou-tchen, près duquel on aperçoit sur
une montagne une pagode entourée d'un bois.
f j. J La campagne est belle ; on y voit quelques
co/lines , mais elle est généralement unie : des
maisons entourées d'arbres sont répandues dans
les terres : le sol esf léger , et le chemin par fois
difficile. Nous laissâmes la ville Sou-tsien-hien sur
la droite ; elle est bâtie près du canal impérial ;
aussi les voiles blanches des bateaux qu'on dis-
tinguoit en avant des maisons , formoient un joli
coup d'oeil. Peu après nous nous trouvâmes sur une
chaussée pavée , terminée par un pont de pierre
cf une longueur considérable et qui peut avoir une
vingtaine de pieds de large : ies arches ne sont
pas voûtées , elles sont formées par de grandes
piwes plates. Un pavillon est bâti à l'entrée de
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*8 RETOUR
ce pont, mais il est presque ruiné. A sa sortie îe
chemin continue sur une autre chaussée cons-
truite en terres rapportées, pour servir de digue
aux eaux impétueuses du Hoang-ho. La hauteur
perpendiculaire de cette chaussée peut être de
douze à quinze pieds , sa largeur par en-haut est
d'environ vingt- cinq à trente , et de quarante à
quarante - cin(| par en -bas : elle va en talus de
chaque côté. Nos voituriers ne suivirent pas tou-
jours cette digue , mais ils la quittèrent quelque-
fois pour abréger le chemin , en passant à travers
la campagne : au moment où nous en descen-
dions pour nous rendre au village de Tchouen-
ho-tsy , nous vîmes un piquet fort élevé , au haut
duquel il y avoit une cage renfermant fa tête d'un
assassin ; c'étoit la première exposition de ce genre
que nous eussions encore vue : cela fait honneur
aux Chinois et à leur poiice.
La campagne , dans le voisinage de la chaussée ,
est unie ; le sol est léger et le chemin fatigant.
Après avoir traversé quelques petits villages , et
dépassé une pagode , nous nous arrêtâmes au bourg
de Yen-hoa-tsy.
Nous rencontrâmes dans l'après-midi des Chi-
nois , portant sur des brouettes deux pièces de
tois , longue chacune de trois pieds , sur quatre
, à cinq pouces de diamètre. Ces morceaux de boi&
étoient creux, fendus dans leur longueur, et fermés.
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DE PEKING. 29
avec des crampons de fer ; iïs contenoient l'ar-
gent provenant des tributs et de l'impôt sur le
sel, et néanmoins personne ne paroissoit chargé
du soin de veiller sur les conducteurs de ces
brouettes. Nous en vîmes d'autres , d'une assez
grande dimension , destinées à conduire les voya-
geurs avec leurs bagages ; une grande natte de
bambou couvroit toute la machine , et les mettoit
à Tabri du soleil et de la pluie. Ces brouettes étant
très-grandes , avoient , outre le conducteur ordi-
naire , un second Chinois et un âne qui les tiroient
par devant «
J'avois cru jusqu'à cet instant que (es Chinois
respectoient l'emplacement destiné aux sépultures;
mais a/ors je vis de ia terre labourée auprès des
tombeaux ; d'où il faut conclure que le terrain est
précieux dans cette partie du Kiang-nan.
[6.] Nou$ étions le matin sur la chaussée; eHe
suit le Yun-ho, ou canal impérial ; la digue est
pleine et sans ouverture ; on rencontre dessus des
maisons qui en occupent souvent plus de la moitié.
JEn la quittant pour prendre à travers la campa-
gne , nous aperçûmes un grand nombre de tom-
beaux , dont plusieurs étoient entourés d'eau , ce
qui doit , d'après l'opinion Chinoise , nuire à la
conservation des corps ; mais il paroît que , dans ce
canton , on n'est pas aussi scrupuleux qu'ailleurs ;
ce qui provient sans doute , comme nous l'avons
30 RETOUR
déjà dit, de la rareté du terrain propre à îa culture;
car des femmes enlevoient même l'herbe qui cou-
vroit les sépultures.
La campagne est bien cultivée ; des maisons
avec des arbres sont répandus ça et là. Nous trou-
vâmes quelques villages, et nous vîmes plusieurs
corps-de-garde à moitié ruinés , avant d'arriver a
Tsiuen-hing-tsy. Ce bourg est considérable ; la
maison que nous occupâmes étoit bien entretenue,
et ia salle principale a voit quelques carreaux de
vitres aux fenêtres.
La campagne, après le bourg, offre le même
coup d'oeil ; mais le terrain est sec et sablonneux ;
aussi vîmes-nous plusieurs ponts bâtis sur la terre ,
et sans qu'il y eût la moindre apparence d'eau :
la plupart étoient petits , excepté un seul composé
de sept arches. Ces ponts sont si peu solides ,
que les charretiers préférèrent de ptsser à côté :
les eaux de pluie paroissent les pénétrer de toutes
parts.
On traverse de temps en temps des petits
villages avant que d être à Lou-long-y , où nous
devions nous arrêter ; mais nos mandarins nous
firent continuer, afin de terminer dans ia journée fa
route par terre. A peine étions -nous en chemin,
que le temps devint très-sombre , et que les objets
ne se distinguèrent plus qu'à la faveur des éclairs ;
aussi nos voituriers furent-ils obligés de prendre
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DE PEK1NG. jl
des guides : enfin nous entrâmes , à sept heures du
soir, dans le bourg d'Yang-kia-yn.
Un des charretiers des mandarins écrasa un
enfant dans l'après-midi : on f arrêta sur-le-champ,
quoique cet événement ne fut pas arrivé par sa
faute ; car les enfans sont très - curieux ; ils s'at-
troupoient pour nous voir , et ne se dérangeoient
pas , quelque soin qu'on prît de les avertir.
[7.] Il plut, tonna, grêla et neigea tout-à-la-
fois ; le temps devint froid et se mit à la gelée,
ce qui nous fît rester dans notre Kong-kouan pen-
dant qu'on s'occupoit a décharger les charrettes.
[8.] Le Hoang-ho , du côté du nord , ou d'Yang-
Jria-yn , est bordé de jetées fûtes avec de la paille
posée par f/rs, et mêlée avec de la terre. Ses rives
sont argileuses et d'une terre jaune et grasse ; aussi
n'est-il pas surprenant que ses eaux soient jaunes ,
et que ce fleuve ait reçu. le nom de Hoang-ho
f rivière jaune ] : le Hoang - ho peut avoir de cinq à
six cents toises de largeur a l'endroit où nous
le traversâmes. Un grand bateau nous servit a
passer dé» F autre côtç. : la rive méridionale est si
basse , que nous fumes obligés de nous faire porter
par des Chinois , pour parvenir jusqu'aux palan-
quins qu'on avoit préparés pour nous ; mais ils
étoient si misérables , que nous préférâmes de
monter à cheval. Le chemin suit une petite chaus-
sée fort étroite , et ce ne fut pas sans peine que nous
32 RETOUR
arrivâmes à son extrémité , car le soleil faisartt
fondre la glace, le chemin devint si glissant, que
nous craignîmes souvent de tomber dans les ter-
rains inondés qui nous environnoient.
Après un bon quart d'heure d'une route aussi
pénible , nous entrâmes dans le bourg de Tsin-
kiang-pou , dépendant de la ville de Ouay-ngan-fou ,
où nous devions nous embarquer. Notre premier
soin fut d'aller examiner les bateaux : ils sont grands
et commodes ; une petite pièce , une grande salle
et deux cabinets, composent l'appartement prin-
cipal. La cuisine et le logement du patron sont
a l'arrière ; un petit passage entretient la commu-
nication. Les chambres sont garnies de fenêtres ,
et il règne en dehors , de chaque côté du bateau ,
une sallie en bois , d'un bon pied de large , sur
laquelle les matelots passent du devant à l'arrière
sans entrer dans l'intérieur ; il y a en dessus un
emplacement couvert qui sert à loger les mari-
niers et à placer des effets. Le grand mât est com-
posé de deux pièces qui s'appuient sur le bateau ,
et se réunissent en pointe par le haut # on l'abat
et on le relève avec deux autres pièces de bois dis-
posées de la même manière , mais moins élevées ,
et qui servent de leviers. Lorsque le grand mât est
couché en arrière sur le pont , c'est au petit qui
alors reste debout , qu'on attache la corde pour
tirer le bateau (n! 46 ).
En
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-
I
DE PEKING. 33
Un attendant le départ, nous allâmes dans ie
bourg pour acheter des . porcelaines et ce dont
nous avions besoin pour notre voyage ; nous n'y
vîmes rien de remarquable, excepté un assez grand
nombre de curieux qui nous suivirent constam-
ment pour nous regarder.
Nous quittâmes le quai à cinq heures , et nous
suivîmes le canal impérial appelé Yun-ho ; il est
sale , étroit, et coule entre deux chaussées d'environ
douze pieds de hauteur.
Après avoir dépassé plusieurs maisons et un
bourg , nous mouillâmes à la nuit à Ouay-ngan-fou.
L'ambassadeur et M. Vanbraam eurent chacun
un bateau , MM. Bletterman et Vanbraam le jeune
en occupèrent un , et MM. Dozy , Agie et moi , un
autre; /a suite de l'ambassade fut répartie dans plu-
sieurs embarcations.
[9.] Le canal est plus large, mais l'eau en est
toujours sale : les chaussées se prolongent des
deux côtés , et sont coupées dans divers endroits
pour laisser un passage aux eaux pour l'arrosement
des terres : ces ouvertures ou espèces d'écluses
sont en maçonnerie, et le haut est garni de grosses
pierres inclinées et percées d'un trou à l'une de
leurs extrémités , pour y mettre un tourniquet ,
à l'effet de soulever la porte de bois qui ferme
Técluse ( n.° 47 ). Le terrain de l'autre côté de la
digue est bas ; on n'aperçoit aucune habitation;
TOME II. C
j4 RETOUR
excepté quelques maisons én terre, et des pagodes
èiV briqùes bâties sur fa chaussée.
Nous vîmes dâns f après-midi des bateaux avec
des* voiles de toîïe , les autres les ont de nattes
cfûi se plient par feuilles , comme un paravent. Un
grand nombre de corbeaux passèrent le soir près
dë nous , se dirigeant du côté du sud.
Nos bateaûx étoient lourds et rhanœuvroient
difficifement. Lorsque les Chinois veulent s arrêter ,
ils laissent tomber une ancre par derrière : dans
lè cas où le bateau s'éloigne trop du rivage , un
matelot porte alors une ancre à terre , et foa
vîré dessus poxxr s'en rapprocher : ces ancres, ou
plutôt cès grappins ont quatré branches , dont
trois sont pointues , et îà quatrième a un anneau
auquel est attachée une chaîne de fer qui sert à.
déraper l'ancre ; ensuite on l'enlève à l'ordinaire.
H y a en outré sur l'avant dû bateau une grande
rame pour le (Brigef. Les poulies ressemblent aux
nôtres, elfes ont de quatre à cinq pouces de dia-
mètrë ; mais èRés Sont en petit nombre , et les
Chrhôis nè les emploient pas par-tout où elles se-
roient nécessaires.
[ io. J Le canal continue d'être bordé des deux
côtés par une chaussée d'environ vingt à vingt-
Cinq pieds de largeur, sur dix à doUze de hauteur t
coupée quelquefois par des écluses. Nous eûmes
ié rnatîn des rizières à notre gauche , et le lac
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DE PEKING. 37
Kao-yeou-hou à notre droite. Ce lac occupe un très-
grand ferrain , et forme presque le demi -cercle ;
son diamètre est si considérable qu'on distingue
avec peine les terres de la partie occidentale. Nous
aperçûmes dans son étendue un grand nombre de
bateaux pêcheurs.
Dans l'après-midi nous vîmes quelques mai-
sons , des pagodes et une écluse ; la porte en étoit
soulevée , et l'eau s'écouloit dans les terres avec
beaucoup de rapidité ( n.° 47). Nous passâmes
pendant la nuit la ville de Kao-yeou-tcheou.
\ 1 1.] Le canal coule toujours entre des jetées
faites avec de la paille ou des roseaux dont on a
soin de former des amas considérables, qu'on re-
nouvelle à mesure qu'on en consomme une partie :
on a également pratiqué dans certains endroits,
en avant de ces digues , des chemins en planches
élevées sur des pieux , et qui servent pour le pas-
sage des chevaux. Les Chinois n'ont pu nous ex-
pliquer pourquoi on n'en voyoh pas par-tout.
[12.] Nos bateaux s'étant arrêtés avant de passer
la virle de Yang-tcheou-fou , nous allâmes visiter
une pagode voisine. On trouve en entrant deux
arcs de triomphe , l'un bâti an bas de l'escalier ,
et l'autre au haut ( n.° 12 ). La pagode est consi-
dérable et bien entretenue : le pavillon principal
contient un dieu , deux guerriers ; et plus loin , trois
autres dieux rangés sur une même ligne , assis
C 2
3 6 RETOUR
les jambes croisées sur une fleur ; neuf génies sont
de chaque coté , et par derrière on voit une femme
ayant trente bras. Un pavillon isolé renferme une
autre déesse également assise sur une fleur. Les
bonzes nous conduisirent dans leur salie d'étude ,
qui est très-propre , et qui donne sur un jardin ;
ils nous prièrent d'accepter une tasse de thé , et
nous accompagnèrent en sortant jusqu'à l'escalier.
Le quai près duquel nous mouillâmes , est cons-
truit de la même manière que les digues que nous
avions vues en traversant le Hoang-ho , c'est-à-
dire , en paille mêlée par lits avec de la terre.
Nous partîmes a une heure, et nous employâ-
mes deux heures pour prolonger la ville et les fau-
bourgs ; il est vrai que nous allions très-doucement.
Les remparts et les portes de la ville ne sont pas
bien entretenus ; on distingue plusieurs .pagodes :
la maison du Hopou est seule digne d'attention.
Nous vîmes ici beaucoup de bateaux , ce -qui n'est
pas étonnant % cette ville faisant un très-grand com-
merce , principalement en sel.
Le nombre des curieux qui cou vroient le rivage
et les bateaux , étoit plus considérable que tout
ce que nous avions vu jusqu'alors : parmi cette
foule on distinguoit beaucoup de femmes qui se
laissoient voir et se montroient librement ; elles
inarchoient sans peine, quoiqu'elles eussent pres-
que toutes les pieds serrés avec des bandelettes.
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DE PEKIN G. 37
Ces femmes paroissoient assez bien ; mais if est dif-
ficile de prononcer sur leur beauté, car elles sont
dans /'usage de se farder ie visage et de se peindre
/es sourcils et les lèvres : leurs yeux sont petits
et arqués. Les hommes nous parurent beaucoup
mieux.
A quelque distance en dehors de la ville , on
voit à gauche une tour bien bâtie , et de sept
étages j dont chacun est divisé par trois rangées de
briques noires ; les fenêtres de cette tour sont pla-
cées alternativement Les bords de fa rivière
sont élevés ; ia campagne est unie , bien cultivée
et remplie d'habitations construites de distance en
distance : on*aperçoit aussi dans plusieurs endroits
des tombeaux entourés de pins.
Nous nous arrêtâmes au pied de fa tour pour
recevoir des provisions dont fe dernier Hopou de
Quanton , qui se trouvoit à cette époque grand
mandarin de sel à Yang-tcheou-fou , faisoit pré-
sent à l'ambassadeur. Peu de temps après que
nous fumes partis , nous nous trouvâmes devant
une autre tour bâtie auprès d'une pagode, et en-
tourée d'édifices et de jardins.
Cef endroit s'appelfe Kao-min-chy; c'est fa rési-
dence de l'empereur lorsqu'il voyage; mais if y avoifc
dix-sept ans qu'if n'étoit venu dans ces lieux. La
tour de fa pagode a cinq étages, dont chacun est
entouré d'une galerie ornée d'une balustrade en
Ci
38 RETOUR
bois et couverte d'un petit toit supporté par de*
piliers. Cette tour , qui est la plus belle que nous
eussions encore vue , a huit côtés , huit portes , et
seize fenêtres à chaque étage. Les murs sont blancs 9
et tout ce qui est en bois est peint «n rouge. Le
comble est formé d'un gros arbre fort élevé, en-
touré d'une spirale en fer , surmonté d'un cercle
et d'une boule dorée terminée en pointe; quatre
chaînes attachées à la circonférence du cercle , tom-
bent sur quatre des angles du toit ( n.° 13 ). On *
distingue dans les environs beaucoup de bâtimens ,
un petit pavillon à deux étages , et un arc de
triomphe entouré d'arbres , et situé à peu de dis-
tance d'un escalier pratiqué dans le c/iiai qui borde
la rivière.
Cette pagode et les bâtimens ont été construits
par l'empereur Kao-tsou des Souy, il y a environ
W \<eh\ 4,u onze cent quatre-vingt-onze ans. Nous desirions
< - " ^ ^ nous arrêter ici ; mais nos mandarins , qui dînoient
à la ville , n'étoient pas avec nous , et à leur re-
tour il étoit déjà nuit. Nous continuâmes donc
notre route, et nous nous arrêtâmes à Ou-yuen ,
autre demeure de l'empereur.
[13.] Les jardins cTOu-yuen couvrent un assez
grand espace de terrain , dont une partie est rem-
plie d'édifices et de pavillons , tantôt rassemblés ,
tantôt isolés , et se communiquant par une infi-
nité de petites pièces et de corridors. Une rivière
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DE PEKING. J9
serpentoit autrefois dans ce jardin , mais on n'en
^voit que ie lit , car les eaux ne le remplissent
plus, quoiqu'il y aix cependant à peu de distance
un étang assez grand. IJ existe aussi plusieurs
ponts , dont un construit sur des piliers en bois ,
va en tournant^ mais il est en si mauvais état ,
qu'on n'ose se hasarder à passer aessus. f out tombe
en ruines » et les voûtes sont en partie enfoncées :
Jes appartenons ne sont pas mieux conservés , les
planchers , les fenêtres , sont pourris : une seule
pièce avoit encore quelque reste de papiers à rieurs ;
et dans une autre on nousiit remarquer un bloc de
marbre noir , monté sur un piédestal de marbre
.blanc, sur lequel l'empereur a tjacé une sentence,
qu'on a hit ensuite graver; mais l'ouvrage est gros-
sièrement travaillé. U règne le long du canal une
iongue galerie en bois, et convexe; ejle menace
ruine , et je ne crois pas que personne autre qup
nous ait osé y passer depuis .bien des années.
L'ensemble du jardin est très-cn^eux , et ie coup
d'ceij en devQÎt être très-bqan Jorsqu'jl étoît tien
entretenu. Les rochers fàctjqes , que Jes Chinois
aiment beaucoup ; sont encore bien conservés ;
les allées vont en serpentant, et soni pavées dp
petits cailloux.
Depuis pnze.cent quatre-vingt-dix ans que fes
Mtimens qu'on voit naos ce jafdin ont été bâtis ,
on a dû les refaire plus d'une fois , car les Qûnpjp
C4
4o RETOUR
ne construisent pas solidement ; et malgré fe soin
qu'ils «ont de peindre les bois et la charpente , fe
soleil et fa pluie détruisant bientôt la peinture ,
une seule année écoulée sans faire de réparation s ,
doit suffire pour tout anéantir.
L'empereur avoit abandonne Inutile possession
de ce jardin à un marchand très-riche , mandarin
de sel à Yang-tcheou-fou , à la charge *de l'entre-
tenir ; mais celui-ci n'y faisoit rien , clans l'idée que
ce prince , fort âgé , n'y viendroit pas. If est éton-
nant que les mandarins, qui sont inventifs pour se
procurer de l'argent -, n'aient pas engagé l'empe-
reur à se rendre de ce côté, ou du moins à en
montrer le désir , pour avoir un prétexte de ruiner
ce marchand, qui auroit été énormément rançonné
pour empêcher cette visite inattendue.
Ces jardins nous donnèrent une idée complète
de la manière dont les Chinois les construisent.
On y trouve beaucoup de pavillons , des arbres par
Louquets , des rochers, des ponts , des étangs , des
rivières , mais peu de promenades. Avant de quitter
Ou-yuen , on voit dans une des cours , deux tigres
en marbre blanc, remarquables par leurs mauvaises
proportions ( n.° jo ). A la sortie des jardins , et Je
long du canal , on distingue encore les restes de
l'escalier , et deux blocs de pierre avec les tron-
çons des mâts auxquels on suspendoit autrefois des
drapeaux.
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DE PEKING. 4l
Au retour de notre promenade, nous vîmes passer
plusieurs barques impériales ; elles sont belles et
fort grandes. H y a sur l'avant un cabestan, et tout
près , un arc de triomphe en bo» rouge , verni
et doré , servant à supporter les ancres ; les fenê-
tres sont du même bois. Une moyenne barque que
je mesurai , avoit quatre-vingt-douze pieds de lon-
gueur, sur dix-huit de largeur. L'emplacement du
cabestan est de quinze à seize pieds ; un passage de
trois pieds* de large règne des deux côtés du ba-
teau , et sert pour la communication de l'avant à
l'arrière ( n.° j2 ). Ces barques ne portent que sept
à huit cent pics de riz, mis en grenier [39 milliers
1605 hect. à 43 milliers 1096 hect.] , tandis qu'elles
pourroienr en contenir ie double ; mais fe peu de
prorondeur des eaux du canal s'y oppose, et même
on est obligé souvent d'ôter du riz et de le dé-
poser dans de petits bateaux , pour le reprendre
ensuite lorsque les eaux sont plus profondes.
Le riz que ces barques transportent à Peking
est destiné pour la maison de l'empereur , et pour
la paie des mandarins et des soldats de la pro-
vince de Petchefy. Ces barques vont lentement
et ne font qu'un seul voyage dans l'année. Quel-
ques-unes vont fort loin ; néanmoins les conduc-
teurs nê reçoivent pas du gouvernement , dans
cette occasion, au-delà de cent taëls [750 liv.]
"pour leurs dépenses , quoiqu'ils soient obligés d'en
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42 RETOUR
faire beaucoup plus ; mais ils s'en dédommagent
en prenant des effets et des passagers. Le maiv
darin loge dans le milieu du bateau ; le derrière
est destiné pour la cuisine et pour le logement
des matelots , qui y vivent avec leurs enfans et leurs
femmes. II faut quinze et vingt hommes pour le
tirage de ces barques. Des gens condamnés pour
certaines fautes y sont employés.
Les barques impériales occupant une partie
du canal , nous obligèrent de séjourner ici : nous
profitâmes de ce retard pour faire une promenade
dans les environs ; mais nous revînmes plutôt que
nous ne le comptions , à cause des soldats Chinois
qui nous accQmpagnoient. Ces gens aiment à frap-
per les passans, et, ne pouvant les en empêcher,
nous nous décidâmes à rentrer dans nos bateaux.
La campagne est bien cultivée ; le sol est gras
et très-productif. On voit des habitations avec des
arbres de distance en . distance , et beaucoup de
tombeaux faits en buttes , recouverts de gazon et
entourés de pins.
La rivière fut haute le matin et basse le soir :
la différence dans l'élévation des eaux est de six
à sept pouces , quoique le courant continue tou-
jours d aller du même côté , c'est-à-dire , vers le
fleuve Kiang ; il est seulement plus o* moins
rapide.
[ 1 4, 1 5 , 1 6. ] Nous fûmes forcés de rester sanf
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DE PEKING. 4 43
pouvoir avancer , retenus par le vent contraire et
par la pluie : d'ailleurs , Jes barques impériales rem-
plissant toujours la plus grande partie du canal , il
•nous eût été impossible d'aller en avant, quand
même le temps eût été favorable. Nous vîmes passer
différens bateaux, dont <juelques-uns avoient une
Xrès-jotie forme. Ces bateaux sont pontés, le mât
de l'avant est droit , mai* celui de l'arrière est in-
cliné ; le cabestan est placé à l'avant et la chambre
du patron occupe le derrière. Ces bateaux sont
longs , étroits et très -propres ; ils ont des voiles
de toile et des ailerons en bois , qui se placent sur
les côtés , pour les empêcher de dériver (n* ji ),
Nous vîmes aussi un bateau rempli d'os d'animaux.
Les gens de /a campagne brûlent ces ossemens , et
en répandent les cendres dans les champs de riz,
pour les fertiliser.
[17.] Le temps étant clair et lèvent au nord,
les Chinois se mirent en route de bonne heure ,
et eurent bientôt atteint les rives du Yang-tse-
Vtang ; elles sont basses des deux côtés , à l'excep-
tion de la partie du sud-est, qui présente quelques
montagnes. Le fleuve, dans l'endroit où nous le
traversâmes , peut avoir une lieue de large ; la
vue est magnifique. Presque au milieu du fleuve
on passe près de l'île de Kin-chan-sse [ montagne
A 'or) r , dont la beauté répond bien à son nom em-
phatique. Cette île, en partie boisée, est remplie
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4i RETOUR
d'édifices et de pavillons ; un chemin avec une
balustrade , et un pont décoré de parapets en
marbre blanc , leur servent de communication.
Plus loin , sur un des cotés de l'île, il règne un quai
avec un escalier qui descend jusqu'à la rivière.
Plus haut, à mi-côte , uge tour à plusieurs étages
domine un grand nombre de bâtimens qui s'é-
tendent du côté méridional.
L'île de Kin-chan-sse est formée d'un gros ro-
cher dont la circonférence peut être d'un bon
quart de lieue. Le côté du sud-ouest va en pente ;
celui de l'est et celui du nord sont escarpés. A peu
de distance de l'île , du côté du nord , un roc
isolé s'élève d'une vingtaine de pieds au-dessus
des eaux, et ajoute à l'ensemble pittoresque du
paysage ( n.° jjj.
. Arrêtés à l'entrée du canal appelé Tsin-kiang-ho,
et forcés d'attendre le retour de la marée pour con-
tinuer notre route , nous sortîmes de nos bateaux
pour nous promener dans .le bourg voisin. Après
avoir traversé deux ou trois rues , nous arrivâmes
par une rampe «en pierre à l'entrée d'une pagode
que les Chinois s'occupoient à restaurer. On doit
dépenser un argent considérable dans la cons-
truction de ces sortes d'édifices , car les boiseries
et les fenêtres sont toutes surchargées de sculp-
ture. La pièce la plus curieuse de cette pagode ,
et qui attira notre attention , est la galerie qu'on
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DE PEKING. 45
trouve en entrant , et dont la coupole est formée
d'une grande quantité de pièces de bois ingénieu-
sement disposées.
En sortant de ce bâtiment nous allâmes sur la
montagne, où Fon trouve encore une autre pa-
gode , qui sert d'habitation à quelques bonzes. On
jouit de cet endroit de la plus belle vue du monde.
Nous avions sous nos pieds le bourg de Tsin-kiang-
pou, dont les maisons, en très -grand nombre,
sont couvertes en tuiles ; plus loin , dans Test ,
toute la ville de Tsin-kiang-fou avec sa vaste en-
ceinte , dont la plus grande partie renferme des
champs et des terrains cultivés , au milieu des-
quels s'élève une tour a plusieurs étages. A notre
droite , plusieurs habitations étoient répandues
dans /a campagne ; et , plus près de nous , les
montagnes offroient une grande quantité de tom-
beaux , parmi lesquels on apercevoit des Chinois
occupés à prier les mânes de leurs ancêtres. Dans
la partie de l'ouest on voyoit l'île de Kin-chan-sse
et la roche qui en est détachée. Une suite de ro-
chers , mais plus petits., qui se prolongent dans la
partie occidentale de l'île , fait présumer qu'elle
occupoit jadis une plus grande étendue de ter-
rain. Au-delà de l'île et dans I éloignèrent , on
découvre les rives du Kiang , la ville de Koua-
tcheou et plusieurs habitations. Du côté de l'est
il y a au milieu du fleuve trois petites îles , et sur
'46 RETOUR
la rive méridionale , une tour auprès d'une pagode^
Après être restés ici quelque temps à considérer
ce beau point de vue , nous redescendîmes dans
Je faubourg , dont les rues sont sales et étroites.
Le flot étant revenu , nos bateaux commen-
cèrent a marcher, et nous entrâmes dans un canal
étroit , sur lequel on trouve , de distance en dis-
tance , dés ponts dont les côtés sont en pierre ,
mais dont le dessus est formé de grosses planches ,
qu'on retire pour donner un libre passage aux
mâts des bateaux. Nous aperçûmes dans le bourg
une assez grande quantité de femmes : elles
ont toutes le visage couvert de fard; ainsi il est
difficile de juger de leur teint , car la blancheur
de leur figure étoit souvent très-différente de la
couleur de leurs mains , qui , généralement, pa-
roissoient assez brunes. La plupart de ces femmes
avoient les dents jaunes , ce qui provient du tabac
quelles fument : habitude qu'elles contractent de
bonne heure. Elles étoient coiffées en chèvéux
avec des fleurs , et paroissoient très -gaies : cons-
tamment debout à la porte de leurs maisons,
elles n'y rentrèrent qu'à l'approche des manda-
rins, et reparurent dès le moment qu'ils furent
éloignés.
En arrfvârit auprès. des murailles de la ville, nos
oreilles furent frappées d'un son extraordinairé ,
produit par des soldats placés dans les créneaux ,
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DE PEKING. 47
*t qui souffioient dans de grosses coquilles pour
fêter notre arrivée. Cette musique ressembloit
assez à celle de nos pâtres en France , lorsqu'à
/a nuit ils se retirent avec leurs troupeaux. Nous
passâmes ensuite sous un pont d'une seule arche ,
dont le diamètre pouvoit être de trente à trente-
cinq pieds , et la largeur de quinze à vingt
( nf 14 ). La circonférence est formée de treize
pierres ; il y en a neuf grandes , mais elles ne
sont pas également longues ; celles d'en bas. ont
de dix à douze pieds ; la longueur des autres
diminue à mesure qu'elles approchent du cintre.
Entre les deux premiers rangs il y a quatre pierres
de deux pieds d'épaisseur , sur une longueur plus
considérable : ces quatre petites pierres sont posées
dans /a /argeur du pont. Toutes ces pierres sont
taillées en portion de cercle, et quelques-unes ont
des entailles qui entrent dans 1a* pierre voisine.
Elles sont posées debout et à plat contre le pont;
leur largeur est d'un pied et demi à deux pieds ,
et il y en a plusieurs dans Fépaisseur du pont. Les
deux côtés de l'arche ne tombent pas perpendicu-
lairement) mais sortent un peu et forment le fer
à cheval ; une des pierres d'en bas commençoit
à se détacher. En dehors de la circonférence de
f arche il y a un second rang de pierres , mais il
n'est placé que pour la décoration. On monte sur
ces ponts par des rampes construites des deux
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48 RETOUR
cotés : les bateaux sont obligés de baisser leur»
mâts pour passer dessous.
Quoiqu'on soit dans ia campagne aussitôt qu'on
est sorti du faubourg, on voit encore pendant long-
temps les murs de Tsin-kiang-fou. Les enceintes
des villes, comme je l'ai déjà dit , sont considé-
rables, quoique peu habitées. Les digues, le long
du canal , sont faites en paille mêlée avec de la
terre , et quelquefois revêtues avec des jarres.
Nous trouvâmes dans le canal, des Chinois qui
s'occupoient à en retirer la vase ; ils emploient pour
cela deux mains de fer liées ensemble par une
charnière , et dont les bords sont garnis d'une
bande de fer ; deux grands bamboux emmanchés
dans la machine , et disposés de manière a l'ouvrir
et a la fermer , servent à ia faire descendre dans
l'eau , et à l'en retirer.
[ 1 8.] Plusieurs petits ponts d'une seule arche,
donnent passage aux eaux pour l'arrosement de la
campagne : nous vîmes deux écluses , mais elles
étoient écroulées. Arrivés à la ville de Tan-yang-
hien , nous en suivîmes' les murs qui sont un peu.
délabrés , et nous passâmes sous deux ponts dont
les pièces de bois avoient été retirées pour faire
place aux mâts de nos bateaux.
* Peu de temps après avoir quitté la ville , on trouve
une très-jolie pagode avec un quai qui se prolonge
le long de la rivière, et un escalier pour y descendre*
On
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BÊ PEKING. 4$
On voit à rentrée de cette pagode un arc de
triomphe bien conservé; plus loin, des pavillons
à doubles toits , peints en rouge , et par derrière,
mie jolie tour à cinq étages ; cette pagode s'appelle
San-y-ko (n? 54). Les Chinois racontent qu'un
chrétien nommé Kiang-tsy-tay , vivoit dans ce lieu
il y a trois cents ans ; on montre encore son appar-
tement dans la partie de l'est ; ce chrétien venoit
d'un pays situé à l'ouest de la Chine , appelé Kiang-
kio.
Après avoir dépassé cette pagode , nous nous
promenâmes dans ia campagne : elle est unie et
coupée par des fossés remplis d'eau ; la terre est
grasse et argileuse. Les Chinois cultivent le blé ;
il commençoit à pousser : ifs le sèment en rayons,
et quelquefois par touffes placées de distance en
distance. Les bords du canal sont élevés , étroits par
en haut , et allant en talus du côté des terres ; cette
pente est ensemencée, ce qui fait voir que dans
cette partie de la Chine, on ne perd pas de ter-
rain. On aperçoit dans la campagne des habita-
tions répandues çà et là; et plus près du canal,
plusieurs petits villages qui sont toujours envi-
ronnés de bouquets d'arbres ou de bamboux, où
les paysans se rassembïoient pour nous voir passer.
Les maisons sont en briques , couvertes en tuiles ,
et meilleures que celles que nous avions vues pré-
cédemment.
TOME I I. D
t
JO RETOURj
Nous trouvâmes en nous promenant une plante
semblable au fraisier; mais les Chinois n étant pas
d'accord sur ses qualités , nous ne pûmes savoir si
ejles. étoient bonnes ou mauvaises. Ayant rencontré
une brouette vide, nous nous efforçâmes de la faire
rouler ; mais ce ne fut qu'avec peine que nous
réussîmes à la tenir en équilibre. On doit juger
par -là des efforts du conducteur pour faire aller
cette machine lorsqu'elle est chargée et qu'elle
porte de plus une voile.
Arrivés au bourg de Liu-tching, nous n'y vîmes
rien de remarquable , excepté un pont d'une seule
arche. Les femmes , dans cet endroit , portent autour
de la tète un morceau étroit de peau brune, avec
une petite bande d'étoffe noire , large d'un doigt ,
qui s'étend du milieu du front jusque entre les
sjpurcils , et dont le bas est orné d'une perle ,
( n.° 49 ). Les vieilles femmes portent cette bande
plus large , et celles qui sont en deuil Font en
blanc : cette bande noirç sied bien , et relève la
blancheur du visage des femmes ; cependant il est
difficile , comme je l'ai déjà dit , de juger de leur
teint, car elles mettent toutes du rouge et du blanc,
non pas séparément , mais mêlés ensemble , de ma-
nière qu'il y en a qui ont la figure entièrement
rougeâtre.
[ 19. ] La nuit nous empêcha de voir la ville
de Tchang-tcheou-fou. Descendus le matin pour
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de peking: 'jt
nous promener , nous trouvâmes la campagne bien
entretenue , traversée par de petits ruisseaux , et
des habitations bâties de distance en distance. Le
canal est plus large , et ia chaussée qui le borde
des deux côtés s'abaisse insensiblement presque au
niveau des terres : le tirage des bateaux est .facile;
les Chinois , qui y sont employés , changent de
temps en temps , et sont fournis par les bourgs
et les villes du voisinage. Quelques soldats nous
accompagnèrent dans notre promenade ; mais ils
nous laissèrent aller par-tout , et ne s'occupèrent
qu'a nous faire faire de la place lorsque les curieux
nous incommodoient.
Après avoir passé plusieurs petits ponts en pierre
qui sont construits pour l'écoulement des eaux
dans les terres et faciliter le tirage des bateaux,
nous arrivâmes à Hung-lin , qui n'a de remar-
quable que deux arcs de triomphe, une vieille pa-
gode et un pavillon à double étage , dans lequel
on aperçoit une pierre noire.
Nous découvrîmes plusieurs pagodes ornées de
jolies tours : ces dernières , bâties sur des hauteurs
et dominant sur tous les environs , doivent jouir
d'une très-belle vue; elles paraissent! Lien entre-
nues , et en les considérant avec une lunette d'ap-
proche, nous aperçûmes plusieurs bonzes qui se
promenoient dans les environs.
Les Chinois nous firent distinguer entre- les
D a
52 RETOUR
gorges dés montagnes, des édifices entourés d'ar-
bres ; ils nous dirent que c'étoit la demeure d'un
mandarin , dont Tun des ancêtres , décapité in jus-
tement , fut dans la suite reconnu innocent : son
tombeau est à Hang-tcheou-fou. Le bas de ces-
montagnes est rempli de sépultures : ces monu-
*
mens étant blanchis , ainsi que les murs qui les
environnent , on ies prendroit de loin pour des
villages ; quelques-uns sont entourés d'arbres.
Arrivés à la ville de Vou-sse-hien , ^îous trouvâ-
mes plusieurs soldats rangés en ligne ; trois d'entre
eux avoient des trompettes* Nous passâmes ensuite
devant quelques pagodes et deux petites îles cou-
vertes de maisons et de magasins de poteries ; car
ce lieu est célèbre par ses vases en terre et ses
théyères : on y fabrique aussi des jarres d'une gran-
deur considérable , et qui ne coûtent cependant
(p'un taél [ou 7 liv. 10 sous ] la pièce. Il y avoit
beaucoup de mouvement sur la rivière , et nous
.y vîmes des bateaux très-jolis et très-bien vernissés.
Un pont de bois fait la communication entre le
faubourg et ia ville, dont on voit les murs et la
porte en demi-cercle : peu de temps après l'avoir
dépassée, nos bateaux s'arrêtèrent.
Nous aperçûmes dans cette journée , pour /a
première fois, un cercueil placé sur la terre, dans
un champ, et simplement recouvert de quelque*
gazons.
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DE PEKIN G.
[20.] En traversant Jou-sse-kouan , bourg
très -considérable , nous vîmes trois ponts bâtis.
sur le canal , et d'autres plus petits, construits sur
les branches latérales. Le canal est bordé de quais ;
mais ifs sont tombés en partie , ou menacent ruine.
Parmi un assez grand nombre de maisons, il y en
avoit de bonnes, entre autres celle du mandarin du
lieu. En passant devant une pagode , nous vîmes
plusieurs bonzes aux fenêtres , et une très -jolie
personne placée au second étage , derrière une-
natte légère faite de bambou ; erle étoit bien habil-
lée , d'une figure agréable , et beaucoup mieux que
les autres femmes , qui, en général, ne sont pas
aussi bien que les hommes : ces derniers portent ,
pour fa plupart, des lunettes. On voit en sortant
du bourg, deux pagodes, et Ton en découvre d'au-
tres sur les montagnes : ce pays serabfe être fa
patrie des bonzes ; ils paroissent l'avoir choisi de
préférence , en effet nulle part ils ne sont aussi
nombreux.
Ces cantons offrent aussi une grande quantité
de tombeaux , dont plusieurs occupent un espace
de terrain considérable , et sont d'une construction
recherchée. Les cercueils sont déposés dans des mai-
sons faites exprès , précédées de figures de chevaux ,
d'éléphans , de tigres et de béliers , et entourées ,
de tous côtés , d'arbres antiques que la cognée res-
pecte , et qui tombent uniquement par caducités
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j4 RETOUR
Les sépultures des particuliers ont la forme
de petites maisons , et sont couvertes en tuiles
(n! j7 ). Le pauvre élève une butte de terre au-
dessus du cercueil de son parent, ou se contente
de le placer à découvert sur le sol ; cette vue est
désagréable , et jette dans I'ame une tristesse som-
bre et mélancolique. Parmi ce grand nombre de
tombes répandues ça et là , nous vîmes dans la
journée un champ entièrement rempli d'une mul-
titude de pierres placées debout sur le terrain , et
ayant depuis un pied jusqu'à trois de hauteur : ce
lieu noirs parut être un cimetière.
Arrivés au bourg de Pa-to-hio, nous em-
ployâmes une demi-heure pour le traverser : les
maisons sont en briques , avec le devant en bois.
La population est plus considérable dans ce pays ;
les femmes portent le bandeau de peau et la bande
noire ; elles mettent du fard , peignent leurs sour-
cils en noir , et les rendent très-étroits ; elles se
mettent en outre du rouge aux lèvres , et forment
un point d'un rouge vif au milieu de la lèvre infé-
rieure : toutes ces femmes paroissoient fort con-
tentes d'être regardées , et ne se retiroient point
lorsque nous les considérions.
La campagne après le bourg est très-belle , et
coupée par plusieurs canaux sur lesquels il y a
des ponts , quelques-uns d'une seule arche , et
d'autres de trois. Les tombeaux sont toujours ea
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DE PEKING. 55
grand nombre ; nous vîmes un arc de triomphé
élevé en /'honneur d'une femme qui ne s'étoit pas
remariée après la mort de son mari : il faut obtenir
fagrément de l'empereur , pour construire ces mo-
numens. Peu de temps après, nos bateaux passèrent
sous un pont de trois arches très-élégamment fait et
nouvellement bâti ( n.° ij ). Pour consolider l'ou-
vrage , les Chinois ont mis des pierres qui traversent
Fépafsseur du pont, et dont les extrémités s'em-
boîtent dans d'autres placées debout ; mais tout
cela est insuffisant , et les ponts ne durent pas long-
temps; ce qui n'est pas étonnant, lorsqu'on réflé-
chit que les pilotis qu'emploient les Chinois , n'ont
que trois ou quatre pouces de diamètre , sont pla-
cés à sept ou huit pouces de distance , et enfoncés
médiocrement ; aussi ne peuvent-ils supporter la
bâtisse , qui par conséquent s'écrase promptement.
De plus , les côtés de Farche ne tombant pas per-
pendiculairement sur la pile , et les pierres courbes
et peu épaisses qui font le revêrissement , n'y étant
retenues que par une entaille, il suffit du plus petit
affaissement pour les en faire sortir , et, par suite,
pour faire écrouler entièrement le pont.
Après avoir passé devant plusieurs maisons qui
bordent la rivière, nous ne tardâmes pas à mouiller
au bas d'un quai , devant un arc de triomphe cons-
truit en dehors des murs de fa ville de Soù-tcheoU-
fbu.La rivière étoit couverte de bateaux; et cdrtarA
D4
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$6 RETOUR
îa plupart furent obligés de se retirer pour non*
faire place , le coup d'oeil devint très -animé. De
l'endroit où nous étions , on voit les murs de la
ville , et une tour de sept étages ; plus loin , un
bâtiment à double toit , et sur la gauche un pont
de bois. On s'aperçoit qu'on est ici dans une des
plus riches provinces de la Chine; les maisons sont
meilleures , et les Chinois mieux habillés. L'arc
de triomphe devant lequel nous étions , est en
pierre ; il est composé de trois portes , et sur-
monté de .petits toits ; l'ouvrage est surchargé de
dessins fort lourds : tout cet édifice , dont le haut
est très-considérable , n'est porté que sur quatre
gros piliers : les pierres sont à jointures , et en-
trent les unes dans les autres. Ce monument élevé
en l'honneur d'un mandarin nommé Pong-hou ,
a été construit sous le règne de l'empereur Kang-
[21.] Vers les neuf heures du matin, notre
troisième mandarin vint chercher l'ambassadeur :
nous partîmes tous en palanquins , M. Titzing et
M. Vanbraam , chacun porté par quatre coulis
et nous , par deux seulement. Les rues de Sou-
tcheou-fou sont étroites ; nous passâmes un petit
pont, sous lequel il y avoit très-peu d'eau : les bou-
tiques sont médiocres , et ne renferment rien de
beau. II y avoit peu de femmes dans le chemin ,
mais beaucoup de peuple; aussi , pour le contenir,
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DE PEKING. 57
«voit-on placé de distance en distance des soldats
armés de gros bâtons.
Arrivés chez le mandarin, les Chinois nous con-
duisirent dans une pièce séparée , et nous firent
entrer ensuite dans la saile de cérémonie, où étoit
déposée une lettre de l'empereur. MM. Titzing et
Vanbraam firent le salut , après quoi on les fit as-
seoir d'un côté , et nous cinq , vis-à-vis d'eux. Le
plancher étoit couvert de gros tapis rouges , et
plusieurs grosses lanternes de corne étoient sus-
pendues au plafond. Le fond de la salle étoit garni
de paravents avec de petits carreaux, derrière les-
quels se tenoient les femmes des mandarins. Le
pavillon destiné à la comédie étoit bien disposé,
et l'espace qui le séparoitdu bâtiment, étoit cou-
vert par un ciel formé de bandes entrelacées de
toile jaune, rouge et bleue.
Les Chinois apportèrent d'abord des tables char-
gées de fruits, une pour l'ambassadeur, une pour
M. Vanbraam , et trois pour nous cinq. De petits
mandarins , décorés d'un bouton d'or , nous ser-
virent en mettant un genou en terre ; ils nous
offrirent d'abord les fruits , ensuite les viandes,
et plusieurs fois du vin Chinois , auquel nous ne
touchâmes pas. Dans le même temps , les acteurs
parurent sur le théâtre , et exécutèrent différentes
marches : plusieurs de ces comédiens étoient dé-
guisés en oiseaux , et l'un d'eux représentoit une
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58 RETOUR
biche. Tout ce manège dura deux heures , et au-
roit continué plus long-temps si l'ambassadeur ne
se fût levé pour aîler dans une salle voisine. II
demanda alors à voir les édifices de Sou-tcheou-
fou ; mais les mandarins firent beaucoup d'objec-
tions , en disant qu'il n'y a voit rien de curieux ;
enfin , sur nos instances , ils nous conduisirent
dans une pagode que*f empereur avoit honorée
de sa présence , et qui est en grande réputation
à la Chine. Cette pagode, en partie bâtie sur une
hauteur , est extrêmement délabrée , et nous au-
rions perdu notre temps en venant la visiter, si
de la nous n'avions découvert toute l'ertceinte de
la ville qui est vaste , et qui renferme de grands
terrains cultivés, avec des champs et des habita-
tions isolées. La partie de la ville qui contient le
plus de maisons , offre deux tours et quelques édi-
fices qui nous parurent beaucoup meilleurs que
celui où nous étions. M. Titzing voyant que les
mandarins ne se montroient pas disposés à nous,
mener ailleurs , se détermina à retourner dans nos
bateaux. Les soldats rangés en ligne chez le man-
darin et à la porte de la ville, tirèrent trois coups
de boîte, et firent de la musique lorsque nous pas-
sâmes. Les Chinois offrirent des présens consistant
en soieries , en thé et en provisions.
De retour dans nos barques , nous voulions nous
aller promener dans la ville; mais nos mandarins;
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DE PEKING. JO.
flous ayant annoncé que nous ne tarderions pas à
partir, nous n'osâmes pas nous écarter. Nos domes-
tiques Chinois en parcourant Sou - tcheou - fou ,
Tirent de belles boutiques , et nous dirent que les
femmes étoient très-jolies , mais nous ne pûmes en
juger par le petit nombre que nous aperçûmes : on
en fait commerce , et elles se vendent fort cher.
[22.] Nous avions fe lac Tay-hou à notre droite.
La campagne est unie et coupée par des ruisseaux ;
les maisons sont construites en terre, et couvertes
en briques. On continue de voir des tombeaux de
formes différentes , et une grande quantité de cer-
cueils placés dans les champs (n." 5 6 et 57 ). Les
Chinois prétendent que l'humidité du terrain les
détrufroit bientôt, c'est pourquoi ils les déposent
sur le soi , ayant fe soin de les huiler en dedans et
en dehors, et de mettre beaucoup de chaux avec le
cadavre. Lorsque les corps sont détruits, et qu'il
n'en reste plus que les os , ils les brûlent, et ren-
ferment les cendres dans des vases ou jarres qu'ifs
mettent dans la terre. Les habitans de ce canton
sont aussi peu scrupuleux que ceux des autres
parties de la province; ils sèment et récoltent des
grains sur les tombeaux, Nous trouvâmes en nous
promenant , des champs remplis de mûriers ; ces ar-
bres sont petits , plantés en allées et taillés courts :
on cultive aussi du blé et une plante dont la graine
sert a foire de l'huile.
60 RETOUR
Nous passâmes deux ponts de cinq arches avant
que d'être a Ping-ouan-kin , et quatre autres dans
ce bourg, qui est considérable, mais dont le quai
en pierre, qui règne le long du canal, est en mau-
vais état. A la sortie du bourg on laisse à droite un
lac , au milieu duquel on voit une petite île avec
une pagode.
La campagne est bien cultivée et coupée par
des canaux , sur lesquels on a construit des ponts
d'une arche ; quelques-uns en ont trois. Les habi-
tations paroissent plus considérables, et le pays est
plus peuplé ; les corps-de-garde sont bien entre-
tenus , et nous en vîmes un près duquel il y avoit
trois arcs de triomphe.
Plusieurs bateaux , d'une structure différente >
passèrent près de nous dans l'après-midi ; ils por-
toient deux voiles de toile, l'une basse et l'autre
plus élevée : le mât se dresse ou s'abaisse par le
moyen d'une bascule. Ces barques ressemblent à
celles des Hollandois. On voit aussi sur le canal k
des petits radeaux faits de bamboux ; un petit mât
avec «ne voile sert à les diriger ; les conducteurs
logent dans une petite cabane couverte en nattes,
et construite sur l'arrière.
[23.] Nous passâmes pendant la nuit dans la
ville de Kia-hing-fou , première place de la pro-
vince du Tche-kiang.
La campagne est belle et remplie de mûriers^
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DE PEKING. 61
Ces arbres ressemblent à ceux ^fui croissent en
France ; ils produisent des fruits bons à manger ;
leur hauteur est depuis tr6*is pieds jusqu'à quinze ,
et le diamètre de l'arbre va depuis deux pouces
jusqu'à cinq. Les Chinois coupent toutes les
pousses de Tannée , et ne laissent que les mères
branches , qu'ils taillent en trois chicots de cinq à
sept pouces de longueur. Les vieux arbres sont
conduits comme les jeunes; on les plante par allées
et Ton sème des fèves dans l'intervalle (n.* $j)
Le terrain est argileux et plat ; il s'y rencontre ce-
pendant quelquefois des hauteurs , où les Chinois
enterrent leurs morts ; aussi ne voit-on plus au-
tant de tombes déposées dans les champs.
Avant d'être à Hiong-kiao , où nous vîmes trois
arcs de triomphe, dont un d'une construction toute
particulière ( n, 9 jS) t nous passâmes un pont nou-
vellement bâti. La circonférence de l'arche est
fermée par vingt-une pierres, savoir, cinq grandes
de chaque côté , avec quatre petites qui les sé-
parent , et trois pour la clef. Les grandes pierres
sont arquées ; elles ont six pieds de hauteur , et
diminuent à mesure qu'elles approchent du cintre :
l'épaisseur des pierres est d'un pied et demi à deux
pieds. L'ouverture du pont est de trente à trente-
cinq pieds , et la largeur va de douze à quinze
et même à vingt.
Arrivés ,a Ming-tching, nous n'y vîmes rien
6l RETOUR
de remarquable^ ue deux ponts placés Fun à l'en-
trée et l'autre à la sortie du bourg. Ce Heu est
considérable ; les maisons sont pour la plupart en
bois.
La campagne , après le bourg , est belle et bien
cultivée ; on aperçoit encore, de temps en temps ,
quelques cercueils posés dans les champs , et plu-
sieurs tombeaux , dont quelques-uns sont remar-
quables par leur construction ( n' $6 }. Le bas
du tombeau est formé d'un large piédestal a six
côtés , sur lequel s'élève une colonne hexagone ,
d'environ douze à quinze pieds de hauteur sur près
de trois pieds de diamètre ; elle est surmontée
d'une pierre a six angles relevés , et dont le mi-
lieu se termine en pointe.
On ne voit plus autant de pagodes , mais on
trouve des arcs de triomphe. Nous passâmes de-
vant trois de ces monumens , dont deux étoient
élevés en l'honneur de femmes restées veuves , et
le troisième a la mémoire d'un homme qui s'étoh
distingué par ses services.
Avant d'arriver à la ville de Che-men-hien , on
traverse un faubourg, qui a un pont h son entrée
et un semblable à sa sortie, avec cf autres plus
petits dans l'intérieur. Le canal suit les murs de ia
ville, qui sont en pierre, avec des bastions, mais
tombés en partie. On raconte que lorsqu'on vou-
loit bâtir autrefois les murs de Che-men-hien , ils
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DE PEKIN G. 63
^écrouloient d'eux-mêmes à mesure qu'on les éle-
voit. Un astrologue consulté sur cet événement ,
proposa pour expédient de jeter dê distance en
distance des pains d'or pour servir de fondemens;
on fit ce qu'il vouloit, et dès-lors les murs ne tom-
bèrent plus : tels sont les contes des~Cninois; mais ,
trop rusés maintenant , ils ne recommenceroient
pas la même opération.
Nous nous arrêtâmes en dehors de ia ville ; les
maisons et les habitans n'annoncent plus ia même
aisance , et l'on ne voit pas autant de monde.
Les femmes emploient toutes du fard pour se
peindre le visage ; elles paroissent jolies de loin ;
mais considérées de près elles le sont moins. On
ne sauroit s'imaginer le contraste de la couleur
de la peau de la figure avec celle des mains ; elles
/es tiennent toujours un peu pliées en avant , ou
presque cachées par les manches de leurs robes.
En générai , les femmes n'ont pas la bouche bien ;
les dents supérieures sont larges, et sur-tout jaunes :
cette couleur désagréable provient, comme on l'a
déjà dît, du> tabac qu'elles sont dans l'habitude de
fumer. t .
[ ji4. ] Le terrain est plat le long du canal ,
avec des collines et des montagnes dans 1 eloigne-
menr ; ia campagne est belle , bien cultivée et
coupée par des ruisseaux ; les habitations sont
éparses.
I
64 RETOUR '
En nous promenant le matin, nous trouvâmes^
des champs entièrement remplis de la plante dont
on fait l'huilé (n* 66). Nous vîmes des pêchers
et un grand nombre de mûriers ; ces derniers sont
disposés par allées, avec des fèves et des grains
semés dans les intervalles. Plus loin, nous trou-
vâmes du blé planté par touffes , avec un petit
rayon pratiqué de chaque côté pour la conserva-
tion de feau. Cette méthode peut être bonne ,
mais le grain est semé à de trop grandes distances.
En continuant d'avancer, nous remarquâmes
dans un endroit un cercueil déposé sur la terre ; il
ne répandoit aucune mauvaise odeur , sans doute
parce qu'il étoit ancien , car il étoit assez entr'ou-
vert pour laisser voir les ossemens du cadavre.
Cette manière de placer les morts doit avoir de
grands inconvéniens , sur-tout si le cercueil vient a.
s'ouvrir lorsque le corps est encore frais.
Au moment de rentrer dans nos barques, nous
aperçûmes dans un bateau une femme bien ha-
billée en soie, ayant des fleurs dans les cheveux,
et attendant seule le moment de passer le canal ;
elle s'avança doucement pour nous considérer, et
nous parut jeune , très-agréable et beaucoup plus
jolie que toutes les Chinoises que nous avions vues
jusqu'alors. II paroît que les femmes sont dans
l'usage de marcher seules dans la campagne , ou
seulement accompagnées d'une domestique ; elles
traversent
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DE PEKIN G.' 65
traversent ainsi la rivièrç en portant avec elles leurs
en fans.
Nous ne tardâmes pas à parvenir au faubourg
de Hang-tcheou-fou , dans lequel on trouve plu-
sieurs ponts et des' maisons bâties en bois et cou-
vertes en tuiles. II étoit une heure lorsque nous
nous arrêtâmes le long du quai.
Nous descendîmes bientôt a terre, accompagné»
de quelques soldats pour nous faire faire place,
.et nous suivîmes la rue du faubourg qui conduit
à Hang-tcheou-fou; elle est pavée et bordée de
maisons : des soldats étoient placés de distance en
distance pour contenir ie peuple ; précaution inu-
tile, car il resta très-tranquiUe. On passe un pont
et un arc de triomphe avant d'arriver à la porte,
qui est double. Des soldats étoient rangés en ligne
sur l'esplanade , et auprès d'eux il y avoi} deux
pièces de canon montées swr des affûts à trois
roues, dont les deux de l'avant étoient à rais, et
celle de derrière pleine. Ces canons pou voient por-
ter de dix a douze livres de balle ; ils avoient la
bouche renforcée par un bourrelet, et l'un d'eux pa-
roissoit avoir été cassé dans cet endroit par un bou-
let. Nous aurions désiré considérer ces pièces de
plus près , ainsi que les grosses carabines Chinoises
qui étoient vis-à-vis, mais cela nous fut impossible.
Nous trouvâmes encore des soldats et un man-
darin après la seconde porte, et à peu de distance
TOME II. E
6 g • ftEtocu
Hteiïk Hrcs tfe tricrrtîptie èn pierre "i *és toottùmenir
sont très-beaux, et ornés de sculptures saillantes ,
3mais qtrl 'semblent aVoir été Routées ètètre faites
ite k{tre%ie *orrn>osltioh ; car <dahs un endroit oà
-tes 'drtieittens étoiént %ri$és , jè distinguai des fife
«t!e fer'contoWrtés suivant le dessin. Notre prome-
nade se prolongeà assefc Idih dans 4a vftîe; tes tues
«en ^ift ( niédkK?rément litiges , mais dans certains
-quartiers elles sorrt étroites et bordées âè maeures
^atrpres deSquellés oh trouve des oh'amps latoowés.
ptfptiiatioh paroît considérable ; les femmes
*ortoient febrement de leurs maisons >pour nous
considérer; eHes etoient toutes ^fardé^s , mêfne les
>petttes fifres ëe sept à huit ans. Excepté lés bon-
«îéroes «tes apothicaires o^ii sont belles , lès frtftres
'îhêftté'fit peti ^attention. Nos soldats Voulurent
nous mener plus avant pour nous en montrer d'au-
*t res , 'mais nous retournâmes sur nos pas , dans la
'cïarnre -detre surpris par la nuit. En teVenant ,
h6us achetâmes dhez un parfumeur des sachets ,
'ainsi 'tftre du Manc et #u rouge à l'usagé des fem-
mes : le rouge avoît l'odeur de la rose,
£h Terrtrânt dans le bateau , nous apprîmes que
îa mère de notre patron àvoit ses deux filles à tord ,
^quelles êtoient restées pendant seize jours dans
tfne pétite chambre au-dessous de la cuisine : po-
sition ïbrt gênante et'qùeeétte pauvre fcmme au-
toit pu leur éviter ; car nous n'aurions pas vdttlu
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DE PEfcING 67
îa chagriner pour le plaisir de satisfaire notre
curiosité.
[-2J.J II étoit neuf heures lorsque nous quit-
tâmes les bateaux. L'ambassadeur, accompagné
des soldats Holiandois, étoh dans son palanquin ,
précédé par un mandarin et par plusieurs soldats
Chinois , dont un tenoh un' grand parasol de
soie ; nous le suivîmes également portés dans des
chaises par quatre coulis. Arrivés à la porte de la
ville 1 nous trouvâmes de la troupe ^ et f on tira
trois -coups de boîte. Les rues sont pavées, mais
peu larges , et de temps en temps on trouve de
petits ponts et des arcs de triomphe. H y a de très-
belles boutiques , fort vastes et garnies de diverses
marchandises ; celles des parfumeurs sont les plus
ornées. Le peuple > q« n'étoit cependant pas aussi
nombreux que nous aurions dû nous y attendre ,
bordoit les rues , .gardant un profond silence et
restant tranquille , quoiqu'il n'y eût que fort peu
de soldats placés de distance en distance pour faire
la poHce. On n'entendoit du bruit que dans les
carrefours, où les Chinois se press oient davantage
pour nous voir. Nous ne vîmes qu'un petit nombre
de femmes ; les unes restoient devant leurs portes ;
fes plus riches se tenoîerït derrière des jalousies,
et d'autres , placées dans des palanquins auprès
des endroits où nous devions passer , nous regar*
doient sans se cacher.
Ea
68 RETOUR
En avançant dans la ville , nous passâmes devant
une mosquée. Cet édifice n'a de ressemblance avec
les bâtimens Chinois que par le toit ; le reste en
diffère totalement; la bâtisse en est plus exhaussée
et plus imposante ; la porte , qui est grande , élevée
et ronde par le haut, a le dessous en forme de
coupole , entièrement remplie de trous à la dis-
tance d'un pied les uns des autres ; de chaque côté
il y a des colonnes surmontées d'un entablement
dont le dessus se termine dans une espèce de crois-
sant. Sur le dehors on lit cette inscription en arabe:
ce Temple pour les Musulmans qui voyagent et
•> qui veulent consulter FAIcoran. »
Le vice-roi, qui commande à deux provinces,
ne résidant pas dans la ville , nous allâmes chez Je
gouverneur de la province , où nous trouvâmes plu-
sieurs soldats rangés dans la cour auprès de deux
figures de tigre en pierre. Les Chinois nous fi-
rent d'abord attendre dans une chambre séparée ,
et de la nous conduisirent dans la salle de céré-
monie où étoit la lettre de l'empereur , renfermée
dans une espèce de petite pagode faite avec une
étoffe de soie jaune. Le gouverneur paroissoit d'un
certain âge ; il avoit une figure prévenante , et
portoit le bouton rouge de corail et la plume de
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DE PEKING. 6*9
paon. Ce mandarin ayant frappé trois fois la tête
contre terre, prit, d'un air respectueux, la lettre
de f empereur , la lut en la tenant à la hauteur de
ses yeux , et la remit dans le petit pavillon de soie.
AIM. Titzing et Vanbraam rirent alors le salut
ordinaire , puis ils prirent place , le premier du
coté droit de la salle , avec trois d'entre nous , et le
second vis-à-vis de lui , avec les deux autres : aussi-
tôt des acteurs, qui se tenoient dans une salle très-
bien disposée, commencèrent à jouer la comédie,
et firent sortir de dessous une grosse grenade un
grand nombre de petits oiseaux , et un homme
habillé en chauve -souris. On nous apporta alors
des fruits et différentes viandes ; mais , peu d'ins-
tans après , /'ambassadeur s'étant levé , le gouver-
neur rentra dans fa salle , et lui demanda s'il avoit
vu fa comédie et s'il avoit mangé ; lui ayant répondu
que oui , on se sépara.
Nous vîmes en descendant dans la cour un
cadran solaire en pierre fait par les Chinois; et au
moment où nous quittâmes la maison du man-
darin , les soldats tirèrent trois coups de boîte.
La route que nous suivîmes nous ayant fait re-
passer devant la même mosquée que nous avions
déjà vue , nous demandâmes à la visiter , mais on
nous dit qu'elle étoit abandonnée. Nous conti-
nuâmes donc de marcher, et peu après étant sortis
de la ville par une porte carrée et fort petite, noua
£3
yO RETOUR
en prolongeâmes les murailles , qui , à notre sur»-
prise , nous parurent assez mat entretenues. Le
chemin est pavé et passe k côté de quelques mai-
sons , d'oit nous découvrîmes un lac appelé Sy-hou t
et des montagnes boisées qui l'entourent de toutes
parts. Parvenus auprès d'un village, nous passâ-
mes sur un petit pont , en laissant à droite une
montagne sur laquelle est construite une tour de
sept étages.
On aperçoit ensuite un grand nombre de sé-
pultures entourées de pins et de cyprès : ces tom-
beaux d'une structure différente de ceux que nous
avions vus précédemment , ont la forme d'une pe-
tite maison.; les murs en sont blancs , assez bas ,
et surmontés d'un toit peu élevé ; le devant est de
bois peint en noir , et le dedans est partagé par des
cloisons qui forment de petites cellules dans les-
quelles on dépose les cercueils ( nf 62 ).
Ces tombeaux varient pour la forme ou fa gran-
deur , suivant, le goût ou la richesse des proprié-
taires. Le plus remarquable étoit celui de ce man-
darin qui fut décapité injustement, et dont on nous
avoit montré la maison de campagne avant la ville
de Sou-tcheou-fou. Ce monument est composé de
deux cours : dans la première on voit en entrant ,
de chaque côté le long du mur, les quatre calom-
niateurs représentés à genoux, les mains liées der-
rière le dos ; l'un d'eux est cassé et, se trouve hors
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DE PEKIN G. ?t
de sa place : parmi ces, quatre figure*, qui sont
en cuivreuse trouve celte diMfwfwraej, On boner
roil autrefois; fa, mémoire de- ce î^ndariui* e* ve-
natfit tous, les aas frapper su* k té<e & sesi ajçcur
saeurs , comme poiw tes punir <artme qu'ils
avoie^t connais. Un peu plufibaut, #tde chaque
côté , sont trois mandarine % un tigre , un bélier
et un cheval. Toutes ces figures, sont en pierre ,
et placées en avant de trois portes, servant dfe»*
trée à ia seconde cour- qui renferme les tombes du
père et du fils- Ces tombe» ont 1% fowne d'un* ca-
lotte. Celle du fils est sur te QQ*é „ et plus petite
que celle du père qui es* au milieu de la coaui , ei
en ava-ot d'une grande *kte de. pierre cha«gée de
vases &it& de la même matière. Un htec pareil:»
ma leçueJ on a gravé tes ijwflw.de ces. mandajans ,
indique que Ngo-fey, et son. fils» Ngo ^ ouaog >
vivotent il y a environ huUçents ans » aous l'empe-
reur Tcbao > de fa dynastie des Song (h."- (o,ct6i).
En quittant le tombeau de ce personnage cé-
lèbre , nous continuâmes notre route, ayant à notre,
gauche une petite fàe boisée % hquetie oa commur
nique par uu poatt de pierre. Cette îfe est remplie-
de parlons : ici, plusieurs femmes accouruxent
pour nous considère* ; mais la petitesse de leur*
pieds les, empêcha, d'aller assez vite pour nous re^
joindre. Noua ne tardâmes pas à parwnk à un*
longue chaussée qui traverse te lac, et s'élève de*
E4
^2' RETOUR
quelques pieds au - dessus du niveau des eaux ; sa
largeur est de vingt-cinq à trente pieds ; le milieu
en est pavé , et les bords sont cultivés en certains
endroits et garnis de saules, de pêchers et d'arbres
de différentes espèces. Des petits ponts "( n ° 59) sont
construits de distance en distance sur la jetée ,
afin de laisser un passage libre aux bateaux, dont
les uns étoient occupés à la pêche, et les autres
destinés aux personnes qui viennent de la ville
pour se promener (n. 9 59 ). Une grande partie du
lac est entourée de collines et de montagnes boi-
sées d'où se précipitent des torrens qui fournissent
à l'entretien de ses eaux ; plusieurs petits ponts
assez bien bâtis augmentent la beauté du paysage,
et entretiennent en même temps la communication
parmi les diverses habitations qui sont répandues
sur les bords du lac.
Nous marchions depuis quelque temps lors-
qu'après avoir traversé un grand nombre de spec-
tateurs , nos porteurs s'arrêtèrent dans une cour
environnée d'édifices. Plus loin, des escaliers en
pierre conduisent jusqu'à la moitié de collines dont
le penchant est couvert de pavillons, de rochers,
factices et de chemins tortueux. Ces lieux , s'ils
étoient mieux entretenus , seroient d'une grande
beauté , et mériteroient l'inscription emphatique
que l'empereur a faite en leur honneur, et que l'on
conserve, écrite en gros caractères, sur une planche»
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DE PEKING. 73
élevée : Stao-yeou, Titn-yuen [ On trouve des jar-
dins qui imitent, en petit, ceux du ciel].
Montés au sommet des coHines , nous décou-
▼rîmes tout le lac , dont l'étendue peut être d'une
lieue. Du côté opposé on aperçoit le fleuve Tsien-
tang-kiang, qui court à Test ; et plus près , des
maisons et des tombes qui remplissent la cam-
pagne : ces hauteurs sont couvertes de pins et de
Thuya , ou d'arbres de vie. Nous serions restés
long-temps à examiner ce beau paysage, mais le
vent froid du nord nous fit descendre , et nous
rejoignîmes nos mandarins qui nous attendoient
pour nous conduire à la pagode de Ting-tse-tse ,
dont nous trouvâmes les environs remplis de cu-
rieux : Je chef des bonzes vint au devant de i'am-
Jbassadeur. On voit en entrant dans l'enceinte ,
deux guerriers de trente à quarante pieds de hau-
teur; et plus loin , un bâtiment carré qui contient
cinq cents dieux. Cet édifice est partagé par allées ,
dont chacune a quatre rangs de divinités : dans
le croisement des ailées il y a en outre des dieux
en bronze , et des tours du même métal , qui ont
neuf étages avec des petits Poussa aux fenêtres.
Toutes ces figures sont dorées , excepté un petit
nombre habillées en noir , et quelques autres
ressemblant à des nègres , et ayant comme eux la
barbe et les cheveux frisés. Le premier de ces dieux
Rappelle San-pao-fo. Parmi toutes ces divinités, le*
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74 RETOUR
bonzes nous montrèrent l'empereur* On présume
que cette déification prématurée doit attirer les,
largesse» de ce prince ; aussi & pagode et tous les
bâtimens sont parfaitement bien entretenu^. Er*
sortant de là on nous mena dans une salle où il
y avoit un puits profond d'environ vingt; - cin<|
pieds : une lumière descendue jusqu'au fon4> noua
permit de distinguer le gros tronc d'un arbre, ^uâ,
suivant le rapport des bonzes , avoit servi seul ar la
construction de la pagode, et avoit cessé de croître
lorsqu'elle fut terminée. U faut croire qu'on avoit
tiré de cet arbre tout le parti possible , car il étoit
presque au niveau de Peau. Les bonzes nous débi-
tèrent cette fable de la meilleure foi du monde , et
nous la reçûmes de même.
Cette belle pagode est desservie par Uofs t cents
bonzes. Le supérieur porte , comme les autres ,
une robe^ grise , mais il a par-dessus une grande
écharpe <Tun rouge -clair. En le quittant, nous
allâmes examiner une vieille tour bâtie sur une
éminence voisine; elle a plusieurs étages % ou , du
moins , elle les a eus , car le temps et le tonner**
l'ont beaucoup endommagée. U ne reste rien des
voûtes intérieures; les ouvertures des fenêtres sont
confondues , et Ton ne voit plus qu'une masse
de brique de couleur rouge , entremêlée de quel-*
ques broussailles. Cette tour > bâtie sous l'empe-
reur Tsieou des Song , compte quinze cents ans
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DE PEKING. 7J
d'ancienneté ; néanmoins, les briques sont encore
très - nonnes. On lui a donné le nom de Louy-
fong-ta. [ tout d<s vents et du tonnerre].
On voit dans. les environs un tombeau composé
<Tun paviUon, e* d'une pierre noire entourée de ma-
ço nnerie* De cet endroit on découvre tout k lac .
et au milieu deux teès- petites fies, dont une est
remplie de pavillons et renferme un étang : trois
gros piliers de fer fort anciens , sont placés en
triangle a peu de distance de cette île , et paroissent
avoir servi à attacher les barques. On aperçoit à
droite une partie de toi vHJe,, et une tour qui est
bâtie sur une colline (iC i6\)\ On ne pouvoit
choisir , suivant les idées chinoises, déplace plus
agréable pour un mort , car it doit Jouir encore ,
d'après eux , de la délicieuse vue de tout ce qui
l'environne : cependant , si ce lieu est superbe
par sa situation > il est triste , et Ton y est affecté
d'un sentiment qui porte à. la mélancolie. Je ne puis
dire si cette sensation que f éprouvai, provenoit de
ra vue antique de ces lieux , ou si elle n'étoit que
l'effet du temps sombre qui répandoit un air de
tristesse suc cette multitude de pins qui couvrent
les montagnes et entourent les tombeaux, mais
elle me suivit long-temps»
Après être rentrés dans nos palanquins , nous
continuâmes notre route. Le chemin est en bon
étal, et pavé ; il règne au milieu un cordon formé
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j6 RETOUR
par de grandes pierres , et sur les bords un autre
plus petit d'environ six pouces de largeur ; les in-
tervalles sont cailloutés. Quelques soldats étoient
rangés le long du chemin, à quelque distance
d'une des portes de la ville , dont on voyoit en-
core les murs; mais à l'entrée du faubourg nous en
trouvâmes un plus grand nombre , ayant des man-
darins à leur tète. Ces soldats avoient des sabres ,
des flèches et des fusils ; ils portoient des cottes
de maille et un casque luisant surmonté d'un fer
de lance. Ils avoient bonne mine et l'air martial :
quelques-uns d'eux, placés de distance en dis-
tance, soufflèrent dans une conque marine, tandis
que d'autres tirèrent lorsque l'ambassadeur passa.
Nous ne traversâmes qu'une partie du faubourg ,
qui nous parut être considérable , et nous arrivâmes
bientôt en face d'une maison et d'un petit arc de
triomphe en bois , orné de banderoles rouges ,
auprès duquel il y avoit encore des soldats. La
marée étant basse, le terrain , qui est noir et ferme,
étoit à sec. Les porteurs nous conduisirent jusqu'à
nos bateaux, en passant sur un pont formé avec
des planches placées sur des charrettes attachées
deux à deux. Un grand nombre de buffles dé-
voient remmener ces charrettes après notre embar-
quement. Nous en remarquâmes d'eux d'un blanc
rougeâtre, les autres étoient d'un gris sale. Ces
animaux galopent facilement avec un ou deux
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DE PEKING. 77
Chinois sur le dos ; ils tiennent la tête horizonta-
lement et le cou alongé.
Nos barques étant petites, nous fumes obligés
de nous diviser pour être plus commodément ; de
sorte que je restai seul. Ces bateaux sont longs ,
couverts^ bois , avec une fenêtre sur les côtés,
garnie de coquilies ; ils tirent peu d'eau ; la forme
en est ronde en -dessus comme en -dessous, ex-
cepté que le milieu est un peu plat. La plus grande
ur se trouvant à deux ou trois pieds au-dessus
de l'eau , ils s'abordent sans se faire de mal ; d'ail-
leurs les planches cèdent au choc : l'intérieur est
partagé en trois chambres ; une grande , qui con-
tient deux lits fixes en bois ; une autre plus petite
sur le devant , et la troisième à l'arrière , dans
laquelle le patron couche et fait sa cuisine : les
deux extrémités du bateau sont pointues, celle de
l'arrière est plus élevée. Le mât se place à l'avant,
et la voile est de toile. Les mariniers sont obligés .
de passer ou dans l'intérieur, ou par-dessus, pour
se rendre de l'avant à l'arrière, n'y ayant point de
saillie pratiquée en -dehors comme aux bateaux
que nous venions de quitter.
Nous nous mîmes en route a quatre heures sur
Je fleuve Tsien-tang-kiang , qui est très -large : la
rive gauche est basse , avec des montagnes a quel-
que distance ; mais la rive droite est escarpée et
formée par des montagnes boisées , qui sont
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7 8 RETOUR
presque à pic sur la rivière : on aperçoit cepen-
dant quelques petites vallées ; Je chemin de ha-
Jage suit k croupe des montagnes.
Après quelques momens de marche, nous nous
arrêtâmes le long du rivage. Devant rester ici un
jour pour attendre notre premier maq^rin, qui
étok de Hang-tcheou-fôu , et dont le père étoit
marchand , nous profitâmes de ce retaTd pour aller
nous promené* dans les environs , et visiter une
pagode remarquable et appelée Hoey-fa-tse : elle
est bien bâtie , les cours sont pavées et les bâli-
merrs bien entretenus , à l'exception néanmoins
d'un seul , dont Jes bonzes ont fait un magasin.
On trouve en entrant dans la cour deux pavillons ,
dont l'un Tenferme une doche et l'autre un tam-
bour. La tour est belle ; elle a huit cotés de vingt-
cinq pieds de face chacun ; l'épaisseur du mur , au
rez-*fe-chaussée , est de dix-huit pieds , y compris
.l'escalier yoûté qui conduit aux étages supérieurs.
Cet escalier , dont fa largeur est d'environ trois
pieds* est en forme de spirale, et soutenu inté-
rieurement par «n second mur de six pieds d'é-
' paisseur , faisant le pourtour d'une salie d'environ
dix- trait pieds <éù diamètre, qui occupe le centre
dè h touT. M y «a à chaque étage une pareille
pièce qui renferme une niche avec un Poussa ,
excepté h l'étage supérieur , du milieu duquel
part une très-grosse poutre qui soutient le comble
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DE PEKING. 79
>t s'élève en -dehors de plusieurs pieds au-dessus
-du toit. La hauteur de la tour , y compris le com-
ble, peut être de cent soixante -dix pieds ; nous
comptâmes cent quatre-vingt-dix marches de huk
bons pouces chacune. Il y a en -dehors , a chaque
étage , une galerie couverte ; elle commence à se
<Jégrader dans quelques endroits. La vue est su-
perbe de la pièce supérieure : on découvre le cours
du fleuve , une partie de la ville et des Faubourgs,
et , plus près , un grand nombre de tombeaux»
Quelques petits jardins potagers dépendent de
cette pagode, dont les environs, entièrement cou-
verts d'arbres , lui donnent un air vraiment pitto-
resque. Cinquante bonzes font ici leur séjour; ils
nous dirent que la tour existoit depuis sept cents
ans ; ce qui est difficile à croire , par le bon état où
elle se trouvott encore ; mais les galeries n'étant
«qu'ajoutées, il est a présumer qu'elles auront été
•xenouvélées plus d'une fois.
Nous vîmes le soir un Chinois conduisant seul
son bateau; il ramoh avec les pieds, et tenoit fa
barré avec les mains. II paroît que c'est un usage
Tecu , puisque d'autres Chinois qui étaient avec
fui , ne cherchoient nullement à f aider.
La réception de l'ambassadeur à Hang^tcheou-
fbu fut très-bonne ; d'où l'on peut conclure qu'elle
auroit pu être par-tout la même ; mais , dans les lieux
où nous passions , notre premier mandarin , homme
§0 RETOUR
très -orgueilleux et très-bète, prenoit la place dV
l'ambassadeur , et se faisoit rendre des hommages
qui n'étoient pas pour lui : né dans ce pays , et
fils d'un marchand , il n osa pas faire ici l'homme
d'importance* aussi tout se passa dans le plus
grand ordre* Ii se fait un grand commerce à Hang-
-tcheou-fou , et Ion y fabrique beaucoup d'étoffes
de soie.
[a6.] La marée monta vers les six heures et
demie du matin, elle venoit avec une grande ra-
pidité ; nos matelots écartèrent les bateaux les uns
ties autres pour éviter l'abordage; une demi-heure
après , ils se placèrent de nouveau près du ri-
vage. Nous desirions voir encore la ville, pour y
acheter quelques raretés ; en conséquence M. Tit-
zing en paria à notre troisième mandarin; mais
cela souffrant quelques difficultés , nous nous
contentâmes d'aller sur une montagne voisine ,
d'où nous découvrîmes une partie du lac Sy-hou
et de la ville de Hang - tcheou-fou. En revenant
nous vîmes. un grand nombre de tombeaux , dont
un sur - tout fixa notre attention. Sur une grande
esplanade à laquelle on parvient par deux esca-
liers , on trouve une tombe circulaire et sphérique
en dessus , et de chaque côté deux pierres noires ,
qui indiquoient autrefois la qualité du mort, car
actuellement on y découvre à peine un caractère
(n: 62). .
Notre
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DE PEKING. 8r
Notre promenade fut très-agréabïe ; tantôt nous
étions sur des hauteurs , et tantôt clans des vallées
profondes où l'on trouve de l'eau excellente. Les
arbres les plus communs sont les pins; les Chi-
nois en coupent les branches et e*i Tont des amas
considérables pour les vendre ensuite.
De retour à nos bateaux , et après nous être
reposés quelque temps, nous allâmes le long du
rivage. On aperçoit de distance en distance des
maisons bâties à l'entrée de plusieurs petits pla-
teaux où l'on cultive du riz, et l'herbe dont on fait
de l'huile. Nous passâmes sur deux ponts, dont l'un
de cinq arches étoit plat et presque écroulé d'un
côté : il nous parut étonnant que les Chinois ne
le raccommodassent point, puisqu'il n'y avoit pas
d'autre chemin dans cet endroit , et que nous y
rencontrâmes un grand mandarin avec tout son
cortège. Dans cette promenade , qui fut de près
d'une lieue, nous ne vîmes qu'un petit nombre de
paysans , et quelques femmes qui se mirent aux
portes pour nous regarder ; et quoique nous ne
fussions que deux , personne ne se permit de nous
dire fa moindre chose.
[27.] On nous conduisit le matin entre les
gorges des montagnes , dans un jardin planté
d'arbres fruitiers ; ils étoient tous en fleurs , et
fbrmoient un contraste frappant avec la triste ver-
dure des pins qui couvroient tous les environs.
TOME II. F
82 RETOUR
Nous trouvâmes à notre retour nos Chinois oc-
cupés à recevoir des provisions , et bientôt après ,
nos bateaux quittèrent le rivage, laissant a droite?
des montagnes boisées avec de petits villages dans
les bas , et sur la gauche un terrain plat avec des
montagnes dans réloignement. La rivière est large :
l'eau en montant et en descendant , fait prendre
à la vase les formes les plus singulières. Chaque
brin de paille, entouré de limon , représente un
vase, un arbre ou une maison.
Nous vîmes ensuite des habitations où Ton soc-
cupoit à faire du vin , et un village renommé pour y
son commerce en huile ,,et remarquable par un
quai qui règne le long de la rivière ; près de la des
Chinois travaiiioient à terminer un très-grand ba-
teau. Nos mariniers tiroient les barques avec de
petites cordes très-fortes ; chacun avoit la sienne.
[28.] Terrain plat avec des montagnes à une
lieue de distance , mais qui se rapprochent de temps
en temps , et forment des vallées. Ces montagnes
sont arides à leur sommet, et boisées à leur base.
Le terrain est ocreux et sablonneux ; les pierres
sont disposées par bancs inclinés , et se détachent
par feuillets.
Après avoir dépassé une tour de sept étages ,
dont il ne r es toit que la pièce de bois qui soutenoit
le comble , et deux cercles de fer , nos bateaux
mouillèrent près des murailles de fa ville de Fou-
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DE frEklNG. 85
hiang-hien. On voit à sa sortie, du côté des mon-
tagnes , un pont très - bien fait , composé de trois
grandes arches , et d'autres plus petites (n. 9 64).
Les environs- sont en partie couverts de maisons
et de magasins remplis de branches de pin , què
les Chinois transportent par eau dans beaucoup
d 1 endroits , car nous rencontrâmes plusieurs ba-
teaux et des radeaux, qui en étoient entièrement
chargés. La campagne est belle et pittoresque ; les
champs sont couverts d'herbe à huile; on aperçoit
aussi beaucoup de pêchers , et d'autres arbres frui-
tiers sous lesquels les Chinois sèment quelques
grains. Les mûriers , dont on trouve un grand
nombre , sont ici plus gros que ceux que nou*
avions vus précédemment ; on les élague en de-
dans pour feur donner de fair, mais on rie Coupé
pas toutes les petites branchés. En général , ces
arbres ne paroissent pas aussi bien taillés que dans
la province de Kiang-nan.
On ne voit plus autant de monde , et même
on n'en rencontre que fort peu : les habitations 1
sont en petit nombre : elles sont le long de la ri-
vière , et pour la plupart chétives. Nous ne vîmes
dans cette Journée qu'une pagode, et un seul arc
de triomphe.
[ 29. ] La qualité et la disposition du terrain
continuent d'être les mêmes : la campagne est rem-
plie d'arbres, de mûriers et de bamboux ; presque
Fa
84 RETOUR
tous les champs sont couverts de blé et de navettle.
Pendant toute la matinée nous ne vîmes rien
de curieux , excepté une montagne dont le sommet
étoit couvert d'arbres à travers lesquels on distin-
guoit une pagode et une vieille tour. D'un côté
la montagne se prolonge en pente, que les Chi-
nois cultivent par terrasses; de l'autre côté elle est
à pic sur un bras de rivière qui la sépare de Tong-
lou-hien. Cette ville n'est pas fermée de murailles ;
les maisons en paroissent bonnes , et quelques-
unes ont jusqu'à deux étages au-dessus du rez-
de-chaussée. Le seul ornement de Tong-Iou-hien
consiste dans un arc de triomphe qui est bâti près
du fleuve. Le terrain après la ville est plat sur la
gauche , et montueux sur la droite; mais les mon-
tagnes s'ouvrent ensuite , et forment une vaste
plaine dans laquelle on voit un grand nombre de
mûriers et de bamboux, avec des champs de blé
et d'herbe a huile.
Nos bateaux furent obligés de faire beaucoup
de détours sur la rivière , pour éviter les rochers
et sur -fout les bas-fonds qui sont formés par des
amas considérables de galets. Dans ces circons-
tances les Chinois étant obligés de tirer avec p/us
de force , font descendre ia corde qui est au haut
du mât , et l'attachent au milieu , pour éviter de
foire incliner le bateau.
[30.] Nous étions le matin dans un passage
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de peking; 85
resserré par des montagnes arides et élevées. La
rivière, quoique large, n'étoit libre qu'au milieu ,
à cause des bas-fonds qui sont sur les côtés.
On ne voit ça et là qu'un petit nombre d'ha-
bitations qui sont occupées par des marchands
de bois. Une petite pagode dominée par deux
rochers isolés , séparés l'un de l'autre, et sur les-
quels il y a un monument en pierre , est tout ce
qui attira notre attention. Le terrain continue
d'être montagneux ; mais les montagnes s'abaissent
à la fin et forment de grandes vallées où nous
vîmes des champs de blé , de fèves et de navette.
La campagne offre de jolis points de vue; on dis-
tingue au loin sur les hauteurs, des terrains culti-
vés , et plus près , des champs remplis d'arbres , de
bamboux et de mûriers. Les maisons sont presque
toutes à deux étages , elles sont bonnes et bien
bâties. On trouve une tour de sept étages , et un
pavillon qui n'en a que quatre , avant d'arriver à
la ville de Yen-tcheou-fou , dont nous passâmes
assez près, mais en la laissant sur la droite, ainsr
que le bras de rivière qui en baigne les murs , et
une seconde tour de la même forme que la pre-
mière.
Nous aperçûmes quelques champs de thé , dont
les plants étoient isolés et éloignés d'environ deux-
à trois pieds les uns des autres.
[31.] La route continue entre des montagne*
F*
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8tf RETOUR
au bas desquelles il y a des plateaux qui s étendent
plus ou moins, et dont une portion est remplie d'ar-
bres, de mûriers, de bamboux, et l'autre contient
de grands espaces où Ton cultive le blé , la navette
et les fèves : les collines sont couvertes de pins.
Après avoir dépassé une tour a sept étages , une
pagode et quelques villages dont les maisons en
briques sont bonnes et à deux étages , nous nous
arrêtâmes au faubourg de Lan-ky-hien , ville bâtie
au pied d'une montagne.
[i. er Avjul.] La campagne est unie des deux
côtés, avec des montagnes dans l'éloignement. Oa
voit néanmoins sur le devant plusieurs collines >
dont les unes sont arides et les autres cultivées par
gradins , et dont les bas sont garnis de pins et de
bamboux. Le terrain est rougeâtre et sablonneux ;
les pierres se détachent par feuillets ; les, champs
sont remplis de mûriers , de fèves , de navettes
( n.° 66) et de blé : ce dernier est planté par touffes
isolées et disposées en rayons ; sa feuille est large:
il paroît pousser avec force. La rivière continue
d'être d'une difficile navigation , à, cause des bas-
fonds qui , dans certains endroits , donnent à ses
eaux une telle rapidité , que les paysans sont forcés
d'élever des digues pour s'opposer au courant et
l'empêcher de dégrader les terres. Ces courans se
rencontrent aux détours de la rivière , à la suite
de petites îles , derrière une pointe avancée % ou
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DE PEKIN G. 87
après des bas-fonds : l'eau s'y accumule pendant un
certain temps ; mais franchissant enfin l'obstacle
qui Ja retenoit , eile coule avec impétuosité et
entraîne tout ce qu'elle rencontre. Dans ces cas ,
les patrons mouillent et laissent tomber à cet effét
«n long morceau de bois qui traverse le devant du
bateau : cette manière , qui est expéditive , sert
également lorsqu'une des cordes des tireurs vient
à casser.
On voit des maisons bâties de distance en dis-
tance dans la campagne ; elles sont très-bonnes ,
peintes en noir , avec un encadrement de couleur
blanche autour de toutes les fenêtres (n* (fyj. Après
avoir passé devant le bourg de Hong-tchoun , qui
tst générafement bien bâti , et avoir laissé une
four de cinq étages , nous trouvâmes des moulins"
(n: 68) pour pîfer Te grain. Ifs sont entourés dé
nattes et couverts en paHIe. Une roue de sept à*
huit pieds de diamètre, portant des palettes à sa
circonférence , fait tourner avec elle cinq morceaux*
de bois fixés sur son axe , qui pèsent tour à toui*
sur autant de leviers dont ^extrémité , garnie d'un
piton , retombe dans un mortier de pierre placé
en -dessous : ces sortes de roues plongent ordinai-
rement de trois ou quatre pieds dans l'eau.
La campagne est toujours très-belle. Dans un en-
droit , une tour à sepr étages , mais d'une moyenne
proportion ; plus loin > un arc de triomphe placé
F4
88 retour'
en avant d'un antique tombeau , forment un très-
joli point de vue ( n.° 6y ).
[2.] La campagne est plate, on voit seulement
de temps en temps quelques collines boisées. Les
maisons paroissent bonnes , les terres sont bien
cultivées; on y trouve du blé , de l'orge, des fèves
et de la navette , outre des mûriers et des arbres de
différentes espèces.
Avant d'être au bourg de Ya-tsin , dépendant de
la ville de Long-yeou-hien , qui est à une demi-
lieue dans les terres , on dépasse une tour de sept
étages , et peu après une autre semblable peu éloi-
gnée d'une colline entièrement composée de pier-
res rougeâtres , disposées par bancs inclinés.
Au village de King-ping-kieou , nous fumes
obligés de passer entre la terre , et des arbres qui se
trouvent dans la rivière : le courant étoit rapide en
cet endroit; mais le vent du nord nous favorisant,
nous sortîmes heureusement de ce passage dange-
reux. Nous aperçûmes ensuite dans la campagne
quelques plantes de thé , des pins, des mûriers et
des champs entiers d'orangers. Plusieurs vaches
paissoient auprès d'un village dont les habitans
exploitent les carrières voisines. Ces gens ne creu-
sent pas en dessous , mais travaillent à découvert
et de haut en bas.
Nous ne vîmes rien de curieux qu'un arc de
triomphe , et une toux de neuf étages avant de
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DE PEKING. 89
\ious arrêter pour souper. On trouve le long du
rivage de grosses pièces de bois enfoncées dans
la terre pour amarrer les bateaux ; le courant est
rapide et ronge les terres ; elles étoient minées
prodigieusement d'un côté. On fait ici beaucoup
de charbon avec des branches de pin ; plusieurs
bateaux en étoient chargés. Je trouvai , en me
promenant , du IHas semblable à celui d'Europe ,
tinais sans odeur ; il n'avoit que huit à dix pouces
de hauteur , et sembloit ne pas devoir s'élever au-
delà d'un pied ( n.° 67 ). On rencontre peu de
monde , et ce pays paroît ne contenir qu'un très-
petit nombre d'habitans.
[3.] Nous arrivâmes pendant la nuit à la ville
de Kieou-tcheou-fou. Le courant étant très-rapide,
les bateaux, pour traverser le fleuve , furent obli-
gés de s'élever prodigieusement sur la gauche ;
mais en le traversant , ils furent entraînés avec
une telle force , que rendus près de terre ils se
trouvèrent plus bas que l'endroit opposé d'oîi ils
étoient partis. Parmi les bateaux qui refouloient
avec nous le courant de la rivière, j'en remarquai
un petit dans lequel il y avoit une jeune fille et
un Chinois d'un certain âge ; celui-ci étoit couché
nonchalamment , tandis que la pauvre fille faisoit
tous ses efforts pour faire avancer sa petite barque.
La campagne au-delà de la ville est unie ; on
voit cependant dans i'éloignement , des montagnes
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pO RETOUR
arides , et sur l'avant , plusieurs collines rougeâtres,
dont les moins hautes sont cultivées par gradins,
et les plus élevées couvertes de pins. La culture
est celle du blé, de l'orge , des fèves et de la na-
vette. On trouve des orangers et des mûriers , mais
ceux-ci n'avoient pas encore poussé. Des maisons
isolées et bien bâties sont répandues dans les
champs : le terrain est sablonneux sur un fbndf
d'argile dont l'épaisseur est quelquefois de dix à
quinze pieds.
Nous vîmes plusieurs moulins pour piler les
grains ; l'un d'eux avoit une roue semblable à
celle de nos moulins , dont Taxe faisoit aller cinq
pilons : une autre de ces roues en fàrsoit mouvoir
une plus petite placée perpendiculairement pour
faire tourner une meule horizontale; mais la ma-
chine n'alloit pas , étant en partie brisée. Plusieurs
Chinois étoient occupés à passer et à bluter la fa-
rine. Cesmouims appartiennent, en communauté >
à un village dont chaque paysan a le droit de venir
faire piler son grain : l'entretien est supporté par
chaque particulier suivant ses moyens. On ren-
contre aussi près des villages , de jeunes enfant
qui font sécher au soleil des vermicelles étendus
sur des nattes : les Chinois consomment beaucoup
de ces sortes de pâtes , dont les filets sont plus ou
moins gros.
Nous aperçûmes des buffles et des vaches y mais?
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DE PEKING. pi
•n petit nombre : on voit peu de monde dans la
campagne ; unie d'abord , elle changea bientôt ;
les montagnes se rapprochèrent, et même jusque
sur le bord de la rivière : nous, vîmes ensuite plu-
sieurs villages , et des fours a brique,
[4]- La campagne est toujours la même : les
hauteurs sont tantôt près de la rivière , et tantôt
assez éloignées, mais forment toujours des pla-
teaux entre les gorges où Ton cultive le blé et les
navets : en général le pays est montueux. Nous
vîmes beaucoup d'orangers , quelques lataniers et
des mûriers , dont les boutons commençaient à
grossir.
Avant d'arriver a la ville de Tchang - chan - bien ,
dont les murailles s'étendent jusqu'aux montagnes
Yoisines, et renferment plusieurs collines arides ,
nos bateliers mouillèrent auprès d'un pont dont les
piles sont en pierre , et sur lesquelles on étend de
Tune à Fautre des pièces de bois qu'on retire à
volonté pour donner un Hbre passage aux barques ,
qui remplissoient, dans ce moment , une bonne
partie de la rivière. La campagne autour de la ville
est très-bien cultivée; les champs sont partagés par
planches ou Ton sème des légumes. On voit à
Tentrée , une tour de sept étages , qui tombe en
ruines ; la porte de la ville est pareillement dégra-
dée , et le pavillon qui est au-dessus, n'est fermé
<iue par des nattes. Les murailles sont b^es et
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^2 RETOUR
construites en pierre ; les rues sont étroites , cail-
loutées , et bordées de boutiques dans lesquelles
on vend de petites bourses , des pipes et des sou-
liers garnis de gros clous. Les bouchers ont le même
usage qu'en Europe, et étalent leur viande sur de
grosses pièces de bois. Plusieurs maisons sont en
briques , et d'autres entièrement en bois. Durant
notre promenade nous fûmes suivis par un petit
nombre de Chinois , et nous vîmes peu de monde.
De retour dans nos bateaux , nous demandâmes
aux mandarins des chevaux pour notre voyage par
terre ; ils firent d'abord des difficutés , en disant
qu'il n'étoit pas facile de s'en procurer ; mais ayant
insisté , ils promirent à la fin de nous en fournir.
[5.] L'ambassadeur partit en palanquin dès le
matin ; mais les mandarins nous ayant fait attendre
pour des chevaux , il étoit près de onze heures
lorsque nous nous mîmes en route , entourés d'un
grand nombre cTenfans qui crioient après nous ,
et qui nous suivirent dans la ville. A sa sortie ,
on trouve un chemin très-bien entretenu , qui
consiste en une chaussée pavée de petites pierres
avec un rang d'autres plus larges placées au mi-
lieu. H est disposé de cette manière dans les vil-
lages et dans les bas-fonds ; mais dans les autres
endroits , la terre est seulement bien battue ; ce
chemin peut avoir environ vingt pieds de largeur ;
il monte et descend foiblement , en passant tantôt
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DE PEKIN G. 93
«dans des vallées ensemencées , et tantôt entre des
collines couvertes de pins ou cultivées. On voit
du blé, de l'orge, des navets , des pois gris et du
Tchou-ma ; cette espèce de chanvre , qui a la côte et
la feuille épaisse , croît très-haut; ii est fort, et on
s'en sert pour faire des cordes et de grosses étoffes.
Nous traversâmes quelques petits villages , et
nous vîmes plusieurs maisons qui servent de re-
traite aux voyageurs. Avant d'arriver au bourg de
Tsao-ping-y , situé à moitié du chemin , et dans
lequel nous nous arrêtâmes pour prendre des ra-
fraîchissemens , nous trouvâmes dans une gorge
de montagne, une porte fortifiée avec des mu-
railles qui s'étendoient sur les hauteurs voisines :
ce poste, défendu par un petit nombre de soldats ,
sert à garantir /e pays contre les incursions des
voleurs. A peu de distance du bourg on en trouve
encore un pareil, qui fait la séparation entre les
provinces du Tche-kiang et du Kiang-sy. Après le
bourg , la route continue entre des collines plus
ou moins élevées, et dont quelques-unes offrent
des pierres argileuses , grises , veinées de blanc ,
ou brunâtres avec des taches vertes. Le chemin en
général est bien entretenu , et coupé de distance
en distance par des rigoles pratiquées pour l'écou-
lement des eaux ; ii faut y faire attention , car
un de nos compagnons de voyage culbuta, avec
son cheval , et roula dans les terrains inondés qui
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p4 RETOUR
sont destinés à ia culture du riz , et qui bordent
la route. Les Chinois nous avoient prévenus que
nous verrions beaucoup de tabac» mais nous n'en
aperçûmes qu'un champ d'une médiocre étendue.
Après avoir passé trois arcs de triomphe , nous
arrivâmes auprès d'une petite rivière sur laquelle
il y a un pont en pierre, et qui est très-bien fait;
des Chinois s'occupoient a y placer des parapets ;
mais la pluie nous empêcha de rester plus long-
temps , et nous força d'entrer promptement dans
le faubourg de Yu-chan-hien , dont les maisons
sont presque toutes en bois , a l'exception de quel-
ques-unes qui ont les côtés en briques ; elles sont
généralement meilleures que celles de la ville ,
où Ton ne voit de 'remarquable que deux arcs de
triomphe très-bien travaillés , et deux pagodes. La
porte est bâtie en demi-cercle ; elle est peu élevée
ainsi que les murailles , et construite, comme elles ,
avec des pierres rouges. Entrés dans le second fau-
bourg , nous ne tardâmes pas à arriver dans le
Kong-kouan qui nous étoit destiné, et qui se
trouva être le même que le lord Macartney avoit
occupé l'année d'avant. Cette maison, que i'anïbas-»
sadeur anglois prétend être destinée à faire les exa-
mens , n'en a nullement l'apparence , et sert uni-
quement aux marchands qui vont en voyage : elle
est grande et assez bonne ; les principaux murs
font en briques , et la façade en bois.
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DE PEKIN G; 9$
Nous allâmes dans le faubourg pour voir si nous
trouverions quelque chose à acheter, mais les bou-
tiques n'avoient aucun objet de valeur ; les Chi-
nois se tinrent aux portes de leurs maisons pour
nous regarder ; plusieurs nous suivirent , mais le
nombre n'en fut pas considérable.
Nos bateaux n étant pas éloignés , nous fûmes les
examiner ; ils étoient de deux espèces : les grands
sont lourds et n'ont que des nattes qui se poussent
en place de portes ; les petits ressemblent assez à
ceux de Nan-ngan-fbu. Le bateau destiné pour
l'ambassadeur, étoit tout en bois (n.° 17 ) ; il avoit
au milieu une grande salle , ensuite une chambre à
coucher, et en avant deux autres pièces dont une
pour les matelots. Les Chinois qui rament sont
placés sur l'avant; ils peuvent faire le tour du ba»
teau en dehors , sur une planche saillante qui
règne tout autour. Le patron se tient a l'arrière ,
monté sur une espèce de coffre ; il a également une
rame près de lui, dont ii se sert au besoin. Un toit
en bois le met à l'abri du qgieit et de la pluie.
La partie antérieure du bateau est* percée de trois
trous , qui servent au même usage que dans les
bateaux de Nan-ngan-fbu ; le mât est placé vers
les deux tiers de la longueur du bateau ; la voil«
est de natte , et se plie par feuilles.
L'ambassadeur n'arriva qu'à six heures du soir ,
après lui nos lits et une partie du bagage. Deux
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5>6 RETOUR
soldats HoIIandois obtinrent seuls des chevaux , les
autres vinrent en palanquins ; nos domestiques et
plusieurs effets ne quittèrent Tchang-chan- hien
qu'à quatre heures de l'après-midi , les mandarins
n'ayant pu parvenir à se procurer plutôt les coulis
nécessaires. Les chevaux paroissent être très-rares
dans ce pays , nous n'en rencontrâmes aucun , les
Chinois voyageant presque tous à pied ou en pa-
lanquin.
Nous ne rencontrâmes que peu d'habitans et
encore moins de voyageurs dans la route que nous
fîmes par terre dans cette journée , quoique ce
passage fasse la séparation des deux provinces de
Kiang-sy et de Tchekiang, et que, suivant les
Chinois , il serve de communication à sept pro-
vinces différentes.
[6.] Nos effets n'étant pas encore arrivés, nous
allâmes dans la ville , où nous vîmes un arc de
triomphe très-bien travaillé : nous entrâmes ensuite
dans une ancienne pagode appelée Ouang, dans
laquelle des Chinoîi venoient de faire un sacri-
fice en égorgeant une poule sur un petit tigre en
pierre , placé a l'entrée de la salle principale. Le
sang étoit encore chaud. Nous regrettâmes beau-
coup de n'avoir pas été témoins de cette offrande,
et des cérémonies qui se pratiquent dans cette cir-
constance ; c'étoit la première fois que j'enten-
dois parler d'un sacrifice sanglant. Nous visitâmes
ensuite
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ï)E pekiWg. 07
ensuite une autre pagode ; celle-ci n'étoit pas
encore entièrement achevée. On emploie beau-
coup de bols dans fa construction de ces édifices ,
et fes Chinois les font avec un soin particulier,
car les portes et les fenêtres sont travaillées a jour
et ornées de sculptures. Xa porte extérieure est en
brique et fort bien constate.
En revenant à notre lWng-kouan , nous ren-
contrâmes notre premier mandarin , précédé des
soldats, des tranche- têtes , des bourreaux et des
porteurs de chaînes du gouverneur de la ville ,
chez lequel il alloit faire sa visite. Tout fier de cet
attirail respectable , il crut que nous nous arrê-
terions pour le saluer ; mais nous continuâmes
notre route sans le regarder. Nous aperçûmes
peu d'hommes dans la ville, et encore moins de
femmes.
Le derrière de notre maison étant occupé par
le propriétaire et par ses femmes , celles-ci nous
regardoient par les fentes de la porte et par un
trou pratiqué dans la cloison ; mais u*i Chinois-
étant survenu au moment où elles ne s'y atten-
doient pas, il les fit retirer; nous mîmes alors une
planche devant le trou, pour montrer au maître
de fa maison que nous ne chcwfeians pas à voir
chez lui. Quelques-unes de ces" femmes étoienfc
jeunes , assez jolies et bien habillées.
La rivière qui passe a Yu-chan-hien n'est pas
TOME II. G
5>S RETOUR
large j ses bords sont plats , avec quelques collines ,
dont les unes sont arides et les autres couvertes de
pins , qui croissent par-tout ; les montagnes sont
dans I cloignement. Nous nous embarquâmes ie
soir.
[7.] On cultive dans les champs l'orge , le blé
et le Tchou-ma ou chancre : on trouve aussi des
arbres à suif et des mûril^ , mais ceux-ci paroissent
plus rares. Les habitations sont de distance en dis-
tance, et forment un bel effet. On aperçoit aux
environs quelques bestiaux, et plusieurs moulins ;
ils sont mieux faits dans ces cantons que ceux que
nous avions vus précédemment , et portent sur Taxe
quatre dents pour chaque levier ou pilon , ce qui le
fait agir plus promptement. Le terrain est sablon-
neux et rougeâtre ; les pierres sont de la même cou-
leur : les Chinois les tirent des collines voisines ,
qu'ils exploitent de haut en bas et à découvert.
La ville de Kouang-sin-fbu , où nous nous arrê-
tâmes seulement pour y prendre des vivres , a des
murailles an pierres rouges ; une petite tour avec
un comble en pierre et ayant plusieurs étages ,
une seconde qui n'en a que deux, enfin , un petit
pavillon ouvert , construit en pierres rouges , son t
tout ce que nous, vîmes de remarquable auprès de»
cette ville.
Nous arrivâmes dans la soirée à Ho-keou. Ce
bourg est considérable et •paroît fort peuplé :
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de peking: 99
les fondemens des maisons sont en pierres rouges.
Tandis que nous faisions route , les officiers des
lieux devant lesquels nous passions, envoyoient
complimenter les mandarins qui nous condui-
soient : lorsqu'ils venoient eux-mêmes , ils restoient
sur le bord de la rivière ; et lorsque nos bateau*
déploient , ils présentoient de loin leurs compli-
mens écrits , et se mettoient même à genoux lors-
qu'ils étoient d'un grade très-inférieur.
[8.] De hautes montagnes s'élèvent à Test. La
campagne est plate , avec des collines dans Téloi-
gnement : celles qui sont les plus basses sont cul-
tivées par terrasses ; les autres sont arides et com-
posées quelquefois entièrement de pierres rouges.
On voit un grand nombre de pins : les Chinois
en plantent dans tous les endroits où ces arbres
peuvent croître. Le terrain en général est rouge.
La culture auprès de Y-yang-hien , où nous arri-
vâmes le matin , est celle du blé , de l'orge et de
l'herbe à huile. Après avoir quitté cette ville , dont
les murs en pierre et en partie détruits sont
peu élevés du coté de la rivière et presque au
niveau des maisons , la violence du vent nous
obligea, de nous mettre à l'abri , à peu de distance
VTune tour de sept étages , presque aussi large par
ie haut que par le bas, et dont le comble en pierre
avoit la forme d'une lanterne surmontée d'une
autre plus petite. Cette tour est bâtie sur un©
G 2
IOO RETOUR
foible hauteur , totalement composée de pierres
rouges disposées par bancs inclinés ( n. f ij ).
[p.] Nous partîmes de très-bonne heure, mais
nous nous arrêtâmes de nouveau , malgré tout ce
que put objecter M. Vanbraam pour déterminer
nos mandarins à continuer : ceux-ci prétendoient
que nous ne pouvions connoître la direction du.
chemin , et que les vents étant contraires dans l'en-
droit où nous étions , ils dévoient l'être encore plus
loin; enfin, le temps s'étant un peu calmé, nos
bateliers se remirent en route dans l'après-midi.
Le terrain est toujours entrecoupé de collines et
de montagnes : ces dernières sont en arrière et pré-
sentent les formes les plus singulières. Après avoir
marché quelque temps , nous passâmes devant une
colline percée a jour, appelée Tching-neng-che,
et nous arrivâmes , peu de temps après, à la ville
de Kouey-ky-hien , précédés par un bateau con-
tenant des soldats qui frappoient sur des bassins
de cuivre , et qui jouoient sur des instrumens. Les
murailles de la ville sont basses du côté de la ri-
vière , et sont construites en pierres rouges : on
aperçoit par -dessus plusieurs arcs de triomphe et
quelques maisons qui paroissent fort bonnes.
On voit près de la ville une montagne nommée*
Long-fou-chan , près de laquelle il y a un canal et
un village qui fut jadis la demeure cTun astn»
nome fameux nommé Tchan-hien-tse. Les Chinois
4 *
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DE PEKING. 101
prétendent qu'il guérit les possédés du démon :
ceux qui l'invoquent en reçoivent un billet avec
son nom ; une personne de ia famille de ce person-
nage , portant le même nom que lui , occupe sa
place , et jouit de certains privilèges et d'une pen-
sion qui lui est accordée par l'empereur.
[ 1 o. ] Une petite tour de pierre , haute d'environ
quinze a vingt pieds , est tout ce que nous vîmes
de curieux avant d'être à la ville de Ngan-jin-hien ,
dont les murs , bâtis en pierres rouges , s'étendent
au loin et renferment plusieurs collines arides. La
campagne , après la vilïe, est très-belle et coupée
par des ruisseaux. Le terrain est uni et rempli
d'arbres , principalement de ceu^x qui produisent
Je suif: dans les endroits ou il n'y en a pas , on voit
de /orge et de l'herbe à huile.
Nous marchâmes très -lentement dans Faprès-
midi , nos bateaux attachés l'un à l'autre se laissoient
aller au fil de Feau et n'osoient faire route , parce
que les patrons avoient reçu l'ordre d'aller douce-
ment, et d'avoir l'attention de ne pas dépasser fa
barque de notre premier mandarin. Ce Chinois
auroit cru sa dignité compromise si un de nos ba-
teaux avoit été plus vite que le sien ; il avoit même
déjà tait donner quelques coups de bambou au
patron de fa barque de l'ambassadeur, pour n'avoir
pas exécuté ses ordres : aussi depuis se tenoit -ii
de barrière , et les autres bateaux n'osant plus aller
Gj
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102 RETOUR
commè à fordinaire , nous n'arrivâmes qu'à six
heures du soir au village de Ouang-kia-pou , à peu
de distance de la ville.
[il] On trouve de temps en temps des mai-
sons et de petits villages répandus dans la cam-
pagne : la culture est Forge , le blé , Therbe à huile
et le Pe-tsay. Cette plante potagère , fort estimée
des Chinois , ressemble à nos cardes poirées ; elle
parvient jusqu'à deux pieds et plus de hauteur %
et pèse de dix à quinze livres. Les Chinois ex-
posent cette plante au soleil pour la faire sécher %
ou la confisent dans la saumure.
Après avoir passé le bourg de Long-tchin , éloi-
gné d'une lieue de la ville de Yu-kan-hien , nous
trouvâmes la campagne unie et disposée par grands
plateaux ; les terres sont rouges , basses et parta-
gées par la rivière , ce qui forme plusieurs îles sur
lesquelles on recueille du foin en assez grande?
abondance.
Les Chinois n'ont pas de fauïx; ils se servent
d'une espèce de couperet (n.° 70) de huit à neuf
pouces de longueur sur trois de largeur ; le coté
du tranchant est droit; Je dos est arrondi, et porte
à l'extrémité la plus large une douille de fer dis-
posée de biais , à laquelle on adapte un manche.
Les Chinois font peu d'ouvrage avec ce mauvais
instrument , qu'ils tiennent droit et sans se pen-
cher. Le foin est chargé dans des bateaux à mesure
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DE PEKING. 103
xju on le coupe : une partie est consommée par les
animaux ; l'autre est étendue dans les champs ,
où elle se pourrit et sert jd'engrais. Après avoir
passé devant plusieurs fours à briques , nos ba-
teaux mouillèrent à l'extrémité du bourg appelé
Cha-hong. *
[12.] La rivière forme différens canaux ; elle
devient large ensuite , et l'on voit une grande
étendue d'eau dans le sud-ouest. Nous avions le
lac Po-yang à l'ouest , mais il nous fut impossible
de le découvrir. La rivière reprit bientôt sa lar-
geur ordinaire , et la campagne devint plus élevée :
on y voit des arbres , des habitations et des tom-
beaux. Les maisons des villages sont dans un état
déplorable , elles tombent en ruine , et je ne sais
comment on permet aux Chinois de les habiter. Le
terrain est rougeâtre, argileux, et veiné de jaune.
Nous n'aperçûmes dans toute la journée que
quelques vaches , un petit nombre de boeufs , et
huit chevaux , qui paissoient librement dans les
champs. 'Nous rencontrâmes le soir un bateau
pêcheur ( n' yo ) ; il étoit long , étroit , ayant d'un
coté une planche blanchie et inclinée jusqu'au bord
de l'eau , et de l'autre côté un filet de la longueur
du bateau. Le poisson, en voyant cette blancheur,
saute par-dessus, sans dépasser le bateau à cause
du filet; ce qui peut arriver à Macao, où I on pêche
de la même manière , mais sans filet.
G4
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104 RETOUR
[13.] La campagne est plate, fa rivière fort
large; mais une île qui en occupe le milieu, di-
minue sa largeur ; cette, île est celle devant laquelle
nous nous étions arrêtés en montant, aussi nous
ne tardâmes pas à distinguer la maison que nous
avions déjà occupée. Le rivage que nous suivîmes
ne présente rien de curieux, excepté plusieurs fours
k chaux qui sont construits avec de petites pierres
rouges posées de biais les unes sur les autres, et
retenues en dehors par des cordes ( n.° 7/ ). La
pierre qu'on emploie pour faire la chaux, est tendre
et blanchâtre.
Parvenus aux faubourgs de Nan-tchang-fou ,
capitale de la province du Kiang-sy, nous n'y vîmes
que des maisons misérables : un petit nombre de
soldats nous attendoit le long de la rivière, et
bientôt après nos bateaux s'arrêtèrent auprès d'une
place entourée de maisons. Nous allâmes nous pro-
mener dans les faubourgs et dans une partie de la
ville. Les rues en sont étroites et sales , quoique
pavées avec de larges pierres plates. Ndus vîmes
un grand nombre de boutiques , mais les plus
belles sont presque toutes situées dans le même
quartier , les autres sonx peu riches ; il y en a d'en-*
tièrement remplies de chapeaux de paille et d'éven^
tails ; plusieurs . contiennent tout ce qui est à
l'usage des comédiens. Étant entrés, chemin fai-
sant, dans une boutiquç pour acheter quelques
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DE PEKING. IOJ
bagatelles , nous rîmes beaucoup de voir le mar-
chand s'enfuir à toutes jambes ; mais les soldats
Chinois qui nous accompagnoient pour écarter
Je peuple , ramenèrent promptement cet homme ,
qui d'abord pâle et tremblant , se remit bientôt de
sa frayeur , et nous vendit très-cher : il paroît que
c'est l'usage dans ce lieu , car ayant marchandé
quelques porcelaines dont la forme différoit tota-
lement de celles qu'on trouve à Quanton, nour
fûmes obligés de les laisser, vu le haut prix qu'on
nous les fit : la même chose nous arriva chez
un marchand de curiosités , qui nous demanda le
quadruple de ce que l'objet valoit. II paroît qu'on
fait un grand commerce a Nan- tchang-fou , à en
juger par le nombre des boutiques , et par la ma-
nière dont elles sont fournies.
Un grand nombre de Chinois remplissoit la place
devant laquelle nos barques étoient arrêtées, ce-
pendant la foule «n'étoit pas très-considérable , et
nous n'en fûmes pas incommodés durant notre pro-
menade. L'île qui étoit près de nous , étoit environ-
née de beaucoup de bateaux , dont une partie sert
à faire un pont qu'on retire à volonté. Les Chinois
nous proposèrent de changer de barques , mais
nous préférâmes de garder les mêmes.
[i4-] Vers les neuf heures, le troisième man-
darin qui nous accompagnoit , vint prendre l'am-
bassadeur pour le conduire dans la ville : notre
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ïo6 RETOUR
premier conducteur s'étant emparé du pavilîon que
les Chinois avoient construit pour recevoir l'am-
bassade lorsqu'elle descendroit , et nos bateaux
se trouvant à l'extrémité de la place, l'endroit où
M. Titzing mit pied à terre, étoit tellement rempli
de boue , qu'on fut obligé de mettre des planches
pour qu'il pût parvenir jusqu'à son palanquin.
Cela fait voir de quelle manière les Chinois en
agissent avec les étrangers : si une fois on leur
cède quelque chose par politesse, ils l'exigent en-
suite comme un droit.
L'ambassadeur fit le salut ordinaire ; il assista
ensuite à une comédie et à un repas que lui don-
nèrent les mandarins de Nan-tchang-fou , qui
en général furent très-honnêtes. M. Titzing étant
revenu, bientôt après nos bateaux se mirent en
route , laissant l'île a droite , et la ville et le fau-
bourg a gauche. Les pavillons du bateau de l'am-
bassadeur furent changés; les mandarins en firent
mettre de rouges à la place des jaunes quiy étoient
auparavant.
La campagne est plate , sauf quelques collines :
Jes habitations sont répandues de distance en dis-
tance dans les champs; les paysans s'y occupent
à la culture du blé , de l'orge , de l'herbe à huile
et du Pe-tsay ; aussi voit-on beaucoup de piquets,
dressés exprès , pour faire sécher cette dernière
plante.
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DE PEKING. I07
[15.] La campagne est très-belle ; elle est unie ;
mais on voit quelquefois des collines dont les bas
«ont cultivés. Les habitations sont répandues dans
Jes champs , et toujours environnées d'arbres. On
distingue aussi des villages , et nous vîmes deux
pagodes, dont une, bâtie sur une colline boisée ,
présentoit un fort joli point de vue. Les bords de
la rivière sont couverts d'arbres de différentes espè-
ces , de saules et d'oziers. Le fleuve forme plusieurs
îles; son cours est rapide ; ii ronge et emporte les
terres : pour y remédier, les Chinois construisent
des quais, mais qui s'écroulent promptement par
le peu de soin qu'ils mettent à les faire. La côte est
sablonneuse sur un fond d'argile. Nous vîmes peu
de monde , très -peu de bestiaux et quelques ba-
teaux qui remontoient ou descendoient la rivière.
Aimés à la ville de Fong-tchin-hien , on nous
donna de la musique ; mais les musiciens n'étant
pas plus habiles que ceux que nous avions entendus
lorsque nous étions passés précédemment , leur
concert fut aussi détestable que la première fois :
cependant cette musique plut si fort à notre pre-
mier mandarin , que, pour en jouir seul, et à son
aise , if fit passer nos bateaux de l'autre côté de la
rivière.
[16.] La campagne est be!!e et coupée par des
ruisseaux : les collines sont couvertes de pins, on
culûvées par terrasses , sur lesquelles il y avoit du
Io8 RETOUR
blé et de belles orges. On apercevoit des champs
entiers d'herbe a faire de l'huile : le terrain est
argileux , rouge par fois , et tantôt jaunâtre. Les
maisons sont entourées d'arbres , et répandues ç>
et là ; elles sont bâties généralement en bois , et
paroissent mauvaises ; les pagodes , au contraire ,
sont en bon état, et bien construites. Nous vîmes
plusieurs fours à chaux ; les uns étoient dans la
terre, les autres en dehors : ces fours sont petits,
entourés de nattes attachées avec des cordes. Pour
souffler le feu , les Chinois se servent d'un grand
rond d'osier (n.° ji J. La pierre à chaux est tendre ,
blanchâtre , avec des veines grises. Nos bateaux
s'arrêtèrent , f après - midi , au bourg de Tchang-
tchou-chen , éloigné de trois lieues de la ville de
Lin-kiang-fou : le courant y étant rapide, les Chi-
nois ont construit un quai le long de la rivière.
Ce bourg paroît considérable , et il s'y fait un grand
commerce en drogueries.
[17.] Le terrain est plat et coupé par des ruis-
seaux ; on aperçoit plusieurs collines ; des mon-
tagnes paroissent dans 1 eloignement : la terre est
argileuse , de couleur rouge et jaunâtre. Nous
vîmes le matin une Chinoise assise , avec son ba-
gage, sur une brouette conduite par deux hommes,
(n. 9 18). On passe devant une tour blanche de
neuf étages , avec un comble en pierre, et devant
une pagode qui en est peu éloignée , avant que
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DE PEKING. 109
d'arriver au bourg d'Yun-tay , dans lequel on fait
de fa chaux , et où nous trouvâmes beaucoup de
bateaux chargés de charbon. Ce bourg est consi-
dérable ; mais nous n'y vîmes de remarquable
qu'un grand vase à brûler des otfrandes , placé,
suivant l'usage , au devant de la pagode : ce vase
étoit en fer , et pouvoit avoir de dix à douze pieds
de hauteur ( n. a ji ). La campagne , après le bourg,
est fort belle ; on voit beaucoup d'orangers; les
habitations sont placées de distance en distance.
Nous vîmes l'après-midi deux pagodes, dont
Tune est voisine d'une tour qui n'a plus que trois
étages et a très-peu de distance de la ville de Sin-
kan-hien, dont on distingue le quai bâti le long
de la rivière , et deux autres pagodes qui en sont
peu éloignées.
Nous descendîmes ici pour nous promener. On
cultive l'orge , l'herbe à huile et le Pe-tsay. Nous
aperçûmes dans les champs de l'avoine , mais en
très-petite quantité , car les Chinois l'arrachent; ils
n'ont pas même de nom pour cette plante qu'ils
désignent sous le nom générique de Me [grain] . Ils
parurent étonnés lorsque nous leur dîmes qu'elle ser-
voit à la nourriture des chevaux. Nous trouvâmes
de Ti vraie , du sainfoin , et de l'oseille dont nous
mangeâmes les feuilles , au grand étonnement de
ceux qui nous suivoient. En continuant notre pro-
menade , nous traversâmes un petit village dont
IÎO RETOUR
les femmes s'occupoient a ûler du coton herbacé.
[i8.] Le terrain continue d'être le même. Le
haut des collines est garni de pins , mais le bas est
cultivé. La ville de Hia-kiang-hien , où nous arri-
vâmes dans l'après-midi, ne présente aucun édi-
fice remarquable, et ses murailles sont en très-
mauvais état. On voit seulement au-delà de la
rivière, qui est large en cet endroit, plusieurs
pagodes et un arc de triomphe. En quittant la
ville , le terrain est plat à droite , avec des mon-
tagnes éloignées ; du côté opposé elles sont placées
sur le bord du fleuve et arides : sur Tune d'elles on
voit une vieille tour ruinée par le tonnerre , ce qui
lui a fait donner le nom de Ta-Iouy-ta / uur frappée
par le tonnerre ].
[19.] Les montagnes sont quelquefois près du
fleuve , et dans d'autres endroits elles en sont éloi-
gnées ; les bas sont cultivés par terrasses : en gé-
néral , le terrain est montueux ; il est jaunâtre et
rougeâtre sur un fond d'argile. La campagne est
coupée par des ruisseaux , et Ton voit dans les
champs des maisons et plusieurs tombeaux ; nous
en vîmes un qui occupoit à lui seul unè colline
entière t8).
À la ville de Ky-chouy-hien , où nous trouvâmes
des soldats rangés en ligne , nous descendîmes
sur une très -jolie pelouse qui règne le long de la
rivière. Une pagode se trouvant à peu de distance ,
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DE PEKINC. I I I
nous y entrâmes ; elle a deux étages ; du plus
élevé on découvre une belle campagne , unie
jusqu'aux montagnes, qui ne sont pas très -éloi-
gnées. Les murs de la ville sont en mauvais état ;
lui teneur est misérable , peu peuplé , et , à l'ex-
ception d'un petit nombre de bonnes habitations ,
la plus grande partie de la ville est remplie de
petits jardins , d'espaces vides et de méchantes
maisons tombant presque en ruine. Les boutiques
sont chétives. Cette ville a dû être jadis dans un
état plus florissant , car nous vîmes les restes de
plusieurs arcs de triomphe ; un autre n'étoit pas
encore totalement ruiné, et un dernier venoit
d'être nouvellement construit.
Arrivés près des murailles, nous y montâmes
pour découvrir les portes de la ville ; mais nous
en trouvant trop éloignés , nous descendîmes par
une brèche faite aux murs , et par laquelle on jette
les immondices.
[20.] La vue, après Ky-chouy-hien, est très-
agréable. Les bords de fa rivière sont couverts
d'arbres ; le terrain plat d'abord , présente ensuite
des collines rougeâtres et boisées : plus loin sont
des montagnes, dont la plus avancée a la forme
<f un pain de sucre.
Après avoir passé deux tours blanches , nos ba-
teaux mouillèrent en-dehors de la ville de Ky-ngan-
fou, que nous allâmes visiter. Le faubourg est
112 RETOUR
long et garni de boutiques. Les murailles de fa
ville sont mauvaises. Le quartier que nous tra-
versâmes ' n'étoit occupé que par des maisons de
peu d'apparence ; mais étant éloignés du centre de
la ville , il nous fut impossible de juger de l'in-
térieur. Le hasard , car nous étions sans guides ,
nous ayant conduits à une autre porte, nous nous
trouvâmes dans la campagne ; elle est très-jolie et
coupée par des ruisseaux. Un chemin pavé nous
ramena dans le faubourg , et , après une heure de
marche , nous rentrâmes dans nos bateaux. Un
très-petit nombre de Chinois nous suivit; nous
N en vîmes fort peu durant notre promenade, et la
quantité de ceux qui étoient sur le rivage, pour
nous regarder , n'étoit point du tout considérable.
On ne voit pas beaucoup de bateaux sur Ja rivière ,
et rien n'annonce une ville du premier ordre.
A peine étions-nous en route , que nous revînmes
sur nos pas pour changer une partie de nos vivres
qui étoient gâtés. Repartis , pour la seconde fois ,
nous passâmes une demi-heure après devant une
tour de neuf étages , qui a la forme d'un cône
tronqué ; elle est noire , sans comble , et paroît
très-ancienne. Le terrain est plat et entremêlé de
collines ; les montagnes sont tantôt proches et
tantôt éloignées de la rivière.
Arrêtés a Touy-fong, nous allâmes dans ce
bourg qui est considérable ; les rues, où l'on voit
beaucoup
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DE PEKlNG. I 13
beaucoup de boutiques , sont pavées avec des bri-
ques et de petites pierres. Étant entrés dans une
maison qui avoit de Fapparence , nous remarquâmes
fe plafond de la première salle disposé en coupole
et très-bien travaillé : il y a dans la cour , qui est
au milieu de la maison , des pierres placées de-
bout , sur lesquelles on a gravé le nom et la qualité
du propriétaire. Les boiseries de l'appartement prin-
cipal sont vernissées, et dans une des pièces on
voit une grosse lampe suspendue.
Plusieurs maisons du bourg nous parurent aussi
bonnes que celle que nous venions de visiter. Les
Chinois nous en montrèrent une appartenant à un
mandarin qui s'étoit enrichi : les murs en sont neufs
et les portes vernies , mais le temps ne nous permit
pas d'y entrer.
Les chemins en-dehors du bourg sont bordés
d'arbres. Dans certains endroits on voit des Chi-
nois occupés à faire des cordes de bambou.
L'homme qui les travaille est monté sur un écha-
faud de douze a quinze pieds de haut, et la corde
descend à mesure qu'elle est tressée. Lorsqu'elle
est achevée , on la met à tremper dans un trou
dans lequel on a versé de l'urine. Les habitans
du bourg restèrent fort tranquilles ; quelques-uns
nous suivirent, et parurent très-contens lorsque
nous nous arrêtâmes à considérer leurs maisons.
Le terrain , dans les environs , est sablonneux ,
TOME II. H
Il4 RETOUR
rougeâtre et quelquefois jaunâtre. Dans l'après-
midi un corps mort flottoit sur la rivière.
[21.] Le terrain est montueux; les endroits
plats sont cultivés et parsemés, de maisons et <te
différens arbres.
Je vis le matin des chiens qui mangeoient un
cadavre abandonné sur la grève. Dans Faprès-»midi
nous passâmes devant un tombeau d'une grande
étendue et qui étoit presque détruit. On voit dans
la partie la plus élevée une grande pjexre debout,
deux mandarins et trois animaux ; plus bas , il y
a deux chevaux placés vis-à-vis Tua 4e l'autre:
toutes ces figures sont en pierre ( v.' 73). jLa coi-
line sur laquelle ce monument e&t situé , est rou-
geâtre et jaunâtre ; les pierres qui la composent
sont par bancs inclinés. La campagne devient
ensuite plus unie; et après avoir passé une tour
de neuf étages, qui penche par le haut, nos ba-
teaux ne tardèrent pas à mouiller près du rivage ,
à peu de distance de la viHe de Tay-hp^hiett,
[22.] De l'endroit où nous éttoos on «perçoit
une partie de la ville et une tour blanche : il y en
avoit une autre près de nous ; mais cejie-ci étoit
petite, rouge et tellement couverte de broussailles ,
qu'on l'auroit prise pour un gros tronc d'arbre.
La campagne est toujours la même, et fait voir
de temps en temps des collines rougeaudes , dont
les parues élevées sont couvertes de pins et les
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DE PfKING. Ilj
plus basses, d^lnpçs à Ja culture. £îous yîmes
plusieurs petits villages^ des corps-de-garde et quel-
^^^ aui'n'avpient rien de «manpwbfe,
jhofsoin seul qui ,£tcflt orné de figures de pierre, re-
présentant des chevaux , des t>etfers et des tigres.
fJous aperc&nes jlans Taprès -midi uue trentaine
de vaches. Qn trouve à, la sor^e^'un bourg appelé
Pe -r kia- tsun , une pçgode , et un arc de triomphe
formé de deux triangles égaux, dont, le sommet est
réuni par un e ( Ratisse ; £ peu de distance est une
tour dont il ne reste que çleux étages , avec vn
escalier en-dehors : nxms crûmes Sabord qu'elle
étoit trèsranqeune ; mais ou nous ajt^ue cejte ruine
avoit été cpnstruite récemment avec .des rochers
factices apportés $e Quanton., On s'en aperçoit en
Ja considérât 4e .près ; car cet ouvrage est d'un
styJe .mesquin et trop xnédiocre pour représenter
une tour arctique et ruinée par le temps.
[23.] La campagne est uiye et coupée de col-
lines boisées : on voit fies maisons et beaucoup
d'arbres. Nous n'aperçûmes de curieux qu'une tour
de neuf étages, \âûe sur une .hauteur, et une pa-
gode , au bas de laquelle est un quai qui borde
la rivière et dont il sort deux petits filets d'eau.
îPJus.loin la carflpagne est Ja infjme ; majs on dé-
couvre des montagnes, sur -tout auprès de Quan-
Jigan-hien , où nous nous arrêtâmes, ^es maisons
4e cette ville ont peu d'apparence, et son seul
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Il6 RETOUR
commerce consiste en huile qu'on retire des graines
du Tcha-tchou qui croît dans tous les environs.
Les montagnes qui font face à la ville sont cou-
vertes de pins ; mais c'est sur-tout dans ies bas
qu'ifs sont en plus grande quantité. Sur une de
ces montagnes on distingue une tour de cinq
étages : chaque étage va en diminuant ; les deux
premiers sont larges et très - inclinés , les trois
autres le sont moins. La tour a huit côtés et res-
semble à une pyramide. Le terrain au-delà de fa
viile est montueux et très-boisé. Nous parvînmes
bientôt dans un endroit nommé Mien-tsin-tang ,
vis-a-vis d'une grande vallée qui se prolonge entre
des hauteurs , et dans laquelle on voit un village
et un petit pont bâti sur un ruisseau.
Etant descendus à terre, nous prîmes le chemin
qui suit le bas des montagnes ; celles-ci s'ouvrent
quelquefois et forment des vallées dans lesquelles
on cultive le riz et la navette : les hauteurs sont
couvertes d'arbres à huile. Nous vîmes , en nous
promenant , quelques orangers en rieurs.
[ 24. ] La rivière étant montée pendant la nuit
de huit à neuf pieds , le courant devint si fort que
nos bateliers n'osèrent se mettre en route ; ce
retard nous permit de nous promener dans le voi-
sinage.
Le terrain uni étant rare , les Chinois cultivent
, » le riz dans les petits plateaux qui sont au bas des
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DE. PEKIN G.' Iiy
montagnes , ou dans ceux qui , quoique plus
élevés, sont néanmoins susceptibles d'être arrosés
par les eaux qu on y conduit des hauteurs. Les
montagnes sont généralement couvertes de pins
et de taillis ; mais dans les endroits où la terre est
meilleure , on l'emploie à !a culture duTcha-ichou
( n. et 74, 7$ ). Cet arbuste ressemble au thé par
sa feuille , mais elle est plus grossière ; sa Heur
est blanche et composée de cinq pétales. La baie
qui lui succède a la forme alongée , et renferme
quelques noyaux huileux dont les Chinois tirent
de fhuile en les écrasant dans des moulins des-
ûnés à cet usage. Ces moulins sont .mus par une
grande roue à augets , que fait aller un foible
courant d'eau, et qui elle-même en fait tourner
une autre placée horizontalement dans le bâtiment*
Cette dernière roue est partagée par quatre pièces
de bois qui sortent un peu en-dehors de la circon-
férence , et portent à chaque extrémité une petite
roue garnie de fer qui roule dans un, canal de bois
également doublé de fer, dans, lequel on met les
graines duTcha-tchou pour être écrasées : lorsque
celles-ci le sont suffisamment et qu'on en a exprimé
ensuite toute l'huile y les Chinois en. composent ,
en les mêlant avec de la paille, des espèces de pains
dont ifs se servent au lieu de savon. Nous trou-
vâmes dans un de ces moulins un arbre creusé et
qui paroissoit servir de pressoir ; mais personne
H 3
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I l 8 RETOUR
n'étant là , nous ne pûmes en connoître FempIoL
[25.] La route continue entre dès montagnes
qui , tantôt très-près de la rivière et tantôt éloignées ;
laissent entre elles dés plateaux que les Chinois
mettent à profit. Les hauteurs sont couvertes ô?arbres
à huile : dans les bas, ori voit dès maisons, des bou-
quets de bambou' x et plusieurs lataniers.
Le terrain est rougeâtre et par fois jaunâtre :
les pierres posées par bancs inclinés se détachent
par feuillets ; elles ressemblent à dés grès, etaautres
fois elles sont très-douces au toucher et comme
des cos.
Nous nous arrêtâmes à Où-hib , qui n'a rien de
remarquable que deux ponts , dont l'un est bâti à
Fentrée et Tautrë à ïà sortie du bourg. Lés piles
du prèmier sont en pierres et supportent des ma-
driers en bois. L'eau qui coule sous ce pont vient
des montagnes ; elîè est limpide et cfairë , et con-
traste étrangement avec l'eau salé et jaune de
la rivière. On rabriqùé ici de là chaux , car plu-
sieurs personnes s^bccupoierit à' en charger des
bateaux. Nous entrâmes dans une "pagode dont
une partie âvoït été employée a élever un théâtre :
H paroît que îés dieux a ïa Chine sont traités un
peu cavalièrement ; car leurs demeures sont des-
tinées à divers usagés , et servent égafement aux
voyageurs et aux comédiens.
Le terrain après fe bourg est ïe même , mais
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DÉ FEKiîtG. II?
cépetiézsH phis plat dans certains endroits. On passe
près de plusieurs habitations et d'une île boisée ,
sur Jaquette nous vîntes des bestiaux. Parvenus a
Leartg-fbu*tang , Mtf sur Te boni d'un ruisseau ,
nous allâmes voir ce bourg , qui avok étédepui* peu
t* pfàtê des flammes : cela n'est pas étonnant, car
presque toirtes les maisons sont en bois ; cepen-
dant on fes construit de nouveau et de ia même
manière. Nous vîmes plusieurs orangers- en fleurs.
Notre maître-d'hôtel fut obiigé d'acheter ici des
provisions , nos mandarins n'ayant pris aucune-
précaution pour s'en procurer : aussi lorsque nos
bateaux arrivèrent , ils nous cédèrent promptement
la place et passèrent de l'autre côté de la rivière.
Nous étions étontiés de cet excès de politesse ; mais
«eus n'en filmes phis surpris lorsqu'on nous eut
dit que nous n'avions rien pour souper. L'ambas-
sadeur se décida en conséquence à ne partir que '
lorsque nous aurions des provisions suffisantes. Je
vis encore un cadavre flottant sur Peau.
[26.] Nous ne quittâmes le bourgqu'après avoir
reçu ce quinoUs étoit nécessaire pour deux jours.
Le terrain est montUeux , sec et aride ; la terre est
rougeâtre, Jaunâtre et argileuse : on voit de l'orge ,
du riz, de la navette, des cannes à sucre et l'arbre
à huilé. Les villages sont misérables.
Nous passâmes dans un endroit où le cours de
\a rivière est embarrassé par des rochers; mais les
H4
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120 RETOUR
eaux étant hautes , nous n'en aperçûmes aucun.
Les hommes qui tiroient les bateaux avoient beau-
coup de peine a cause des chemins qui étoient
couverts d'un limon gras et glissant, ou coupés de
temps en temps par des ruisseaux qu'il fàlloit passer
à la nage : ceux des Chinois qui ne savoient pas
nager, rentroient alors dans les bateaux, pour re-
descendre ensuite. On est révolté de l'indécence
de la plupart de ces gens ; obligés d'ôter leurs
habits pour traverser les différens ruisseaux qu'ils
rencontrent, ils ne les remettent plus, et conti-
nuent à tirer les bateaux en restant entièrement
nus , et sans s'inquiéter s'ils passent devant des
maisons , ou devant des femmes.
[27.] Après avoir prolongé une petite île , un
village et une pagode , on ne trouve plus de ro-
chers ; le terrain continue d'être montueux pendant
quelque temps , mais à la fin les montagnes dispa-
roissent , et Ton n'aperçoit plus qu'un petit nombre
de collines dont plusieurs sont coupées en terrasses.
On voit des arbres à suif, des bamboux , des pins
et des arbres à huile ; la culture est l'orge , le blé
et le chanvre ; la terre en général est rouge -jau-
nâtre. On trouve en avançant , une tour de neuf
étages , et l'on parvient bientôt au point où se réu-
nissent les deux rivières, Kan et Tchang : de cet
endroit on aperçoit un corps -de -garde en avant
des murs et de la porte septentrionale de ia ville de
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de peking: 121
Kan-tcheou-fbu : sur la gauche , un quai qui borde
la rivière Tchang; et par dessus des murs , une tour
de neuf étages , d'une forme tout-à-fait singulière.
Chaque étage est plus large en haut qu'en bas ,
néanmoins tous les étages vont progressivement
en diminuant : le comble ressemble à un vieux
chapeau de paysan Chinois , et les toits ont l'air
<Ten être les rebords ( n.° 76 ).
If y avoit beaucoup de bateaux sur le Tchang ;
nous le traversâmes pour rentrer dans le Kan , que
nous suivions auparavant , et nous prolongeâmes
les remparts de la ville, qui sont bien entretenus et
bâtis sur un terrain coupé en terrasses. Mon bateau
étant arrivé un des derniers, et le temps étant à la
pluie , il ne me fut pas possible de visiter Kan-
tcheou-fou ; mais deux Hollandois y étant entrés ,
montèrent sur les murs , d'où ils ne découvrirent
rien de remarquable , excepté la tour dont je viens
de parler.
[28.] A notre départ nous prolongeâmes les fau-
bourgs dans lesquels on s'occupe à construire des
bateaux; et nous avions déjà marché pendant long-
temps , lorsqu'après avoir passé un grand village
dont les habitans fabriquent des cordes de bam-
bou , nous aperçûmes encore les murs de. la ville.
On voit sur les bords de la rivière de fort beaux
arbres , des lilas , des pins et des arbres à suif. Le
terrain est plat , hors quelques collines rappro-
122 HETOUR
chées, et dés montagnes qui iônt éloignées : fa
terre est toujours rougeâtre. Là campagne est belle ,
coupée par dés rùîsseâtrx , et garnie dé ff és-petits
villages , dont les maisons paraissent fort bonnes ;
parmi celles-ci on en distingué de grandes , et qui
sont des sucreries. La canne à sucre étoit déjà
plantée dans les ehartips ou Ton avoit recueilli
Forge ; elle avoit près <Tun piéd de haûteuf : nous
vîmes beaucoup de buffles dans la campagne.
La rivière fait un grand nombre de détours , et
laisse plusieurs bas^fbnds à découvert.
[29.] Le terrain est rnontueux, et pht dans cer-
tains endroits; les eolfîries, souvent placées sur fe
boni de la rivière , sont en .général roUgeÉtfes et
composées de grands bancs de dix à dbirze* pieds
d'épaisseur, fortement inclinés (ti?
Nous aperçûmes quelques Villages auprès des-
quels il y avoit des roues pouf élever les eaux dé
la rivière et les conduire dans la campagne.
Nous passâmes devant une tour de sefn étages ,
et une autre de cinq , fort vieïHe et sans cômbfé ,
avant que cFêtre à Nari-kang-hîen. Cette vifte est
petite, mais assez bien bâtie. Les dehors en sont
bien cultivés , et l'on y fait verfif des légumes.
NoUS rte vîmes rien de curieux dans cet en-
droit, qu'une belle pagode, dédiée à Confucius.
La statue de ce philosophe n'y est pas , on rie con-
serve que sa tablette , ou plutôt son nom. Cette
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DE PÉKIN G. II3
pagode paroît peu fréquentée , <?é dont on s'a-
perçoft facilehient à Tà&éit de moisi qui se fait
sentir en y ëtîtfarit. H y af dans* là salfé principale
une coupofé sùrmôntéë 6*uttë fahfef rie à jour , ou
ron a peint les Koua [figures symboïiquès] . On a
construit dans Favant-cdur ùiï pont de trois arches
sur un pérît bassin , et uA peu étt' avant, trois portés*
en formé <f arc de triomphé.
On trouvé un peu pftiS loin , près dé la riVièré,
une autre pagodé, rhak élfe était fermée , éf nous
îie pûmes la visiter*. Lé pénple , râssêmblé pott*
nous regarder , étoit assiez riombréux ; nous vfmés ,
plusieurs femmes , dont deux , asséz jolies , nous
parurent fort peu timides' ; les nommés rte Sont pa&
bien dé figure.
[ 30.] Le térràiri ofrrè îe même aspéct : on Voit
des bambou*, dés pins , des Mas ét dés arbrès à
suif. Les maisons sont bâties dan* téè plateaux qui
se trouvent ëhtré lés coHmeS j cfuèlqués Villages
sont sut lé bord der lâ frvrèré. Nous vîmes auprès
d'un dé céa? villages ûtté tour de sept étages ét trois
roues pour élever les eaux ; ûrte d'elfes avoit deux
rangées dé bànrbôux crëùx placés à Sa circon-
férehcë. Pou* augmenter fer forcé diï courant ét
feire tourner cé$ roùéS aVéc plus dé rapidité,
les Chinois plantént dés pïqùéts qui occupent h
moitié dé là riVîêVe , mâls ces piquets sé pour-
rissent, et îës bâtéïiers, rté lés Voyant plus , s'en
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124 RETOUR
approchent sans le savoir et crèvent souvent leurs
bateaux : c'est ce qui arriva à celui de l'ambas-
sadeur , dont on fut obligé de retirer une partie
des effets pour pouvoir boucher la voie d'eau qui
s'y étoit faite.
[i.' r Mai.] Le terrain ne varie point. Nous
passâmes devant plusieurs villages , auprès des-
quels il y avoit quelques bestiaux. Nous vîmes
encore d'autres roues ; une d'elles avoit une digue
qui occupoit presque toute la rivière ; de sorte que
foutre partie étant barrée par un bas-fond , ce ne
fût pas sans peine que nous parvînmes à passer.
On rencontre assez souvent de ces bas-fonds , dont
quelques-uns sont à découvert.
Les maisons qu'on aperçoit dans la campagne
sont construites de terre, couvertes en tuiles et de
fort mauvaise apparence. On continue de voir des
sucreries , mais le nombre n'en est pas aussi grand
que précédemment. Le pays est montueux , les
bords de la rivière sont boisés : nous trouvâmes
dans un endroit plusieurs grosses roches fort éle-
vées , rangées sur une ligne et occupant la moitié
du fleuve. En approchant de Nan-ngan-fbu , nous
découvrîmes trois tours ; la première à droite ; la
seconde de cinq étages , bârie sur une montagne a
gauche, et une troisième de la même hauteur, en-
vironnée d'arbres et située derrière une pagode.
Peu cFinstans après, nps bateaux arrivèrent à la
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DE PEKING. 125
même place où nous nous étions arrêtés en allant
à Peking.
[ 2. ] H venta très-fort pendant la nuit ; la pluie
tomba avec une telle violence , que la rivière ayant
augmenté prodigieusement , le courant entraîna
plusieurs trains et un grand nombre de bateaux :
celui de nos cuisiniers fut emporté à plus d'une
lieue , et on ne parvint à fe ramener qu'avec beau-
coup de difficulté. Les mandarins craignant qu'il
n'arrivât quelque accident , engagèrent l'ambassa-
deur à descendre , et nous retournâmes dans le
même Kong- kouan que nous avions occupé en ve-
nant. Nous allâmes ensuite nous promener dans fa
ville : les rues en sont étroites , pavées de pierres et
de briques , et garnies de boutiques de peu de va-
leur ; p/usieurs maisons sont en ruines. La rivière
partageant la ville , un pont couvert en réunit les
deux parties ; les piles sont en pierre , le dessus
est en bois et garni de chaque côté de boutiques
qui régnent d'une extrémité à l'autre (nt 78). Les
Chinois s'occupoient alors a retirer des décombres
qui s'étoient accumulés contre deux des piles , et
qui les avoient endommagées pendant la nuit. Les
murs de Nan-ngan-fou sont peu élevés ; les portes
n'ont aucune apparence , et la ville ne paroît pas
extraordinairement peuplée.
La rivière ayant baissé de huit pieds , depuis le
-iiatin , et le chemin se trouvant libre , il nous fut
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l%6 RETOUR
possible d'aller sur jcj.es montagnes peu éloignées.
On trouve à mi-côte un arc de triomphe et plu-
sieurs lumens, dont une partie .consent encore
<tf.es idoles et l'autre quelques cercueils. Parvenus
au sommet <Je ces fauteurs, et près de la tour que
nous avions aperçue en venant, nous découvrîmes
.tpuie la ville , Jes iàufyjurgs et le cquts tortueux
4e la rivière. La tour .a sept étages , eJte est en
.briques et sans auver,;ur,es ; elle flicljne beaucoup
tfans sa jpajMe la plus .étorée. I* campagne des
$ny;rons est remplie de tombeaux, Npus trou-
yam.es eAieyenant,des .espèces <Je framboises, elles
étoiçnt fades au gqftt , mais agréables par leur
fraîcheur.
[ 3 .] Nous n^eûmes aucune difficulté pour avoir
des chevaux ; et pour la dernière fois les manda-
rins prirent -des précautions. Les çfcevaux qu'ils
nous donnèrent appartenpient à la ville , et des
soldats Soient .chargés d'en prendre soin et de les
nourrjr. Le service de ceux-ci se borne à porter les
dépêches , ou à accompagner les mandarins : ceux
qui nous suivirent étant a pied, nous n'allâmes
,qu'au pas .pour jne pas les fatiguer.
En quittant notre maison nqus traversâmes une
partie ,du faubourg , et nous prolongeâmes ensuite
les murs de la ville. La route d'abord unie, tourne
ensuite entre plusieurs collines. Nous aperçûmes
plusieurs petits villages auprès desquels nous vîmes
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DE PJ2KING. ixj
des champs de tabac , et d'autres nouvellement
plantés en riz. I^s chemin se rétrécir à mesure
qu'on approche des hauteurs ; dès qu'on a com-
mencé à monter , on trouve un corps-de-garde , en-
suite, un peu pius l>aui, un édifice ruiné, et bientôt
on parvient au haut de fa montagne Mey^in , où
une simple por*e fait Ja : sipar.ajtion des provinces
de-Xiang-sy et de Quang-tpng (n! 2j). On voit,
en dwendapt, des maisons , un corps-de-garde et
une pagode, dont ia principale pièce est occupée
par une statue du dieu Fo; il est assis sur une
iïeur ; ses cheveux sont petits e* frisés (n.° SjJ;
dans un étage au-dessus est Ja statue de JLap- tse
( n' S4J, et dans un autre pavillon, celles de Con-
ftçius et de pjusieurs idoles. Cette pagode est des-
servie par <juelques bonzes ,qui nous reçurent fort
poliment et nous offrirent <jm thé. IJ n'y avoit pas
Jong-temps que mous étions sortis de Ja pagode,
lorsque nous rencontrâmes w groupe de Chi-
nois et de coulis, gardant un profond silence, et
ayant au milieu dieux Je gouvewur de Nan-ngan-
fou, occupé à : foue donner des coups de bambou
il -deux couiis , rfju'il avoit vus 4e loin yojer des
etfêts. moment où nous arrivâmes , l'un des deux
veiuu't de recevoir Y*ngt-cinp; cpups ; iJ se relevoit ,
soutenu.pardeu*hommes : ses quisses étoient toutes
rneurmes, et ii, pou voit à peine marcher. Le second
£Mi¥>is fut étgndu par terre , deux soldats lui
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Il8 RETOUR
tinrent las pieds , un troisième s'assit sur son dos ,
et le quatrième se mit a frapper avec un bambou
sur les cuisses nues du patient. Celui-ci, comme
moins coupable, ne reçut que cinq coups, après
quoi le mandarin continua son chemin.
La route , du coté de la montagne qui regarde
la province de Quang-tong, n'est pas aussi ra-
pide que du côté du Kiang-sy ; elle est en partie
pavée et passe entre plusieurs collines au pied des-
quelles on trouve quelques petits villages. Après
avoir pris des rafraîchissemens à Tchong-tchang-
tang , nous continuâmes de marcher entre des hau-
teurs boisées, dont les bas sont destinés à la culture
du riz.
La campagne s'ouvre ensuite , et Ton arrive
bientôt à Nan-ngan-fou , dont nous rencontrâmes
le gouverneur allant au devant de l'ambassadeur.
On voit en passant la porte de la ville , trois petits
canons posés sur des pièces de bois , et plus en
avant , un grand bâtiment consacré à Confucius.
Les boutiques sont de peu de valeur, et nous n'en
vîmes aucune qui pût mériter notre attention en
suivant la rue principale qui conduisoit à notre
Kong-kouan. La maison où nous logeâmes, est
vaste, et sert pour les examens» Étant peu éloignés
du lieu où nous devions prendre nos embarcations ,
nous allâmes les examiner; la meilleure ayant
été prisé par les gens du mandarin , nous fîmes
changer
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DE PEKING. Ho,
changer Tinscription et remettre le nom de l'am-
bassadeur : nous insistâmes pareillement pour
qu'on remplaçât par des bateaux plus légers et
plus commodes , ceux qu'on nous avoit destinés ,
qui étoient lourds et mai distribués.
M. Titzing étant arrivé , le gouverneur de la
ville vint lui rendre visite. Ce mandarin portoit un
bouton de cristal et étoit décoré de la plume de
paon 9 que l'empereur lui avoit donnée pour le ré-
compenser de sa bonne conduite durant la guerre
fie la Cochinchine : il paroissoit très-honnête, et
avoit deux pouces a Tune de ses mains.
Nous rencontrâmes dans le passage de la mon-
tagne beaucoup de coulis , dont plusieurs trans-
portaient des pedtes monnoies de cuivre dans la
province de Kizngsy : on tait monter le nombre
de ces coulis à deux ou trois mille , parmi lesquels
il y a des femmes qui portent aussi bien des far-
deaux que les hommes : quoi qu'il, en soit , à l'exr
ception de ces porteurs, on ne voit pas en général
beaucoup de monde dans la campagne , ni même
dans la ville , qui cependant paroît assez consi-
dérable.
[4-] Le gouverneur de Nan-hiong-fbu se rendit
le matin chez l'ambassadeur pour le conduire dans
ia ville : nous entrâmes d'abord dans l'enceinte d'une
pagode , où l'on voit une vieille tour de neuf étages,
fort endommagée et totalement ruinée en dedans.
TOME II. I
tJO JIETOUR
La première pièce de ia pagode contient utt
Poussa de cuivre J>run&tre , assis les jambes croi-
sées , dont la poitrine et le ventre sont découverts :
cette dernière partie , plus brillante que Ce reste de
la figure , n'a acquis ce poii que par le frottement
produit par les femmes , qui , voulant avoir des
x enians , viennent intercéder ie Poussa , et lui passent
les mains sur ie venue. On voit ensuite dans une
autre salle un dieu fort grand , que les bonzes nous
dirent être entièrement de cuivre : cette statue
étapt entourée par des cloisons et par une bal usé
Jrade, il étoit difficile de vérifier le fait : mais tandis
que les prêtres étoient occupés ailleurs , il me fut
possible de frapper dessus avec ma canne , et je
reconnus qu'elle n'étoit que de bois. Sur les côtés
de cette même salie on a placé plusieurs divinités ,
parmi lesquelles il y en a qui ont jusqu'à six et
sept bras. L'enceinte de ia pagode renferme d'au-
tres dieux ; mais i(s paroissent n'être plus en fa-
veur, car les Chinois mettent, dans les pavillons
où ils sont déposés , de la chaux , des pierres et
du bois.
En sortant , nous allâmes visiter une autre pa-
gode consacrée à Confucius : cet édifice est cons-
truit sur Je même plan que celui de Nan-kan-hîen ,
mais sur un plus grand modèle. li y a dans ia pre-
mière cour un arc de triomphe , un pont de trois
arches construit sur un bassin , et une galerie
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DE PEKIN G. 1 3 t
contenant plusieurs pierres chargées ^inscriptions»
On entre ensuite dans une seconde cour beaucoup
plus grande que ia première , et dans laquelle est
élevé un bâtiment à deux étages très -solidement
fait ; car les poutres sont épaisses , et Ton n'a pas.
épargné le bois. Trois portes serrent d'entrée à ce
pavillon, dont la statue de Corifucius, placée dans
une niche , occupe le rond , ayant à ses côtés ses
principaux disciples , parmi lesquels on distingue le
troisième fils du philosophe. En sortant de ce pa-
. villon , on voit deux grands bâtimens placés parallè-
lement , qui renferment des planches de bois sur les-
quelles on a écrit les noms des hommes célèbres.
Le gouverneur nous accompagna pendant toute
notre promenade : on peut dire que ce rut le plus
honnête de tous les mandarins que nous avions
vus jusqu'alors ; car il nous conduisit par-tout où il
y avoit quelque chose de curieux a voir , nous fit
fournir tout ce dont nous avions besoin , s'assura
par lui-même si Ton avoit exécuté ses ordres ; et >
non content de cela, il revint au inomeht ou nous
nous embarquions, pour souhaiter un bon voyage
à l'ambassadeur.
Nos bateaux passèrent sôus un pont de bois
qu'on étoit occupé à reconstruire , et devant lequel
nous nous étions arrêtés l'année d'avant : on en
voit à peu de distance un autre construit partie en
pierre et partie en bois. Beaucoup plus loin, à une
I 2
13* RETOUR
lieue environ au-dessous de la villë , on trouve une
tour de cinq étages.
La campagne est belle ; elle est unie et entre-*
mêlée de quelques collines : les montagnes sont
dans Téloignement. Le terrain est rougeâtre , ainsi
que les pierres. Les hauteurs sont en partie cul-
tivées , et dans les bas on voit beaucoup de plan-
tations, de lilas, de bamboiix et d arbres a suif.
• Nos bateaux alloient très-vîte , car le courant nous
favorisoit : nous n'avions plus avec nous que notre
troisième mandarin et celui de Nan-hiong-fou ; nos
deux premiers conducteurs étoient déjà partis pour
Quanton. Le bateau de l'ambassadeur portoit des
pavillons de soie rouge, avec des dragons; lors-
qu'il passoit devant les corps-de-garde, les soldats
battoient sur leurs bassins de cuivre et tiroiént trois
coups de boite.
[ 5 . ] Le terrain est en partie plat et en partie
rempli de collines couvertes d'arbres à huile et de
pins : les montagnes, en général assez éloignées ,
se rapprochent quelquefois de la rivière ; mais dans
ce dernier cas , le côté opposé aux montagnes est
toujours plat ; et , si dans certains endroits les
hauteurs bordent la rivière des deux côtés , il y a
néanmoins entre elles des plateaux susceptibles
cTêtre cultivés. Ces montagnes présentent les for-
mes les plus bizarres (n. 9 yg) t
La campagne est très-jolie , les maisons sont
i
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DE PEKING. 135
éparses dans les champs , et de temps en temps
on rencontre des corps-de-garde et de petits vil-
lages dont les habitans s'occupent, pour la plu-
part , à faire du charbon r; on cultive l'orge , fe
riz et le coton herbacé. '♦■•?»,
Le terrain devient plus plat d'un coté à mesure
qu'on approche de Chao-tcheou-fou : une tour de
trois étages , bâtie sur une hauteur , et plus bas
une espèce de four pour faire des signaux, annon-
cent rapproche de cette ville , devant laquelle nous
nous arrêtâmes pour changer de bateaux : l'am-
bassadeur seul conserva le sien malgré les man-
darins , qui vouloient lui en donner un autre moins
commode. La ville n offrant rien de curieux, nous
n'y entrâmes point ; d'ailleurs le peuple nous parut
insolent et grossier.
[6.] Le site en général continue d'être mon-
tueux , mais dans les parties plates la campagne
est très-jolie : on trouve de temps en temps des
maisons et de petits villages. Nous remarquâmes
une pagode de deux étages ( n.' ip ) , et une tour
de cinq, avant de parvenir aux montagnes de Tan-
se-ky. La campagne devient ensuite plus unie, le
terrain est sec, argileux y et par fois rougeâtre :
on cultive le blé et le riz ; res collines sont cou-
vertes de pins ou d'arbres à huile : la rivière fait
plusieurs détours et forme quelques îles sur les^
quelles nous aperçûmes des bestiaux.
ï 3 4 RETOUR
Nos bateaux . s'arrêtèrent dans l'après-midi de-
vant une montagne isolée , ayant la forme d'un
pain de sucre, et élevée perpendiculairement sur
le bord du fleuve ; cette montagne peut avoir près
de cinq à six cents pieds de hauteur, sur une base
de plus de trois cents pieds ; elle est composée de
gros rochers gris , par fois jaunâtres avec des veines
blanches , couchés par bancs inclinés , et se déta-
chant par feuillets. II se trouve une grande crevasse
vers le bas de la montagne , dont les bonzes ont tiré
parti en y construisant une pagode qu'ils ont dédiée
5fla déesse Kou-niang ouKouan-yn : il faut en être
près pour la distinguer , car d'un peu loin elle se
perd dans la masse de la montagne. On y monte par
un escalier en pierre : il y a deux chapelles , Tune
au - dessus de l'autre ; la déesse réside dans la plus
élevée. Cette pagode est bien entretenue et fort en
vénération chez les Chinois ; elle est très-ancienne»
et sa construction remonte à près de raille ans, sous
la dynastie des Tang. Cinq bonzes logent dans
cette pagode , et en ont grand soin ; ils ont deux
petits bateaux pour aller demander l'aumône aux
Chinois qui voyagent sur la rivière , et qui ne
manquent pas de frapper sur un bassin de cuivre
lorsqu'ils approchent de la montagne ( n.° So ).
Nous nous arrêtâmes le soir à Jin-te-hien.
[7.] Nous ne quittâmes la ville qu'assez tard ,
les mandarins ayant retenu pendant long-temps hy
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DE P EKING. I35
salaire de nos bateliers. On voit en partant plu-
sieurs maisons , deux pagodes , et plus loin uné
tour de neuf étages. Le terrain est toujours mon-
tueux; les plateaux qui existent, soit en aVant f
soit entre les hauteurs , sont semés en riz et en
blé. Une montagne isolée , ayant la forme d'uni
pain de sucre , et placée sur le bord de la rivière,
fait voir la manière don* les Chinois 4 exploitent les
carrières : ils enlèvent les pierres de haut en bas ,
et déjà une petite portion de là montagne avoit
totalement disparu. Oh rencontre de distance en
distance quelques maisons et des corps-de-garde,
ensuite les montagnes forment un détroit , a ren-
trée duquel il y a uné pagode bâtie sur une col-
line. Dans cette espèce de dénié , lès bords de
la rivière sont en partie couverts de bamboux ;
plusieurs vallées garnies d'habitations , s'étendent
entre des montagnes et dès collines boisées , d'où
sortent un très -grand 1 nombre de ruisseaux qui
se précipitent avec fracas , et augmentent la beauté
de ce paysage agreste. On trouve en quittant cé
passage , des rochers à rieur d'eau qui obstruent
une partie du fleuve ; le terrain s'ouvre ensûité
et devient plus plat; les montagnes sont plus^en
arrière , et se prolongent en pente douce jusque
sur le bord de l'eau* en formant de grands pla-
teaux sur lesquels oiv distingué dès* maisons- et dtf 1
(eremes plantations.
14
1$6 RETOUR
Je crois avoir déjà remarqué que les habitations
sont rarement placées sur les bords des rivières ,
mais qu'elles en sont éloignées , apparemment pour
être plus à l'abri des voleurs.
Nous vîmes passer dans l'après-midi plusieurs
trains de bois conduits par des Chinois , qui dressent
dessus quelques méchantes cabanes pour s'y réfu-
gier pendant la nuit. Ces radeaux n'ont rien d'ex-
traordinaire , et sont simplement composés d'un
grand nombre d'arbres percés à l'une de leurs extré-
mités , et attachés ensuite tous ensemble avec des
liens de bambou.
[8. ] Arrivés en dehors de la ville de Tsin-yuen-
hien , nous ne nous arrêtâmes que fe temps né-
cessaire pour prendre des provisions. Les maisons
qui sont bâties sur le bord de la rivière, paroissent
très-ordinaires , et Ton ne voit rien de curieux
qu'une pagode, une tour de cinq étages, et plus
loin, une autre qui en a neuf ( n.° 8j). En avançant»
nous passâmes devant plusieurs maisons et devant
un corps-de-garde , dont les soldats vinrent dans
un bateau pour nous donner un concert ayec leurs
conques marines.
La rivière est large et forme des petites îles.
La campagne est unie , mais variée cependant par
des collines , dont une partie est aride et Tautre
cultivée : les montagnes sont plus ou moins éloi-
gnées. Le terrain est rougeâtre : on cultive le hlé %
I
DE PEKING. 137
le riz et fa canne à sucre. On aperçoit quelques
buffles dans les champs. Les maisons sont, pour la
pfupart , en paille , un petit nombre est en briques.
En passant devant un corps-de-garde, plusieurs
soldats en sortirent et se mirent en ligne ; l'un d'eux
portoit un grand pavillon de couleur verte , ayant
au milieu le monde peint suivant les idées des
Chinois ( n. ù 82 ).
Les corps-de-garde de ces cantons différent de
ceux que nous avions vus dans la dernière pro-
vince : un périt bâtiment en briques , de deux
étages ( n. 9 82 ^remplace les petites maisons en bois
élevées sur quatre poteaux très-grands.
A peu de distance de ce même corps-de-garde ,
nous trouvâmes un bateau avec plusieurs soldats ;
ils soufflèrent dans leurs conques marines , tirèrent
trois coups de boîte , et se mirent à genoux , en
faisant un compliment lorsque le bateau de l'am-
bassadeur passa. Un de nos soldats Chinois leur
répondit, et ils se relevèrent. Ce salut étoit répété
toutes les fois que nous passions devant un corps-
de-garde.
Nous vîmes dans l'après-midi plusieurs villages ,
des tours à briques et une vieille tour bâtie sur une
hauteur , et plus loin une grande quantité de mû-
riers. Ces arbustes n'avoient que de trois a quatre
pieds de hauteur, car les Chinois les coupent tous
les 'ans à fleur de terre : ils sont bien fournis
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138 RETOUR
en branches et produisent des feuilles en abon-
dance ; mais ces dernières paraissent grosses et
épaisses.
Le soir , un jeune Hoilandois âgé de seize ans ,
domestique de M. Vanbraam, tomba dans la rivière
en passant d'un bateau dans un autre : le courant
étant très-fort, il disparut; et malgré les recherches
des soldats Chinois, il fut impossible de le re-
trouver.
[9. ] Nous étions le matin a San-chouy-hien.,
mais nous n'en vîmes que la tour , qui a neuf étages.
La campagne ensuite es* bien cultivée et devient
pïate et unie ; le nombre des colline» diminue et
les montagnes sont plus éloignées. Le terrain est
sablonneux : on voit plusieurs champs remplis
de chanvre qui est semé très-épais. D'autres sont
couverts de mûriers : ceux-ci sont plantés en ali-
gnement ; des femmes s'occupoient alors à en
cueillir les feuilles. Après avoir passé plusieurs ha-
bitations dans lesquelles on fait de la brique et des
tuiles , nos bateaux s'arrêtèrent auprès du village
appelé Ouang-tse-kang pour attendre la marée „
afin de franchir des bas-fonds qui gênent le cours,
de la rivière. Nous trouvâmes kl un petit' mandarin
envoyé de la part du chef de la police de la ville
de Quanton pour complimenter l'ambassadeur , et
l'accompagner avec deux galères, armées, et ornées;
de pavillons de soie»
DE PEKING. 139
Les eaux de la rivière étant assez hautes , notre
route continua le long d'une jetée en pierres , mais
mal bâtie, et d'un grand village auprès duquel il
y a des fours a chaux et a briques. Nous vîmes
ensuite des trams de bois considérables» com-
posés d'une infinité de pièces liées ensemble ,
et formant une épaisseur de deux à trois pieds.
Les Chinois construisent sur ces radeaux des ba-
raques en paille , dans lesquelles ils mettent du riz :
elles sont de forme conique , et peuvent avoir de
sept à huit pieds de large sur six a sept de hauteur.
La maison du gardien , faite de bambou et cou-
verte en nattes , est au milieu , et assez élevée pour
voir ce qui se passe au dehors. Plusieurs Chi-
nois placés sur les côtés , dirigent ces trains , qui
viennent souvent de cinq à six cents lieues ( n.' 83 ).
Arrivés à Quanton , ils vendent le riz et les bois ,
et remportent de l'argent ou des marchandises en
échange.
Nous traversâmes le soir Fo-chan y bourg con-
sidérable et peu éloigné de Quanton. On voit
en entrant des ateliers et des magasins de briques
et de chaux : les maisons sont grandes , bien bâties
et construites sur une seule ligne le long de
la rivière ; il n'y a que certains endroits où elles
soient en plus grand nombre , et où il existe
quelques petites rues de traverse. Il y a deux
douanes dans ce bourg ; Tune vers le tiers de
l4ô RETOUR
sa longueur Fautre à l'endroit ou la rivière se
partage en deux, et court au nord et à Test : ce
dernier édifice est beau , bien entretenu et peu
éloigné d'une pagode.
Nous passâmes devant un grand nombre de
bateaux, tous placés à côté les uns des autres et
servant de demeures à des filles publiques ; elle*
se tinrent constamment dehors pour nous consi-
dérer. Nous employâmes une heure et demie pour
traverser Fo-chan ; mais la marée nous étant con-
traire , nos bateaux ailoient très- doucement. La
longueur du bourg peut être d'une lieue environ.
Les missionnaires ont beaucoup parlé de cet en-
droit , et ils en ont , je crois , considérablement
exagéré la population .
Fo-chan est très-é tendu, mais ses maisons n'ont
point de profondeur , car nous distinguions la
campagne à travers les intervalles qu'elles lais-
soient entre elles. Quant aux habitans , ce que
nous en vîmes ne prouve pas qu'ils soient en très-
grand nombre ; d'ailleurs , il en faut retirer tous
les gens de bateaux, dont il y a une grande quan-
tité , et dont la plupart n'appartiennent pas au
bourg , mais viennent du dehors.
Il n'y avoit pas long-temps que nous avions
quitté Fo-chan , et nous faisions tranquillement
notre route par une nuit très - obscure , lorsque
tout-k-coup les Chinois jetèrent des cris , battirent
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DE PEKING. l4l
sur les bassins de cuivre , les soldats firent ré-
sonner leur conques marines , et tous les bateaux
allumèrent en un instant leurs lanternes : tout ce
mouvement étoit pour prendre un pauvre Chinois
qui, profitant de l'obscurité profonde, s'approchoir
doucement dans son petit bateau pour tacher de
dérober quelque chose : malheureusement pour
lui il avoit été aperçu par les soldats, qui , ayant
fait éteindre tous les feux, ne les rallumèrent qu'au
moment où le mal- adroit, entouré de toutes parts
et dans l'impossibilité de fuir , fut arrêté.
Arrivés près des jardins de fleurs qui sont à peu
de distance de Quanton , nous trouvâmes les Han-
nistes qui entrèrent dans le bateau de l'ambassa-
deur. Un instant après, notre troisième mandarin
envoya prier M. Titzing de continuer sa route
jusqu'à Quanton, où le gouverneur de la ville fat-
tendoit j mais nos bateaux n'étant arrivés qu'à une
heure après minuit , nous ne trouvâmes personne.
[ io.] Nous descendîmes le matin à terre sans
aucune cérémonie , et de ia même manière que
cela se pratique lorsque l'on arrive de Macao. On
déchargea les bateaux , et les effets furent trans-
portés dans la factorerie Hoilandoise. Les Chinois
apportèrent avec grand appareil , dans la matinée ,
Ja lettre de l'empereur : l'ambassadeur la reçut et
fit le salut d'usage.
Nous partîmes tous l'après-midi pour nous
l4* RETOUR
rendre de l'autre côté de la rivière, dans un jardîrt
appartenant aux Hannistes. Aucun Chinois ne se
présenta lorsque l'ambassadeur entra dans le ba-
teau , mais seulement quelques marchands l'attei^
gnirent lorsque nous traversions Ja rivière, et les
soldats de deux galères devant lesquelles nous pas-
sâmes , battirent sur le bassin de cuivre et tirèrent
trois coups de boîte.
Arrivés de l'autre côté du fleuve , l'ambassadeur
et M. Vanbraam partirent accompagnés des Han-
nistes, tandis que nous restâmes dans le bateau.
Un moment après nous vîmes passer la lettre de
l'empereur , portée en grande cérémonie et pré-
cédée par des Chinois habillés de faune et tenant
à la main des espèces de masses. On déposa cette
lettre dans une salle où MM. Titzing et Vanbraam
furent conduits , et où ils firent le salut ordinaire
en présence du Tsong-tou , du Fou-yuen et du
Hopou , qui se retirèrent ensuite , ne laissant que
le troisième des mandarins qui nous av oit accompa-
gnés à Peking, et qui resta avec les Hannistes et
d'autres petits officiers , pour assister au dîné et
à la comédie qu'on nous donna.
Il y avoit parmi ces comédiens un jeune homme
dune figure si agréable , que lorsqu'il étort habillé
en femme on pouvoit s'y méprendre ; nous n'a-
vions pas même vu durant tout notre voyage une
femme qui fût aussi Jolie. Ce comédien , qui avoit
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DE PEKING. 143
gagné beaucoup d'argent soit en montant sur le
théâtre, soit en satisfaisant les goûts des gens riches
et en pface , desiroit ardemment abandonner son
métier pour aller jouir de sa fortune ; mais l'état
qu'il professoit étant méprisé à la Chine , il n'osoit
le quitter dans la crainte d'être inquiété par les
mandarins. L'ambassadeur se retira à cinq heures,
sans que personne se présentât pour l'accompagner.
[11.] Le mandarin chargé des présens qu'on
nous avoit faits à Peking et dans les autres villes ,
étant venu le marin chez l'ambassadeur pour les
lui remettre, nous n'eûmes plus rien a démêler
avec les Chinois , et l'ambassade fut achevée.
C'est de cette manière que se termina une
expédition entreprise , d'après l'insinuation des
m^nd^rins et sur - tout de M. Vanbraam , pour
complaire uniquement au Tsong-tou de Quanton ,
lequel auroit dû , par conséquent , en être recon-
noissant et recevoir avec plus de distinction l'am-
Jbassadeur à son retour de Peking. Mais les Chi-
nois croient faire un grand honneur aux étrangers
en les faisant jouir de l'insigne faveur de rendre
leurs respects à l'empereur. Un édit relatif à l'am-
Jbassade (a J, et l'exemption de droits pour le
(a) Edit impérial donné le i." jour de la 12/ lune [12 dé-
cembre 1794 ] de la jp.' année du règne de Kien-long.
Un ambassadeur Angiois étant venu l'année dernière à Peking
1 44 RETOUR
navire qui avoit anîené l'ambassadeur , leur parurent
plus que suffisans pour dédommager les Hollandois
des peines et des dépenses qu'ils avoient suppor-
tées. Les mandarins, d'ailleurs, n'ignoroient pas
que l'ambassade Hollandoise nç venoit pas directe-
ment d'Europe , mais étoit expédiée seulement de
Batavia : cette connoissance et leurs opinions défa-
vorables pour tout ce qui tient à Fétat de marchand ,
pour m'oflrir des présens , les vice-rois et les gouverneurs des pro-
vinces lui donnèrent , d'après rocs ordres , des fêtes magnifiques.
Animes par cette conduite bienveillante, les Hollandois , malgré
la distance des mers , envoient également cette année un ambas-
sadeur avec des présens ; pourquoi donc les vice-rois et les gou-
verneurs des provinces ne l'ont-ils pas reçu avec les mêmes bon*
neurs ! N'est -il pas, ainsi que l'envoyé Anglois, un envoyé
Européen ! L'urbanité de nos usages ne nous oblige-t-elle pas à
faire une réception pareille à l'ambassadeur Hollandois ! N'aura-
t-il pas le droit de se plaindre en remarquant une différence entre
Je traitement qu'ont reçu les Anglois et celui qu'il reçoit! Je veux
donc qu'à son arrivée à Peking on l'accueille avec les plus grands
honneurs , pour le dédommager de ce qu'on n'a pas fait jusqu'à
présent. Les vice -rois et les gouverneurs des provinces doivent
rendre à l'ambassadeur Hollandois , dans son retour , les mêmes
honneurs qu'à celui d'Angleterre. Je veux qu'il apprenne que, lors-
que j'ai su qu'il étoit venu de très-loin pour me rendre hommage,
j'ai ordonné qu'il fût accueilli par un traitement splcndide , et
que si cela n'a pas eu lieu , ce n'a été que parce que la prompti-
tude avec laquelle il se rendoit à Peking y a m* obstacle; mais
que dans son retour il jouira sur la route de fêtes impériales.
Lorsque l'ambassadeur Hollandois sera instruit de mes ordres ,
il en sera certainement enchanté ; aussi j'ordonne que cet édit
j oit publié.
durent
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DE PEKING. l45
durent donc leur donner une idée moins avan-
tageuse de l'ambassade , idée dans laquelle ils
furent confirmés par la vente de plusieurs montres
pendant le voyage , vente faite , il est vrai , à l'insçu
de f ambassadeur , mais qui cependant étoit impo-
litique, ou, pour le moins, très - inconséquente :
tant il est vrai que , dans une entreprise aussi im-
portante , quel qu'en soit le motif, on doit éviter
de foire tout ce qui peut avoir la plus légère appa-
rence de trafic , sur-tout chez un peuple qui n'ho-
nore point le commerce. Quoique , par ses manières
franches et loyales , sa conduite généreuse , soit
dans la route, soit à Peking, M. Titzing se fut
attiré l'estime des grands mandarins , il ne réussît
pas néanmoins à les foire changer de sentiment,
et il est aisé de s'en convaincre par ce que nous
éprouvâmes , principalement à Quanton. Envoyer
une ambassade chez un peuple étranger est une
chose fort simple, mais bien choisir l'ambassadeur
n'est pas aussi facile ; et puisque les Hollandois
en avoxent trouvé un accoutumé aux usages et aux
moeurs des Asiatiques , et habitué à traiter avec
eux, il étoit inutile de lui associer un second, qui,
avec de l'esprit et de l'amabilité , n'avoit nulle-
ment fe caractère ferme , et propre à la place qu'il
remplissoit.
Si, comme on l'a vu, les Chinois traitent un
peu lestement les étrangers qui entrent à la Chine,
TOME 11. K
146 RETOUR DE PEKîNG.
néanmoins ils veillent à ce qu'il ne leur arrive
aucun accident, et s'assurent sur -tout qu'ils sont
sortis de leur empire ; aussi M. Titzing , à son
départ de Quanton , après avoir pris congé du
Tsong-tou et des principaux mandarins , fut- il
accompagné jusqu'à Macao par trois officiers; et
lorsque je m'embarqifai, en janvier 1796, ies mar-
chands en prévinrent le gouvernement , par la
seule raison que j'avois été à Peking.
Tel est le rapport fidèle de ce qui m'est arrivé
pendant mon voyage en Chine. Ce récit est aride
et peu agréable ; mais j'ai cru devoir me renfermer
dans un simple journal , et me borner à la relation
succincte des événemens, sans y joindre des faits
étrangers ou l'entremêler d'observations faites pen-
dant ma longue résidence dans ce pays. J'ai préféré
réunir ces observations , et les présenter séparé-
ment dans dîfférens chapitres, pour que le recteur
eût plus de facilité à trouver ce qui pourroît l'in-
téresser.
FIN t>U VOYAGE.
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OBSERVATIONS
* •
SUR
LES CHINOIS.
APERÇU GENERAL*
Là route d'un vaisseau depuis fEuropé jusque
dans les Indes est si connue, que vouloir la décrire
ce seroit repérer ce qu'ont déjà dit tous les voya-
geurs ; et parler de tempêtes affreuses , ou de cal-
mes fàtigans , raconter FennUi qu'on éprouve a
ne voir que le ciel et la mer , dépeindre le plaisir
qu'on ressent en apercevant la terre , c'est entretenir
le lecteur de ce qu'il sait, ou de ce qu'il devine
d'avance. Je me bornerai donc à dire en peu de
mots, que partis de Brest le 20 mars 1784* nous
vîmes Porto- Santo le 1." avril, et Madère les
jours survans ; que nous doublâmes le cap des
Aiguilles le 23 mai , entrâmes dans le détroit
de la Sonde le 16 juillet > pour en sortir le 28,
et foire route vers le détroit de Gaspard ; enfin ,
qu'après avoir essuyé quelque mauvais temps à
rapproche des terres, nous jetâmes Fancre le 23
K 2
1 48 OBSERVATIONS
août dans la rade de Macao , après une traversée
de cinq mois et trois jours.
Les côtes de la Chine offrent un point de vue
totalement différent de celui des détroits. Ici, les
montagnes sont boisées , et les plaines bien cul-
tivées ; les arbres couvrent presque entièrement le
sol , et croissent même jusque dans la mer ; en un
mot tout est vert , et tout dénote une grande vé-
gétation : à la Chine , au contraire , on n'aperçoit
que des terres arides et des surfaces pelées ; et l'œil
fatigué cherche vainement quelque verdure qui in-
terrompe une vue aussi sèche et aussi stérile.
Mouillé dans la rade spacieuse de Macao, on
ne voit autour de soi que des montagnes : la ville
elle-même paroît pour ainsi dire y être attachée ,
tandis qu'elle en est séparée par un bras de mer.
Macao bâti en amphithéâtre sur une hauteur , se
distingue de fort loin par ses maisons blanchies
à l'extérieur ; elles n'ont qu'un seul étage, et leur
intérieur est disposé convenablement pour un pays
chaud. Un quai assez large règne du côté de l'est ,
devant une portion de la ville (n.° $4) , et procure
aux habitans, pendant la chaleur, une promenade
agréable et sans cesse rafraîchie par les vents du
• large. La plupart des Européens qui résident k.
Macao , logent le long de ce quai, les autres occu-
pent la parue occidentale de la ville , et jouissent
de la vue du port, et d'une île à laquelle la quantité
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SUR LES CHINOIS. 1 49
d'arbres qui la couvrent, a fait donner , avec raison ,
le nom d7/f Verte (n.° 94). C'est dans cette île que
les Jésuites établirent autrefois leur demeure , et
(fou y pendant la nuit , de fervens missionnaires s'é-
chappoient furtivement pour aller prêcher la reli-
gion dans la Chine : abandonnée maintenant , et
solitaire, tout est détruit; les bâtimens et Féglise
sont en ruines , et le jardin n'existe plus. Mais si
cette île fut remarquable par remploi auquel les
Jésuites Tavoient consacrée , elle Test encore par
son état naturel : seule au milieu de montagnes
dégarnies d'arbres et desséchées , elle conserve
une éternelle verdure ; et si l'on suppose que jadis
les terres voisines furent ombragées , et qu'elles ne
perdirent ieur plus bel ornement que par un évé-
nement funeste , la vue de l'île Verte doit certai-
nement appuyer cette conjecture.
Macao n'est pas d'une grande étendue (n.* 94 ) :
la ville est défendue par quelques forts et par une
muraille ; cent cinquante Cipays servent de garni-
son , et ce petit nombre est suffisant , puisque les
Portugais sont en paix et vivent tranquillement avec
les Chinois. Une assez grande quantité de ces der-
niers habitent Macao , et sont sous l'inspection d'un
mandarin , ce qui occasionne un conflit de juridic-
tion , qui rend la place d'un gouverneur Portugais
très -embarrassante ; et il faut beaucoup de pru-
dence pour tenir un juste milieu avec des gens sur-
ît 3
I50 OBSERVATIONS
tout dont on dépend entièrement; car le territoire
de Macao est si circonscrit , qu'il ne peut fournir
à la consommation journalière des habitans, et que
presque tout s'y apporte du dehors. II y a à Macao
plusieurs églises et quelques couvens , dont un de
femmes : on s'étonne d'en trouver autant dans un
espace aussi borné , mais le zèle J'emporte sur les
moyens. Les églises sont grandes , simples et peu
décorées , car on ne peut parler des mauvais ta-
bleaux qui en couvrent les murailles. Les Por-
tugais s'y rendent assidûment tous les dimanches
pour entendre l'office, et sur-tout pour voir passer
les femmes : celles-ci sont vêtues de noir , et portent ,
suivant leurs moyens , la mante , le sarace ou le
dos ; ces deux derniers habillemens , qui ressem-
blent à des espèces de manteaux, couvrent abso-
lument le corps. Sous Fun de ces trois vêtemens ,
une femme peut aller où bon lui semble , sans
crainte d'être reconnue même par son mari. Les
Portugaises de distinction se font porter en palan-
quin et mettent la mante ; mais celles dont la for-
tune est bornée, se contentent d'un coffre presque
carré et peu élevé , qu'on nomme dans le pays
Cayola / cage à poule ]. J'avois de la peine à conce-
voir, dans les commencemens que fétois à Macao»
comment une personne pouvoit entrer dans une
pareille voiture ; mais je remarquai qu'avec l'habi-
tude où sont les femmes, en Asie, décroiser ieura
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SUR LES CHINOIS. 15 I
jambes, elles pouvoient s'y placer facilement, ef .
même deux ensemble. Les femmes portent com-
munément des chapeleu, la plupart les ont en or,
et toutes se font suivre par un nombre, plus ou.
moins grand de servantes.
Les Portugais se fréquentent; entre eux, et com-
muniquent, peu avec les étrangers ; les femmes
vivent très-retirées : l'instruction .est: foi |>Je pour les
hommes, et bien davantage pour le sexe. Les ha-
bitans sont basanés; ceux qui arrivent d^Europe ,
ou qui descendent de particuliers venus de Lis-
bonne, ont le teint plus clair : en général le peuple
n'est pas bien de figure, c'est; un mélange de Chi-
nois , d'Indiens et de Majays. On rencontre dans
les rues de Macao plusieurs femmes Chinoises ;
elles portent presque toutes un parasol à moitié
fermé , qui sert à les garantir du soleil et des yeux
importuns ; mais ces parasols se lèvent souvent ,
sur- tout lorsque la femme Chinoise est jeune et
jolie y ou du moins croit l'être. Il faut du temps
pour s'accoutumer à leurs traits ; rien ne paroît
plus extraordinaire , en effet , que de voir une
femme avec des yeux étroits et alongés , un ne*
retroussé mais peu saillant, des pieds très-petits,
et marchant en chancelant. Les hommes ont la
même figure ,. mais leur tenu est plus rembruni.
Les étrangers résident une partie de Tannée à
Macao, et y répandent une assex grande quantité
K4
IJ2 OBSERVATIONS
d'argent , sur - tout pour les loyers de leurs mai-
sons ; ils ont peu de liaisons avec les Portugais,
et n'ont affaire qu'au gouverneur et au procureur
de la ville.
Les seuls plaisirs à Macao sont ceux de la table ,
du jeu et de la promenade. Les Anglois , qui font
le plus de commerce , étant par conséquent les plus
riches , dépensent beaucoup ; et comme il est ordi-
naire à l'homme de croire que la richesse donne
seule de la considération , les autres Européens
font des efforts pour imiter les Anglois , et tâchent
de ne leur céder en rien.
Les étrangers quittent Macao en août et sep-
tembre , époque de l'arrivée des navires d'Europe ,
et se rendent à Quanton par l'intérieur , en suivant
le cours de la rivière (n.° pf ),
A mesure qu'on s'éloigne de Macao , les mon-
tagnes disparaissent et font place à des collines ;
le terrain devient meilleur , et la campagne , rem-
plie d'habitations éparses et ombragées , offre à la
vue de vastes champs couverts de riz et de nom-
breuses plantations de bananiers. Cette route, dont
les sites environnans changent à chaque moment ,
seroit infiniment agréable , si l'on n'étoit pas obligé
de la faire dans des bateaux du pays , et par con-
séquent de s'arrêter devant deux douanes Chinoises
pour y attendre la visite des mandarins , toujours
trop intéressés k ne pas laisser échapper une occa-
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SUR LES CHINOIS. 153
sion aussi belle pour recevoir des présens : car
ru sage en Asie est de ne jamais se présenter les
- mains vides devant les gens en place , sur -tout
lorsqu'on veut en obtenir quelque faveur.
Le coup d'oeil en arrivant à Quanton est extrê-
mement animé ; un grand nombre de bateaux
parcourent la rivière en tous sens , sans crainte
de s'aborder, la manière de ramer des Chinois leur
permettant de passer très-près les uns des autres.
Les factoreries occupent la longueur du quai ; ces
maisons qu'habitent les étrangers, n'ont rien de
remarquable pour un Européen , dont la vue n'est
arrêtée que par les mâts élevés qui les dominent f
et au haut desquels flotte le pavillon de chaque
nation. Les maisons des gens du pays sont basses
et n'ont en général qu'un seul étage.
Les rues de Quanton sont pavées de grandes
pierres , avec un égout en -dessous ; elles sont
fort étroites : Fancienne rue de la Porcelaine et la
nouvelle , qui peut avoir de quinze à vingt pieds
de largeur, sont regardées comme les plus larges
de la ville. Toutes sont garnies de boutiques :
quelques-unes sont entièrement affectées à une
certaine espèce d'ouvriers ou de marchands ; mais
ce n'est pas cependant une règle générale.
Lorsqu'un étranger veut se promener dans les
ftubourgs et aller un peu loin , il faut qu'il ait la
précaution de se faire accompagner par un soldat
■
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154 OBSERVATIONS
qui écarte les curieux et empêche les enfans de
jeter des pierres. On peut en passant regarder les
portes de la vijle, mais sans chercher à s'y intro-
duire , aucun étranger ne pouvant entrer dans
Quanton sans y être appelé par les mandarins.
La promenade ordinaire des Européens se réduit
au quai et à quelques rues voisines*
La rivière est couverte de bateaux ; ils sont
propres et bien peints : néanmoins le coup (Toril
n'en est pas agréable; les nattes qui les recouvrent
font un vilain effet. Chaque province a la Chine
a, adopté une manière particulière pour la cons-
truction de ses bateaux. Tous ceux du même canton
sont obligés de se ranger dans le même endroit et
auprès les uns des autres.; les bateaux des fiiies
publiques se conforment à cet ordre.
Si un Européen parofr curieux en arrivant dans
un pays étranger, s'il considère avec empressement
tout ce qui se présente à ses yeux pour la première
fois , les Chinois ne lui cèdent point en cela : j'en a»
vu rester toute une journée à nous considérer ; et ,
lorsque la faim les pressoit de s'éloigner, ils étoient
bientôt remplacés par d'autres. Rien de plus sin-
gulier que de voir ces gens accroupis sûr leurs
talons , les genoux pliés et le corps penché en
avant, fumer, causer entre eux et conserver pen-
dant long- temps une posture si étrange, qu'elle
les fait ressembler à des singes.
SUR LES CHINOIS. 155
Parmi ce grand nombre d'hommes qui rem-
plissent (es rues de Quanton % on n'aperçoit que*
rrès-peu de personnes du sexe. Les femmes des
ouvriers et des marchands logent dans les fau-
bourgs , et ceux-ci ne se rendent chez elles que
lorsque leur travail est achevé. Si un Européen passe
dans ces quartiers éloignés , les enfàns et les chiens
annoncent son arrivée; aussitôt les femmes ac-
courent à la porte et regardent à travers une natte
d'ozier : ainsi la curiosité l'emporte toujours sur
les usages.
La route depuis Quanton jusqu'à Wampou , où
restent les navires étrangers pendant leur char-
gement , est riante ( ■/ ^ / ). La campagne est bien
cultivée : on voit plusieurs habitations et deux
grandes tours de neuf étages , bâties en pierre et
en brique.
Le mouillage de V/ampou est bon > mais res-
serré. Les Européens ont leurs bancassaux dressés
le long du fleuve et sur le bord des rivières : les
François ont seuls le droit de demeurer sur l'Ile de
Wampou et de s'y promener. Les Chinois per-
mettent bien aux officiers des navires étrangers d'y
venir, mais non aux équipages.
Chaque vaisseau est entouré de bateaux de
douane qui examinent tout ce qui en sort ou qui
y entre ; mais en quittant le navire , on n'est pas
entièrement débarrassé des visites , elles ont lieu
OBSERVATIONS
plusieurs fois encore avant d'arriver à Quanton. La
Chine est un pays où Ton acquiert de la patience,
et il en faut beaucoup avec les Chinois. Tout le
temps que les étrangers demeurent à Quanton ,
est employé à composer la cargaison des vaisseaux:
c'est un mouvement continuel ; mais aussitôt après
Je départ des navires , qui a lieu en janvier et fé-
vrier, tout est mon , et Ton ne voit que fort peu de
inonde dans les rues. A cette époque , les Européens
retournent à Macao.
La température est fort chaude à Quanton dans
les mois d'août et de septembre ; il fait froid en no-
vembre , décembre et janvier , et même assez pour
qu'il gèle. Cest ordinairement dans l'hiver qu'il est
le plus commode de parcourir les faubourgs de
cette ville , et c'est alors qu'on est plus à même
d'examiner les Chinois. Ils ne sont pas tels que les
peintres du pays les représentent, c'est -a -dire,
avec de grosses têtes et une taHIe courte ; ils sont
d'une taille ordinaire, et plutôt grands que petits ;
on en voit de bien faits , et , dans la classe des
porte-faix, on en trouve de très-vigoureux. Ce qui
frappe le plus dans un visage Chinois , ce sont le»
yeux qui sont alongés et à fleur de tête.
L'embonpoint étant regardé à la Chine comme
une marque d'opulence et d'esprit , il n'est pas
étonnant que les peintres de cette nation fassent
leurs personnages très-gros ; d'ailleurs la forme de
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SUR LES CHINOIS. IJ7
leurs habits donne à leur taille un air fort épais :
cependant on ne peut disconvenir que l'extérieur
des Chinois diffère de beaucoup de celui des Euro-
péens ; mais les juger d'après la première vue , ce
seroit se tromper.
La seule chose sur laquelle on sera toujours
d'accord , en parlant de ces peuples , c'est leur
caractère intéressé ; et si l'intérêt est par-tout le
premier mobile des actions humaines , il Test en-
core bien davantage chez eux. Pour peu qu'un
Européen y reste quelque temps , il est impossible
qu'il ne s'aperçoive pas qu'ils aiment passionné-
ment l'argent , et qu'ils saisissent avec avidité tous
les moyens de s'en procurer : les étrangers qui
sont forcés de quitter Quanton , pour descendre
à Macao et y rester pendant l'hivernage , connois-
sent parfaitement les moyens que les mandarins
emploient pour les rançonner. On ne croiroit pas
que pour un voyage de trente lieues, et pour un
seul bateau , H en coûte depuis mille jusqu'à quatre
mille francs ; cela est cependant vrai. Les manda-
rins , dont le caprice et l'avidité font tout le droit ,
se permettent mille vexations , bien persuadés
qu'un étranger, ne peut se plaindre : en un mot,
les Européens sont mal traités à la Chine, et il leur
faut tout le désir qu'ils ont d'acquérir des richesses ,
pour leur faire supporter les désagrémens sans
nombre qu'ils y éprouvent journellement.
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Îj8 OBSERVATIONS
FIGURE DES CHINOIS*
La beauté est différemment sentie chez tous le§
peuples : tel visage qui nous paroît laid , hideux
même * enchante et ravit les peuples qui y sônt
accoutumés* Les hommes ne se ressemblent point ,
et chacun préfère sa figure , ou la croit beaucoup
plus agréable que celle de son voisin ; on s'attend
bien , d'après cela , que la beauté à la Chine ne doit
pas être la même qu'en Europe. Un Chinois a la
figure large et carrée , le front découvert ; ses
yeux alongés , placés à fleur de tête , sont assez
saillans pour être aperçus tous les deux à-la-fbîs
quand on le regarde de profil ; son nez est périt
et sans élévation entre les yeux ; sa bouche est mé-
diocre , mais ses oreilles sont larges , aussi en tire-
t-il un grand parti : le porte-faix s'en sert pour y
placer sa chiroutte ou cigare , et le lettré pour
arrêter les cordons qui soutiennent ses lunettes.
Les Chinois ne laissent croître leur barbe qu'à
trente ans ; ils en ont peu , sur-tout ceux qui sont
nés dans les provinces du Sud : leurs cheveux sont
noirs , forts et épais.
La taille , pour être belle , ne doh pas être svelté
et bien proportionnée; il faut dans ce pays, pour
obtenir de la considération , être gros et replet , et
pouvoir remplir un large fauteuil. Pendant que je
voyageois dans ce pays avec M. Vanbraam , j'ai
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SUR LES CHINOIS. t$p
vu plus d'une fois les mandarins s'extasier sur sa
forte corpulence , et lui faire dés complimens sur
les ta/ens et les richesses qu'ifs lui supposoient en
conséquence. Un homme avec le simple bon sens,
mais remarquable par son embonpoint , fait beau-
coup pîus d'impression sur les Chinois , qu'un
homme doué de beaucoup d'esprit , mais maigre
et de petite stature.
Le teint des Chinois est d'un brun-cfair ; mais
cette couleur varie suivant la qualité des individus
et leur profession. Les coulis , les matelots , les
ouvriers et les laboureurs , plus exposés par état à
Tardeur du soleil, sont plus bruns et même d'un
brun-foncé, tandis que l'homme en place a le teint
plus clair, plus blanc et quelquefois fleuri.
Les gens riches , fes lettrés et les mandarins,
sont dans l'usage de laisser croître un peu les on-
gles de la main gauche , sur -tout celui du petit
doigt ; cet ongle a ordinairement quelques lignes.
Cest une mode établie et qui distingue les gens
comme il faut , car un ouvrier ne pourroit avoir
des ongles longs , puisqu'un travail continuel Fau-
roh bientôt privé de cet agrément. J'ai vu le man-
darin chef de ïa police de Quanton , dont les
ongles de la main gauche avoient près de six pou-
ces; mais ce que j'ai pu voir, et ce qu'il faut avoir
touché pour le croire, c'est îa main d'un médecin
Chinois , dont Tongle le plus long avoit douze
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l6o OBSERVATIONS
pouces et demi , et les autres neuf et dix pouces ;
son petit doigt n'étoit plus de rang , ce Chinois
nous le dit avec douleur en nous apprenant qu'if
avoit été cassé. Qu'on se figure ia peine que cet
homme avoit prise pour que ses ongles parvins-
sent à cette excessive longueur , ia gêne conti-
nuelle dans laquelle il vivoit, obligé de tenir sans
cesse ses doigts renfermés dans de petits tubes
de bambou , dont l'usage lui avoit extrêmement
aminci la peau. Mais s'il avoit souffert avec tant
de constance , il s'étoit acquis en retour une grande
considération : qu'il eût été conduit , par exem-
ple , pour quelque dispute, devant un mandarin ,
celui-ci lui auroit donné gain de cause. Un homme
doué d'une telle patience , auroit dit ce mandarin ,
un homme assez raisonnable pour veiller constam-
ment sur lui-même , n'est point querelleur , il est
incapable de s'immiscer dans une mauvaise affaire.
Voilà ce que nous raconta notre médecin , que
nous remerciâmes beaucoup de sa complaisance,
et qui s'en alla intimement persuadé que la lon-
gueur prodigieuse de ses ongles nous avoit ins-
piré une haute opinion de sa personpe.
Les femmes ont ia taille médiocre et assez mince,
le nez court, les yeux fendus , la bouche petite et
les lèvres vermeilles. Je ne parlerai pas de leur
teint, car presque toutes mettent du fard ; les par-
fumeurs en vendent de tout préparé , de blanc et
de
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SUR LES CHINOIS. l6t
de Tose , que les Chinoises mêlent ensuite suivant
le degré qui leur fait plaisir. J'ai vu des femmes
dont le visage étoit d'une nuance généralement
rose ; d'autres , chez lesquelles elle étoit pïus claire ;
mais ce qui m'a frappé , c'est la différence de fa
couleur de leurs mains souvent brunes , avec
celle de leur visage communément blanc. Je dois
avouer cependant que plusieurs Chinoises m'ont
semblé jolies et fort agréables. On croira peut-
être que les jeunes filles ne se fardent pas , et
quelles se contentent des grâces naturelles à leur
âge, mais on se tromperoit ; dès sept à huit ans
elles commencent a se peindre la figure ; aussi cet
usage immodéré du fard , gâtant nécessairement la
peau , il n'y a rien de plus hideux qu'une vieille
femme Chinoise.
CARACTÈRE.
Les Chinois sont actifs et laborieux; ils n'ont
pas un grand génie pour les sciences , mais ils ont
de F aptitude pour les arts et le commerce ; ils sont
souples et pltans , quoiqu'orgueilleux , et méprisent
les autres nations , auxquelles ils se croient fort su-
périeurs , conservant en cela le caractère de leurs
ancêtres , que Pline (a) et Ammien Marcellin (b )
(a) Livre VI ,*chap. 17.
(b) Livre xxi n.
TOME II.
L
i(îi OBSERVATIONS
tious ont représentéscomme des gens doux, sobres
et paisibles, mais semblables aux bêtes sauvages f
par Je soin qu'ils avoient devifer la compagnie des
autres hommes.
Les Chinois sont intéressés et endtns a trom-
per; j'ai vu des paysans faire avaler du sable à des
poules , pour qu'elles pesassent davantage- Pendant
notre voyage , les Chinois garnissoient de papier
flntérieur des pièces de soie qu'on nous donnoit ,
pour les faire paroître plus épaisses ; et a Peking ,
les mandarins donnèrent à*M. Vanbraam , du feux
Gin-seng pour du vrai. Les Chinois se font une
telle habitude de la fraude , qu'ils ne croient pas
faire mal ; c'est adresse suivant eux. lis aiment le
Jeu et la débauche ; et sous un extérieur grave et
décent, ils savent mieux que personne cacher leurs
vices et leurs penchans déréglés : la preuve est
qu'on trouve chez eux des gens qui composent des
pièces dont le sens , à la simple lecture , n'exprime
que de la morale, tandis que le son des mêmes
mots signifie des choses obscènes. Humbles dans
leurs discours , minutieux dans leurs écrits , polis
sans sincérité , ils masquent sous un dehors froid
un caractère vindicatif; ils ne s'aiment pas même
entre eux , et cherchent à se nuire. Cruels lorsqu'ils
sont les plus forts , et lâches dans le danger , ils sont
attachés à la vie : il en est cependant quelquefois
qui se donnent la mort ; mais le suicide est plus
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SUR LES CHINOIS; x6$
commun parmi les femmes que parmi les hommes x
chez elles , c'est l'effet de la jalousie et de la co-
lère , ou l'envie de susciter à leurs maris quelques
mauvaises affaires.
Ce n'est pas que, dans un aussi vaste empire ,
il ne se trouve des gens doux , honnêtes et dé-
sintéressés , mais il y en a moins qu'ailleurs. La
forme du gouvernement s'y oppose : obligés de
'vivre dans une crainte continuelle , sans cessé
occupés à cacher leur bien , toujours forcés de
tromper , comment une pareille contrainte n'é-
toufferoh-elle pas chez eux les germes d'un heu-
reux caractère ! Je rendrai cependant justice aux
Chinois , sur leur respect pour ieurs parens et les
vieillards ; ce respect est même si grand > qu'il se
transmet du père qui vient de mourir, au fils aîné»
que les frères regardent alors comme le père et
Je chef de la maison.
Ils sont aussi très-respectueux pour les morts ;
mais il seroit à désirer qu'ils eussent en même temps
plus d'humanité pour les vivans. Lorsque des sol-
dats poursuivent une personne mandé* par un
magistrat , ils emploient toutes sortes de moyens
pour s'en saisir, et la maltraitent quelquefois très-
Xudement, sans s'inquiéter si elle est innocente ou
coupable. Un jour qu'ils avoient arrêté des vc*-
leurs , se trouvant dépourvus de cordes pour les atta-
cher, Us leur percèrent les mains avec un bambou,
L a
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1^4 OBSERVATIONS
et les emmenèrent dans cet état. Un trait récent y
et qui donne une idée de la barbarie des Chinois %
c'est qu'en 1786, lorsque la disette régnoit dàns
le Chan-tong, on y mangea de la chair humaine :
ceci n'est pas une histoire inventée à plaisir, c'est
un fait certain ; d'ailleurs ce n'est pas la première
fois. A la même époque , dans la partie septen-
trionale du Hou-kouang , trente personnes furent
enterrées toutes vives par des gens affamés à quî
elles avoient refusé du riz.
On objectera peut-être que ce sont des cas
extraordinaires : cela est vrai ; mais ils font voir que
le caractère national , retenu par la sévérité des
lois , se fait reconnoître lorsque certaines circons-
tances lui rendent toute son énergie. On a dit , avec
raison , que le Chinois est vindicatif ; il attend
avec patience le moment favorable pour accuser
son ennemi auprès des mandarins ; mais souvent
celui-ci, aussi adroit, réussit, avec dès présens , à
faire retomber sur son accusateur le châtiment
qu'on lui préparoit à lui-même : de la naissent
des harÉes éternelles, qui se terminent quelque-
fois par fincendie de l'habitation d'un des deux
adversaires. Cette conduite ne doit pas étonner
chez un peuple qui n'est arrêté que par (a crainte,
et non par des principes de vertu ou de saine
morale. Les livres de Confucius existent; mais le
peuple ne les lit pas , l'homme instruit qui les
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SUR LES CHINOIS. I 6 5
a lus , ne s'en livre pas moins à ses passions lorsque
l'intérêt Je domine ; et chez les Chinois l'intérêt
est un mobile tout puissant.
Après avoir parlé jlu Chinois du côté moral >
il est bon de l'examiner du côté physique. C'est
un être dont les sens ne sont émus que par des
impressions fortes ; aussi est-il enchanté de sa mu-
sique qui est très - bruyante. Des exhalaisons qui,
nous répugnent x n'affectent pas son odorat; l'odeur
du charbon ne l'incommôâe pas, non plus que celle
d'une chandelle chinoise que l'on a soufflée sans,
l'éteindre parfaitement , odeur cependant extrême-:
ment désagréable. Les Chinois dorment assez sou-
vent , pliés en deux ; ils se couchent presque ha-
LiJlés sur leurs nattes , en s'enveloppant d une cou-
verture : leur sommeil est profond.
En mangeant , ils se servent avec adresse de
petits' bâtons pour prendre les morceaux ; mais ils,
avalent le riz gloutonnement : ils boivent indistinct
tement dans toutes les tasses , sans s'embarrasser
si quelqu'un s'en est servi" auparavant. En sortant
de table, ils prouvent de toutes les manières qu'ils
ont bien dîné ; ils croient même que c'est une po-
litesse de donner ainsi au maître de la maison, des
marques de leur satisfaction. La seule chose qu'on,
ne puisse leur reprocher, c'est de se montrer ivres..
Je n'en ai jamais rencontré dans cet état j et même-
si le vin les a un peu échauffés au point que leur
ï66 OBSERVATIONS
visage soit rouge et enflammé, ils ont Pair embar*
rassé lorsqu'on les regarde : aussi vont-ifs rare-
ment alors dans les rues. En un mot , peu de
peuples prennent autant de toin pour cacher leurs
défauts et paroître sous des dehors réservés.
Les Tartares ont plus de fermeté de caractère
que les Chinois ; lorsqu'un de ces derniers est
battu » il crie ; le Tartare , au contraire , souffre
en sijence , ou se contente de murmurer.
Les Tartares aiment le plaisir et la dépense; ils
sont plus bruyans que les Chinois , mais moins
magnifiques : ils sont durs à la fatigue et au tra-
vail , expéditifs dans les affaires , francs dans leurs
procédés», Hs n'écoutent que te bon sens, et fuient
fcs détours si familiers aux Chinois. Au reste , je
ne connois pas assez la nation Tartare , pour en
porter un jugement ; mais , par le peu que j'en ai
vu , elle paroît avoir des qualités qui manquent
aux Chinois.
INDUSTRIE.
La réunion d'un grand nombre d'hommes les
rend nécessairement industrieux : c'est ce qui arrive
à la Chine ; aussi trouve-t-on peu de nations plus
sobres et plus laborieuses. Un Chinois, après avoir
travaillé pendant une journée entière, s'estime
très-heureux s'il peut se procurer du riz et quelques
Jégumes,
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SUR LES CHINOIS. *6j
Un désir presque inné chez les Chinois, c'est
celui du gain : les petits enfans* rient lorsqu'ils
voient de l'argent ; mais ce mouvement, qui n'est
chez eux que machinal , devient par la suite le
principe de toutes leurs actions.
On ne peut disconvenir que les Chinois sont
portés au travail , et industrieux par nécessité ; mais
il y a loin de l'industrie à la perfection. Il est certain
qu'ils ont eu avant nous certaines connoissances ;
mais ils ne les ont pas autant perfectionnées ,
et leur attachement aux usages de leurs ancêtres
sera toujours un obstacle à leurs progrès dans les
arts. Ils tiennent des pays occidentaux une grande
partie de ces connoissances ; mais , séparés du
reste de l'univers , après avoir reçu ou inventé
certains procédés, manquant de l'émulation qui
existe en Europe , ils sont restés constamment au
même point.
Les Chinois possèdent depuis long- temps la
boussole et la poudre à canon ; la boussole est
encore imparfaite 9 et la poudre à canon est mé-
diocre. Peu versés dans l'astronomie , dans les,
mathématiques , dans la physique et dans toutes
jes sciences abstraites*, ils ont beaucoup acquis,
dans l'art de la teinture et dans la fabrique des.
soies , du vernis et de la porcelaine. Le vernis du
Japon est cependant supérieur ; les ouvrages eu
ce genre faits dans cette île , sont plus légers et b}&
L 4
lé8 OBSERVATIONS
angles mieux terminés. Ce que les Chinois tra-
vaillent avec plus de soin et ce qu'ils font le mieux ,
ce sont les bateaux, qui joignent l'élégance à ia
commodité.
L'architecture chinoise mérite des éloges à cer-
tains égards ; mais elle pèche par un côté essentiel ,
par la solidité : la sculpture est généralement mau-
vaise. Les artisans travaillent proprement ; les ou*
vrages en filigranes sont jolis , ceux en toutenague
ou en cuivre blanc sont bien finis.
Les Chinois fabriquent l'acier (a) ; mais ce
qu'ils font avec cette matière est fort inférieur à
ce que nous faisons en Europe. On en peut dire
autant du verre : ils réussissent néanmoins à faire
des lunettes ; mais , formées au hasard , chaque in-
dividu choisit celles qui lui conviennent le mieux.
Les ouvriers de Quanton , au lieu de verre , em-
ploient le cristal de roche , dont ils divisent les
morceaux en lames minces, au moyen d'un fil de
fer qu'ils font agir comme les scieurs de pierre,
et en employant comme eux le sable et l'eau.
Leurs ouvriers ne sont pas aussi inventifs que
les nôtres ; mais ils copient avec assez d'exactitude,
et l'on doit s'attendre qu'ifs ne peuvent arriver a.
(a) Le fer est connu depuis long- temps à (a Chine. Le
Chouking dit que le fer vient du territoire de Leang-tchcou ,
dans le Chen-sy,
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SUR LES CHINOIS. 169
notre perfection , puisqu'ils emploient bien moins
d'instrumens que nous. Cependant on peut dire
qu'ils sont adroits en général ; ils se servent
presque également des pieds et des mains.
On rencontre par-tout des artisans ambulans;
ceux qui raccommodent les poêles de fer, travaillent
en pieine rue. Les creusets pour fondre le fer ont
un bon pouce de diamètre ; la terre dont ils sont
composés , est la même que celle que nous em-
ployons en Europe. L'ouvrier reçoit sur un papier
mouillé la matière en fusion , et la conduit dans
les fentes et dans les trous , tandis qu'un autre
fétend et l'unit avec un chiffon humide. Le four-
neau est large de quatre pouces et long de huit ;
il contient plusieurs creusets qu'on recouvre avec
une pierre pour concentrer la chaleur. Le soufflet
consiste dans une boîte de six pouces de largeur
sur seize de longueur et dix -huit de hauteur.
Cette boîte est divisée en deux portions ; celle .de
dessus renferme les matières nécessaires , celle de
dessous contient le soufflet , qui est composé d'une
planchette remplissant exactement le vide de la
boîte , et qui se tire en dehors au moyen d'une
poignée formée de deux petites barres de fer qui
tiennent à la planchette. L'avant et l'arrière de la
boîte sont garnis de soupapes , et il y en a deux
autres qui donnent dans un petit canal en bois
qui règne en dehors , et au milieu duquel il y a un
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I70 OBSERVATIONS
tuyau. Lorsque l'ouvrier tire à lui le piston ou la
planchette , il aspire l'air par la soupape du fond »
refoule en même temps celui qui est dans la partie
antérieure du soufflet , et le force d'entrer à travers
la soupape dans le petit canal qui communique
en dehors ; lorsqu'il repousse le piston , la même
opération a lieu du côté opposé. Ce soufflet donne
beaucoup de vent et ne fatigue pas l'ouvrier. On
trouve aussi des Chinois qui raccommodent les
porcelaines et les verres cassés; mais ils travaillent
plus proprement qu'en Europe , l'ouvrier ne per-
çant pas entièrement la pièce , mais pratiquant
seulement deux trous de biais , dans lesquels ii
introduit avec force les deux extrémités courbées
de l'attache ; de manière qu'elle serre et réunit
exactement les deux morceaux sans paroftre en
dessus. J'ai vu des verrines qu'on avoit ainsi rac-
commodées : on pouvoit compter plus d'une cen-
taine d'attaches. On conçoit que dans le verre les
attaches doivent paroître à travers la matière , et
qu'il n'en est pas de même dans la porcelaine , où
elles sont en dessous du plat.
Les artisans dont on rencontre un plus grand
nombre dans les rues , sont les barbiers. 11 est à
remarquer que c'est là comme en France , où
presque tous les barbiers sont d'une même pro-
vince; ils portent avec eux tout l'attirail nécessaire %
Vn siège , de l'eau chaude , dçs rasoirs ^ des brosses,,
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SUR LES CHINOIS. 171
et mille petits ustensiles que les Chinois emploient
dans leurs toilettes. Les barbiers rasent avec soin
tous les poils du visage, hors les cils et ïes sour-
cHs ; ils ajustent les sourcils , nettoient les oreilles
et tressent les cheveux. Pour se faire reconnoître ,
ils portent un fer double et recourbé, qu'ils font
résonner en passant les doigts entre les branches
et en les retirant brusquement. Les rasoirs chinois
n'ont pas fa forme des nôtres ; ils sont courts , et
carrés a leur extrémité antérieure.
La classe la plus nombreuse après celle des
barbiers , est celle des porte-faix : ces gens sont
très-adroits à remuer ou porter de pesans fardeaux,
au moyen de leviers dont ils entendent bien l'effet.
Ils forment un corps , ont un chef et sont tous
enregistrés. En général , tous les Chinois s'oc-
cupent à quelque travail : il en est qui se louent
pour porter des palanquins , d'autres vendent des
drogues , disent la bonne aventure , font des tours
de force > &c. ; enfin > il n'y a pas de métier qu'un
Chinois ne fasse pour gagner de quoi vivre.
À la Chine , tout rapporte de l'argent ; et celui
qui vient emporter les immondices d'une maison ,
donne en échange quelques monnoies ou des lé^
gumes. Quelque sobres que soient les Chinois, et
malgré leur industrieuse activité , un grand nombre
d'entre eux néanmoins sont dans la misère : on
M leur refuse pas l'aumône - , il est vrai; mais
IJ2 OBSERVATIONS
les Orientaux ont la coutume de donner fort pe»
à-Ia-fbis. Un indigent qui a reçu la foible quantité
de riz qui peut entrer dans l'ongle d'un Chinois ,
doit se retirer. On pense bien qu'une aumône aussi
chétive ne peut soutenir un malheureux : c'est
pourquoi les différens corps de métiers ont établi
une espèce de confrérie ; chaque individu qui la
compose contribue d'une certaine somme , et le
fonds qui en provient sert à soulager ceux qui
n'ont pas d'ouvrage, ou qui ont éprouvé des pertes:
association louable et bien entendue, et qui devroit
exister parmi toutes les classes d'ouvriers , et ches
tous les peuples.
ARCHITECTURE ET AMEUBLEMENT.
L'architecture Chinoise est simple; fes
maisons des particuliers, celles même des manda-
rins , ont peu d'apparence au dehors : le palais de
TEmpereur, les édifices publics, les temples, les
tours , les arcs de triomphe , les portes des villes ,
les remparts , les ponts et les tombeaux , méritent
seuls l'attention du voyageur.
La forme des maisons est assez généralement,
la même; le nombre, la grandeur des sajles et des
cours , la dimension des colonnes , la qualité des
bois, la dorure, le vernis, la sculpture, établis-
sent seulement une différence entre la demeure des
particuliers, et celle des personnes en place ; mais.
Digitized by Gc
SUR LES CHINOIS. 1 73
•vouloir rendre en françois la manière dont on bâtit
à ia Chine , est une entreprise peu facile ; les ex-
pressions manquent , et Fon est obligé de recourir
à des locutions qui ne représentent pas au juste
la chose qu'on se propose de décrire. Par les mots
colonnes et galeries , il ne faut pas entendre des
colonnes ou des galeries , dans le style Grec ; le
vrai mot , celui qui convient le mieux a la colonne
Chinoise , est pilier , puisque son diamètre est tou-
jours le même dans toute sa longueur.
L'habitude où nous sommes de concevoir fes
choses d'après les mots qui les expriment , nous
induit souverlt en erreur en lisant fes relations des
voyageurs. Ces auteurs ayant devant les yeux des
objets d'un genre tout nouveau , et forcés d'em-
ployer des termes équivalens pour pouvoir se faire
entendre dans leur langue , ont par ces mêmes
expressions trompé le iecteur, qui s'est imaginé
voir des palais , des colonnades et des péristyles ,
tandis que dans Je fond tout cela étoit fort dif-
férent. L'architecture Chinoise n'a pas de rapport
avec la nôtre ; s'efforcer d'en donner une expli-
cation détaillée , c'est se charger d'une tâche im-
possible ; je me bornerai donc à une description
générale.
La majeure partie des matériaux d'un édifice
Chinois , est en bois ; le toit est supporté par
des colonnes , mais celles-ci ne s'élèvent qu'à une
174 OBSERVATIONS
certaine hauteur , ou elles prennent des pièces
transversales surmontées d'autres plus petites , et
qui diminuent de longueur à mesure qu'elles ap-
prochent du faîte. Les colonnes sont ordinaire-
ment de pin ; mais , chez les gens riches , elles sont
d'un bois recherché : le bois rouge est réservé pour
les bâtimens de l'empereur.
Le toit est revêtu en dessous , dans sa longueur,
de planchettes qui supportent et cachent en même
temps les tuiles , qui cependant sont quelquefois
à découvert. Ces tuiles sont en forme de canal ;
elles sont placées à côté les unes des autres, et
les bords sont recouverts en dessus par une autre
tuile demi-cylindrique : celles qui sont placées a.
Textrémité inférieure du toit , sont très-bien tra-
vaillées et d'une forme particulière.
La structure de ces toits est singulière f mais
agréable; les pièces de bois qui les soutiennent
en avant sont bizarrement taillées : les extrémités
des toits sont relevées , et dans plusieurs provinces
elles sont ornées de figures d'animaux , ou d'au-
tres sculptures ( n." 10 ).
Les murailles sont en brique , en pierre ou en
bois : les murs en brique ne sont pas généra-
lement pleins ; ceux des maisons de Quanton ,
par exemple , qui paroissent très - solides , n'ont
que de l'apparence , et sont creux ; ils peuvent
avoir dix - huit pouces d'épaisseur : les briques.
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SUR LES CHINOIS. 175
«ont placées sur les deux faces, et liées , d'espace
en espace , par des briques de traverse. On sent
combien une bâtisse de ce genre doit être peu
solide , et combien il faut être attentif à faire les
réparations nécessaires , car sans cette précaution
une maison s'écroule promptement. Les briques
qu'on emploie dans la construction des maisons,
sont cuites , ou simplement séchées au soleil , et
recouvertes d'un mortier composé de paille hachée,
de terre et de chaux : lorsque le propriétaire a des
moyens suffisans, il fait mettre par-dessus un en-
duit plus fin que le premier , et fait de chiffons
pourris , ou de papier , bien mêlés avec de la chaux.
Cet enduit s'étend parfaitement ; il devient bien
uni et très -propre ; les fondemens sont peu pro-
fonds : le plus grand défaut de l'architecture Chi-
noise , c'est de ne pas assez soigner cette partie.
Les maisons sont divisées par corps de bâti-
ment , placés les uns derrière les autres , et séparés
par des cours. Si par fois on trouve des corps-de-
logis bâtis sur les côtés , la communication a lieu
par des galeries couvertes ou par des corridors qui
existent plutôt en dehors que dans l'intérieur.
Les maisons des marchands , à Quanton , occu-
pent un terrain long et étroit ; elles ont un étage
au-dessus du rez-de-chaussée , et c'est toujours vers
l'entrée de la maison , et dans une des salles la
plus apparente qu'est placée ftdole ou Poussa. Les
Ij6 OBSERVATIONS
appartemens sont par le bas, mais le sol en est tou-
jours un peu élevé , pour être à Cabri de l'humidité ,
que les Chinois redoutent beaucoup. Les pièces
basses sont carrelées ; celles d'en haut sont plan-
cheyées et servent de magasin ; on y monte par des
escaliers fort mal faits , presque droits , et dont les
marchés sont un peu hautes : en général, les archi-
tectes Chinois n'entendent point ce genre de cons-
truction.
Les murs de clôture dans l'intérieur des maisons ,
ou ceux qui environnent les petites cours, dans les-
quelles on trouve toujours des arbustes, des fleurs
et de grandes jarres remplies de petits poissons ,
ne sont pas pleins , mais évidés en partie et fermés
avec des briques de différentes formes, artistement
travaillées à jour : les Chinois aiment beaucoup ces
sortes de briques, et les emploient par-tout.
L'habitation d'un homme riche diffère un peu
de celle dont je viens de parler ; elle est toujours
précédée d'une grande cour où logent les portiers ,
et qui est entourée de galeries et d'un grand pé-
ristyle dont le toit est soutenu par des colonnes ,
qui sont d'inégale hauteur et reposent sur des so-
cles de pierre ou de marbre. Cette cour est fermée
par trois grandes portes en bois ; celle du jnilieu
ne s'ouvre jamais que pour les gens de distinction ;
les autres personnes passent par les portes de côté ;
le maître même du logis suit cet usage , a moins
qu'il
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SUR LES CHINOIS. l*J*f
quHI ne sorte en cérémonie. Après ces trois portes
on trouve une autre cour, un second bâtiment
dans lequel réside l'idole , et enfin , une troisième
cour qui fait face à l'appartement principal , et qui
est peu éloignée des cuisines et des chambres des
domestiques. Cet appartement, composé de plu-
sieurs pièces , donne par derrière sur les jardins ,
et communique par des galeries avec celui de9
femmes , qui est plus ou moins éloigné , suivant Té-
tendue du terrain. Les cours, chez les mandarins,
sont spacieuses et environnées de salles destinées
pour les personnes qui ont des affaires à traiter
avec le maître du logis , et qui sont obligées de Fat*
tendre ; elles sont en outre entourées de barrières
et décorées à l'entrée par trois portes de bois et
par des figures d'animaux, en bronze ou en pierre
(n. e joj. En général , chez les Chinois , les cours et les
jardins occupent la majeure partie de l'habitation.
L'intérieur des maisons est peu décoré , mais
propre; les murs sont tapissés avec du papier blanc:
quelques dessins à l'encre , dont les Chinois font
grand cas, une estrade, des tables, des chaises de
bois verni , bien lourdes , et couvertes , dans cer-
taines cérémonies, d'un drap rouge, des plats de
porcelaine remplis de cédrats , des vases de cuivre
pour brûler des parfums, enfin des lanternes (a) ,
" 1 — ' i
(a) Les lanternes sont d'une forme très-variée , et coûtent
TOME II. M
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tjH OBSERVATIONS
vojià tout ce qui fait l'ornement d'un appartement
Chinois.
Les fenêtres des nuisons sont garnies avec des
coquilles minces et asser transparentes , ou avec
du papier : cette manière n est pas suffisante pour
garantir du froid ; mais , dans les pays chauds ,
où le froid ne se fait sentir qu'à une certaine
époque de l'année , on n'a pris aucune précaution
pour s en préserver. Dans le Petcheiy et le Chan-
tong , où il gèle , on a soin de coller herméti-
quement les fenêtres ; d'ailleurs on met en outre
une poêle de charbon embrasé dans la chambre ,
ou bien on allume du feu dans le petit four qui
est à Tentrée de f estrade placée au fond de la pièce ,
et sur laquelle on couche. Ches les gens riches ,
à Peking , les fourneaux sont plus grands ; ifs
passent sous les appartenons , et on les chauffe
par dehors.
Les Chinois ne laissent pas entrer dans leurs
souvent fort cher : il y en a qui, par le moyen de la fumée, font
mouvoir des figures; les simples sont composées d'un réseau de
fi\s de bambou recouvert en papier; tes autres sont de soie, d'ivoire
ou de corne. Les Chinois savent fondre cette dernière matière, et
en fabriquent de grosses lanternes d'une seule pièce.
Les vases de cuivre pour brûler les parfums , sont bronzés et
quelquefois d'une forme bizarre ; il y en a de fort curieux pour
la forme et pour la couleur ; j'en ai vu un qui étoit d'une cou-
leur bleuâtre; les Chinois disoient qu'il étoit antique et en deman-
d»ieoc cent taëls [ 750 livres ].
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LES CHINOIS. Ï79
chambres à coucher, et il est rare qu'on y puisse
pénétrer. Leurs lits sont massifs, unis, et quel-
quefois sculptés. Un moustiquaire de gaze pendant
fêté , ou des rideaux d'étoffe de soie en hiver, avec
une bande pareille d'environ un pied de large ,
faisant le tour du lit par en haut , en compo-
sent toute la garniture* On y ajoute un éventail ,
des sachets <Todeur, et deux agraffes en cuivre
pour soutenir fe moustiquaire. Les matelas sont dé
coton : en un mot , la forme du lit et la richesse
de ia garniture sont analogues au rang ou à il
fortune du propriétaire.
Les Chinois mettent rarement des glaces dans
leurs appartenons ; nous n'en vîmes qu'une seule
dans la maison que nous occupâmes à Ping-yuen-*
bien, ville du Chan-tong : elle étoit placée au
fond de ia salie , et montée dans un châssis de bob
posé debout, de manière qu'il étoit facile de le
porter où l'on vouloit.
Si les Chinois ne paroissent pas fort occupés de ia
décoration de leurs maisons, ils le sont au contraire
beaucoup de la construction de leurs portes. Che*
eux une porte ne doit pas être placée en face d'une
autre ; et lorsqu'on ne peut éviter cet inconvénient,
on met en avant une espèce de paravent en bois*
dont l'effet est de les préserver des mauvais génies
et de s'opposer a leur libre passàge. Il est rare de
parvenir dans Fappartement principal en suivant
Ma
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*8o OBSERVATIONS
un chemin droit; il faut toujours passer pâr*dèi
portes latérales ou traverser quelques pièces.
La porte extérieure des maisons est rarement de
niveau avec le mur de face ; elle est plus ou moins
enfoncée et presque toujours à l'abri. Les autres
portes , et principalement celles de l'appartement
des femmes , ont différentes formes. On en voit qui
imitent un éventail ou une feuille ; mais la porte
par excellence, la porte du bonheur , est celle de
forme ronde ; celle-ci a la vertu , suivant les idées
Chinoises , d'arrêter les génies malfàisans et de ga-
rantir le propriétaire du logis de leurs malignes
influences.
Telle est la construction des maisons des Chi-
nois ; mais de l'habitation d'un mandarin , composée
de galeries , de péristyles , et d'un grand nombre
de pavillons peints et vernis , dont les toits , quel-
quefois doubles , sont à pans recourbés, il y a loin
au simple logement d'un particulier , et encore plus
à l'humble réduit d'un paysan. Les habitations des
villes occupent peu d'espace ; une petite cour et
deux ou trois chambres surmontées d'un toit peu
élevé, suffisent pour loger une famille entière.
La demeure des gens de la campagne est encore
plus chétive ; des murs en terre à peine recrépis ,
un méchant toit en paille, mettent à l'abri plusieurs
individus. Si l'on trouve à la Chine , dans certains
cantons , de bonnes maisons , on en remarque un
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SUR LES CHINOIS. l8l
plus grand nombre qui sont entièrement délabrées.
Dans le Petchely et une partie du Chan-tong, les
maisons des paysans sont basses , le toit en est
presque plat et l'aspect misérable ; dans le Kiang-
nan elles sont meilleures ; dans le Tchekiang elles
sont bien construites et solides ; enfin ,, dans le
Kiang-sy et le Quang-tong on en voit encore quel-
ques-unes de bien bâties , mais c'est ordinairement
la plus petite quantité.
Parmi le nombre d'édifices publics qu'on aper-
çoit en voyageant à la Chine , ceux qui appar-
tiennent a l'Etat attirent l'attention , soit par leur
grandeur, soit par leur genre de construction. Les
maisons, par exemple, qui servent aux examens des
étudions , occupent un terrain spacieux ; elles ren-
ferment beaucoup de salles , et principalement
une pièce d'une grande étendue, qui sert à ceux,
qui composent. A Ho-kien-fou , dans le Petchely %
cette pièce étoit vaste et remplie de petits piliers
en brique. Les temples sont grands et bien bâtis ^
généralement composés de larges cours, de pavil-
lons pour les idoles., de jardins , et de tous les bâti-
mens nécessaires au logement ou aux besoins
des bonzes. Le plus bel ornement de ces temples
consiste dans une tour élevée : tous n'en ont pas
cependant , et ce n'est que dans le Kiang-nan que
nous en vîmes un plus grand nombre. Ces tours
30m formées de plusieurs étages (n. ex 1$, 16 et jfjz
■
Mi
l8l OBSERVATIONS
elles ressemblent a celles qu'on rencontre h rap-
proche des villes , mais elles sont d'une forme plus
agréable.
Les tours que Ton voit auprès des villes , se
nomment Ta; elles sont très -solides , et ont été
construites avec beaucoup plus de soin qu'on ne
le fait actuellement. La tour de la pagode du lac
Sy-hou le prouve (n.* }6) ; dégradée par les pluies ,
par le temps et par la foudre , elle subsiste tou-
jours , quoiqu'elle compte quinze cents ans d'an-
tiquité ; les briques en sont rouges et encore en
Bon état.
Ces tours varientpar la hauteur (n." 17, 24, 4$ \
4$,76, S/), et peuvent avoir depuis quatre- vingts
dix jusqu'à cent soixante-dix pieds ; constamment
partagées par étages, mais toujours en nombre
impair , elles s'élèvent plus ou moins suivant l'im-
portance de la ville près de laquelle elles sont
situées. La plus haute que nous ayons vue et qui
avoit onze étages , est celle de la ville de Kao-tang-
tcheou dans le Petchely. Il est difficile de dire le
but que se sont proposé les Chinois en bâtissant
ces tours. Sont-elles pour l'ornement, ou sont-elles
pour l'utilité ï Comme leur élévation n'est pas tou-
jours la même, on peut croire qu'elles n'ont été
construites que pour l'ornement : car , pourquoi
airroient- elles moins d'étages auprès des petites
villes , et un plus grand nombre auprès des grandes,
SUR LES chinois: l8j
si Ton suppose qu'elles ont servi à faire des signaux!
La seule raison qu'on pourroit donner pour expli-
quer leur plus ou moins de hauteur , c'est que
l'usage qu'on en fa i soit étant circonscrit an district
des villes, leur élévation étoit en raison de son
étendue. La plupart de ces tours n'ont plus d'es-
caliers intérieurs , le temps les a détruits; les murs*
sont en brique , et plus ou moins épais , suivant fa
hauteur de ces édifices : la forme extérieure varie
aussi , et les fenêtres pratiquées à chaque étage ne
sont quelquefois que figurées.
Mais , si presque à chaque pas on rencontre de*
tours, on voit un bien plus grand nombre d'arcs
de triomphe. Ces monumens , nommés en chinois
Pay-leou , ont été élevés en l'honneur de quelques
personnages recommandâmes , et servent égale-
ment de décoration. Nous en v?mes beaucoup de
bâtis pour conserver la mémoire de femmes qui
étoient restées veuves : au reste , H faut la permis-
sion de l'empereur pour les ériger ( n." / , 12 ,
Un grand défaut de ces édifices, c'est d'être très-
massifs par le haut. Ce défaut se remarque sur-tout
dans Tare de triomphe de Sou-tcheou-fou , comme
on peut en }uger par le dessin que j'en donne
(n.° jj/; il est vrai que c'est le plus considérable
que j'aie vu : les autres étoient plus légers. Ils se*
resffemjblent presque to«s pour fa forme : un seuî
M 4
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ï84 OBSERVATIONS
que nous vîmes le 2 3 mars , avoit une construction
tout-à-fait différente (n.° j$J. Lorsque ces édifices
sont en bois , on choisit toujours les plus précieux
ou les plus solides ; on les soutient avec de longues
perches , ainsi qu'on peut le voir dans le dessin
de 1 arc de triomphe de la ville de Yang-tcheou-fou
( n.° 12). Lorsqu'ils sont en pierre , toutes les pièces
sont à tenons et à mortaises , et assemblées de la
jnême manière que si elles étoient en bois.
Les arcs de triomphe, qui sont toujours com-
posés de trois portes , dont la plus élevée est celle
du milieu , n'excèdent pas vingt à vingt-cinq pieds
de hauteur , et sont ornés de fleurs sculptées et de
figures : les mieux travaillés en ce genre sont ceux
de Hang-tcheou-fbu. A Peking et dans beaucoup
de carrefours de cette capitale , on en trouve plu-
sieurs entièrement en bois : celui du pont appelé
Jou-kiao en donne une idée ( n.° 2 ).
Les édifices consacrés à Confucius sont tous
construits sur un même modèle , et ne diffèrent
entre eux que par la grandeur. Le monumqfit
de ce genre qu'il nous a été possible d'examiner
avec le plus de soin , est celui de la ville de Nan-
luong-fou.
L'entrée est composée de trois grandes portes
donnant sur une vaste cour , au milieu de laquelle
il y a un pont de trois arches bâti sur, un bassin.
Au fond de cette cour on voi,t encore trois porter
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SUR LES CHINOIS. 185
pareilles aux premières, et une galerie : ces portes
restent fermées , et Ton entre par une petite porte
fatérale dans une seconde cour , ayant de chaque
côté plusieurs grandes salles où Ton voit des tables
sur lesquelles sont gravés les noms des Chinois
qui se sont illustrés. Un pavillon entouré d'une
colonnade, surmonté d'un double toit, occupe le
fond de la cour , et renferme la statue de ce phi-
losophe.
Les portes des villes n'ont pas d'ornemens ; elles
sont voûtées et pratiquées dans l'épaisseur des
murs. On peut voir au mot Fortification la ma-
nière dont les Chinois les construisent. Je ne dirai
rien non plus des tombeaux , que je décris en par-
lant des funérailles ; mais je terminerai cet article
en donnant ia description des ponts , qui , s'ils
étoient mieux bâtis, et si les Chinois mettoient
plus de soin à placer les pilotis qui servent dans
leur construction , dureraient plus long-temps. Ces
ponts sont très-jolis lorsqu'ils sont nouvellement
faits ; mais il faut peu de chose pour les renverser :
nous rencontrâmes effectivement , en plusieurs en-
droits , des ouvriers occupés à relever les pierres
de ponts qui s'étoient écroulés, et dans d'autres
places on n'en voyoit pas même le moindre vestige.
Les ponts Chinois sont quelquefois plats ; mais
généralement on y monte des deux côtés par une
pente douce \ ils sont en pierre , en brique. ou
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lS6 OBSERVATIONS
en bois. Cefuî qu'on voit avant d'être à Sou-tcheou-
fou est très-élégant (n* ty) ; il consiste en trois
arches, dont celle du milieu est beaucoup plus
élevée. Pour augmenter fa solidité de ce pont ,
on a placé sur les piles des longues pierres de-
bout, dont chaque extrémité entre dans un trou
pratiqué dans une autre pierre qui traverse Pépais-
seur du pont. Ce moyen ne réussit pas toujours,
parce que les entailles n'étant jamais bien pro-
fondes, elfes ne peuvent s'opposer au moindre
effort du ppnt , ni empêcher qu*il ne s'écarte
lorsque Tun des pilotis vient à fléchir.
Le pont de Tsin-kîang-fou (n.° 14), que nous
passâmes le 16 mars , n'a qu'une seufe arche, dont
le diamètre peut être de trente à trente-cinq pieds ;
sa forme est en fer-à-cheval , et fes cotés , au fieu
de tomber d'aplomb , sortent de la perpendicu-
laire en arrivant sur fes pifes : if est vrai que dans
cet endroit les preires entrent dans une entaille;
mais déjà une pierre d en bas s'étoit dérangée ;
si elle vient à manquer, fes autres tomberont bien-
tôt, et le pont s'écroulera infailliblement. Les pierres
ne servent que de revêtissement; elles sont hautes,
étroites et taillées en portion de cercle ; entre ces
pierres , qui peuvent avoir de quatre à douze pieds
de longueur , on en place de plus petites, disposées
par chaînes , d'environ un à deux pieds en quarré-
La <ilef , composée de çes petites pierres longues v
1
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SU* LES CHINOIS. 1 87
n'étant pas assez épaisse , ne lie pas , comme en
Europe, toutes les parties du pont, de manière
que l'ouvrage pèche essentiellement du- côté de la
solidité.
Il y a cependant en Chine des ponts très-anciens,
mais aussi les arches en sont plus petites et autre-
ment disposées ; elles ne sont pas toujours cin-
trées; , nous en vîmes de plates , de rondes et de
forme gothique. Ces ponts sont garnis de garde-
fous , et ornés de figures d'animaux en marbre ou
en pierre. Nous en traversâmes plusieurs avant
d'arriver à Pékin g , et après avoir quitté cette ville ,
le plus considérable est celui de Tso-tcheou. II
est partagé en deux par une petite He , et sa lon-
gueur est de près de six cents pieds ; le parapet
est composé de tables de marbre d'environ she
pieds de long , engagées par des rainures dans
un grand nombre de piliers hauts de quatre pieds ,
décorés en plusieurs endroits cféléphans en mar-
bre , qui parolssent bien travaillés. Le pont sur
lequel nous passâmes le 5 mars , et qui est bâti
à l'extrémité du 1ac nommé Lo-ma^hou , et près
du canal impérial , est solide ; les arches en sont
plates, et formées par de grosses pierres; il est
droit et précédé d'une longue chaussée. Ceux
que nous vîmes dans les environs de la digue ,
étoient en brique et fort mauvais ; Teau de la pluie
paroissoit filtrer à travers, et ils étoient si délabrés ,
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1 88 OBSERVATIONS
que les voituriers n'osoient passer dessus. On
construit aussi des ponts en bois , soutenus par des
piles en pierre : des solives sont placées alterna-
tivement dans un sens opposé , et lorsqu'elles
sont parvenues à la hauteur requise , on étend
d'une pile à Fautre de longues poutres pour for-
mer le plancher. Cest de cette manière que le
pont de Nan-hiong-fou ( n. a 78), dans la pro-
vince de Quang-tong, est construit ; il est bordé
de garde-fous , mais tous les ponts n'en ont pas >
ce qui les rend très-dangereux , sur-tout lorsqu'on
y passe ia nuit. En traversant un semblable pont le
12 décembre, pour nous rendre a Kieou-kiang-
fou , nous pensâmes tomber dans l'eau. Lorsque
quelque accident a rompu une des arches d'un
pont, on place des poutres (Tune pile a l'autre, et
l'on rétablit de cette façon la communication. Il y
a aussi des ponts entièrement composés de pierres
plates , attachées les unes aux autres par des cram-
pons de fer ; ces ponts sont bâtis dans des endroits
où il ne passe pas de charrette , et par conséquent
fatiguent peu.
On voit un grand nombre de ponts sur le grand
canal , et sur les petits bras de rivière adjacens :
il y en a d'une seule arche , d'autres de deux % et
quelques-uns de cinq. Un très-joli , est celui de la
ville de Fou-hiang-rhien , dans le Tche-kiang ( n. 9 64) ,
près duquel nous passâmes le a 8 nws ; il a trois
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SUR LES CHINOIS; 189
arches , outre deux petites dans les piles ; il n'est
pas construit sur la rivière , mais sur un torrent
qui paroît devoir se ■ gonfler beaucoup dans cer-
taines saisons. Ii est fâcheux que le gouvernement
ne donne pas assez d'attention à ces constructions,
et qu'il n'ordonne pas de faire ce qui est néces-
saire pour les rendre plus solides ; mais à la Chine
tout est routine , et l'on ne change jamais de mé-
thode.
On conçoit, d'après ce que je viens de dire,
que l'architecture Chinoise, différant beaucoup de
celle des Européens , il n'est pas aisé de la décrire ;
mais on s'en formera une plus juste idée en jetant
les yeux sur les dessins que j'ai faits de différens
édifices , qu'en lisant une description qui , pour
être fort longue, n'en seroit peut-être pas plus
intelligible.
JARDINS.
Les Chinois, dans la disposition de leurs jar-
dins, recherchent une bonne exposition , la salu-
brité de Tair , et principalement l'éloigriement des
voisins et des curieux. Chez un peuple où la poly-
gamie est permise , et par conséquent la condition
des femmes désagréable, le premier soin d'un mari
doit être de leur procurer quelque délassement et
de les soustraire aux yeux des étrangers. L'art des
jardins , chez les Chinois , consiste à copier la
I^O OBSERVATIONS
nature : imiter ses beautés et rendre ses désordres*
sont chez eux le comble du génie. Au lieu de ces
allées plantées avec symétrie , au lieu de ces ter-
rains uniformes qu'on voit dans les jardins d'Eu-
rope , on ne trouve dans ceux de la Chine , que
des sentiers tortueurt , des arbres épars et Jetés au
Jiasard , des collines boisées ou stériles , des vallons
profonds et des passages étroits * dont les cotés
escarpés et coupés à pic sont hérissés de rochers ,
et offrent aux yeux quelques misérables arbustes.
Extrêmement bizarres dans la composition de leurs
jardins , les Chinois aiment a rapprocher , sous
fe même coup d'œil , des terres cultivées et des
champs arides; ils s'appliquent, sur-tout, à ren-
dre le terrain inégal , et à le couvrir de rochers
factices ; ils creusent des cavernes dans les mon-
tagnes ; ils élèvent sur les pentes des pavillons à
moitié renversés, et tracent à travers ces désor-
dres d'une nature imaginaire , des sentiers qui, tou-
jours disposés en lignes obliques , et revenant sans
cesse sur eux-mêmes , prolongent pour ainsi dire
letendue du terrain , et doublent le plaisir de la
promenade.
L'eau , lorsqu'il est possible de s'en procurer ,
après s'être précipitée du haut des collines, et
s'être ouvert une route à travers les rochers, par-
court ordinairement les jardins en différens sens ,
et se rend ensuite dans un étang sur lequel cte»
Digitized by
SUR LÊS CHINOIS. Ipt
barques (Tune forme élégante procurent aux fem-
mes l'amusement de la pêche et le charme d'une
douce fraîcheur.
Des pierres jetées au hasard et s'avançant jusque
dans Feau , soutiepnent les terres qui bordent ces
canaux , et eu rendent les contours irréguliers ; ça
et là des arbres isolés et des saules pleureurs ré-
pandent une ombre mélancolique sur un terrain
couvert de sable et de coquillages.
Les larges feuilles du nénuphar et ses fleurs en
forme de tulipes, couvrent la surface des étangs,
tandis que mille petits poissons d'une couleur bril-
lante en parcourent l'étendue , ou se tiennent à
l'abri de la chaleur parmi les joncs qui leur servent
de retraite.
De petites îles ornées de pavillons et d'arcs de
triomphe , occupent le milieu de ces bassins ; et
des ponts d'une structure bizarre , bâtis sur les
différens canaux , entretiennent par-tout un pas-
sage facile.
Tel est le goût des Chinois ; ils ne cherchent
dans leurs jardins qu'à contrefaire la nature et à
rassembler et représenter en petit tout ce qu'un
vaste pays peut offrir de pittoresque et d'intéres-
sant.
De pareils jardins demandent des emplacement
considérables ; mais les Chinois n'en ayant pas
toujours, et leur défaut étant d'être constamment
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Ip2 OBSERVATIONS
attachés à leurs mêmes idées, sans considérer la
grandeur ou la petitesse du local , il en résulte que
leurs jardins présentent souvent une trop grande
multitude d'objets , et sont extrêmement confus.
On connoîtra facilement , d'après le plan du
jardin de la maison qu'occupoit M. de Grammont
(n.° 90 J, à Quanton, la méthode que suivent les
Chinois dans l'arrangement de leurs jardins. Dans
ce pian , les bâtimens occupent une grande partie
du terrain : les allées ne sont pas considérables ,
mais elles suffisent pour des femmes Chinoises ,
qui marchent peu , ne peuvent supporter la fati-
gue , et sont obligées de se reposer souvent dans
les pavillons que l'on multiplie exprès pour qu'elles
puissent s'y arrêter. Cette maison , située dans
le faubourg de Quanton , étoit bien entretenue
lorsqu'elle étoit entre les mains du propriétaire
Chinois ; mais maintenant qu'elle est abandonnée ,
une partie menace ruine ; plusieurs pavillons ont
fléchi et sont près de tomber , ce qui provient de
la mauvaise manière dont les Chinois disposent les
pilotis qu'ils emploient pour asseoir les fondemens
des maisons bâties sur le bord des canaux.
Les hannistes de Quanton ont plusieurs jardins
de l'autre côté de la rivière , à Honan ; l'un est
fort resserré et n'offre qu'un étang coupé par une
chaussée avec quelques petites allées bornes en
partie par des bamboux fort élevés, qui masquent
le»
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St/R LES CHINOIS. I93
les murailles ; un autre est beaucoup plus vaste, et
peut donner une idée des jardins Chinois. Le pro-
priétaire a fait élever presque au centre de rempla-
cement un grand pavillon pour y déposer le corps
de son père, et fa entouré d'un canal qui traverse
ensuite le jardin , et se rend dans un étang con*
sidérable ; le reste du terrain est rempli de pavil-
lons , de ponts , et garni d'arbres et de fleurs ; les
allées vont en serpentant, et sont formées de
cailloux de plusieurs couleurs , représentant dif-
férens dessins ; mais dans un endroit on s'est con-
tenté de placer sur le sol , à la distance d'un pied
les unes des autres , des pierres de deux pieds de
long, et de huit pouces d'élévation, pour se pré**
server de fhumidité.
J'espérois , lorsque j etois à Pekirtg , pouvoir exa-
miner les jardins de l'empereur, mais je n'en ai vu
qu'une portion; ils sont, en grande partie, occu*
pés par une rivière dont les bords plantés d'arbres
ombragent plusieurs pavillons , qui paroissent fort
jolis au dehors , mais qui sont mesquins en dedans.
La vue des jardins de l'empereur, prise de dessus
le pont, est belle (n.° 2) , et le paysage est vrai-
ment magnifique. Je ne parlerai pas des jardins de
Yuen - ming - yuen , ce que j'en ai parcouru ne
mérite aucune attention , quoique l'endroit où nous
étions placés, fût destiné pour les fêtes que l'em-
pereur donne à sa cour et aux ambassadeurs.
tome 11, N
Ip4 OBSERVATIONS
La seule occasion où j'ai été à même de juger
du goût des Chinois dans la distribution des jar-
dins , fut lorsque je visitai celui de l'empereur, situé
au -delà de la ville de Yang-tcheou-fou.
Ce jardin est très - spacieux , mais tellement
rempli de bâtimens , de pavillons , de corridors ,
de ponts et d'allées , que son étendue en paroit di-
minuée de moitié. Les édifices sont en mauvais
état; l'eau ne coule plus dans le canal, et le pont
de bois construit au-dessus , et qui va en serpen-
tant , étoit si délabré , qu'il ne put me supporter.
Les aljées sont tortueuses et garnies de cailloux ;
Its rochers factices sont seuls bien conservés. Les
arbres sont beaux et font un bel effet ; enfin Fen-
semble de ce jardin, dont un grand étang occupe
une bonne partie , est extrêmement curieux , mais
trop confus et trop ramassé. Autrefois l'empereur
]e visitoit de temps en temps , mais il n'y vient
plus ; aussi tout souffre de son absence.
Les jardins que nous avons vus auprès du lac
Sy-hou, à Hang-tcheou-fou , ont dû être, très-
beaux lorsqu'ils étoient en bon état ; mais, corn m*,
je l'ai dit plus haut , les ouvrages des Chinois
demandent un entretien continuel , et pour peu.
qu'on les néglige, ils sont bientôt détruits.
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SUR LES CHINOIS. Jpf
CANA V X.
y
Là. Chine est coupée par un nombre infini
de rivières et par des canaux qu'on a multipliés
autant qu'il a été possible, non -seulement pour
fertiliser les campagnes, mais dans la vue d'ou-
vrir des communications et de faciliter les trans-
ports. Le commerce se fait généralement par eau :
les Chinois qui voyagent d'une province à l'autre,
préfèrent cette voie , et ne prennent la route de
terre que dans des circonstances pressées. On peut
aller de Quanton a Peking constamment en ba-
teau , excepté pendant un seul jour employé à
parcourir par terre l'espace qui sépare Nan-hiong-
fou et Nan-ngan-fbu. En sortant de cette dernière
ville, on descend la rivière jusqu'au lac Po-yang ;
on entre ensuite dans le fleuve Yang-tse-kiang ,
qu'on ne quitte qu'au-delà de Nanking à Koua-
tcheou , pour suivre alors le canal impérial qui
conduit à Peking.
Ce canal est d'une grande étendue, mais avant
d'indiquer le temps auquel if a été commencé ,
if est à propos de parler de deux grandes rivières
qui partagent la Chine , en coulant de l'ouest à
l'est, et dans lesquelles le canal vient aboutir. Le
Hoang-ho , ainsi nommé de la couleur de ses eaux
Jaunes et tourbeuses, prend sa source par les
N a
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%p6 OBSERVATIONS
trente-cinq degrés de latitude , dans les montagnes
de Kokonor en Tartarie. Après avoir parcouru
une portion de ce pays , il entre en Chine par les
provinces de Chen - sy et de Chan -sy , traverse en-
suite le Honan , une partie du Kiang- nan , et se
jette , après Une course de six à sept cents lieues ,
dans la mer orientale.
Ce fleuve n'est pas aussi large que le Kiang :
à Pe-tsiu-tcheou, où nous le traversâmes, il peut
avoir de trois à quatre cents toises de largeur ; il
étoit très-sale et charioit pour lors des glaçons. A
notre retour, lorsque nous le passâmes à Yang-
kia-yn , vingt-cinq lieues au-dessus de son embou-
chure , sa largeur étoit de cinq à six cents toises.
Les rives du Hoang-ho sont d'une terre argileuse
jaunâtre, dont ses eaux sont imprégnées. Ce fleuve
est rapide , et cause souvent de grands ravages en
se débordant ; c'est pour le contenir et s'opposer à
ses dégradations qu'on a construit des chaussées
faites avec de la paille entremêlée avec de la terré ,
et qu'on a élevé dans les environs de la ville de
Sou-tsin-hien la forte digue qui le prolonge pen-
dant près de vingt lieues.
Cet ouvrage considérable est confié aux soins
d'un grand mandarin , qui en a l'inspection et qui
veille à ce qu'il soit bien entretenu. La digue peut
avoir de vingt-cinq à trente pieds de large au som-
met ; sa hauteur est de quinze à vingt pieds , et son.
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SUR LES CHINOIS. I97
•épaisseur par le bas de quarante à quarante-cinq
pieds ; elle va en talus des deux côtés.
Le Kiang, situé plus au sud que le Hoang-ho,
prend sa source dans le pays des Tou-fan , par les
trente-trois degrés de latitude , et traverse une partie
des provinces de Yunnan, de Setchuen , de Hou-
kouang et de Kiang-nan ; son cours est de plus de
sept cents lieues. En se jetant dans la mer orientale
au trente-deuxième degré de latitude , il a formé ,
suivant le rapport des Chinois , une île considé-
rable, nommée Tsong-ming, qui peut avoir vingt
lieues de long sur six de large.
Ce fleuve est profond , mais son cours n'est pas
aussi rapide que celui du Hoang-ho. AKieou-kiang,
ville éloignée de la mer de près de cent quarante
lieues , nous Je traversâmes en vingt minutes dans
de grandes barques ; il pouvoit avoir dans cet
endroit une demi-lieue de large, et nous éprou-
vâmes en le passant un mouvement semblable a
celui qu'on ressent dans un vaisseau lorsqu'on est
en pleine mer. A Tsin-kiang-fou , trente lieues au-
dessus de son embouchure , il a environ une lieue
de largeur.
La capitale de l'empire avoit changé plusieurs
fois avant que les Yuen ou Tartares Mongoux se
fussent emparés du trône. Chy-tsou , premier
empereur de cette dynastie , jeta les fondemens de
Pçlûng r et y fixa sa résidence en 12.67; mais
N 3
ip8 OBSERVATIONS
s'apercevant bientôt que l'approvisionnement de
cette ville ne pouvoit se faire que par mer , et étoit
par conséquent sujet à mille inconvéniens , il fit
commencer, Tan de J. C. 1289 , le grand canaf „
ou le Yun-ho. Ce canal ne s'étendit d'abord que
dans une partie du Chan-tong : Tay-tsou , empe-
reur de la dynastie chinoise des Ming , y fit faire
des réparations en 1 369 ; enfin Yong-ïo , un de ses
successeurs , le réunit , en 1 409 , avec le Hoang-
ho, et le rendit tel qu'il existe. Le canal est géné-
ralement bordé de digues quelquefois revêtues en
pierre , mais plus ordinairement faites en terré ,
c'est-à-dire, composées de lits de terre et de lits
de paille entremêlés. De temps en temps on trouve
des écluses fermées par une porte de bois qui s e-
lève entre des rainures lorsque Ton veut faire une
prise d'eau pour farrosement des terres voisines
( n.° 47 ). Dans les endroits où le canal est de ni-
veau avec la campagne , on a creusé des fossés
par où l'eau pénètre dans les terres , et sur lesquels
on a construit de petits ponts pour établir les
communications. En général , ces ponts ne sont
pas épargnés dans tous les lieux où ils sont jugés
nécessaires.
Le Yun-ho , après avoir parcouru Je Chan-tong
et une partie du Kiang-nan , entre à Yang-kia-yu
dans le Hoang-ho ; il reprend ensuite à Tsin-kiang-
fou , passe a Ouay-ngan-fou ,\ Yang-tcbeou-fou %
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SUR LES CHINOIS I 99
et se décharge dans le Kiang à Koua-tcheou ; if
recommence de l'autre côté de ce fleuve a Tsin-
kiang-rou , et continue jusqu'à la ville de Hang-
tcheou-fou , où il finit après un cours de plus de
trois cents lieues , pendant lequel il a fallu , tantôt
creuser la terre k une grande profondeur, tantôt
construire de longues jetées sur des terrains maré-
cageux , et même souvent ies continuer le long des
lacs , de sorte que l'eau du canal est quelquefois
plus élevée que les eaux et les terres voisines. En
quelques endroits l'eau du canal coule lentement ;
elle est stagnante dans d'autres , et près de Yang-
tcheou-fou , je l'ai vue descendre et remonter dans
la même journée.
Si, au-dessus de Tsin-kiang-fou l'égalité du ter-
rain , fa nature du sol , la grande quantité d'eau
qui a peu de pente , enfin , si tous ces avantages
réunis ont facilité la construction du canal, on n'en
doit pas moins convenir que Tes Chinois ont entre-
pris un ouvrage d'autant plus remarquable, qu'il
a dû leur coûter beaucoup de peines , dé soin
et d'argent. N'ayant pu parcourir le Yun-ho dan»
toute sa longueur , je ne puis dire si le ford Ma-
cartney n'est pas dans l'erreur, en disant, dans son
Voyage (a), que ce canal passe sous des mon-
tagnes , dans des vallées et k travers des lacs ;
(<t) Macartncy , tomt IV \ pap $+.
N4
200 OBSERVATIONS
mais le père du H aide rapporte {a ) que , dans une
étendue de terrain de plus de cent soixante lieues ,
traversée par le canal , on n'a eu ni montagnes à
percer ou à aplanir , ni rochers ou carrières à
couper ou à creuser. Ce récit du missionnaire est
exact pour la portion que j'ai suivie en partant de
Ouay-ngan-fou pour me rendre à Hang-tcheou-
fou , c'est-à-dire , dans une longueur de cent seize
lieues ; car pendant ce long trajet le canal ne passe
que dans des terrains plats et unis. On ne voit des
hauteurs qu'aux environs de Yang-tcheou-fou , à,
Tsin-kiang-fou, à Vou-sse-hien et à Hang-tcheou-
fou , où finit le canal.
Si les Chinois avoient percé des montagnes %
comme le dit Je voyageur Anglois , pourquoi se
seroient-ils arrêtés à Hang-tcheou-fou , où if fai/oit
faire peu de chose pour réunir le canal avec la
rivière Tsien-tang-kiang î
Le canal avant Yang-tcKeou-fbu ne traverse pas ,
mais prolonge le lac Kao-yeou-hou , et il a été
facile de construire les jetées, en profitant des bas-
fonds et des terrains peu élevés qui se trouvent
sur ses bords.
Pour le lac Tay-hou , le canal en est éloigné s
et ne s'en approche qu'après Sou-tcheou-fou , dans
un endroit ou il y a un pont extrêmement long, et
-
(a) Du Halde, tom /, page
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SUR LES CHINOIS. 20 I
bâti sur l'extrémité même du lac. II suffit d'ailleurs
de jeter les yeux sur la carte de M. Macartney , pour
voir que le canal ne traverse ni lacs ni montagnes,
et même, dans cette carte, le canal est représenté
beaucoup plus éloigné de certains lacs qu'il ne
Test réellement. En avouant que les Chinois ont
entrepris des travaux considérables , il ne faut
pas les représenter comme d'habiles ingénieurs ou
comme des gens très-entendus dans l'hydraulique ;
ifs ont été favorisés par ie sol ou par les circons-
tances , et ils ont suivi tout simplement. les idées
que leur ont fournies le bon sens et l'expérience :
ils sont louables , certainement , d'avoir exécuta
un ouvrage aussi important que le canal impérial,
sur-tout ayant aussi peu de connoissances ma-
thématiques ; mais en leur rendant la justice qui
leur est due , on ne doit pas non plus les pré-
0
senter sous un jour qui ne leur convient pas à
certains égards.
BA TE A U X*
Lorsqu'on réfléchit que le commerce d'une
province à l'autre est très-considérable à la Chine,
et qu'il se fait tout entier par eau , on n'est plus
étonné que les Chinois aient porté toute leur in-
dustrie du côté de la navigation intérieure , et par
conséquent qu'ils se soient appliqués a la construc*
lion des bateaux.
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2Q2 OBSERVATIONS
On peut avouer, sans hésiter, qu'ils ontréussr
pour ce qui regarde îes embarcations employées k
suivre le cours des rivières ; mais on ne peut en
dire autant pour celles qui vont en pleine mer.
Autant les premières sont bien disposées et rem-
plissent l'objet auquel elles sont destinées, autant
les secondes sont lourdes et hors d'état de par-
courir TOcéan.
En considérant un instant les jonques , inca-
pables de soutenir l'effort des vents et des vagues ,
on conçoit sans peine, pourquoi les Chinois ne
voyagent pas a contre-saison , et pourquoi , profitant
toujours des moussons favorables , ils suivent les
côtes de préférence. Or si ces peuples , qui presque
de tout temps conservèrent les mêmes usages , ne
s'exposent pas actuellement avec leurs rîav/res en
pleine mer, comment supposer , d'après certains
auteurs , qu'anciennement ils le firent , et parvin-
rent même jusque dans le golfe Persique ï En
admettant cette hypothèse , ils durent nécessaire-
ment employer un temps considérable pour ache-
ver un pareil voyage, et éprouver de grandes diffi-
cultés en parcourant une aussi vaste étendue de
mer, car du moment où ils perdirent les terres de
vue , leur boussole , peu propre à les bien diriger %
à cause de sa mauvaise construction , dut leur
devenir presqu*înutile. En effet , la propriété de
Faiguille aimantée étoit bien connue à la Chirv*
<
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SUR LES CHINOIS. 203
long- temps avant de l'avoir été en Europe (a);
mais on y a peu perfectionné cette découverte ,
et h boussole est encore très - imparfaite. Une
preuve d'ailleurs assez évidente que les Chinois
ne s'exposèrent pas autrefois en pleine mer , c'est
qu'ils n'eurent connoissance de PHe de Formosè
qu'en i&$o , et des îles de Pong-hou qu'en
1564. La première n'est pas très -éloignée de la
Chine , et les autres en sont encore plus rappro-
chées; comment donc accorder aux Chinois une
grande habileté en navigation , et leur faire entre-
prendre des voyages lointains à une époque ou
ils ne fréquentaient même pas les mers voisines
de leurs côtes, et îgnoroient totalement l'existence
d7Jes qui étaient à leur porte î Quoi qu'il en soit,
sans m*étendre plus longuement sur une assertion
qu'if est aussi difficile de réfuter que de soutenir,
je passerai à fa description des diverses embarca-
tions dont se servent les Chinois , en ne parlant
néanmoins que de celles qui sont le plus en usage,
soit à la mer , soit sur les rivières.
On voit sur la rivière, à Quanton , des sommes
ou jonques qui portent depuis cent jusqu'à six
cents tonneaux ( n.' 22 J. Ces bâtinrens vont au
(a) On c$t persuadé en Europe que l'invention de la boussole
est postérieure au retour de Marc Paul, en 1295 '* cependant on
*>n servoit en \x\ 3. Jacques de Vitry t Hist, Orient.
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2o4 OBSERVATIONS
Japon, à Manille, à Batavia , a Bornéo , et partent
et reviennent avec la mousson favorable.
Les jonques sont fortement construites , ont ie
fond plat, la proue élevée , et la poupe très-enhu-
chée. La proue est coupée droit , sans éperons ,
et représente la gueule ouverte d'un dragon. La
poupe renferme la chambre du capitaine et celles,
des matelots ; les cuisines et le logement des pas-
sagers , sont sur le coté du bâtiment. L'arrière»
forme un angle rentrant , dans lequel le gouver-
nail , qui peut avoir de cinq à six pieds , est pour
ainsi dire enfermé ; il est suspendu par deux câ-
bles qui s'attachent en-dessus , et servent à l'élever
ou à l'abaisser ; deux autres câbles le saisissent par
en bas , passent en-dessous du bâtiment et vont
s'arrêter à l'avant sur un vireveau ; les deux avances
entre lesquelles il se trouve placé , le garantissent
des coups de mer ; mais on se persuadera aisément
qu'un gouvernail ainsi attaché par des câbles , qui
doivent prêter beaucoup, ne peut que diriger fort
mal un navire. La barre est franche ; deux ou trois
cordes qui passent autour, et qui sont fixées aux
côtés de la jonque , servent à donner de la force
au timonnier.
Les jonques ont trois mâts ; le grand mât, qui
est gros et très-fort; le mât de misaine, qui est
foible en comparaison du grand mât , et un très-
petit mât d'artimon , qui se place à bas-bord ; elles
SUR LES CHINOIS. 20$
n'ont pas de beaupré ; cependant les Chinois en
ajoutent quelquefois un , et y suspendent une ci-
vadière. Le grand mât et le mât de misaine ne
sont pas retenus par des haubans, mais un simple
étai sert à les Soutenir ; ils ne sont pas fixes , ils
sont seulement suspendus , de manière qu'ils pen-
chent sous le vent lorsque le bâtiment ne marche
pas vent arrière.
Les voiles sont grandes et faites de nattes ren-
forcées dans toute leur largeur par des bamboux
placés à la distance d'un pied l'un de l'autre. La
voile est attachée le long du mât par des chape-
lets ; elle se pKe par feuillets , et se place sur un
châssis de bois mis exprès pour la soutenir : lorsque
la voile est dressée , elle est droite et présente au
vent une surrace plane; elle le prend bien, tourne
aisément et n'a qu'une seule écoute formée de la
réunion des boulines qui sont a l'arrière de la voile ;
elle vire toujours de ce côté , en sorte qu'elle est-
tantôt sur le mât, et tantôt en dehors.
Ces voiles sont lourdes et difficiles à élever : on
emploie des vireveaux et des drisses pour les hisser ;
ceWes-ci passent sur des rouets enchâssés en tête
du mât. Les ris se prennent par en bas , mars les
Chinois n'aiment point à baisser la voile , parce
qu'ii faut beaucoup de temps pour la relever ; aussi
ce défaut de précaution , et la résistance du mât ,
«jui ne casse que rarement , font que souvent
3o6 OBSERVATIONS
les jonques chavirent lorsqu'elles sont surprises
par un coup de vent. Outre ces voiles, les Chinois
ajoutent, dans les beaux temps, un perroquet et
et une bonnette.
Les ancres sont de bois de fer , appelé en Chi-
nois Tie-rao; elles sont assez généralement garnies
de fer a l'extrémité de leurs branches.
La cale des sommes est divisée en plusieurs
compartimens faits de planches de deux pouces
d'épaisseur , et calfatés soigneusement , ainsi que
les dehors , avec de là galgale , espèce de mastic
composé de chaux et d'huiie appelée Tong-yeou ,
et mêlé avec des fils déliés de bambou. La gaJ-
gale se durcit dans l'eau et devient impénétrable.
Un seul puits placé au pied du grand mât, suffit
pour tenir la jonque à sec ; on le vide avec des
seaux.
C'est un grand avantage pour ces bitimens , que
d'avoir leur cale divisée en compartimens , et il
seroit à désirer qu'on en adoptât l'usage en Europe ;
car si un navire touche sur un rocher et en est en-
foncé , l'eau ne pénètre que dans un endroit, et ne
se répand pas par -tout. Le seul inconvénient qui
en résulteroit , seroit la diminution de remplace-
ment dans les navires marchands , sur-tout pour
ceux qui chargent à fret ; mais cette raison n'exis-
tant pas pour les vaisseaux de guerre et ceux qvtl
vont faire des découvertes , on pourroit employer
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S UR LES CHINOIS. 20y
la méthode Chinoise avec avantage dans la cons-
truction de ces derniers bâtimens.
Les Jonques marchent assez bien vent arrière ;
elles sont chargées pour cela , les Chinois mettant
plus de marchandises à la poupe qu'à la proue,
afin de contre -balancer l'effort de la voile , qui,
constamment placée sur lavant du bâtiment , le
fait nécessairement plonger ; mais lorsque le vent
souffle au plus près , Faction de la voile n'étant
plus la même sur le navire , il se relève et dériv*
prodigieusement.
Les Chinois ne se servent pas de compas de mer;
ils n'ont qu'une simple boussole; l'aiguille, qui n'a
qu'un pouce ou un pouce et demi , est toujours
-vacillante , et renfermée dans une boîte qui n'est
pas suspendue , mais posée uniquement dans un
vase rempli de sable , dans lequel ils enfoncent de
petites chandelles de bois de senteur , pareilles
à celles qu'ils ont coutume de mettre devant les
idoles.
Le pilote donne la route et veille à la boussole;
le timonnier ordonne la manœuvre, et le capitaine
a le soin de l'équipage et de la cargaison. Chaque
matelot a sa portion dans le chargement : de cette
manière , tout le monde se trouve intéressé à la
conservation du navire.
Les vaisseaux de guerre Chinois ont la même
construction que les jonques ; ils sont seulement
208 OBSERVATIONS
moins élevés à l'avant et h l'arrière , et ïes fonds
sont plus fins. Ces bâtimens portent de fortes cara-
bines et de petits canons ; les sabords sont extrê-
mement petits.
Le gouvernement entretient des galères; elles
ont de chaque côté à Favant, des espèces d'ailes
ou planchers en bois , qui sortent en dehors du.
bâtiment , et sur lesquels se placent les soldats.
Ceux-ci, lorsqu'ils sont occupés a ramer, rangent
des deux côtés de l'arrière leurs boucliers et leurs
lances. Outre les carabines , les galères portent
encore des pierriers.
Les seuls bâtimens de guerre ont le droit d'avoir
des armes ; il n'est permis à aucun bateau d'en
porter , et en cas d'attaque de la part des voleurs ,
on ne peut se défendre qu'avec des pierres ou des
hamboux longs et pointus.
Les Chinois ont d'excellentes barques pour la
pêche ( n.° 26 ) ; elles vont bien , serrent le vent
au plus près , et virent de bord , vent devant, sans
rien perdre ; la voile tourne par l'arrière, et reste,
ainsi que dans les jonques , tantôt sur le mât, et
tantôt en dehors.
Ces barques sont fortes et pontées , et mar-
chent toujours deux ensemble ; huit a dix Chinois ,
y compris les femmes et les enfans , en forment
Téquipage , et y restent toute l'année ; deux cabanes
placées à l'arrière servent k les loger. Lorsqu'il
faut
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SUR LES CHINOIS. lop
faut descendre à terre , ils font usage d'une petite
yole, qu'on remet dans le bâtiment aussitôt qu'on
est de retour ; car il est rare que ces pêcheurs en-
trent dans les ports, à moins que les circonstances
ou ie mauvais temps ne les y obligent; ils tiennent
constamment la mer, et envoient le poisson qu'ils
ont pris, par d'autres bateaux plus petits (n.* 26);
ceux-ci s'éloignent peu des cotes, et restent plus
souvent dans les rades , où ils s'occupent aussi à
pêcher. En général les Chinois qui montent ces deux
espèces de bâti mens , manoeuvrent bien , et connois-
sent parfaitement les bas-fonds et les rochers.
Parmi le grand nombre de bateaux qui couvrent
la rivière à Quanton , les plus jolis sont ceux que
les Chinois emploient à donner des fêtes sur l'eau
( n.° 2j J. Ils sont grands , composés d'une petite
antichambre , d'une grande pièce et d'un petit ca-
binet , très-proprement arrangés , et ont des fenêtres
garnies de coquilles ou de jalousies. Le logement
du patron est sur le derrière , et autour du bâteau
on a pratiqué en dehors un rebord d'un pied et demi
de large , pour le service des matelots , de sorte
qu'on n'en est pas incommodé en dedans : le dessus
est uni et sert à mettre la voile , dont on fait peu d'u-
sage, parce que ces bâtimens étant presque plats,
ne la supportent pas bien. Dans le cas où le vent
et le courant sont contraires , on pousse le bateau
avec des bamboux, ou on le tire avec la cordelle.
TOME II. O
2IO OBSERVATIONS
Une forte rame est placée à l'arrière , et quelque-
fois il y en a encore deux sur les côtés : ces rames
ne sont pas dans le même sens que nous mettons
les nôtres , mais prolongent au contraire le bateau ;
elles sont appuyées vers le tiers de leur longueur sur
la tête cFun gros clou enfoncé dans une forte traverse
de bois , et entaillées à cet endroit de manière a ne
recevoir que la tête du clou , et a pouvoir tourner
de chaque côté : à l'extrémité. supérieure de la rame
est attachée une corde faite de rotins, de trois pieds
de long , et qui sert a la retenir ; c'est à cette place
que Ton pose les mains pour faire aller la rame ,
tantôt d'un côté, tantôt de l'autre, et la faire mou-
voir pour ainsi dire comme la queue d'un poisson ;
elle saute quelquefois hors du clou , mais elfe ne
peut glisser, parce qu'elle est retenue par une autre
corde. Cette façon de ramer a l'avantage de donner
de la marche au bateau , et elle est très-commode
dans les rivières et les petits canaux ; car les Chi-
nois passent où nous sommes obligés de nous ar-
rêter , ou de lever les rames.
Les embarcations destinées à l'usage des man-
darins , entrent plus avant dans l'eau , mais la dis-
position en est la même (n.* 24). Celles qui servent
à Quanton au transport des marchandises , sont
presque rondes en dessous comme en dessus, et
couvertes en partie de planches et de nattes qui se
tirent à volonté pour faciliter le chargement ou le
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SUR LES CHINOIS. 21 I
déchargement : ces bateaux, qui sont lourds et ne
peuvent remonter la rivière que jusqu'à une cer-
taine distance , portent une voile fort grande ;
mais ils chavirent facilement, et ne soutiennent
Bien le vent que lorsqu'ils sont chargés.
Après cette espèce de bateau , ceux qu'on ren-
contre en plus grande quantité sur la rivière de
Quanton , sont de petites barques couvertes , qui
servent à transporter les passagers d'un endroit à
un autre ; eJies sont propres et fort légères ; mais
ce qu'elles ont de plus singulier , c'est qu'elles ser-
vent continuellement de demeure à une famille en-
■
tière , qui souvent y naît , y vit et y meurt tour-à-
tour. La femme conduit la barque et y reste avec
ses enfans, tandis que le mari, qui est ouvrier ou
porte- faix , en sort le matin pour aller à ses tra-
vaux , et n'y revient que le soir.
Les bateaux en usage dans les différentes pro-
vinces, sont extrêmement variés dans leur cons-
truction , et disposés suivant les rivières qu'ils ont
à parcourhr. On en voit à Quanton qui ont les deux
extrémités pointues , et qui sont courbés dans leur
longueur, de manière que le milieu se trouve un
peu plus élevé que le reste. Ces bateaux servent
à franchir des cataractes ou des passages remplis
de rochers ; on leur donne cette forme pour qu'ils
résistent davantage aux chocs.
Les bateaux du Kiang-sy ( nS 32 ) sont d'une
212 OBSERVATIONS
forme agréable ; l'intérieur est propre, le patron est
à l'pbri du soleil et de la pluie , et les matelots
peuvent passer de l'avant h l'arrière sans entrer en
dedans, au moyen d'un petit chemin pratiqué des
deux côtés en dehors.
En traversant le Kiang , à la ville de Kieou-
kiang-fou , nous nous servîmes de barques fort
grandes , et qui ressembloient assez à de petits
navires.
Les bateaux qui nous ont paru les plus com-
modes, sont ceux de Tsin - kiang - fou , dans le
Kiang - nan ( n.° 46 ') ; ils contiennent plusieurs
pièces : les matelots couchent dans la partie la
plus élevée , et n'entrent jamais dans l'intérieur.
Le seul inconvénient de ces bateaux est de se mou-
voir lourdement.
Nous trouvâmes pareillemént près de la ville de
Yang-tcheou-fou , des bateaux extrêmement jolis
(n.° 51 ) ; ils avoient un cabestan et portoientdes
voiles de toile, au lieu de voiles de nattes dont
les Chinois se servent habituellement. '
Les mandarins emploient différentes barques
pour leurs voyages ; elles sont commodes et bien
construites : celle qu'ils donnèrent à l'ambassadeur,
à Yu-chan-hien , dans le Kiang-sy, é toit parfaite-
ment disposée ( n.° ij ); cependant les barques
impériales la surpassoient encore en élégance et
en commodité ( n.° 52 ).
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SUR LES CHINOIS. 213
Outre ces différentes espèces de bateaux , les
Chinois se servent encore de radeaux , non-seule-
ment pour conduire au loin des bois et du riz ,
mais aussi pour traverser des fleuves ; ils construi-
sent ces derniers avec des bamboux , et les tien-
nent a fleur d'eau. Je n'oublierai jamais celui sur
lequel je passai une rivière, le 19 décembre, à
neuf heures du soir, avant d'entrer à Yu-tthing-
hien ; mais de tous les radeaux que nous rencon-
trâmes pendant notre voyage , celui qui m'a semblé
le plus considérable et le mieux disposé , est celui
que j'ai vu le 9 mai , avant d'arriver à Quanton
(n.° SjJ.
Telles sont les embarcations dont les Chinois
font usage sur mer et sur les rivières : elles sont
même en plus grand nombre ; mais je me suis
borné à parler de celles que j'ai vues , et qui m'ont
semblé mériter attention.
chemins; corps- de-garde ; auberges ;
kong-kouan ; postes ; chevaux.
L'an 2 1 9 avant J. C. , l'empereur Chy-hoang-
ty (a) fit commencer des chemins larges et plantés
d'arbres : ce passage de l'histoire Chinoise , prouve
assez évidemment que , depuis un grand nombre
(a) Mission., tom. III , pag. 247. — Histoire de fa Chine,
tom. II , pag> jpf*
03
Il4 OBSERVATIONS
d'années, il existe des chemins à la Chine. Ce n'est
donc pas sans étonnement qu'on trouve la phrase
suivante dans l'ouvrage de M. Barrow (a), t< II n'y
» a pas de chemins à la Chine , excepté près de la
» capitale , et dans les endroits où les montagnes
3> interrompent le canal ; enfin , there 1s scaredy a
y> road in the whole country that can be ranked beyond
:» afiot-path : il n'y a pas de chemin dans tout le pays
3> qui surpasse un sentier. » Cette assert/on est
un peu exagérée , sur- tout de fa part d'un auteur
qui a voyagé à la Chine , et qui joint le coup d'oeil
d'un observateur , à beaucoup d*érudition. Mais en
lisant le livre de M. Barrow , on s'aperçoit facile-
ment qu'il a souvent adopté Fopinion d'un homme
dont la partialité contre les Chinois est bien connue ,
et qui s'est étrangement trompé sur ce quïl a rap-
porté de ce peuple.
Après avoir fait près de six cents lieues par terre
dans l'empire de la Chine , je puis assurer que Ton
y trouve des grands chemins , non pas aussi soi-
gnés qu'en Europe , mais la plupart larges et plantés
d'arbres : il est vrai qu'ils ne sont pas ordinairement
pavés ; et certes c'est un grand inconvénient, car
dans les temps de pluie , ils sont ou creusés par les
eaux , ou couverts par la boue ; et dans les temps
secs , ils sont remplis de poussière, à un tel point
(<t) Barrow , pag. j/j.
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SUR LES CHINOIS. 2IJ
que fes voyageurs sont obligés , pour se garantir les
yeux, de porter des lunettes garnies de cuir, qui
s'appliquent exactement sur la peau. Je ne dirai
rien des chemins de la province de Quang-tong ,
parce que dans cette partie de l'empire les trans-
ports et les voyages se faisant toujours par eau ,
il n'y a que des routes de traverse : celui qui passe
sur la montagne de Mey-lin , est pavé ou garni de
cail/oux. J'ai vu à Ky-ngan-fou , ville du Kiang-sy ,
des chemins pavés et en bon état. Lorsque nous
quittâmes nos bateaux et que nous allâmes par
terre , la route n'étoit ni garnie de cailloux , ni
bordée d'arbres ; au delà du fleuve Yang-tse-kiang ,
dans les provinces de Hou-kouang et de Kiang-
nan , elle étoit presque impraticable ; mais à mesure
que nous nqus élevâmes plus au nord , elle devint
meilleure , et dans beaucoup d'endroits on voyoit
des arbres des deux côtés. Après avoir passé le
fleuve Hoang-ho , à Pe-tsiu-tcheou , les chemins
s'élargirent , et étoient souvent garnis d'arbres ;
nous y vîmes un plus grand nombre de voyageurs ,
de charrettes , de mulets et de chevaux.
Les chemins dans le Chan-tong et le Petchely
sont généralement larges et bordés d'arbres ; ils
sont remplis de poussière : c'est un grand désa-
grément , sans doute , mais qui cependant a son
avantage , car nous roulions doucement sur ces
routes en terre ; au lieu que, dans les bourgs , qui
04
2l6 OBSERVATIONS
sont presque tous pavés , nous étions brisés par
les cahots. J'ai souvent béni le ciel, en voyageant
en Chine , de ce que les routes n'étoient pas pavées,
et je souhaite , pour ceux qui iront après moi dans
cet empire , que les Chinois ne changent pas de
méthode , ou qu'ils perfectionnent leurs voitures.
A une iieue et demie avant d'arriver à la capi-
tale , on trouve un chemin qui est pavé de grandes
pierres plates jusqu'au-delà des portes de la ville.
La route qui conduit à Yuen-ming-yuen , est
pavée et en partie bordée d'arbres; elle est bien
entretenue , et l'on y rencontre , de distance en dis-
tance , des puits dont l'eau sert à abreuver les
chevaux.
En quittant Peking, pour revenir à Qu&nton,
lorsqu'on a dépassé la ville de Learçg -hzang-hien ,
on suit une longue chaussée pavée, mais qui com-
mence à se détruire. 4
Depuis la ville de Te-tcheou , dans le Chan-tong,
jusqu'à Yang-kia-yn , bourg situé auprès du fleuve
Hoang-ho , les chemins sont beaux et plantés
d'arbres ; ils ne sont mauvais et pierreux que pen-
dant les deux ou trois jours de marche qu'on met à
suivre les montagnes. Cçux qui avoisinent la ville
de Hang-tcheou-fou , et le lac Sy-hou , dans Je Tche-
kiang, sont pavés : la route qui joint les deux pro-
vinces de Tchekiang , et de Kiang-sy , est parfai-
tement bien faite et dans le meilleur état.
SUR LES CHINOIS. 217
Nous avons assez voyagé par terre , en Chine ,
pour pouvoir parler des chemins de cet empire ,
et je puis dire qu'il suffirait d'entretenir ceux qui
existent : mais ce n'est pas l'usage des Chinois; ils
ne réparent les choses que lorsqu'elles sont pres-
que entièrement détruites. Un grand inconvénient
des routes , c'est que le gouvernement permet d'y
bâtir des maisons qui en occupent plus de la moitié
en certains endroits , et qui gênent beaucoup le
passage ; un autre plus grand encore , c'est qu'on y
laisse subsister des puits creusés au milieu , et qui
ne s'élèvent qu'à fleur de terre , de sorte que les ca-
valiers ou les gens qui voyagent de nuit , peuvent
tomber et se blesser dangereusement.
Pour la sûreté des routes , il y a de distance
en distance , des corps-de-garde , que Ton nomme
Tang-pou , et dont la forme varie suivant chaque
province : les intervalles qui existent entre eux ,
s'appellent Pou , et sont généralement marqués sur
une porte de bois placée en avant des corps -de-
garde. Ces distances varient souvent ; elles sont
rarement d'une demi- lieue , plus ordinairement
d'une lieue , quelquefois de deux , et même da-
vantage.
Dans le Petcheïy, les corps-de-garde consistent,
comme dans les autres provinces , en un logement
et une écurie ; mais ils sont en outre assez généra-
lement accompagnés d'une espèce de tour carrée,
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2l8 OBSERVATIONS
haute d'environ vingt à vingt-cinq pieds , garnie
de créneaux, et surmontée cFun petit ïogemem
(n 9 40 ). Les soldats qui les habitent , sont au
nombre de cinq.
On trouve aussi dans fe Chan - tong et le
Petchely plusieurs bâtimens carrés appelés In-
ping , qui ressemblent à des forts , et qui ont une
garnison composée d'une douzaine de soldats , et
quelquefois d'un plus grand nombre. Dans h partie
occidentale de la province de Kiang-nan , il y a
près du corps -de -garde une hauteur en terre sur
laquelle est bâtie un petit pavillon ouvert. A rap-
proche des mandarins , un seul soldat se place des-
sous , et frappe sur un instrument fait en forme de
poisson de bois. Dans les autres provinces , les sol-
dats sortent du corps-de-garde , en nombre plus ou
moins grand , battent sur un tambour de cuivre , et
tirent trois coups de boîte.
Dans Je Kiang-sy, les corps-de-garde ont une
petite cabane de bois soutenue par quatre poteaux
fort élevés ; on y monte par une échelle (n.° ip }.
Dans le Quang-tong , ils ont un pavillon à deux
étages ( n." 76 et 82). En général ces tours, ces
cabanes et ces pavillons servent aux soldats pour
observer ce qui se passe au dehors , et pour avertir
les autres corps-de-garde , en faisant des signaux ;
ce qu'ils exécutent en allumant de la paille dans
des espèces de fourneaux construits m\ brique , et
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SUR LES CHINOIS. 21}
qui sont toujours à peu de distance de leurs de-
meures : fa structure de ces fourneaux n'est pas
toujours la même ; f en ai dessiné un dont la forme
étoit celie d'un autel antique ( ip ).
De ce que le gouvernement entretient sur ies
routes des corps-de-garde , il ne faut pas en con-
clure que la police Chinoise soit admirable ; car
les soldats qui doivent faire le service , n'y sont
pas toujours, et ne s'y rendent souvent que lorsque
quelque mandarin doit passer. J'en ai vu plusieurs
qui étoient vides et fermés , quoiqu'ils fussent
placés dans des lieux où la présence des soldats
auroit été bien nécessaire.
Si tous ies chemins , en un mot , si tous les éta-
bïtssemens construits par ies Chinois , étoient en
bon état, il faudrait avouer qu'ils nous surpas-
seraient en plusieurs points : mais , je ie répéterai
souvent , ce peuple sent le besoin des choses ; il
a assez de génie pour inventer les moyens d'y satis-
faire ; malheureusement il se borne là , et ne sait
ni perfectionner ni entretenir.
Parlons maintenant des auberges que M. Barrow
prétend ne pas exister à la Chine , tandis que le
lord Marcartney dit qu'elles y sont communes. If
est vrai que si lè premier veut parler d'auberges
semblables à celles de Londres , il a raison ; mais
s'ii réfléchit qu'en Asie on ne trouve que de simples
lieux de repos , où il faut porter avec soi les choses
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220 OBSERVATIONS
de première nécessité , il reconnoîtra qu'à la Chine
ii y a des auberges en grand nombre , et même
en meilleur état que dans plusieurs contrées de
f Orient. Le gouvernement entretient en outre,
dans les villes et les bourgs , des hôtelleries , ou
Kong-kouan, dans lesquelles s'arrêtent les per-
sonnes qui voyagent par ordre de la cour. Les
gouverneurs ont soin d'y faire porter des meu-
bles et quelques provisions , et c'est à ceux qui
ont le drojt de s'y loger, à se fournir des autres
objets dont ils peuvent avoir besoin. Nous en trou-
vâmes plusieurs de très- bien entretenues : quel-
ques - unes , il est vrai , ne valoient rien , mais
souvent ces habitations appartenoient à des par-
ticuliers ; car , dans les villages ou il n'y a pas de
Kong - kouan , les mandarins en établissent un
sur-le-champ, en suspendant à la porte de la
première maison qu'ils choisissent , quelques ban-
deroles rouges.
Les auberges sont donc en général assez mul-
tipliées , et nous fumes plus d'une fois très-fàchés
d'en rencontrer autant ; car nos coulis s arrêtant
dans toutes pour se rafraîchir, les curieux alors
nous incommodoient beaucoup.
En passant de la province de Quang-tong dans
celle de Kiang-sy , on trouve sur la route plusieurs
maisons en pierres , ouvertes des deux cotés.
Ces maisons, appelées Tie-ting f salles de repos J,
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SUR LES CHINOIS. lit
servent aux voyageurs pour se mettre a l'abri de la
pluie et du soleil. Je demande si en Europe on
a de semblables usages ; non , certainement :
Jouons donc les Chinois de cette attention , et
sachons apprécier ce qu'ifs ont pu faire de bien.
J'ai vu dans le Quang-tong d'autres maisons éga-
lement bâties en pierres , où les habita ns de la
campagne déposent ieurs effets lorsqu'il y a des
voleurs. II vaudroit mieux , dira-t-on , détruire les
voleurs ; mais cela n'est pas facile : les montagnes
qui séparent le Quang-tong du Kiang-sy et du
Fo-kien sont très-considérables , et il n'est pas aisé
d'y découvrir les repaires de ces brigrands.
On trouve très -aisément, sur les routes, des
porte-faix , des palanquins , des charrettes et des
brouettes à louer. Les porte-faix ont ordinairement
un chef auquel il faut s'adresser , et qui répond
de tout. Ces gens sont fidèles , et ne demandent
leur salaire que lorsqu'ils rapportent la preuve
qu'ils ont remis les objets dont on les avoit char-
gés. Dans le passage de la montagne Mey-lin , les
coulis se mettent en route tous ensemble , et ar-
rivent dans le même ordre qu'ils ont pris au mo-
ment du départ.
II y a sur les routes , et à l'entrée des villes
plusieurs douanes ; mais je ne saurois dire si les
préposés sont par-tout aussi désagréables que ceux
des douanes de "Wampou et de Quanton. Pour ces
222 OBSERVATIONS
derniers , ;e n'ai jamais vu d'hommes plus insoiens et
plus intraitables ; ils visitent tout dans le plus grand
détail, et jettent la moitié des effets par terre : heu-
reux ceux auxquels ils ne prennent pas quelque
chose ! Le plus sûr moyen est de.garder un grand
sang-froid et de leur montrer beaucoup d'indiffé-
rence , alors ils abrègent la visite ; car si l'étranger
se fâche , ils le tracassent encore davantage.
Le gouvernement entretient des postes pour
son usage seulement, et personne, excepté les
courriers de l'empire , ne peut se servir des chevaux
qui y sont attachés.
Ces postes ou relais , appelés en chinois Tchan ,
ne sont pas en aussi grand nombre qu'on pourroit
le croire ; les plus proches sont placés à la dis-
tance de quarante ly , et il y en a fort peu d'aussi
rapprochés ; ils sont ordinairement a cinquante ly
de distance , et quelquefois même à quatre-vingts.
Il est vrai que les ly sont plus courts dans le nord
que dans le sud ; mais cela n'empêche pas que la
distance entre une poste et une autre ne soit très-
considérable (a). Les courriers chargés des dé-
pêches de la cour, les tiennent enfermées dans un
rouleau couvert de soie jaune et attaché en travers
sur leur dos. Ces courriers vont avec une grande
(*) If faut en général sept fy cinq septièmes pour une iicue de
vingt-cinq au degré.
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SUR LES CHINOIS. 223
vitesse , principalement dans les occasions qui de-
mandent de la célérité ; on en a vu ne mettre que
onze jours pour se rendre de Peking à Quanton ;
c'est plus de cinquante iieues par jour. Ils reçoivent
dans ces cas extraordinaires un bouton (a) pour
récompense. Les chevaux des courriers portent des
sonnettes au cou , ou bien les cavaliers frappent
sur un tambour de cuivre, afin qu'on soit averti
de leur arrivée et qu'on leur prépare à l'instant de
nouvelles montures , pour qu'ils ne perdent pas de
temps. Je me rappelle avoir vu passer un de ces
courriers qui se rendoit à Peking ; il alioit fort vite ;
le cheval étant venu à broncher , l'homme et la bête
roulèrent de l'autre côté de la route ; mais le cavalier
ne tarda pas a remonter et repartit à toute bride.
On entredent en outre dans les villes des sol-
dats à cheval , uniquement destinés à porter les
dépêches des mandarins ; mais ces courriers se
chargent volontiers des lettres des particuliers ,
qu'ils renferment dans des sacs de cuir attachés à
ia selle : rien n'est plus incommode que ces sacs ,
et j'en parle avec connoissance , pour avoir monté
un jour un cheval de courrier.
Les chevaux appartiennent au gouvernement ;
on leur donne vingt livres de paille hachée et un
boisseau de fèves cuites. Dajte les contrées du
(a) Voyei Mandarins.
OBSERVATIONS
ouvrage fait par ordre de la cour , sous l'empereur
Yong-tching : ainsi il est évident que la première
date rapportée par le P. Gaubil , est fautive , et
que Tinvention du papier eut lieu 350 ans plus
tard, c'est-à-dire, il y a près de 1700 ans.
Il se fait à la Chine une grande quantité de pa-
pier, et la consommation en est prodigieuse. Les
Chinois emploient pour le fabriquer , la seconde
écorce du bambou qui est douce et blanche; ils la
mettent macérer dans l'eau , la font bouillir ensuite
dans des chaudières, et la réduisent en pâte en la
pilant dans des mortiers.
Le châssis dont ils se servent pour mouler les
feuilles de papier , est fait avec des fils déliés de
bambou. Il y a des feuilles qui ont depuis trois
pieds jusqu'à dix de longueur ; lorsqu'elles sont
sèches , on les alune ( a) : opération qui les rend
unies , douces et fort blanches. Cette espèce de
papier a le défaut de se couper , d'être attaqué
par les vers , et de prendre aisément l'humidité.
Les Chinois emploient aussi les vieux papiers
et les chiffons dans la fabrique du papier : celui
fait avec le coton est meilleur ; il est très-blanc ,
(a) Les Chinois, pour aluner le papier, font fondre dans une
dixaine de pintes d'eau , six onces de colle de poisson bien claire
et bien blanche, avec douze onces d'alun; quand tout est parfai-
tement mêlé, on y trempe les feuilles de papier, qu'on fait ensuite
sécher.
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r
SUR LES CHINOIS. 233
fort doux , et d'une 'plus grande durée ; mais Je
papier dont on consomme le plus, est celui qui
est fabriqué avec I ecorce de l'arbre appelé Kou-
tchou , ce qui iui a fait donner le nom de Kou-
tchy.
Le papier de Corée dont on se sert à Peking
pour les fenêtres, est extrêmement fort; j'en ai vu
de très -beau, et de couleur rose : ce papier est
si épais qu'il peut se diviser aisément en deux ,
même fn trois, et avoir encore de la consistance;
la bourre de soie entre dans sa composition.
PIN CE A U X.
Les Chinois écrivent avec des pinceaux faits
de poil de lapin ; il y en a de toutes les grosseurs :
le manche du pinceau est de bambou , sur lequel
le marchand colle une petite étiquette pour indi-
quer sa demeure.
Les Chinois en écrivant tiennent le pinceau per-
pendiculairement entre le pouce et les deux pre-
miers doigts, de sorte qu'il porte sur la seconde
phalange du quatrième , et que sa pointe se trouve
à un bon pouce de distance de celui-ci. Le petit
doigt ne touche pas le papier , et leste collé contre
le doigt qui le précède ; c'est le poignet qui porte,
et les doigts seuls agissent : cette position est très-
fatigante et demande de l'habitude.
Les Chinois écrivent de haut en bas , en com-
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2}4 OBSERVATIONS
mençant leur page à droite , en sorte qu'à mesure
qu'ils changent de ligne, la main recouvre ce qu'ils
ont écrit, et qu'ils sont obligés de la lever entiè-
rement pour relire les derniers mots : il est vrai
que leur encre séchant promptement , l'inconvé-
nient de cette méthode devient moins sensible.
C'est un talent a la Chine , que de bien écrire :
les caractères doivent être petits ; il faut savoir les
placer et choisir ceux qui conviennent, principa-
lement dans les piacets adressés aux mandarins :
cette recherche est plus grande encore lorsqu'on
écrit à l'empereur, car il y a des mots qui ne s'em-
ploient que pour lui seul. On trouve peu de Chi-
nois en état de bien composer un mémoire ; un
caractère mal fait , ou qui n'est pas à si. place ,
peut faire rejeter une requête.
ENCRE.
L'encre ordinaire est faite avec la suie pro-
duite par la combustion du bois de pin , et mêlée
avec de la colle forte. On en fait d'une qualité su-
périeure avec la suie la plus légère provenant de
mèches allumées et alimentées d'huile : on mêle
cette suie avec de la colle de peau d'âne , et on y
ajoute un peu de musc , pour lui donner une odeur
agréable ; lorsque la pâte a acquis une certaine
consistance, on la coule dans des moules. La
meilleure encre vient de Nanking , et *e fabrique
SUR LES CHINOIS. 235
dans le district de la vilJe de Hoey-tcheou-fbu ;
mais on y est souvent trompé , parce que les Chi-
nois contrefont les marques et vendent de l'encre
ordinaire pour de l'encre venant de Nanking. Lors-
qu'on veut connoître si l'encre est bonne , il faut
casser le bâton , et voir si la cassure est lisse et
brillante. Il y a encore une autre manière , qui
consiste a broyer l'encre qu'on veut essayer, sur
un petit plateau de vernis , qu'on remplit ensuite
avec de l'eau ; celle dont la couleur approche le
plus du vernis est la meilleure ; si elle est grise ,
elle est d'une qualité inférieure.
La bonne encre de la Chine doit se bien délayer
dans l'eau , se fondre aisément sous le pinceau ,
avoir une odeur douce et agréable ; cependant
l'odeur musquée n'est pas toujours une preuve
de Sa bonté , car elle se trouve aussi dans l'encre
ordinaire. Lorsque l'on veut conserver des bâtons
d'encre , il suffit de les tenir enfermes dans une
boîte , à Fabri de l'humidité ; mais s'ils en prenoient
par hasard , il ne faut pas les exposer au soleil, car
ils se gerceroient.
Les Chinois se servent pour broyer l'encre , d'une
pierre plate un peu creusée , ayant un trou pra*
tiqué vers fune des extrémités , dans lequel on
met un peu d'eau pure et bien claire. Il faut
prendre garde de laisser sécher le bâton d'encre
sur cette sorte deçritoire, car il arrive quelquefois
2.^6 OBSERVATIONS
qu'en voulant fe retirer ensuite , on en enlève
une portion avec le bâton. II y a de ces pierres
qui sont extrêmement curieuses , soit pour leur
qualité , soit par la manière dont elles sont tra-
vaillées.
Outre l'écritoire et ïes pinceaux , les Chinois
font encore usage d'une espèce de griffe formée
de trois ou cinq pointes , entre lesquelles ifs placent
leurs pinceaux lorsqu'ils cessent d'écrire ; d'autres
fois ils se servent d'un petit vase dentelé de por-
celaine , orné de quelque figure d'insecte de la
même matière.
La vieille encre de la Chine est bonne dans
Fhémorragie et pour l'estomac , mais il faut qu'elle
soit d'une qualité supérieure. Cet effet de J'encre
n'est pas surprenant , puisqu'elJe est composée
avec ie Ngo-kiao, ou colle de peau d'âne, qui est
un remède souverain dans les crachemens de sang.
La dose pour les personnes d'un âge fait, est
de deux gros dissous dans du vin et de l'eau.
PEINTURE.
Les Chinois peignent très-bien les fleurs, les
plantes, les maisons, les bateaux, enfin tout ce
qui appartient à leur pays : mais cette extrême
précision qu'ils mettent à exprimer les objets , est
souvent trop minutieuse ; car , lorsqu'ils ont à re-
présenter dans un paysage une chose éloignée , ils
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SUR LES CHINOIS. 237
entrent dans les mêmes détails et la dépeignent
aussi distinctement que si elle étoit vue de très-
près. A ce défaut grave en peinture , iWaut ajouter
leur peu de talent à rendre le corps humain, dont
ifs étudient peu les proportions : aussi, d'après
leurs tableaux, on s est figuré en Europe que les
Chinois étoient petits , larges , et qu'ils avoient de
grosses têtes. Leurs peintres saisissent mieux la
ressemblance du visage , mais l'exécution et le
coloris en sont mauvais , à cause du blanc qu'ils
font entrer dans toutes les couleurs. Voici com-
1
ment ils travaillent dans cette occasion : ils couvrent
premièrement l'ovale de la figure avec une teinte
de couleur de chair , et commencent ensuite par
la première partie du visage qui leur vient à l'idée ,
tantôt par un oeil, tantôt par la bouche, passant
ainsi d'une partie à une autre sans suivre de règle
fixe. Un peintre de Quanton s'étant avisé un jour
de peindre en pied un Européen , il le représenta
d'une manière tout -à -tait extraordinaire ; la tête
étoit grosse , et , depuis les épaules , les proportions
alioient en décroissant , de sorte que les jambes
étoient fort petites et les pieds encore davantage ;
c'étoit, pour ainsi dire, un pain de sucre renversé.
II faut cependant observer que les peintres de
Quanton l'emportent sur ceux des provinces ; ce
qui vient sans doute de ce que , communiquant
davantage avec les Européens , ils ont pu recevoir
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238 OBSERVATIONS
d'eux quelques notions sur l'art de fa peinture.
Les Chinois dessinent toujours à vue d'oiseau ,
et se placent alternativement en face des objets ,
quelles que soient leur position et leur étendue :
voilà la raison pour laquelle , dans leurs tableaux ,
les maisons sont au-dessus les unes des autres,
et que le point de vue n'en est pas le même. Un
moyen qu'ils ont imaginé pour exprimer des objets
dans le lointain , c'est de représenter des nuages
qui coupent en deux les arbres , les maisons et les
hommes : on peut s'en convaincre facilement en
jetant les yeux sur les dessins des batailles de Kien-
long, faits par le père Attiret. Ce missionnaire
a dû bien souffrir avant de se plier à la manière
extravagante des Chinois , mais il paroît qu'il a été
obligé de l'adopter.
Les Chinois n'aiment point les ombres , et les re-
tranchent autant que cela est en leur pouvoir : aussi
n'approuvent - ils pas nos tableaux , et regardent-
ils comme des défauts ou comme des taches les
ombres qui s'y trouvent , et qui y sont cependant
si nécessaires. A cette singulière idée il faut en
ajouter une encore plus extraordinaire , et qui
provient de leurs préjugés. L'empereur , selon
eux, ne peut être représenté comme un autre
homme , et fut-ii placé sur un plan très-éloigné ,
sa tête doit f emporter en grosseur sur celle de
tous les assistans ; d'où l'on peut conclure que
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SUR LES CHINOIS. 239
les Chinois ne deviendront jamais d'habiles dessi-
nateurs. On s est récrié souvent en Europe sur la
beauté du coloris des peintures chinoises ; mais on
n'a pas fait réflexion que les couleurs étant em-
ployées sans mélange , ne perdent pas de leur vi-
vacité ; au lieu qu'en Europe , les peintres étant
obligés de dégrader les couleurs , suivant qu'elles
se trouvent plus ou moins éclairées , il en résulte
nécessairement que leur brillant est altéré.
Les Chinois peignent sur verre ; mais ce genre,
qui ne demande que de l'habitude et de l'adresse ,
n'est pas aussi difficile que plusieurs écrivains le
prétendent : tout Européen qui va à Quanton ,
peut s'en convaincre aisément. Les Chinois né
commencent pas , ainsi que le disent ces auteurs ,
par placer les clairs , et ne terminent pas par les
ombres ; Us peignent sur verre comme sur la toil* ;
ils ont seulement la précaution d'employer des
teintes plus colorées , de n'en mettre qu'une seule
couche très-mince , et de bien fondre les nuances :
iis retournent le verre lorsque la peinture est sèche ,
et appliquent dessus une petite planche noircie,
qui se fixe dans les bords de l'encadrement.
On doit avoir l'attention de ne pas exposer ces
tableaux au soleil , car la chaleur en fait couler la
peinture , et détruit les couleurs.
Les Chinois préfèrent le verre ordinaire à la
glace , parce que les couleurs s'y attachent mieux ,
*4o OBSERVATIONS
et que, «Tailleurs, étant plus mince, la couleur ne
change pas autant en en traversant l'épaisseur. Ils
peignent sur verre à la gomme et à l'huile , mais
la dernière manière est plus en usage. Lorsqu'il
s'agit de peindre sur une giace étamée , ils com-
mencent par dessiner le contour des objets , et
enlèvent ensuite , avec un outil d'acier fait exprès ,
le vif- argent ou le tain, a la place duquel ifs
mettent de la couleur , en suivant le procédé que
je viens d'indiquer.
SCULPTURE.
Les Chinois sculptent très-adroitement la pierre,
le bois et l'ivoire ; mais ifs exécutent assez mal les
attitudes et les formes des hommes et des animaux :
j'ai dessiné avec soin un tigre qui étoh placé dans
une cour d'un des palais de i'empereur ; on ne
peut rien voir de plus mal fait ( n.° 50 ). Je ne parle
pas du lion , qu'ils ne connoissent pas, et dont ils
font les dessins les plus ridicules.
Ce que j'ai vu de mieux fait en sculpture , est
un pont qui est près de la ville de Tso-tcheou ,
dont les parapets sont ornés de figures d'éiéphans
et d'autres animaux : je dois avouer cependant
que la poussière étoit si forte , qu'il ne m'a pas
été possible de les considérer avec l'attention né-
cessaire pour prononcer si elles surpassoient les
figures de chevaux , de béliers et de différens
animaux
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SUR LES CHINOIS.
animaux que les Chinois mettent en avant des
tombeaux , et qui sont , en général , grossièrement
travaillées et n'annoncent aucun talent.
PORCELAINE.
Les Chinois fabriquent depuis très-long-temps
de la porcelaine. Leur pâte est meilleure que la
notre ; mais notre porcelaine l'emporte sur la leur
par la manière dont elle est finie , et sur-tout par
les peintures. n »
On fait a la Chine de la porcelaine de diffé-
rentes couleurs , mais le plus ordinairement elle
est blanche , avec des rieurs bleues : toute celle
qui s'apporte k Quanton est de cette espèce , ou
entièrement blanche; cette dernière est d'une qua-
lité inférieure et destinée à être ornée de peintures ,
suivant le goût ou la demande des marchands Eu-
ropéens.
La. porcelaine de première qualité s'appelle por-
celaine de pierre ; elle est blanche , avec une bordure
bleue ; elle est mieux travaillée , plus unie que les
autres et la pâte en est meilleure. La différence
entre les porcelaines ne provient que du mélange
des matières qui entrent dans leur composition ,
dont les principales sont le Kao-Iin et le Pe-tun-tse.
Le Kao-lin est une terre argileuse plus ou moins
blanche , très -douce au toucher et parsemée de
mica.
TOMÉ il. Q
OBSERVATIONS
Le Pe-tun-tse est un spath fusible mêlé de quartz
et de quelques parcelles de mica : ces deux ma-
tières viennent du Kiang-sy.
Les Chinois remplacent quelquefois le Kao-h'ii
par le Hoa-che , espèce de pierre ollaire , grasse au
toucher. La porcelaine fabriquée avec le Hoa-che
est plus fine, plus blanche , plus légère, mais effe
est plus cassante. Les Chinois nem ploient même
pas toujours le Hoa-che dans leur pâte; ifs se
contentent d'en faire une teinture un peu épaisse,
dans laquelle ils trempent le biscuit pour lui donner
de la blancheur : ils se servent aussi d'une autre
substance nommée Che-kao ; mais cette espèce de
gypse ne peut remplacer le Rao-lin , parce qu'il n'a
pas de solidité.
Les porcelaines fines sont faites de parties égale»
de Kaolin et de Pe-tun-tse.
Celfes de seconde qualité ont six parties de Pe-
tun-tse sur quatre de Kao-Jin , et les porcelaines
ordinaires , trois parties de Pe-tun-tse sur une de
Kao - lin , mais jamais on ne met moins de cette
dernière matière.
La couverte est composée des parties les plu*
pures du Pe-tun-tse et du Che-kao. Les Chinois
disent qu'ils y mêlent de la chaux ; mais cette subs-
tance n'étant pas propre à entrer dans la compo-
sition de la porcelaine, il faut croire qu'ils en-
tendent par ce mot ou des sels ou des cendres.
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SUR LES CHINOIS. 1^}
C'est avec beaucoup de difficulté que j'ai pu me
procurer à Quanton les couleurs avec iesquelies
les Chinois peignent leurs porcelaines. Les uns ne
les connoissoient pas , les autres ne vouloient pas
parler , ou me rais oient mille contes absurdes , et
ce n'est qu'après en avoir consulté plusieurs , que
je suis parvenu a pouvoir envoyer en Europe les
échantillons des couleurs qu'ils emploient pour cet
objet. Comme ils se servent de colle forte pour
délayer les couleurs , un grand défaut de leurs pein-
tures sur porcelaine, est de s écailler et de se bour-
souffler au feu. Cet inconvénient les empêche de
peindre le paysage , à moins qu'ils ne le fassent avec
• les couleurs rouges , violettes ou noires , parce
qu'elles sont les seules qui, mises sur la couverte >
ne se gonflent pas au feu.
La couleur bleue est toujours grenue , épaisse
et matte après la cuisson , et n'est pas aussi unie
que lorsqu'elle est placée avant la couverte.
La couleur d'or se prépare en triturant avec la
paume de la main , dans un plat de porcelaine ,
de l'or en poudre avec de l'eau et du sucre , qu'on
applique ensuite avec un pinceau et de l'eau gom-
mée bien claire. Lorsque la porcelaine a passé au
four, on lustre cet or en le frottant avec un sable
très-fin et humide , mais il est pâle et tient ptfu sur
la porcelaine ; ce qui provient de ce qu'on n'em-
ploie pas de fondant. Je n'ai jamais pu découvrir
244 OBSERVATIONS
si les Chinois en font usage pour faciliter la fusion
des couleurs appliquées sur la porcelaine ; aucun
d'eux n'a pu ou n'a voulu . me comprendre ; un
seul pourtant m'a parlé du borax ; mais comme je
lui avois «nommé cette matière , je ne puis assurer
si ce qu'il m'a dit est exact.
La manière dont les Chinois passent les porce-
laines au feu est fort simple.
Le four destiné à cet usage est long et carré ,
et peut avoir trois pieds de hauteur sur quatre
pieds et plus de longueur. L'intérieur est de forme
cylindrique. L'ouverture est ronde, a un pied et
demi de diamètre , et se ferme avec une porte de
fer a deux battans. Le dessus du four est ouvert ■
dans le milieu de sa longueur pour le passage de
la vapeur du charbon de bois que l'on emploie pour
le chauffer.
Lorsque les Chinois veulent mettre des pièces de
porcelaine dans le four , ils les placent première-
ment sur une plaque de fer tournant horizontale-
ment sur l'extrémité d'un long manche de bois
pareillement garni de fer ; ensuite ils les présentent
à l'entrée , les chauffent peu- à- peu en les faisant
tourner , et les entrent enfin tout-a-fait dans le four ,
dans lequel ils les laissent jusqu'à ce qu'elfes de-
viennent rouges et que la couleur paroisse unie et
fondue.
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SUR LES CHINOIS.
Matures qui composent les couleurs.
Couleurs appelées i Un condorin et demi pesant
Pourpre Yen-tchy-hong... < de feuilles d'or et un tael de
( cristal de roche.
De feu Ta hon \ ^° UX conc * orins de Ta- hong
* (et sept condorins de céruse.
Un mas de Choang-hoang
Verte Ta-lo { [sorte de jaune], et un condo-
rin et demi de vert de pierre.
Un mas de Ta- hong, un
Jaune Ma-se [ demi condorin de bleu -foncé
f Tse-me ].
C Un mas de Tchy - hong
Violet-foncé . .Khy-hoa < [ pourpre ] , quatre ly de bleu-
( foncé [ Tse-me ].
m r / ( Huit condorins de Tse-me,
W eu- fonce . . .Tse-me { , , . , , *
( et deux condorins de ceruse.
f Un condorin de Hc-che
Noire Kin-mc. / [pierre noire], et sept condo-
( rins de céruse.
f Huit condorins de Fan-
Bouge Fan-hong < hong , et trois condorins de
( céruse.
( Du bleu de montagne [Tou-
Bleue Tshin / tshin] , avec de l'azur d'Eu-
j rope.
Les Chinois ont aussi de la porcelaine com-
mune , dont la majeure partie est faite dans le
Fokien. Us fabriquent en outre une grande quan-
tité de vases pour ie thé , avec une argile
d'une couleur brun-rouge : ceux qui viennent de
Qi
246 OBSERVATIONS
Vou-sse-hien, dans le Kiang-nan, sont très-recher-
ches. Enfin , on fait dans la même ville des jarres
fort grandes , dans lesquelles les Chinois mettent
de l'eau et de petits poissons.
VERNIS.
On fûtàQuanton beaucoup d'objets en vernis,
mais ils sont inférieurs à ceux qui viennent de
Hoey-tcheou-fou , dans la province de Kiang-nan»
soit que le vernis ne soit pas également bon , soit
que la promptitude avec laquelle les ouvriers sont
obligés de travailler, nuise à la beauté et a la bonté
de l'exécution.
Les ouvrages des Japonois, en ce genre, sur-
passent ceux des Chinois; ils sont mieux travail-
lés et beaucoup plus légers ; les angles sur-tout en
sont nets, bien coupés et non obtus ou arrondis;
enfin on les estime infiniment à la Chine , et on
les y achète fort cher.
Le vernis s'appelle Tsy : cette matière épaisse
ressemble à du mastic roussâtre , et provient d'un»
arbre qui croît dans le Setchuen et le Kiang-sy :
celui des environs de la ville de Kan-tcheou-iou .
est réputé le meilleur. Cet arbre a l'apparence du
frêne , par la feuille et par Técorce ; il s'élève à
la hauteur de quinze pieds , sur environ deux pieds
et demi de circonférence. Lorsqu'il a de sept à,
huit ans , on commence d'en extraire le vernis en
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SUR LES CHINOIS. 2^7
faisant des incisions le long du tronc. Le vernis
est meilleur et plus abondant dans les'jeunes arbres
que dans les vieux. La récolte , d'après le rapport
des Chinois , se fait dans l'été pendant la nuit , et
avec beaucoup de précaution.
On peut voir travailler les ouvriers en vernig ,
dans le faubourg de Quanton ; ils se tiennent or-
dinairement dans des lieux écartés , et sous des
angars bien fermés , dont les fenêtres sont garnies
avec des châssis de papier.
Le fond des ouvrages en vernis est de bois très-
mince, ou de carton. On commence par y coller
du papier, après quoi on étend deux ou trois cou-
ches d'une pâte rouge composée de chaux , de
papier et de gomme ; lorsque ces couches sont
bien sèches, on les polit avec soin , et on étend
soigneusement par- dessus une ou deux couches
de couleur noire mêlée avec l'huile Ming-yeou,
qu'on tire du Tong-tchou : l'ouvrage est alors d'un
noir pâle, et paroît terne; mais une seule couche
de vernis lui donne du brillant et de l'éclat. En
appliquant la couche de vernis , les ouvriers ont
la précaution de tenir tout fermé , de crainte de la
poussière ; ils placent ensuite leurs ouvrages 'dans
des endroits isolés, et les font sécher à l'ombre, de
peur que le grand air ne saisisse trop promptement
ie vernis et ne le fasse gripper. Le vernis, en séchant
peu-à-peu, acquiert le lustre qu'on lui voit, sans
Q-4.
^48 OBSERVATIONS
qui! soit nécessaire de le polir. Lorsqu'on veut faire*
paroître les veines du bois, on ne fait aucune pré-
paration ayant d étendre le vernis. Cette matière est
matte dans les commencemens , et semble épaisse ;
mais à la longue elle pénètre peu -à- peu, devient
transparente et laisse apercevoir les nuances du
corps qu'elle recouvre.
On trouve a Quanton différens ouvrages tout-
a-fait préparés , et auxquels il ne s'agit plus que
d'ajouter la dernière couche de vernis ; on les orne
ensuite, à volonté, ou de fleurs coloriées, ou de
dessins en or. Si l'on n'a a peindre que des fleurs,
on n'y met aucune préparation; mais si les des-
sins sont en or , on couvre d'abord l'ouvrage avec
de la gomme, et on y applique ensuite les feuilles
d'or. Lorsque les peintures ou les dorures sont ter-
minées, on passe par-dessus une très-légère couche
de vernis.
Les ouvrages en vernis sont communément
noirs ; on en voit peu d'une autre teinte ; ces der-
niers ne sont pas aussi beaux ni aussi lustrés que
les premiers , parce que le blanc qu'on est obligé de
faire entrer dans la couleur , la rend terne et matte,
■
TONG-TCHOU.
Cet arbre croît facilement, et s'élève à une
moyenne hauteur ; son bois est tendre et spon-
gieux , ses feuilles sont d'un beau vert. Le Tong-
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SUR LES CHINOIS. 2qç
tchou, sur -tout lorsqu'il est chargé de ses noix,
ressemble assez au noyer ; ses fruits verts dans le
principe, jaunissent en mûrissant , e^ contiennent
deux ou trois amandes noires en dehors , blanches
en dedans, qui ont une vertu purgative.
L'huile qu'on retire en pressant ces amandes ,
est bonne à brûler, mais elle donne beaucoup de
fumée. Dans son état naturel, on l'appelle Tong-
yeou ; mais lorsqu'elle est préparée pour servir à
la peinture , elle se nomme Ming-yeou , vulgai-
rement huile de bois ; les Chinois s'en servent
beaucoup. Voici comment ils la rendent propre à
cet usage : ils la font chauffer avec de la céruse ,
dans la proportion de deux onces de celle-ci sur
une livre d'huile : lorsque ce mélange a bouilli et
qu'il commence à s'épaissir , on le verse dans des
cruches que l'on ferme avec soin ; après avoir subi
cette préparation , il ressemble au vernis et en ac-
quiert toutes les qualités ; il se dissout dans la té-
rébenthine , et l'on peut s'en servir pour peindre
sur les étoffes, sans crainte que l'eau puisse détruire
les couleurs. H faut avoir la précaution , lorsqu'on
emploie cette huile , de la mettre dans un vase et
de la couvrir avec une feuille de papier, car sans
cela elle se dessèche : on l'étend sur le bois , soit
pure , soit mêlée avec des couleurs ; elle sèche
promptement , mais elle a le défaut de jaunir, sur-
tout si elle est masquée par quelque meuble.
iJO OBSERVATIONS
Cette huile pénètre peu dans l'épaisseur du bois?
mais les Chinois ne regardent pas cela comme
un défaut , puisqu'ils emploient au contraire des
moyens pour l'en empêcher : ils se servent à cet
effet d'un enduit composé de chaux et de sang
de bœuf qu'ils délayent avec de l'eau , et dont ils
passent une ou deux couches sur les objets qu'ils
veulent peindre. Agrès cette préparation , la cou-
leur ou fe vernis reste a la surface ; on en emploie
moins , et la peinture en a plus cTéclat. A mon
arrivée à File de France , j'ai trouvé quelques plants
du Tong-tchou : son fruit étant le même que celui
de la Chine , on pourroit en tirer un parti aussi
avantageux que dans ce pays.
COMME ÉLASTIQUE.
Plusieurs personnes m'avoient chargé en
Europe de leur envoyer de la gomme élastique ,
croyant que cette substance existoit a la Chine,
et qu'elle étoit la même que celle d'Amérique ;
mais elle est totalement différente. La gomme
élastique qu'on trouve à Quanton , n'est point
naturelle , mais un composé d'huile appelée Tong-
yeou ; la preuve en est évidente , puisqu'elle porte
le nom de Tong-yeou-po. De plus , si Ton casse
une vieille boule de gomme élastique y la cassure
est grumelée , et ressemble parfaitement à cett*
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SUR LES CHINOIS. 2$ î
huile, lorsque séchée et réduite en masse, elfe
vient à se partager.
L'ouvrier, à Quanton , qui possède le secret
de composer la gomme élastique , fait avec cette
matière des bagues , des boules et des boutons de
couleur jaune , rouge ou mélangée: ces différens
objets sont susceptibles plutôt de compression que
de dilatation. On prétend qu'il y entre de la cire,
mais je n'ai là-dessus rien de certain , n'ayant jamais
pu découvrir le procédé Chinois. Dans tous les
pays , ïes artisans ont leurs secrets , et ne les com-
muniquent point, dans la crainte qu'on n'imite leur
ouvrage ; et à Quanton , plus qu'ailleurs , ils sont
très - réservés.
MACHINES POUR LARROSEMENT
DES TERRES.
Les hommes en général portent tous leurs soins
vers les choses de première nécessité, ou celles qui
leur sont les plus utiles : or, la principale culture
à la Chine , étant celle du riz , et cette espèce de
grain servant à nourrir la plus grande partie de
la population , il n'est pas étonnant que les Chi-
nois se soient occupés de tout ce qui pouvoit en
augmenter le produit.
La marée refoule le cours de la rivière auprès
de la ville de Quanton, ainsi il n'a pas été néces-
saire de recourir à des moyens étrangers pour
2J2 OBSERVATIONS
arroser les campagnes des environs. En remontant
plus au nord , du côté de Nan-hiong-fou, où les
terres sont sensiblement plus hautes que le niveau
de la rivière, nous ne vîmes aucune mathine pour
élever les eaux , soit que les terres en soient assez
imbibées , soit que ies ruisseaux qui descendent
des montagnes suffisent à leur irrigation. Ce n'est
qu'en entrant dans la province de Kiang-sy, que
nous trouvâmes des roues hydrauliques très-ingé-
nieusement construites ( n.° 33 ). Il faut rendre
justice aux Chinois, ces roues sont très-bien ima-
ginées; l'ouvrage est simple, léger, peu coûteux»
et demande peu de soin ; enfin , c'est ce que j'ai
vu de mieux en traversant l'empire.
Toute la machine est faite avec des bamboux ,
excepté l'axe de la roue , et les pieux enfoncés
dans l'eau pour le supporter , qui sont en bois.
Cet axe , qui peut avoir de huit à dix pieds de
longueur , porte tout autour , à un pied de dis-
tance de ses extrémités, des bamboux longs et
déliés qui se croisent et vont s'attacher à la cir-
conférence sur laquelle sont fixés en biais des tubes
de même matière , bouchés par le fond. Ces tubes,
au nombre d'une vingtaine , d'environ trois pieds
de longueur , et de près de trois, pouces de dia-
mètre , se remplissent lorsque la roue plonge ; et
tournant avec elle , ils se vident à son sommet
dans un canal placé parallèlement k la roue , et qui
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■
SUR LES CHINOIS. 253
communique avec un autre d'où l'eau est conduite
dans Jes campagnes. Pour accélérer le mouvement
de la roue, les Chinois garnissent de petits mor-
ceaux de bois l'angle que forme le croisement des
grands bamboux avant d'arriver à la circonférence ,
ce qui fait des espèces de palettes. Les roues ont
de vingt à vingt-quatre pieds de diamètre; quel-
ques-unes sont pius grandes , mais cela est rare.
Le courant de la rivière suffit pour- faire mouvoir
ces machines ; mais , afin de le rendre plus rapide
et de le forcer a se jeter sur la roue , les Chinois
sont dans l'usage de planter des piquets depuis le
milieu de la rivière jusqu'auprès de l'axe.
Je n'ai vu que dans le Kiang-sy de ces machines
hydrauliques; les Chinois en ont cependant d'une
autre construction ; telle est celle dont j'ai envoyé
le modèle à l'académie des sciences. On peut l'ap-
peler pompe à chaîne : cette machine est peut-être
d'un grand effet, mais je doute qu'elle le soit au-
tant que le prétendent les voyageurs Angiois ,
puisque ,. durant tout mon voyage, je n'en ai vu
qu'une seule. Elle consiste dans une caisse de
bois oblongue, partagée au milieu dans toute sa
longueur par une planche fermant exactement
la portion inférieure , tandis que celle de dessus
reste ouverte. Des planchettes de bois carrées ,
et attachées à une certaine distance entre elles ,
avec des cordes continues, passent dans ces deux
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2j4 OBSERVATIONS
conduits, en remplissent ia cavité et roulent sur
deux axes dont Fun plonge dans l'eau , et Fautre
est supporté sur le terrain , par deux piquets de
bois. Cet axe est mis en mouvement de trois ma-
nières différentes : lorsque le volume d'eau a en-
lever est considérable, Faxe est mu par des bêtes de
somme; si le volume est moindre , des palettes adap-
tées à Taxe aident à un ou à plusieurs hommes à
le faire tourner en montant dessus ; enfin, si ia
pompe donne peu d'eau , on fa fait aller a bras.
Cette pompe d'ailleurs n'est pas en état d'élever
Un gros volume d'eau , ni de le porter à une
grande hauteur ; en effet queile que soit la dimen-
sion de cette machine , elle ne peut être placée que
sous un angle médiocrement ouvert ; car si cet
angle Fétoit trop , la pompe fatigueroit beaucoup
et exigeroit une force motrice trop considérable.
Les Chinois ont deux autres moyens encore plus
simples pour arroser les rizières : deux hommes
placés à Fextrémité d'un étang, et sur un terrain
un peu élevé, tiennent un panier fait de.bamboux
extrêmement serrés , par deux cordes attachées de
chaque côté, et le balancent, de sorte que tour à
tour le panier plonge dans Feau et se vide sur
les terres : on conçoit qu'il faut un espace suffi-
sant pour pouvoir donner l'élan nécessaire au pa-
nier, et lui faire décrire une portion de cercle. On
n'emploie ce premier moyen que lorsqu'il faut
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SUR LES CHINOIS. 255
arroser des terrains d'une étendue médiocre , car il
est fort pénible. Le second ne demande qu'un
seul homme , et est bien moins fatigant ; H con-
siste dans une bascule placée en travers au haut
d'une perche ; d'un côté est une pierre , et de
l'autre un seau qu'on enlève à l'aide de ce contre^
poids, et que l'on vide facilement.
MANIÈRE DE FAIRE É CLOR E
LES ŒUFS DE CANES.
On fait éclore à la Chine, par une chaleur
artificielle , les œufs de canes , mais non ceux de
poules ; c'est ce que m'ont confirmé plusieurs
Chinois. Lorsqu'on s'est procuré une quantité suf-
fisante d'oeufs de canes , on forme avec des bam-
boux une espèce de cage qu'on tient un peu élevée
de terre; on met au fond une couche de fumier de
buffle , qui est quelquefois mêlé avec celui de ca-
nards , et par-dessus un rang d'oeufs , procédant
ainsi alternativement jusqu'à ce que la cage soit
remplie. On y entretient ensuite, au moyen d'un
feu léger , la chaleur convenable , et que l'expé-
rience a appris à connoître , jusqu'au moment ou
ies canards sont près d'éclore. On retire alors les
œufs , on les casse , et l'on confie les canetons à
de vieilles canes qui les adoptent, les conduisent
et les couvrent de leurs ailes. Les Chinois en ven-
dent beaucoup au sortir de l'œuf ; pour les autres ,
2^6 OBSERVATIONS
ils les élèvent : ils ont à cet effet des bateaux
garnis de grandes cages placées sur les deux côtés
en forme d'ailes, qui peuvent contenir un millier
ou deux de canards ; ces barques sont ordinaire-
ment le long du rivage et près des champs de riz.
Le matin on ouvre une porte , tous les canards
sortent en foule en descendant sur une planche
qui leur sert de pont , et se répandent dans les
rizières , où ils vivent toute la journée des vers
et des insectes qu'ils y trouvent. A l'approche de
la nuit, le maître du bateau appelle ses canards,
en frappant sur un bassin de cuivre : c'est un
spectacle curieux , et dont j'ai été témoin quel-
quefois, de voir tous ces oiseaux accourant pêle-
mêle , et prenant chacun , sans se tromper , la
route de son bateau. Cela cependant paroît moins
surprenant, lorsqu'on songe que le canard est déjà
un peu grand , qu'il est en état de reconnoître
sa demeure , et que de plus il est guidé par le
son d'un bassin de cuivre, qui n'est pas le même
pour tous les bateaux.
Les Chinois vendent beaucoup de ces animaux
vivans ; ils en tuent une partie , les ouvrent en
deux, les salent, et les tiennent écartés avec deux
petits bâtons pour les faire sécher. Dans cet état
la chair a le goût de venaison , et vaut mieux que
lorsqu'elle est fraîche ; car alors elle est gluante et
a un goût de vase.
Lorsqu'on
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SUR LES CHINOIS. l^J
Lorsqu'on veut manger des canards qui soient
bons, il faut, après les avoir achetés de ceux qui
font métier de les élever , fes garder quelque temps
chez soi et îes nourrir avec du grain ; , pour que les
chairs se raffermissent et perdent le goût de fange
qu'elles avoient contracté.
CÉRÉMONIAL
m ■
À la Chine ; le cérémonial est soumis a des lois
invariables ; personne n'oseroit y rien changer.
Persuadé que l'attention des citoyens à s'acquitter
entre eux des devoirs de la politesse , entretient la
paix et le bon ordre dans l'Etat, le gouvernement
porte tous ses soins à faire observer ce que chacun
doit au rang , à /a parenté , ou à Tige.
L'empereur, regardé comme le souverain maître,
a le droit d'exiger l'hommage et la soumission
de ceux qui habitent dans l'empire, et tous sont
obligés de s'abaisser devant lui. Çe qui lui appar-
tient est réputé comme sacré ; et quand on lui
parle , on ne se sert pas de termes ordinaires , mais
de mots particuliers et en usage pour lui seul.
De cette extrême soumission envers l'empereur,
dérive naturellement celle du peuple envers les
mandarins ; car ceux-ci, possédant une portion
d'autorité , et représentant le chef suprême, exigent
de leurs inférieurs autant de respect qu'eux-mêmes
sont obligés de lui en porter.
TOME II. R
I58 (OBSERVAT TONS
Ces usages * ces devoirs , cette politesse , rendent
les Chinois minutieux k l'excès : l'habitude où ils
sont* dès l'enfonce, d'être respectueux envers leurs
supérieurs * et cette contrainte continuelle dans
laquelle ils vivent , les portent à la crainte et à la
défiance ; et de la défiance à la fourberie il n'y a
qu'un pas : aussi voit-on que les Chinois cachent,
sous une apparence honnête et polie, un caractère
faux et dissimulé. Si , en ^'acquittant des devoirs
imposés par le cérémonial , ils étoient pénétrés
des sentimens de douceur et d'honnêteté qu'il de-
vrait inspirer , le gouvernement auroit raison d'en
exiger l'accomplissement; mais comme le peuple
ne s'attache qu'aux dehors et aux pures formalités ,
la politesse n'est plus chez lui qu'une habitude, et
Ja cérémonie tient lieu du sentiment. Le tribunal
des rites de Peking peut bien régler fa manière
dont on doit se mettre à genoux suivant Page ou
ie rang des personnes , mais ce tribunal suprême
ne commande pas ie respect.
Lorsque nous eûmes à Peking notre audience
de congé, nous nous amusâmes beaucoup de l'im-
portance que les mandarins du Ly-pou mettoient
à leurs cérémonies. Cependant , les cris lamen-
tables qu'ils poussoient pour annoncer les génu-
flexions, et leur attention à les faire exécuter, ren-
doient cette cérémonie plutôt risible qu'imposante.
Enfin , le cérémonial Chinois est si machinal et
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SUR LES CHINOIS. 25c)
si peu éclairé , que les mandarins se prosternent
non-seulement devant la personne de l'empereur *
mais encore devant son nom et même devant son
fauteuil. Ce ne sont donc que les formes exté-
rieures qu'on demande dans ce pays ; on s'embar-
rasse peu du fond.
Lorsque deux Chinois d'une condition égalé
se rencontrent, ils se baissent l'un vers l'autre ,
joignent les mains du c6té gauche , et les remuent
avec affection; mais si les personnes sont d'un
rang supérieur, alors ils joignent les mains devant
eux , les élèvent et les abaissent plusieurs fois de
suite, en s inclinant profondément et en répétant les
mots Tsin-tsin ,Tsin-ieao [je vous safueJ.Un des trois
mandarins qui nous accompagnoient en allant k
Peking , ayant rencontré un de ses amis qu'il avoit
perdu de vu* depuis long -temps, ils se mirent
tous les deux presque à genoux , et puis se serrant
réciproquement entre leurs bras , et se frappant
sur le dos avec la main , ils répétèrent plusieurs
fois les mots To-fo [ quel grand bonheur ] ! Dans les
circonstances ordinaires, les mandarins évitent de
se rencontrer, et, lorsque cela leur est impossible,
le mandarin inférieur en grade sort de son palan-
quin ou descend de cheval , et salue profondément
l'autre : si les deux mandarins sont d'un rang égal,
ils restent dans leurs chaises et se saluent en pas-
sant ; mais s'ils viennent à se rencontrer étant tous
Ri
Zèo OBSERVATIONS
les deux à pied, cérémonial est plus long, parce
qu'il est de l'honnêteté de ne pas partir le premier.
Lorsqu'un homme du peuple se trouve dans le
chemin d'un mandarin, il se range promptement ,
reste debout , et tient ses bras pendans et sa tête
un peu penchée ; il se garderoit bien de le saluer,
caj cet excès de politesse pourroit lui attirer
quelque correction paternelle.
Quand il s'agit de présenter une requête , ou
de parler à un mandarin d'un grade élevé , le sup-
pliant se met à genoux , fait trois révérences en
baissant la tête , et explique son affaire en conser-
vant cette posture. Si c'est un homme un peu au-
dessus du commun , le mandarin le fait relever ; il
se met alors un peu de côté , et s'énonce en restant
debout. Lorsqu'on parie de près aux gens en place ,
il est de la politesse de mettre sa main devant sa
bouche , et de se pencher respectueusement.
Les Chinois emploient dans le discours des mots
figurés et des termes pleins de respect et de sou-
mission , se mettant toujours fort au-dessous des
personnes auxquelles ils s'adressent ; mais il n'en
faut pas conclure qu'ils soient persuadés de ce
qu'ils disent : en parlant de cette manière , ils ne
font que se conformer à l'usage.
Les personnes les plus âgées occupent toujours
la place d'honneur ; c'est la droite chez les Chinois ,
et la gauche chez les Tartares.
SUR LES CHINOIS. l6t
Nulîe part les enfans n'ont autant de respect
pour leurs parens. Les fils viennent, à ia nouvelle
année, se prosterner devant leurs père et mère,
et se tiennent debout en leur présence. A ia mort
du père , le respect qu'on avoit pour lui passe au
fils aîné , qui , pour lors , est regardé .comme le
chef de la famille : en conséquence , c'est à lui
qu'appartient le droit d'honorer ses ancêtres , en
faisant , en certains temps et dans certaines cir-
constances, les salutations d'usage devant la ta-
blette qui porte leurs noms.
La distance entre les frères est très-grande. Le
frère aîné ne peut converser avec les femmes de
ses frères cadets ; il se contente de Jes saluer ,
tandis que les frères puînés peuvent parler à
Fépouse de leur aîné. II faut avouer cependant que
cette distinction est trop marquée , et qu'elle est ca-
pable de refroidir les coeurs et d'en bannir l'amitié*
Lorsqu'un Chinois veut faire une visite à quel-
qu'un , il commence par lui envoyer un compli-
ment et son nom contenus dans un billet de papier
rouge plié en forme de paravent , et ayant sur le
dernier feuillet un» petit morceau de papier doré
de forme triangulaire. La personne que Ton vient
voir est libre d'accepter ou de refuser la yisite :
dans ce dernier cas , elle se contente de rendre
le billet , et fait dire à celui qui l'a remis , de ne pas
se donner la peine de descendre de palanquin-
Ri
262 OBSERVATIONS
Elle lui renvoie ensuite un billet semblable , et
plus eiie met d'empressement a ie faire remettre,
plus elle montre d'égards. Si elle reçoit , au con-
traire , ïa visite , et que celui qui la fait soit du
même rang , alors le cérémonial est sans fin , non-
seulement pour entrer ou pour s'asseoir , mai9
aussi quand il faut sortir.
II y a dans toutes les cours qui précèdent le»
appartemens , trois portes; c'est 1k que se font ordi-
nairement les grandes politesses , parce que celui
qui vient ne veut pas passer par la porte du mi-
lieu , et que ce n'est qu'avec peine qu'il y consent
à la fin , tandis que la personne qui reçoit la visite,
entre par une des portes latérales. Lorsqu'on est
arrivé dans l'appartement , il est de l'honnêteté
d'offrir un siège, mais le maître du logis doit aupa-
ravant l'essuyer légèrement. Une fois assis , il faut
se tenir droit , avoir les mains sur les genoux »
placer ses pieds à une égale distance de sa chaise ,
et demeurer tranquille en conservant un air grave.
Les Chinois offrent toujours du thé dans les
visites , mais ils ne le servent pas comme nous :
ils mettent les feuilles de thé dans une tasse de
porcelaine , et versent par-dessus de l'eau bouiU
lante,tils la couvrent ensuite, et présentent 1^
tasse dans un bassin , ou espèce de nacelle faite
de cuivre. On doit prendre la tasse à deux mains
et Jboirç lentement. Si l'on met du sucre , on
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SUR LES CHINOIS. 263
emploie le couvercle pour remuer le thé, les
Chinois ne se servant point de cuiller. Ces céré-
monies s'abrègent lorsque les personnes qui se
visitent , sont d'une égale condition; mais si Tune
des deux est d'un grade supérieur , alors les po-
litesses sont beaucoup plus multipliées, sur- tout
de la part de l'inférieur. Si , en venant voir quel-
qu'un , on lui fait un présent , on doit joindre l'état
des objets qu'on offre, avec le billet de visite , et
Ton remet le tout aux domestiques du maître du
logis , qui n'examine le présent que lorsque celui
qui l'a fait est paru. On peut accepter le tout, ou
simplement une portion ; dans ce dernier cas , on
écrit sur la note ce qu'on a retenu , et on ren-
voie le reste. Il est rare qu'on n'accepte rien , car
c'est une impolitesse, et même une offense que de
refuser entièrement un présent ; il faut en prendre
au moins une bagatelle.
Il y en a qui se contentent d'envoyer avec le
billet de visite , la note des présens : la personne
marque ce qui lui fait plaisir , et renvoie la note 1
alors on va acheter les objets désignés , et on les
fait remettre. Je n'aurois jamais cru que les Chi-
nois , qui paroissent aussi scrupuleux sur Je céré-
monial , fussent capables de ce tour d'adresse; mais
je le tiens de quelqu'un qui l'a vu faire à Pékin g.
Les lettres que les Chinois s'écrivent entre eux ,
exigent pareillement certaines formalités ; chaque
R4
l64 OBSERVATIONS
lettre doit être composée de neuf feuilles , et écrite-
avec des caractères d'une moyenne grandeur. On
commence au second feuillet , et Ton met son
nom à la fin, vers le bas de la page. Le nom de
la personne à qui s'adresse ia lettre , doit être placé
plus haut que le reste de l'écriture , et doit former .
un alinéa. Si un Chinois , portant le deuil d'un
de ses proches, écrit à quelqu'un, il colle un pa->
pier bleu sur son nom : s'il envoie un présent,
il emploie du papier blanc , au lieu de rouge. Une
lettre se plie en long, et se met dans une enve-
loppe, sur laquelle on colle une bande de papier
rouge, en marquant que ia lettre est dedans; on
Tenferme ensuite dans un sac de papier dont on
colle le haut, et l'on écrit dessus le nom, la qua-
lité et le lieu de la demeure de la personne à la-
quelle on veut la faire parvenir.
On conçoit combien tout ce cérémonial doit
être fatigant ; mais les Chinois parviennent , par
une habitude et un usage continuels , à se familia-
riser avec ces pratiques extrêmement fastidieuses ;
ils s'accoutument à les remplir dès leur plus tendre
jeunesse , et se font un mérite de les exécuter
ponctuellement ; enfin, ils y attachent même une
si grande importance , qu'ils regardent comme bar-
bares les nations qui ne s'y conforment point»
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SUR LES CHINOIS. l6$
' * * * ■
H A Bl LLEM EN T.
Les Chinois s'habillent constamment de la même
manière : peu curieux, comme on l'est en Europe ,
de modes nouvelles , le petit-fils porte les habits
de son aïeul , sans craindre de choquer les yeux de
personne. Les robes des anciens Chinois étoient
amples et longues , des manthes immenses tom-
boient jusqu'à terre , et une chevelure bien fournie
se relevoit sous des bonnets dont les formes va-
rioient suivant les états et les grades. >
Forcés d'abandonner ces antiques vêtemens lors
de la conquête de la Chine par les Tartares , les
Chinois prirent l'habit et la coiffure de leurs vain-
queurs ; mais à cette époque plusieurs d'entre eux
aimèrent mieux s'expatrier , et préférèrent même la
mort plutôt que de renoncer aux usages de leurs
ancêtres. Les Chinois ont la tête rasée, et conser-
vent seulement sur le haut une touffe de cheveux
qu'ils laissent croître , et dont ils font une longue
tresse qu'ils appellent Penzé. Leur habillement
consiste en plusieurs robes ; celle de dessus des-
cend jusqu'au-dessous du mollet , les manche*
sont d'une moyenne largeur. La robe de dessous
est plus longue , et serre davantage le corps ;
les manches de celle-ci , larges par en haut, se
rétrécissent vers le poignet , se terminent ensuite
en forme de fer à cheval , et couvrent presque
2.66 OBSERVATIONS
entièrement les mains. Par -dessous cette robe ils
en portent encore une troisième , mais qui est sans
manche*, et ils ont de plus une veste et une che-
mise de soie , avec des caleçons et des bas. Cest
par-dessus la seconde robe qu'ils attachent la cein-
ture à laquelle ils suspendent une montre, un cou-
teau , un mouchoir et une bourse contenant un
flacon avec du tabac en poudre.
Les Chinois ont le cou nu en été , ils le garan-
tissent du froid en hiver , avec un collet de peau,
de soie ou de velours. Le bonnet, qui laisse les
oreilles à découvert , se change deux fois dans
l'année : celui d'hiver est bordé d'une bande de pel-
leterie et recouvert d'une houpe de soie rouge :
celui d'été est d'une forme désagréable ; il est fait de
rotins et ressemble à un entonnoir renversé et fort
évasé. Le dedans est en soie , et le dessus garni
d'une houpe de crin rouge. Les gens de distinc-
tion et les mandarins , en ont un semblable ; mais
je fond est de carton doublé des deux côtés avec
de la soie , et les brins de soie de la houpe qui le
recouvrent, au lieu de déborder le bonnet , sont
coupés en-dessus a près d'un pouce du bord.
Lorsque les Chinois restent chez eux , ou qu ils
sortent sans cérémonie , ils portent , en place do
bonnet , une petite calotte de soie brodée , et
ornée quelquefois d'une perle sur le devant.
Leurs caleçons sont de toile ou de soie t et faits
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SUR LES CHINOIS. l6j
comme les nôtres ; mais ils en ont aussi qui sont
partagés en deux et qui n'ont pas de fond. Leurs
bas sont en soie ou en nankin piqué ; ils s'élèvent
plus haut que les bottes , et sont garnis sur les
bords d'un ruban de soie ou de veiours.
Les bottes sont de soie noire ou de cuir, et ne
dépassent pas le mollet ; elles sont larges et très-
utiles aux Chinois, qui s'en servent au lieu de
poches et y mettent des papiers et leur éventail.
Les chaussures des Chinois sont en général bien
faites , et il y en a d'artistement travaillées. La se-
melle en est épaisse et composée de gros papiers
renforcés en dessous par un cuir. Leurs souliers
sont relevés par-devant, de sorte qu'il n'est pas
nécessaire de les attacher, et qu'il suffit de les faire
entrer avec un peu de force : on fait usage pour
cela d'un instrument de corne recourbé.
Ces souliers ne quittent jamais le pied, mais ils
incommodent beaucoup les personnes qui ne sont
pas habituées à en porter, parce qu'ils tiennent les
doigts écartés et relevés en l'air.
Les femmes s'habillent conformément au grade
et au rang de leurs maris ; elfes peuvent porter
toutes sortes de couleurs, excepté le jaune-citron :
celles qui sont âgées se servent d'étoffes noires ou
violettes.
L'habit des femmes consiste dans une longue
robe avec des manches larges ; elles ont en outre
ï68 OBSERVATIONS
une veste de dessous , un caleçon et une espèce
de jupon plissé. Les femmes n'ont pas ie cou nu ;
elles portent constamment un collet, et ne laissent
point voir leur poitrine ; la décence exige même
qu'on n'en distingue pas la forme.
L'habit d'hiver et celui d'été ne différent que par
l'épaisseur ou la légèreté des étoffes. Lorsqu'il fait
froid , les Chinois portent des fourrures. Tous les
mandarins qui entouroient l'empereur lors de notre
première audience à Pékin g , avoient des habits
de peaux dont le poil étoit en dehors.
La manière de s'habiller des Chinois a cet avan-
tage sur la nôtre, qu'ils peuvent, sans paroître ridi-
cules, augmenter ou diminuer à volonté le nombre
de leurs robes , à proportion du plus ou du moins
de froid.
A Quanton , où le vent du nord est très-piquant
et incommode sur-tout les indigènes accoutumés
à de fortes chaleurs , j'ai vu des Chinois joindre
non sans quelque difficulté leurs deux mains en-
semble, tant ils étoient surchargés d'habits. Mais
si le peuple se couvre quelquefois prodigieuse-
ment dans l'hiver , il s'habille très à la légère pen-
dant l'été , ne conservant ordinairement que la
veste , le caleçon et les souliers. Pour les manda-
darins et les gens en place, ils n'oseroient , quelque
grande que soit la chaleur, paroître en public sans
être habillés et sans avoir des bas et des bottes.
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SUR LES CHINOIS. 269
Les Chinois sont très -propres a l'extérieur, mais
leur propreté ne s'étend pas à tout. Nous étant
plaints à i*un des mandarins qui nous accompa-
gnoient durant notre voyage, de ce que nous
n'avions pas de linge pour changer; il nous ré-
pondit , en relevant ses manches , que depuis plus
d'un mois il portoit la même chemise : cette partie
de l'habillement est souvent presque usée avant
qu'on la quitte.
On trouve cependant des élégans à ia Chine :
les jeunes gens riches se piquent d'être bien ha-
billés et d'une manière leste ; if se donnent en
marchant un certain balancement , et affectent de
remuer les bras.
La coiffure des femmes varie suivant l'âge. Des
cheveux épars annoncent une très- jeune fille, et
une tresse pendante ou quelquefois relevée , fait
voir qu'elle est nubile ; les femmes mariées portent
les cheveux entièrement retroussés, et en forment
un nœud ou une espèce de chignon qu'elles atta-
chent avec des épingles. Cette habitude de relever
les cheveux dégarnit le front et le rend chauve: aussi
les femmes âgées cachent-elles cette difformité avec
un morceau de toile noire appelé Pao-teou f envt-
ioppe^jf tête]. Les femmes du Kiang-nan s'entourent
la tête d'une bande de pelleterie, du milieu de la-
quelle elles laissent tomber sur leur front et entre
leurs sourcils une petite bande d'étoffe noire, dont
27O OBSERVATIONS
Je bas est orné d'une perle : cette coiffure sied
bien et relève la blancheur du teint. Celles qui
sont en deuil portent cet ornement de tête en
étofïe blanche ( n. 6 49 ). Les femmes à Peking
mettent presque toutes des fleurs artificielles dans
leurs cheveux : celles des autres provinces ne
suivent pas aussi généralement cet usage , mais
elles portent, dans certains cantons, des chapeaux
fort jolis. Ceux des femmes du commun sont en
paille ; ils sont plats , garnis tout autour d'une
frange de toile. bleue, large de cinq à six pouces ;
et le fond en est percé pour donner un passage
libre au nœud de cheveux ( n." 31 ).
Les Chinoises peignent en noir leurs sourcils ,
et leur font décrire urie espèce d'arc très-défié ;
elles se fardent le visage et se mettent du rouge
aux lèvres , principalement à celle d'en - bas , où
elles forment au milieu un point rouge.
Elles ne m'ont pas paru, en général , avoir les
dents belles ; elles les ont larges et jaunes : ce
dernier défaut provient de l'habitude de fumer,
qu'elles contractent de très-bonne heure.
Les femmes riches et de qualité emploient un
temps considérable à leur toilette. Un de leurs
principaux soins est d'arracher les poils épêfs qui
naissent sur le visage, et , pour y parvenir , elles
les tortillent entre des fils de soie : cependant ces
peines que prennent les Chinoises pour se pare*
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SUR LES CHINOIS. 2T X
et se farder, sont souvent en pure perte; car elles
fouissent rarement de la satisfaction d'être vues ,
et quelquefois elles ne voient pas même leurs maris
pendant la Journée. Elles sont aussi dans l'usage
de laisser croître les ongles de leur main gauche ,
et sur-tout celui du petit doigt , mais non pas Jus-
qu'à cet excès de longueur que nous avons dit en
pariant de ceux des hommes. Au reste, si une taille
élancée et médiocre , si des petits yeux alongés
et arqués , si un teint frais et vermeil sont des
beautés essentielles pour une Chinoise , la peti-
tesse du pied passe avant tous ces avantages ; et
cette petitesse extrême est tellement recherchée ,
qu'une jolie femme qui n'a pas le pied disposé
suivant l'usage , est méprisée, et même pour ainsi
dire , déshonorée. Le pouce est le seul des doigts
qui conserve son état naturel ; les autres, ainsi
que le reste du pied , sont comprimés , dès la plus
tendre enfonce , avec des bandelettes. Il en résuite
que ces doigts ne prennent aucun accroissement,
et que le pied étant constamment resserré , de-
meure presque dans le même état où il étoit lors
de la naissance de l'enfant, à l'exception d'une en-
frjre qui se forme au-dessus du coude-pied et vers
la cheville : enfin , le pied d'une Chinoise est si
petit^ qu'il peut entrer dans un soulier de quatre
pouces de longueur sur un pouce et demi de lar-
geur. 11 est nécessaire cependant d'observer que le
272 OBSERVATIONS
derrière du soulier est ouvert , et que le talon qui
en sort un peu, est retenu par une bande d étoffe
proportionnée à la grandeur de l'ouverture.
Lorsque les femmes sortent de leur maison ,
elles mettent des souliers avec des talons de bois
garnis de cuir ; elles ne se soutiennent que sur ces
talons, et posent rarement l'extrémité antérieure
du pied , dans la crainte de se heurter : cette ma-
nière de marcher leur donne une allure chance-
lante et de mauvaise grâce.
Il est difficile d'expliquer comment elles ont pu
adopter une mode si gênante , qui les expose con-
tinuellement a des chutes , et qui les fait souffrir
pendant toute leur vie. Plusieurs auteurs ont pré-
tendu que c'étoit une polirique des Chinois, pour
empêcher les femmes de sortir; mais, comme /ai
vu pendant mon voyage qu'elles sortaient, se pro-
menoient et couroient même , la raison alléguée
par ces écrivains est sans fondement, et il faut
avoir recours a une autre explication.
Les bas que portent les Chinoises, ne descen-
dent que jusqu'à la cheville , et elles enveloppent
le reste du pied avec des bandelettes ; c'est à cette
forme de chaussure , et non à la politique , qu'il est
plus raisonnable d'attribuer l'usage de se serrer le
pied, usage introduit peut-être par le hasard , et
fortifié depuis par l'habitude. 11 est à présumer
qu'autrefois quelque dame favorisée par la nature^,
se
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SUR LES chinois: zj^
se sera fait un mérite d'avoir un pied très-petit ;
lui disputer cet avantage , étoit bien naturel à
des femmes. Pour cela elles durent se servir des
moyens que leur présentoit leur chaussure , elles
en employèrent donc les bandelettes pour se serrer
le pied outre mesure , et acquirent ainsi un genre
de beauté recherché dès -lors, et qui le fut bien
davantage par la suite.
Cet usage d'avoir le pied comprimé dès l'en-
fànce , n'est point réservé aux personnes riches ,
il est commun à toutes les classes. La femme et
la fille d'un homme pauvre et dans la médiocrité ,
ont , comme la femme et la fille d'un mandarin ,
ou d'un particulier opulent, les pieds étroitement
emprisonnés dans leur chaussure.
Les femmes Tartares n'ont cependant pas voulu
adopter cet usage incommode et dangereux ; elles
ont le pied dans Fétat naturel , et portent des sou-
liers aisés ; on s'en aperçoit facilement à leur dé-
marche assurée.
FESTINS.
Les Chinois s'invitent entre eux en différentes
occasions ; mais dans leurs festins le plaisir ne règne
pas avec autant de liberté qu'en Europe ; au con-
traire , tout y est compassé , tout y est mesuré ; et,
attachés à leur cérémonial minutieux , ils n'ont
pas même su le bannir de leurs repas.
TOME II, S
OBSERVATIONS
ie ne parle pas ici du peuple , parcé que , dans
tous les pays , if est plus libre que les grands , et
rie suit pas aussi exactement les Usages ; cependant
les gens même de la classe ordinaire , a fa Chine ,
sont cérémonieux quoiqû'avec plus de simplicité
dans leur* manières.
Dan* les festins , chaque convive a sa table ;
quelquefois une seule sert pour deux , mais ra-
rement pour trois. Ces tables rangées sur une
même ligne , n'ont point de nappes , elles sont
seulement vèrnisséës et garnies sur le devant d'un
morceau dé drap, Où de soie brodée. Dans les
grands repas oh eh couvre ie milieu avec de larges
jflats chargés dé Viàhdes coupées et disposées en
pyramides : ces viahdës ne servertt que pour l'or-
nement ; iés mets destinés aux convives , sont
apportés dans des vases a pàrt , et posés devant
chacun d'eux.
Dh commence le repas par boire à la santé
du maître : il est de la politesse de prendre la
coupe des deux mains , de l'élever au niveau du
front, de l'abaisser ensuite, et de la porter enfin
à la bouche. On doit boire doucement et pen-
cher fa tasse pour faire voir qu'elle est vide.
Les Chinois ont à table des bâtonnets de bois
ou dïvofre longs d'environ neuf à dix pouces ,
qui leur tiennent lieu de fourchettes , et avec les-
quels ils prennent très-adroitement les morceaux
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sur lès chinois: .275
de viande , car rien ne se sert en entier : quant
au riz , comme ifs ne font pas usage de cuillers ,
ils portent le vase qui le contient près de la bouche,
et y font entrer le riz , en le poussant avec leurs bâ-
tonnets ; cette manière de manger n'est ni propre
ni agréable. Pendant le repas, on change plusieurs
fois de plats , on boit deux ou trois tasses de via
et de thé : on se lève avant le dessert , et lorsqu'il
est servi, chacun retourne à sa place.
Les festins durent quatre à cinq heures , et se
donnent assez généralement le soir ; souvent ils
sont accompagnés de la représentation d'une co-
médie.
En sortant de table on fait un petit présent,
en argent, aux domestiques, et le lendemain on
envoie un billet de remercîment à la personne qui
a donné le repas.
A LIM EN S*
Les riches se nourrissent bien, et mangent
Beaucoup : on ne doit pas s'en étonner , puisqu'à
Ja Chine l'embonpoint suppose de la fortune et
du mérite. Les gens du peuple , lorsqu'ils ont de
l'aisance, se procurent une nourriture abondante ;
elle consiste principalement en riz , auquel ils
ajoutent des légumes , de la viande de porc , de
la volaille ou du poisson : les pauvres sonl ré-
duits aux herbages et au riz*
S 2
Zj6 OBSERVATIONS
Dans toutes les provinces du sud , Faliment
principal des Chinois et la base de leurs repas , est
Je riz ; mais , dans le nord , où ce grain ne croît
pas , et où il est plus difficile de s'en procurer, ies
habitans mangent du millet et du blé. Us font avec
la farine de froment , des espèces de galettes , et
des petits pains mollets qu'ils mettent cuire au
bain-marie : ces pains sont fort blancs, très-légers ,
mais jamais assez cuits ; et nous étions obligés, à
Peking , de les exposer quelque temps au-dessus
de la braise, pour leur donner un degré de cuisson
convenable.
La viande la plus ordinaire , et dont on fait
une grande consommation , est celle de Rochon ;
cette viande est légère, saine et n'incommode pas ;
les jambons de la Chine sont très-estimés.
Les Chinois mangent aussi des poules, des ca-
nards , du gibier , du poisson , mais très-rarement
du bœuf: le mouton est très-bon ; il est commun
dans les provinces septentrionales ; mais il est fort
cher à Quanton. Le bœuf est excellent à Wampou.
Les Tartares se nourrissent de chair de cheval ;
j'en ai vu vendre à Quanton ; elle coûtoit même
plus cher que celle de cochon.
Le peuple n'est ni difficile , ni scrupuleux sur
le choix des alimens : chiens , rats, vers , tout lui
est bon. Les Chinois élèvent et engraissent ex-
près de jeunes chiens pour les manger ; ils les
zed by
SUR LES CHINOIS. 277
tuent en les étouffant ; ils les passent ensuite au
feu , fes coupent par quartiers , et les lavent avec
soin. J'ai remarqué néanmoins que lorsqu'ils fai-
soient cette opération , ils se cachoient et n'ai-
moient pas à être vus. La viande de chien est
aphrodisiaque, elle n'est ni mauvaise au goût, ni
mal-faisan te. Les mets les plus recherchés chez les
gens riches , sont ies nids d'oiseaux , fes nerfs de
cerfs , les ailerons de requins , les priapes de mer
et les pattes d'ours.
On mange à Peking de Festurgeon , du fièvre
et du cerf; fa partie la plus estimée de ce dernier
animal , est fa queue ; on fa réserve pour fa table
de l'empereur. Parmi un assez grand nombre de
fégumes qui entrent dans la cuisine Chinoise , cefui
dont on fait fe plus d'usage, est une plante appelée
Pe-tshay , espèce de bette ; fes Chinois en con-
somment une quantité prodigieuse, ou fraîche ou
marinée ; ils aiment en général tout ce qui est con-
fit au vinaigre, et préparent de cette manière fes
jeunes tiges de bambou ,. le gingembre , les oi-
gnons , fes mangues , et une infinité d'autres pro-
ductions. Ifs ont aussi des fruits confits au sucre ,
et sur-tout un mets particulier et assez fade qu'ifs
appellent à Quanton , Ta-fou ét Ta-fbu-fa : ces
deux substances sont faites avec de fa farine de
fèves. Le Ta-fou , qui se mange frit , est plus solide
et plus compact ; le Ta-fbu-fà est liquide , on fe
Si
27$ OBSERVATIONS
mange frais, et avec du sirop de sucre; il est ra-
fraîchissant; les Chinois se servent aussi du résidu
de ces fèves pour blanchir le linge et l'empeser.
L'art de la cuisine Chinoise consiste p/utot
dans les sauces que dans ies ragoûts ; car toutes
les viandes sont assez généralement rôties ou bouil-
lies ; on en trempe les petits morceaux dans du jus
de viande légèrement épicé , ou dans du Souy ,
espèce de sauce faite avec des fèves.
Les pauvres assaisonnent leurs mets avec un
ragoût composé de chevrettes confites dans la sau-
mure : on ne peut rien sentir d'aussi mauvais , sur-
tout lorsque cette sauce est chaude.
La boisson ordinaire des Chinois est le thé ;
ils s'embarrassent peu de la bonne ou mauvaise
qualité des eaux , car ils n'en boivent pas de crues ;
ils la font toujours bouillir. Leur vin se fait avec
de l'eau dans laquelle on a mis fermenter du millet
ou du riz.
L'eau-de-vie est composée avec du gros millet
ou du riz sauvage , macéré dans de l'eau avec un
levain pour hâter la fermentation : on passe en-
suite la liqueur à l'alambic. Cette eau-de-vie a un
goût désagréable, les Chinois la boivent chaude»
ainsi que leur vin. Quelquefois on distille une se-
conde fois cette liqueur, qui devient alors extrê-
mement forte.
Les Chinois mâchent du bétel et de Tarée , i*.
■
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sur les chinois: 279
l'instar des peuples de l'Inde ; mais \\ paroît que
cet usage a plutôt lieu dans les provinces méri-
dionales, que dans celles du nord.
MARIA CE.
-
Le désir d'avoir des héritiers, Fespérance con-
solante de s'entourer de soutiens pour fe temps de
leur vieillesse , la certitude d'être honorés après
leur mort, par les fils qu'ils laisseront, tous ces
motifs réunis aux sollicitations de la nature , por-
tent les Chinois à se marier de très-bonne heure ;
et l'exemple, ainsi que l'opinion , ont tellement
consacré cet usage, qu ? un homme est déshonoré
s'il ne se marie pas , et s'il n'établit pas , dans la
suite , tous ses enfans.
Comment serait-il néanmoins que les Chinois,
qui regardent comme un malheur de mourir sans
postérité , honorent en même temps le célibat des
tilles ï comment concilier des idées aussi fncom-
patibles! mais tels sont les hommes dans tous les
pays; extrêmes et bizarres dans leurs institutions
et leur conduite , ils édifient et détruisent tout-a-
ia-fbis leur ouvrage.
A Tsien-chang-hien , ville du Kiang-nan , près
de laquelle nous passâmes dans notre voyage , il y
a des filles qui gardent la virginité ; leurs maisons
sont ornées d'inscriptions , prérogative qu'elles
ûennent de l'empereur lui-même, et qu'il n'accorde
S4
ï8o OBSERVATIONS
qu'à celles qui sont restées vierges jusqu'à qua-
rante ans.
Le père et la mère choisissent la premire épouse
de leur fils ; ce sont eux qui règlent les conditions
avec les parens de leur future belle-fille , et qui
fixent la somme à employer pour les objets à son
usage ; c'est tout ce que les parens donnent , car
à la Chine les filles ne reçoivent pas de dot.
Les parens , de part et d'autre , se font ensuite
des présens ; Us étoient jadis très-simples , et l'on,
se contentait d'offrir un canard de Nanking, oi-
seau très -agréable pour son joli plumage; mais
maintenant ces présens sont considérables , et con-
sistent en étoffes de soie , en toiles , en riz , en vins
et en fruits.
Le jour de la cérémonie , on place la mariée dans
un palanquin très-orné , fermé avec soin (n*4*) *
et escorté d'un cortège plus ou moins grand , sui-
vant 1* qualité et la richesse des personnes qui se
marient. Un certain nombre de domestiques et de
jeunes filles esclaves, l'entourent en portant divers
présens ; des joueurs d'instrumens précèdent , et
les amis et les parens marchent derrière; l'un d'eux ,
celui qui tient le plus près à la mariée, porte fa clef
du palanquin , et la remet au mari en arrivant à
sa maison. Celui-ci , après avoir présenté son épouse
à ses parens , se prosterne avec elle devant eux l
fun et l'autre mangent ensuite quelque chose , et
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SUR LES CHINOIS. 28 I
échangent entre eux la coupe dans laquelle ils boi-
vent du vin.
Quant au repas de noce , les hommes sont traités
dans une salle à part, et les femmes mangent dans
une autre avec la mariée.
Les Chinois font de grandes dépenses lorsqu'ils
établissent leurs enfans ; il leur arrive souvent de
contracter des dettes , quelquefois même de se
ruiner dans ces circonstances.
Le divorce est très-rare à la Chine , on peut
même dire qu'il est hors d'usage ; car la stérilité ,
qui seule pourroit engager un homme à divorcer,
n'est pas une raison reçue pour l'y autoriser. Les
Chinois ont tant de respect pour leurs parens ,
qu'ifs ne répudient jamais l'épouse qu'ils en ont
reçue , quand même elle n'auroit pas d'enfans ;
maïs , dans ce cas , ils prennent une seconde
femme. La mort de l'un des époux donne à l'autre
la faculté de se remariera l'homme n'est plus obligé ,
dans cette circonstance , d'avoir*- égard aux conve-
nances ; il épouse une de ses concubines , ou telle
autre femme qui lui plaît.
Les femmes qui perdent leurs maris , sont libres
de se remarier ; mais elles préfèrent de rester
veuves ; et l'on a des exemples de plusieurs , qui ,
n'ayant été mariées que très-peu de temps , n'ont
pas voulu contracter un second mariage , se croyant
obligées de passer le reste de leurs jours dans la
282 OBSERVATIONS
viduité pour honorer la mémoire de leur époux :
c'est en l'honneur de ces femmes restées veuves ,
qu'une grande partie des arcs de triomphe que nous
avons remarqués durant notre voyage , a voient été
élevés.
Cet état permanent de veuvage n'est cependant
autorisé que pour les femmes de distinction ; car
les veuves des gens du peuple sont forcées de
prendre un second mari avec lequel les parens du
défunt prennent souvent des arrangemens secrets
qui les dédommagent des frais qu'ils ont pu faire
lors du premier mariage.
II n'est pas permis à ia Chine d'épouser sa sœur,
sa cousine germaine , ni une fille qui porte le même
nom que l'homme. Deux frères ne peuvent épouser
les deux sœurs. Un homme veuf ne peut marier son
fils avec la fille d'une veuve qu'il auroit épousée.
Un mariage conclu d'après les rites prescrits , ne
peut être dissous que pour des raisons extraordi-
naires. Une femme qui s'enfuit hors de la maison
de son mari , est punie par les lois , et son époux
peut la vendre.
Si un mari reste trois ans absent, s'il abandonne
sa maison , sa femme a Je droit de se présenter
devant les juges 3 et de demander ia permission,
de se remarier. Les Chinoises se marient de bonne
heure; elles vivent fort retirées. Lorsqu'elles sont
jeunes , elles emploient une partie de la journée à,
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sur les chinois; 283
leur toilette ; le reste du temps , elles s'amusent a
broder ou à se divertir dans l'intérieur de leurs
maisons. Lorsqu'elles ont des enfans , elles en
prennent beaucoup de soin ; elles donnent plus
d'attention au ménage , mais ne se mêlent en rien
des affaires du dehors : elles ne voient que leurs
maris ou leurs plus proches parens. Les femmes
chez l'empereur ne se montrent point , et les filles
sont exclues du trône.
Le sort des Chinoises n'est pas heureux , sur-
tout si on le compare avec celui des Européennes ;
mais Fignorance d'un état meilleur leur rend sup-
portable celui qu'elles ont devant les yeux depuis
l'enfance , et auquel elles savent être destinées. Le
bonheur ne consiste pas toujours dans une jouis-
sance réelle , il n'est souvent que relatif à l'idée
qu'on s'en est formée.
CONCUBINES.
La loi ne permet qu'à l'empereur, aux grands
et aux mandarins l'usage des concubines ; elle le
défend au peuple, à moins que l'épouse ne soit
stérile et n'ait atteint quarante ans. Cette loi n'es*
pas suivie à la lettre ; cependant , en cas d'accusa-
tion , on juge d'après la loi.
L'empereur, outre son épouse, appelée Hoang-
heou , peut avoir plusieurs concubines. L'impéra-
tjrice loge dans je palais avec l'empereur; les autres
2.84 OBSERVATIONS
femmes ont des appartemens à part ; leurs enfans
sont légitimes , mais dans la succession au trône ,
les fils de l'impératrice sont préférés.
Les concubines de l'empereur sont divisées en
plusieurs classes; il y en a trois appelées Fou-gin;
elles ont le titre de reines , et sont des filles de
rois , ou de princes Mantchoux.
Après celles-là on en compte neuf, portant le
titre de Pin ; trente-sept , celui de Chy-fou ; et quatre-
. vingt-une, celui de Yu-tsy. Avant que les Tartares
se fussent emparés de l'empire , certains empereurs
Chinois ont eu jusqu'à dix mille femmes.
Chez les particuliers les concubines sont reçues
sans formalités ; elles sont sous la dépendance de
Tépouse légitime , la servent et la respectent comme
la maîtresse de la maison. Les enfans des concu-
bines sont censés appartenir à la femme légitime ;
ils la considèrent comme leur propre mère , et si
elle vient à mourir, ils en portent le deuil.
Les concubines vivent ordinairement dans la
maison du maître; mais lorsqu'elles sont jeunes, il
les loge dans des maisons séparées , pour éviter les
querelles qui ne manqueroientpas de s'élever entre
elles , et qui lui seroient plus à charge que la dé-
pense que lui occasionne ce déplacement.
Si les Chinois se bornoient à ces femmes du
second ordre , ils ne seroient point blâmables ,
puisque l'usage les autorise ; mais ils ont en outre
■
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SUR LES CHINOIS. 285
des jeunes gens de dix à douze ans et au delà , et
Ton voit peu de gens aisés , ou de mandarins , qui
n'en aient à leur suite. On ne peut se tromper
sur l'usage qu'ils en font; les Chinois s'en vantent
hautement , et parlent de ce goût horrible , comme
d'une chose ordinaire et adoptée généralement
chez eux. Ces jeunes gens portent habituellement
une seule boucle d'oreille.
EXPOSITION DES ENFANS.
■
■
Excepte le droit de vie et de mort , ou celui
de commander une action contraire aux lois, un
père, à la Chine, jouit du pouvoir le plus absolu
sur ses enfans ; mais il n'en faut pas conclure que
Jes expositions soient aussi multipliées que plu-
sieurs écrivains ont voulu le faire croire. Si les
guerres et les troubles ont produit anciennement
l'exposition et même l'infanticide , ces causes n'exis-
tent plus. La superstition et la misère peuvent
seuls, mais rarement, porter maintenant un père
à se sépare; de ce qu'il a de plus cher. Les pré-
jugés établis s'y opposent ; car , puisqu'un Chinois
se croit déshonoré quand il ne#se marie point , et
ne laisse pas des fils pour lui succéder et pour
veiller à ses funérailles , comment peut-on croire
que, foulant aux pieds, non -seulement les lois
de la nature , mais plus encore l'opinion publique ,
ce moteur si puissant des actions humaines , il
286 OBSERVATIONS
•
consente facilement à anéantir son ouvrage, et à
se priver volontairement, et pour toujours, d'une
consolation qu'il a tant désirée î Les hommes peu-
vent se porter à des actes de férocité envers leurs
semblables ; mais , même chez les sauvages , les
pères chérissent leurs enfans. Or , supposera-t-on
que les Chinois soient plus barbares que les sau-
vages eux-mêmes l Quand on parle du caractère
d'un peuple , il faut le peindre tel qu'il est. Les
hommes sont déjà assez médians , pourquoi les
dégrader encore en les montrant sous un jour
plus défavorable que la vérité ne l'exige ! M. Barrow
se livre trop aux préventions d'un écrivain (a)
passionné contre les Chinois , lorsqu'il dit qu'on
expose dans la capitale trente mille enfans par
année : cependant il revient bientôt à ses propres
lumières, et, diminuant ce nombre exorbitant, if
le réduit à moitié , et même à beaucoup moins.
Le lord Macartney ne parle que de deux mille
enfans exposés dans l'année à Peking, et prétend
que dans ce nombre il y a plus de filles que de
garçons ; mais , suivant les premiers voyageurs qui
sont entrés à la Chine , et qui ont rapporté naïve-
ment ce qu'ils ont vu , les filles deviennent fa
richesse des parens , parce que n'emportant pas de
dot , elles reçoivent , au contraire , un douaire qui
(a) M. Paw.
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SUR LES CHINOIS. l$j
passe à leurs père et mère : il est donc de l'intérêt
des parens de ne pas abandonner les filles * et l'on
ne peut supposer que les Chinois les exposent de
préférence aux garçons.
Mendoze (a) s'exprime en ces termes : « Si un
3> enfant naît estropié , le père le présente au ma-
» gistrat , qui ordonne de lui faire apprendre un
» métier qu'il puisse exercer ; si le père n'en a pas
» le moyen , les parens doivent s'en charger ; et
» lorsque ceux-ci sont trop pauvres pour en faire
" les frais , le mandarin place alors l'enfant dans
9
» un hôpital où on l'élève aux frais de l'Etat. »
Il y a dans toutes les villes des maisons destinées
pour recevoir les enfàns exposés ; les mission-
naires et l'écrivain Anglois en conviennent.
Les lois ne permettent donc pas l'exposition ;
mais on conçoit sans peine que, dans un empire
aussi vaste que la Chine , il se trouve quelques
parens que l'extrême misère réduit à exposer leurs
ènfans ; cependant , il faut encore faire une dis-
tinction entre les enfkns exposés vivans et ceux
qui le sont après leur mort.
Comme il n'est pas d'usage à la Chine d'enterrer
les enfans dans les tombeaux de famille , et les en-
terremens étant fort coûteux, il n'est pas étonnant
que des gens pauvres exposent leurs enfàns morts ,
(a) Mendoze , page
288 OBSERVATIONS
dans le dessein de leur procurer une sépulture et
d'en éviter les frais : c'est aussi pour cela que des
charrettes parcourent tous les matins les rues de
Peking, et ramassent tous les enfans exposés.
Ceux qui sont vivans sont placés dans une mai-
son où ils sont élevés , et ceux qui ont été trouvés
morts sont portés hors de la capitale , dans un
endroit où ils sont enterrés.
J'ai traversé la Chine dans toute sa longueur ,
en voyageant par eau , je n'ai jamais vu un enfant
noyé : dans ma route par terre, j'ai passé de grand
matin dans les villes et dans les villages , j'ai été à
des heures différentes sur les chemins , et je n'ai
jamais aperçu un enfant exposé ou mort.
Dans notre dernière journée , avant d'arriver au
fleuve jaune [Hoang-ho], un des cochers con-
duisant les effets d'un de nos mandarins , écrasa
un enfant; il fut arrêté sur le champ : ce ri étoit pas
cependant sa faute , car lui et ses camarades , en
entrant dans les villages, crioient aux habitans de
faire place ; mais leur curiosité étoit si grande ,
qu'ils se portoient jusque sur les roues des voi-
tures pour nous regarder.
Si les Chinois étoient si indifférens sur le sort
de leurs enfans ; si la police ne veilloit pas à leur
conservation , pourquoi auroit-on arrêté ce cocher t
II ne faut donc pas croire à ces expositions , a ces
infanticides qu'on représente si nombreux : il en
existe
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SUR LES CHINOIS; l8<j
existe certainement, mais les crimes existent par-
tout*
Je dois attester que les Chinois aiment tendre-
ment leurs enfans ; les femmes qui vivent à Quan-
ton sur la rivière , dans la crainte qu'il ne leur
arrive quelque accident , leur passent autour du
corps une corde qui leur permet de jouer dans 1©
bateau, mais non d'en sortir. Quant à ce que Ton
dit qu'elles attachent une calebasse sur le dos des
enfans pour les faire flotter plus long-temps , afin
de donner le temps à quelque personne charitable
de leur sauver la vie , elles ne le font que pour avoir
elles-mêmes le moyen de les secourir dans le cas oit
ils tomberoient à la rivière. J'ai été témoin d'un
pareil accident ; la mère , loin d'abandonner son
fils à son malheureux sort , ne fut tranquille que
lorsqu'elle le revit dans ses bras»
D'ailleurs , les femmes des bateaux ont en gé-
néral l'attention de porter leurs enfans sur leur
dos : tous ces soins prouvent que le cri de la nature
se fait entendre par-tout ; et , je le répète , si l'ex-
position des enfans a quelquefois lieu a la Chine 9
on ne doit l'attribuer qu'à des circonstances impé-
rieuses dont on a des exemples dans tous les pays.
Ajoutons une dernière réflexion. On a supposé
que la pluralité des femmes produisoit une sur-
charge dans les familles , dont les Chinois se déii-
vroient par l'exposition ; c'est une erreur : tous
TOME II. T
1
apO OBSERVATIONS
ceux qui eonnoissent les moeurs des Asiatiques/
savent que la population , bien loin d'être chez
eux en raison du nombre de femmes que chacun
peut avoir , est au contraire bien moindre relati-
vement, que chez les Européens : c'est ce que j'ai
mor-mème observé à la Chine. Mais, quand il se-
roit vrai que la polygamie fût Favorable à la popu-
lation , comme elle n'existe de fait que parmi les
grands , les mandarins et les riches , leur fortune
les met a l'abri de songer à se défaire de leurs
en fan s : voila donc une classe dans laquelle on
peut assurer que l'exposition n'a pas lieu.
Chez les habttans des campagnes, les enftns
sont utiles ; ils sont même une richesse , et les
maladies n'en enlèvent que trop : l'exposition seroit
donc contraire 1 leurs intérêts.
Dans les villes , l'industrie fournit plus de res-
sources ; il y a plus de gens à l'aise ; les pauvres
trouvent plus de secours : il n'y a donc qu'un petit
nombre de familles chez lesquelles l'exposition
pourrait être en usage.
D'après tout ce que je viens de dire , je ne nierai
pas absolument qu'elle ait lieu a la Chine ; mais je
conclurai qu'elle n'y est pas phis commune que
dans les autres parties du globe , ou l'on n'en a
des exemples que dans des cas particuliers et heu-
reusement rares,
i
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SUR LES CHINOIS» Ipt
ADOPTION.
Un è des raisons qui empêchent encore, ou du
moins qui diminuent l'exposition , c'est l'adoption;
elle est fréquente chez les Chinois. Ils désirent avec
tant d'ardeur de laisser après eux des enfans pour
honorer leurs cendres , qu'à défaut d'ertfans naturels
ils en adoptent d'étrangers. Il faut Jes avoir étudiés
et connoître à fond leurs préjugés, pour com-
prendre jusqu'à quel point ils se croient malheu-
reux si en mourant ils ont la crainte d'être privés
dé sépulture, et s'ils n'emportent l'espérance qu'une
personne à qui ils seront chers viendra tous les ans
réparer leur tombeau , et y faire des prières ou des
offrandes. C'est peut-être cette pensée et non un
sentiment de bienfaisance, qui est le principe de
Fadoption chez les Chinois ; maïs ce préjugé est
heureusement établi , et il faut en bénir fauteur *
puisqu'il a su le faire tourner au profit de l'huma-
nité , et intéresser, pour ainsi dire, la mort même
à la conservation des vivans.
Les Chinois adoptent indifféremment le fils d*un
parent , d'un voisin , ou des enfans abandonnés
pris dans les hôpitaux ; mais les Tartares n'adoptent
point de Chinois ; ils ne peuvent adopter qu'un
de leurs parens , et * à défaut de parens , un Tartare
quelconque. Du moment de l'adoption , un enfant
n'est plus rien pour la famille de son véritaLfc
T a
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Zpt OBSERVATIONS
père ; il est regardé comme le fils de son père
adoptif; il en prend le nom ; et si le père adoptif
vient ensuite à avoir des enfans naturels , le fil*
adoptif partage également avec eux.
Concluons donc encore qu avec les facilités qui
existent chez les Chinois pour conserver les en-
fans , on ne peut supposer qu ils soient assez cruels
pour les exposer ou les faire périr aussi fréquem-
ment qu'on s'est plu à le répéter.
ESC LA V ES.
Il n'y avoit autrefois d'esclaves à la Chine, que
ceux faits à la guerre , ou condamnés par les lois.
Les famines et la misère forcèrent dans la suite les
parens à vendre leurs enfans , et établirent ce droit
funeste, qu'un père peut engager son fils et même
le vendre. Mais , si l'infortune est souvent fa cause
de cet acte dénaturé, l'intérêt l'est encore bien da-
vantage ; et l'on ne trouve beaucoup de petites
filles à vendre , que parce qu'il se rencontre un
grand nombre d'acheteurs : ceux-ci élèvent ces
filles avec soin, leur font apprendre h jouer des
instrumens , et leur donnent toutes sortes de u-
lens , soit pour les revendre ensuite avec un grand
profit , soit pour en faire des filles publiques. La
ville de Sou-tcheou -fou est renommée pour ce
genre de trafic ; cependant les Chinois n'acbèteni
pas toujours ces enfans pour cet u*age infime.:
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SUR LES CHINOIS. 2}f
lis les gardent chez eux , les font travailler et îes
marient ; c'est leur intérêt , parce que les enfans
qui naissent de ces esclaves leur appartiennent :
ils les élèvent ordinairement dans la maison ; les
filles accompagnent leurs maîtresses lorsqu'elles
se marient , et les garçons servent et apprennent
quelque métier. Les esclaves peuvent être affran-
chis ; iis ne sont tenus alors envers leurs maîtres,
qu'aux cérémonies d'usage pratiquées au premier
jour de Tan , et à leur faire quelques présens.
Au reste , il ne faut pas entendre par l'expres-
sion $ esclave, ce que nous entendons par ce mot
dans nos colonies , car la différence est très-grande.
Pendant notre voyage à Peking , un de nos do-
mestiques Chinois ayant acheté un petit garçon,
remit que/que argent au père , et fit un écrit par
lequel if s'engageoit a nourrir et a habiller l'en-
fant ; le contrat terminé , il l'appela son frère, et
le traita comme s'il l'eût été réellement.
L'état de comédien étant mal regardé à la Chine,
les Chinois qui jouent la comédie , achètent des
petits garçons qu'ils dressent à ce métier; c'est ua
des moyens qu'ils emploient pour pouvoir com-
pléter leur troupe.
La femme légitime d'un esclave ne peut être
séparée de son marh
Un homme peut se vendre lui-même, sïl na
pas d'autre moyen pour secourir son père,
T i
OBSERVATIONS
Une fille libre, dans la dernière misère, peut
être vendue , mais il faut qu'elle y consente et
qu'elle soit censée se vendre elle-même.
II n'existe pas a la Chine de marché où Ton con-
duise publiquement des hommes , des femmes et
des enfans pour être mis en vente ; il ne s'en fait
de publiques que par autorité de justice. On vend
une fille lorsque, prostituée du consentement do
ses parens , elle ne peut épouser son amant.
On vend les concubines d'un mandarin , lorsque
ses biens sont confisqués légalement : ces circons-
tances arrivent rarement.
Les prisonniers de guerre sont esclaves de droit;
on les emploie à travailler vers les frontières , et
on les traite comme les débiteurs de l'empereur,
qui sont envoyés en Tartarie, et deviennent es-,
ciaves du prince.
EUNUQUES.
Les eunuques étoient autrefois en grand nombre;
ils jouissoient , sous les empereurs Chinois , d'un
crédit considérable , et remplissoient les emplois
les plus importans. De dix mille eunuques qui
existaient lors de la conquête de la Chine , les
Tartares n'en conservèrent que mille, qu'ils ré-
duisirent même ensuite à trois cents; mais depuis ,
les eunuques sont devenus plus nombreux : ce-
pendant, comme je Fai déjà dit dans mon Voyage ,
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SUR LES CHINOIS.
\U n'excèdent pas en totalité cinq à six mille, en
réunissant ceux qui existent chez l'empereur et
chez les grands t où cette espèce d'homme n est
employée qu'à des fonctions viles ou de peu d'im-
portance. Les eunuques de l'empereur sont de*,
tinés à le garder dans l'intérieur du palais , à lo
servir ainsi que ses femmes , à balayer les appar^
temens et k entretenir la propreté des meubles,
enfin, à être les gardiens des maisons impériales 9
soit à Peking , soit au dehors de la capitale. Ifs sont
en outre chargés du soin de compter les personne*
qui entrent che? l'empereur, et de veiller exac-
tement à ce qu'aucune d'elles ne reste dans le pa-
lais. Lorsque l'empereur veut faire quelque pré-
sent à des ambassadeurs étrangers , les eunuque*
le reçoivent de sa main , et le remettent aux mi-
nistres, qui le donnent eux-mêmes aux ambassa-
deurs. Cette habitude d'être avec le souverain ,
peut donner sans doute quelque crédit à certains,
eunuques, et il est à présumer que les mandarin*
les ménagent ; mais ils n'ont aucune influence
sous la dynastie régnante, et la nation les mé-
prise. Voici ce dont j'ai été témoin :
La dernière fois que nous allâmes au palais ,
«n eunuque , tandis que nous étions à attendre
dans une salie basse , vint s'asseoir près de nous,
et se mit à nous considérer ; l'officier Taxtare du-
Priais qui nous accoiupagnoit* et qui portoit un
T4
OBSERVATIONS
bouton bleu-clair et la plume de paon , après nous
avoir fait un signe très-expressif pour nous dési-
gner i eunuque, lui dit d'un ton un peu brusque
qu'il y avoit assez de temps qu'il étoit assis , et
qu'il feroit bien de se retirer ; l'eunuque se leva
et s'en alla sur-le-champ sans répliquer.
Les eunuques que j'ai vus chez l'empereur >
étoient grands et robustes. Nous trouvant avec
eux dans un pavillon, le jour de notre première
audience, ils se mirent à parler, croyant peut-être
que nous ne les connoissions pas ; mais le mou-
vement de surprise que nous fîmes en entendant
leur voix grêle, les rendit honteux, d'autant plus
que les Chinois qui étoient présens , et qui en
comprirent très -bien le motif, ne purent s'empê-
cher de rire.
Les Chinois nous ont donné pour certain, que,
parmi les eunuques de l'intérieur du palais, ceux
qui sont chargés de la garde des femmes , sont
totalement dépourvus des marques de la virilité ;
mais ce qui nous a étonnés , c'est qu'ils assurent
que cette opération se fait facilement , et qu'un
homme déjà formé peut la subir sans danger.
Les eunuques n'ont pas de barbe , et ceux qui
ont été mutilés lorsqu'ils en avoient déjà, la per-
dent entièrement. Tant qu'ils sont jeunes , ils ont
le visage plein ; mais quand ils avancent en âge ,
jls deviennent laids et ressemblent à de vieilles
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SUR LES CHINOIS. 297
femmes très-ridées. Ils sont intéressés et possèdent
des biens y ils ont même des femmes ; mais comme
ifs ne peuvent avoir d'enfans , ils en adoptent et
leur laissent en mourant leur fortune.
FUNÉRAILLES; DEUILS.
Persuadés que les ancêtres sont des inter-
cesseurs et des protecteurs auprès de la Divinité ;
qu'ils voient ce qui se passe chez leurs descen-
dans , les Chinois les honorent et les respectent
comme s'ils existaient encore.
Les enfans, témoins dès le plus bas âge, de
l'observation des cérémonies prescrites par les lois
envers les morts , s'accoutument de bonne heure
au respect et à la soumission qu'ils doivent à leurs
parens ; ifs les aiment , ils les chérissent tout fe
tenrps de feur vie ; et long-temps après leur mort
ifs vont pleurer sur leurs tombes et leur rendre les
mêmes honneurs qu'ils leur rendoient auparavant.
Quelque longues et fatigantes que soient les céré-
monies du deuil , ils les observent scrupuleuse-
ment, et l'exercice de ce devoir devient pour eux
une espèce de consolation. Ces sentimens d'une
piété filiale sont tellement inculqués chez les Chi-
nois , qu'un fils qui manqueroit à faire placer le
corps de son père dans le tombeau de ses aa-
cêtres , seroit déshonoré pour toujours.
. J-e deuil de père et de mère doit durer trois
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1$9 OBSERVATIONS
ans ; mais il a été réduit à vingt-sept mois : pen-
dant sa durée on ne peut remplir aucune place ;
un mandarin doit tout quitter, à moins que l'em-
pereur ne lui ordonne de continuer ses fonctions ,
en le dispensant du cérémonial accoutumé. La tris-
tesse, la douleur et la retraite auxquelles les Chi-
nois se livrent dans ce temps , sont considérées
comme des marques de leur reconnoi6sance pour
les soins que , dans leur jeunesse , ils ont reçus de
leurs parens.
Personne ne peut se dispeitser d'observer le
deuil, et il est plus ou moins long suivant le degré
de parenté.
Un père porte trois ans le deuil de son fils aîné,
lorsque celui-ci n'a pas laissé d'enfans.
A la mort de l'empereur, le deuil est général,
tous les tribunaux sont fermés , et les grands man-
darins sont uniquement occupés de cérémonies,
funèbres.
Lorsque l'impératrice, mère de Kang-hy , mourut
[en 1718], les tribunaux furent également fer-
més , comme cela se pratique à la mort de Fem-
pereur ; les mandarins ôtèrent la houpe rouge de
dessus leurs bonnets , et cessèrent de porter tout
ornement quelconque.
• Les deuils se divisent en trois temps : dans les
premiers mois , l'habit de deuil est fait d'une espèce
de toile de chanvre rousse et grossière ; le bonnet
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SUR LES CHINOIS. Z99
est de la même étoffe , et une sorte de corde sert
de ceinture. On porte dans le second temps un
vêtement , un bonnet et des souliers blancs. Du-
rant (a troisième période il est permis de s'habiller
en soie , mais on doit conserver les souliers blancs
ou en prendre de toile bleue.
Dans les premiers momens , les Chinois mon-
trent à l'extérieur une grande douleur ; ils ne se
rasent point la tête , et affectent , par un air d'a~
bandon et négligé , de prouver combien ils sont
affligés de la perte qu'ils ont faite.
Les Chinois portent toute leur attention à se
préserver de tout accident, et leur plus grand
soin est de mourir avec le même nombre de mem-
bres qu'ils ont reçu de la nature. Quelques-uns
poussent même la précaution jusqu'à garder les
poils et les ongles qu'ils coupent, pour les emporter
avec eux dans la tombe. Ce préjugé des Chinois,
d'envisager comme un grand malheur la perte d'un
membre , fait que chez eux la peine la plus in-
famante est celle d'avoir la tête tranchée.
Chacun veille pendant sa vie à sa conser-
vation future , et l'idée de se préparer une de-
meure convenable pour le temps qui suivra leur
trépas, les porte à acheter d'avance leurs cer-
cueils ; c'est même souvent le fils qui en rail
présent à son père. Plus ce cercueil est magni-
fique , plus le père est satisfait , et plus il met
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JOO OBSERVATIONS
de complaisance à le montrer à tous ceux qui
viennent le visiter. Ainsi les usages sont opposés
chez les différens peuples ; et ce qui caractérise
chez les Chinois le meilleur des fils , seroit regardé
chez nous comme une preuve d'ingratitude et de
dureté. L'opinion fait tout chez les hommes , et
les choses les plus extraordinaires cessent de le
paroître , lorsqu'elles ont été consacrées par les
préjugés et l'habitude.
Plusieurs de ces cercueils sont d'un bois pré-
cieux , et coûtent depuis cent jusqu'à cinq cents
piastres ; celui d'un particulier peu aisé va depuis
dix jusqu'à quinze et vingt piastres. Ils sont com-
posés de quatre grosses pièces de bois épaisses de
près de six pouces ; la pièce de dessous est longue
et plate , celle de dessus est de même longueur ,
mais elle est bombée ; les deux morceaux de la
tête et des pieds sont petits et carrés , souvent plats ,
mais assez généralement convexes en dehors : on
étend au fond un lit de chaux , on y place le corps
tout habillé avec un petit coussin sous la tête , et
l'on remplit tous les vides^avec de la chaux et du
coton , puis on ferme ces cercueils hermétique-
ment, de sorte qu'ils ne laissent échapper aucune
émanation. On les enduit en dedans et en dehors,
de poix ou de bitume ; on les vernit quelquefois ,
ou Ton se contente de les blanchir à l'extérieur.
J'en ai vu quelques-uns déposés dans des maisons ^
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SUR LES CHINOIS. jOI
ils n'exhaloient aucune mauvaise odeur , et le»
pièces de bois qui les composoient , quoique très-
anciennes , étoient bien conservées.
Les Chinois gardent souvent chez eux fes corps
de leurs parens ; ils les placent dans des pavillons
construits exprès, jusqu'au moment où ils les en-
terrent, ou jusqu'à ce qu'ils puissent les envoyer
dans les provinces pour y être placés dans les tom-
beaux de leurs ancêtres.
Dans les enterremens , aussitôt que le corps est
enfermé dans la bière , on la couvre d'une toile
*
blanche , et on la met dans une salle tendue en
blanc ; ensuite on dresse une table en avant du cer-
cueil, et l'on place dessus des vases de porcelaine
et des chandelles parfumées. Le corps reste ordi-
nairement plusieurs jours dans la maison , à moins
que des raisons n'obligent de l'enterrer plus promp-
tement. Chaque fois que quelques-uns des parens
ou des amis viennent rendre leurs devoirs au dé-
funt , ses enfàns et ses femmes poussent des cris
lugubres. La cérémonie achevée , un des proches
fait entrer dans une salle voisine ceux qui sont
venus honorer le mort , leur offre du thé et des ra-
fraichissemens, après quoi il les reconduit jusqu'à
fa porte.
Dans les circonstances où les enfans gardent chez
eux, pendant la durée du deuil , le corps de leurs
parens, ils vont pleurer tous les jours auprès du
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301 OBSERVATIONS
cercueil ; mais si Ton enterre le défunt immédia-
tement , la cérémonie se fait de la manière suivante.
Le jour des funérailles , les parens et les amis se
rassemblent pour accompagner le corps ; la marche
est ouverte par/ des musiciens ; Viennent ensuite
plusieurs personnes , portant différentes figures
d'animaux , les marques de dignité du mort , de
petites* pagodes , des parasols , des banderoles
blanches et bleues, et des cassolettes de parfums.
Les bonzes précèdent le cercueil , qui est élevé sur
un brancard porté par une vingtaine d'hommes,
et surmonté quelquefois d'un baldaquin. Le fils
aîné vient immédiatement après , suivi de ses frères;
il est couvert d'un sac de grosse toile; il s appuie
sur un bâton , et marche le corps courbé. Les en-
fans et les plus proches parens portent sur leurs
habits une robe de grosse toile , avec un bonnet
de la même étoffe; suivent les amis et les domes-
tiques , et plus loin les femmes , à pied ou en
palanquins , habillées de la même étoffe que les
hommes ; elles poussent des gémissemens et des
cris, et verserit des pleurs, eh s'interrompant par
intervalles , pour recommencer ensuite toutes eA
même temps.
Avant de creuser la fosse où Ton doit p/acer le
corps, les parens consultent les bonzes pour savoir
fa place qui peut convenir et plaire au défunt. Oti
choisit toujours un endroit sec, bien aéré, et eu
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SUR LES CHINOÎS. 303
belle vue. Ils s'imaginent que mieux ces conve-
nances sont observées , plus le mort est satisfait , et
plus la famille devient riche et heureuse. On a vu
des enfans tombés dans l'infortune , attribuer ce
malheur à la mauvaise situation du tombeau de
leur père, aller le déterrer pour le placer dans un
lieu plus convenable > et tâcher par-la de changer
la malignité du destin. Une fosse a six pieds de
longueur, sur trois à quatre de profondeur; les
Chinois la creusent dans l'alignement d'un air de
vent , sans cependant suivre un rumb déterminé.
Lorsque le cercueil est déposé dans la fosse, ils
la remplissent de terre mêlée avec de la chaux
qu'ils ont soin de bien fouler. Les tombeaux des
riches et des grands sont faits avec soin ; ils oc*
cupent souvent de vastes terrains, et coûtent beau*
coup à ériger.
Lorsque le cercueil est entièrement recouvert
de terre, les Chinois font des libations ; ils plan-
tent autour et sur la tombe, des chandelles parfu-
mées et des banderoles de papier ; ils brûlent des
papiers dorés, ainsi que des chevaux, des habits
et des hommes, le tout en papier, dans la ferme
persuasion que ces offrandes faites aux morts , les
accompagnent dans Pautre monde. Ces cérémo-
nies achevées , les parehs et les amis se rendent
«ous des tentes ou dans des pavillons élevés à peu
de distance, ou ils se reposent, font Féloge du
304 OBSERVATIONS
défunt, et mangent les vivres qui viennent de
lui être offerts. Le repas terminé, les personnes
du deuil se prosternent de nouveau devant le tom-
beau , le fils leur répond par des salutations, et
tous gardent un profond silence.
II est difficile de dire si les anciens Chinois se
sont bornés a brûler des habits et des hommes de
papier , et si cette coutume n'est pas la repré-
sentation d'un ancien usage barbare qui a existé
chez beaucoup de peuples de l'antiquité , et qui se
pratiquoit encore , il n'y a pas long-temps, chez
les Tar tares Mantchoux , actuellement maîtres de
la Chine. L'empereur Chun - tchy , dont le règne
finit en 1 66 1 , ordonna , a la mort d'une de ses
femmes , que Ton immolât trente personnes aux
•
mânes de cette princesse , et que son corps tut
déposé dans un cercueil précieux, et brûlé avec
une prodigieuse quantité d'or, d'argent, de soie-
ries et de meubles. A la mort de la mère de
Kang-hy [en 1718],, quatre jeunes filles voulurent
s'immoler sur la tombe de leur maîtresse ; mais
l'empereur ne voulut pas le permettre , et défendit
de brûler désormais des étoffes , des meubles ou
des esclaves.
Les honneurs que les Chinois rendent aux dé-
funts , ne se bornent pas aux cérémonies de l'inhu-
mation ; les parens s'assemblent chaque année , au
printemps , dans une salle où l'on conserve la
tablette
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SUR LES CHINOIS. 305
tablette des ancêtres , et là ils se prosternent de
nouveau et réitèrent leurs offrandes.
Cette salle s'appelle Tsong-miao : la tablette
des ancêtres a un pied de long sur cinq et six
pouces de large ; elle se nomme Chin-tchou , ou
demeure de /'esprit, et contient le nom , la qualité
du défunt , Tannée , fe mois , et le jour de sa
naissance et de sa mort. Outre les offrandes , les
parens préparent un morceau de soie d'environ
deux aunes de long , sur lequel on écrit les mêmes
caractères qui sont sur la tablette , excepté qu'on
ne met pas au caractère T chou [demeurer] , le point
qui est en haut, et sans lequel il a une autre signi-
fication (a) ; c'est à la personne la plus distinguée
à mettre ce point. Les Chinois sont persuadés que,
par cette cérémonie , ils invitent l'ame du mort à
venir demeurer parmi eux.
Tous les ans, à la troisième lune [en avril] , on
visite les tombeaux , on les répare , et l'on renou-
velle en partie les cérémonies pratiquées à l'enter-
rement. Ces usages sont sacrés : un fils n'oseroit y
manquer, quelles que soient les fatigues et les
dépenses qu'ils lui occasionnent , dépenses qui ,
comme celles des enterremens, sont très-coûteuses.
Les tombeaux varient pour la forme et suivant
(a) Voyei dans ia table des empereurs le caractère Tchou , il
l'année 473 après J. C.
TOME II. V
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306* OBSERVATIONS
les provinces. La construction de celui que j'ai vu
le 26 novembre ( n! ty) au-d^us de Quanton ,
est la seule que j'ai remarquée de ce genre. La
forme générale de* sépultures est en fer à cheval.
Le çercueii est placé au milieu et recouvert d'une
buue de terre , en avant de laquelle on dresse une
pierre portant le nom du défunt. Les pauvres se
contentent d'enfouir la bière et de ia couvrir d'un
peu de terre. Les tombeaux occupent souvent de
grands terrains et même des collines entières. On
élève au sommet une ou deux pierres chargées d'ins-
criptions (n. ù ip) ; plus loin des figures en pierres
représentant des mandarins, des béliers, des tigres
et des éléphans ; et plus bas , des figures de chevaux
tout caparaçonnés qui semblent encore attendre la
volonté du maître (n," 60, 61 , (f j , 7 j ): d'autres fois
ce n'est qu'une simple butte de terre avec une pierre
placée debout, énonçant les qualités du défunt -, mais
cette butte est au centre d'un emplacement consi-
dérable , planté d'arbres funèbres , tels que de*
pins et des cyprès j; ) ; de sorte que l'homme ,
qui, peut-être, pendant sa vie a dépouillé le*
vivons de leurs biens , leur dérobe encore , après
sa mort , un terrain précieux , et qui se r oit mieux
employé à des plantations utiles.
Les sépultures qui sont auprès de la vi7/e de
Hang-tcheou-fou , dans le Tchekiang, sont envi-
ronnées de pareils arbres (n.° C2), et ressemblent
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SUR LES CHINOIS. 307
à de petites maisons : Fextérieur est blanchi , et
f intérieur divisé en cellules qui contiennent une
ou plusieurs bières. Les personnes opulentes sui-
vent une autre méthode. Après avoir enterré ie
corps et avoir élevé au-dessus une butte de terre ,
ils la recouvrent d'un mastic qui devient très-dur
avec le temps , et placent ensuite en avant des
tables et des figures en pierre (n* 60 ).
Dans d'autres endroits on dépose les bières dans
des pavillons ; on les enferme dans des bâtisses
{ n ' 57) > ou bi en on élève au-dessus une espèce de
mausolée (n.° 56 ). Les tombeaux que nous vîmes
à la ville de Pe-tsiu-tcheou , dans ie Kiang-nan ,
présentaient une variété de formes si singulière et
si agréable , qu'on n'auroit jamais pu croire qu'on
fût au milieu des morts : c'étoit tout ie contraire
clans la parue orientale de la même province , où
les bières des pauvres , seulement mises sur la
terre , exposées aux injures de l'air et recouvertes
à peine de quelques gazons , offraient le spectacle
le plus révoltant.
Les sépultures , à la Chine , sont toujours en
dehors des villes , et il n'est pas permis de les
placer auprès des habitations. On choisit de pré-
férence, ainsi qu'on Fa déjà dit, les hauteurs pour
cet objet ; à moins qu'il ne s'en trouve pas dans
les environs.
Les Chinois n'enterrent pas un corps dans une
V 1
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308 OBSERVATIONS
fosse où il y en a déjà un autre , et pour qu'ils s'y
déterminent, il faut qu'il ne reste aucun vestige
du premier cadavre. On doit juger par-là de /im-
mense étendue de terrain employé uniquement par
les tombeaux ; mais quels que soient les inconvé-
niens en tout genre qui résultent de la méthode
que Ton suit dans ce pays pour donner un asile
aux morts , les préjugés et l'habitude empêcheront
toujours d'en changer.
NOMS CHEZ LES CHINOIS.
» ■
Il n'y avoit originairement qu'un tiers de fa
Chine qui fût habité (a) , et les peuplades se
trouvoient si éparses, qu'elles ne se connoissoient
pas entre elles. Les villages et les villes ne prirent
de l'accroissement que peu à peu; et 2200 ans
avant J. C. , on ne comptait encore dans chaque
province que douze mille habita ns.
La nation étant peu nombreuse dans le prin-
cipe , les premiers noms durent être en petite
quantité : ce ne fut que dans la suite , lorsque les
hommes se furent sensiblement multipliés , qu'on
imagina ^'ajouter aux noms déjà existans des sur-
noms , pour distinguer les particuliers les uns
des autres ; mais les premiers noms restèrent tou-
jours les mêmes.
De cette idée que dans l'ancien temps les Chinois
! .
(a) Misjionn. , tomt I. ,r
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SUR LES CHINOIS. 309
étoîent presque tous parens , est venue la coutume
qu'un jeune homme ne peut se marier avec une
fille dont le nom de famille est le même que le
sien , quelque éloigné que soit leur degré de pa-
renté, et quand même ils ne seroient pas parens.
Le père Trigaud prétend qu'il y a mille noms ;
mais le livre intitulé Pe-kia-sing [ noms propres des
cent familles ] , n'en rapporte que cent , sous les-
quels tous les individus de la nation sont rangés.
Les Chinois portent donc tous un nom de fa-
mille qui ne change jamais.
A la naissance d'un enfant mâle , le père lui en
donne un autre qu'on appelle petit nom. Les filles
n'en reçoivent pas ; elles conservent le nom du
père, et se distinguent entre elles par première ,
seconde ; les Chinois signent ces noms qu'ils ont
reçus en naissant , lorsqu'ils écrivent des lettres ou
des billets ; mais personne ne s'en serviroit en leur
parlant , sans se montrer incivil.
Lors des études, les Chinois reçoivent de leur
maître un nom qu'on appelle nom d'école, et qui est
employé par le maître et par les condisciples. Les
études terminées, ils quittent ce nom, et en se ma-
riant ils en prennent un autre qu'ils conservent , à
moins qu'ils n'obtiennent une charge honorable;
car, dans ce cas, ils en prennent encore un autre
que tout le monde doit employer en leur adres-
sant la parole.
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/
310 OBSERVATIONS
Le nom de famille d'un Chinois s'appelle Sing;
il n'est jamais formé que d'un seul caractère ;
Celui par lequel il est distingué dans la famille ,
s'appelle Min g ;
Et le dernier nom qu'il prend , ou titre d'hon-
neur, s'appelle Hao.
JEUX.
Les Chinois sont passionnés pour le jeu ; les
grands et le peuple s'y livrent avec une telle fureur»
que plusieurs d'entre eux se ruinent entièrement.
Leurs cartes sont plus nombreuses et plus petites
que les nôtres ; elles sont longues et étroites. Les
dés ressemblent à ceux dont nous nous servons ;
les Chinois en portent toujours avec eux ; on
trouve même des couteaux dont le manche ren-
ferme deux dés. Lorsque le peuple n'a ni cartes ni
dés , il a recours au Métoua ; c'est un jeu de hasard
fort en vogue parmi les gens de bateaux , et qu'on
joue avec les doigts. Le poing fermé compte pour
rien , et chaque doigt pour un. Celui qui tient le
jeu , nomme un nombre quelconque , en élevant
autant de doigts qu'il lui plaît : par exemple , s'ii
prononce six en montrant deux doigts , les autres
joueurs doivent répondre et élever quatre doigts ,
pour compléter, avec les deux doigts du premier
joueur, le nombre énoncé six. Les Chinois vont
Vès-vîte dans ce jeu , et crient fort haut. Celui qui
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SUR LES CHINOIS. 3 I I
perd est obligé de boire du vin ou de Peau-de-vie:*
et Ton ne cesse que lorsqu'on est assez échauffé
pour ne plus distinguer les doigts. Les Chinois
quittent rarement ce jeu sans être un peu rouges
par l'effet du vin qu'ils ont bu ; lorsqu'ils le sont
trop , ils restent dans leurs bateaux , car ils n'aiment
pas à être vus dans cet état.
Les personnes de distinction ou au-dessus du
commun , jouent aux échecs ; ce jeu est fort an-
cien , et Ton en ignore l'inventeur. Il a , comme
le nôtre, trente -deux pièces, seize pour chaque
joueur ; mais les pièces sont différentes. Il n'y a
point de reine : au lieu de huit pions , il n'y en a
que cinq ; mais il y a d'autres pièces en place.
Le damier est composé de soixante-dàuze cases
formées par neuf rangs de lignes parallèles et par
huit autres transversales. Les Chinois ne posent
pas les pièces dans le vide des cases, mais sur les
points d'intersection.
Le général est placé au milieu de la première
ligne du côté du joueur, ayant à sa droite et à sa
gauche un assesseur , un éléphant , un cavalier
et un chariot : ce qui fait neuf pièces ; les deux
canonniers sont placés seuls sur la troisième ligne ,
l'un et l'autre vis -à- vis des cavaliers. Les soldats, au
nombre de cinq , précèdent immédiatement les ca-
nonniers, et sont posés sur la quatrième ligne dans
Tordre suivant : un soldat en face de chacun des.
Y 4
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312 OBSERVATIONS
chariots, un autre en face de chaque éléphant, et
le dernier , ou celui du milieu , en face du générai*
Entre les soldats du joueur et ceux de son adver-
saire , il y a deux lignes vides.
Le général ne sort jamais des points cTintersec-
tion formés par les quatre cases qui sont auprès
de fui : les deux assesseurs sont à ses cotés ; ifs
remplacent nos fous et marchent de même. Les
deux éléphans qui viennent ensuite, n'existent pas
chez nous.
Les cavaliers sont comme les nôtres , et les
chariots tiennent fa place de nos tours. Les ca-
nonniers précèdent les cavaliers ; ils marchent
comme les chariots , et ne peuvent prendre aucune
pièce s'il n'y en a une autre qui les en sépare.
Les cinq pions ne prennent pas de côté, mais
en avançant et sans jamais reculer.
Les cavaliers n'attaquent pas le roi ennemi , h.
moins qu'il n'y ait une pièce de son jeu entre eux
et lui; celui-ci se défend en se retirant sur un
autre point, ou en mettant une autre pièce devant
lui, ou en se découvrant le côté et faisant retirer
son solda*. Ce jeu est estimé à la Chine , et ion
fait cas de ceux qui le connoissent bien.
Les Chinois ont , en outre , différens jeux ,
entre autres celui appelé le jeu du docteur. Ils ont
aussi le domino et une espèce de damier ; celui-ci
contient trois cent soixante et une cases , et chaque
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SUR LES CHINOIS. 3 1 3
Joueur a un grand nombre de dames ou blanches
ou noires. L'avantage à ce jeu consiste a enfermer
son adversaire , et a s'emparer de la plus grande
partie des cases.
Les Chinois jouent par-tout où ifs se trouvent.
J'ai vu à Quanton un grand mandarin se rendre
dans nos quartiers : à peine fut- il entré dans ia
maison , que les soldats , les valets , les bourreaux
qui étoient venus avec lui se mirent tous à jouer
par terre. Enfin , les gens du peuple passent sou-
vent les nuits entières à jouer ; mais ils n'en vont
pas moins le lendemain à leur ouvrage.
M U S I Q_U E.
La musique fut de tout temps très-estimée à fa
Chine ; mais loin de la regarder comme un objet
d'amusement et de plaisir, les anciens Chinois la
dirigèrent vers un but plus grave et plus noble ;
ils en firent la règle du gouvernement et la base
de la morale.
On ne faisoit autrefois aucune cérémonie sans
qu'elle fût accompagnée de musique : le Chou-
king rapporte qu'on mettoit en musique la pro-
messe qu'un homme faisoit de se corriger , qu'on
lui chantoit de temps en temps cet air , et que s'il
ne changeoit pas de conduite , on le punissoit.
Suivant les anciens Chinois , la connoissance
h
de la musique emportoit avec elle celle des sciences
3 I 4 OBSERVATIONS
et de la morale. Un musicien étoit en même temps
physicien , moraliste , poëte et historien : il étoit
physicien , parce qu'il savoit accorder les tons
relativement aux saisons et à la température de
l'air ; moraliste , parce qu'il enseignoit la vertu ;
poëte , parce qu'il composoit des vers ; enfin his-
torien , parce qu'occupé sans cesse à célébrer les
actions des grands hommes , il étoit obligé de
connoître l'histoire pour y puiser des faits mémo-
rables et dignes d'être transmis à la postérité.
Confucius s'exprime ainsi : ce L'homme a dans son
a> cœur le germe de la vertu , la musique le vivifie;
» celle qui est voluptueuse irrite les passions ; celle
5> qui est sage entretient la sagesse. »
Ce sentiment du prince de la philosophie Chi-
noise est conforme à celui des anciens peuples :
tous ont eu leurs poètes , leurs chantres , leurs
musiciens. Les Juifs même, dont les opinions reli-
gieuses séloignoient tant de celles des autres,
pensèrent de la même manière sur Femploi de la
musique ; et chez eux , comme chez toutes les
nations , les événemens remarquables furent cé-
lébrés par des cantiques et par des hymnes. Mais
si les Chinois font servir la musique à des usages
semblables, elfe est par elle-même très-difTérente ;
et leurs airs, soit pour la voix, soit pour les ins-
trumens , n'ont aucun rapport avec ceux des autres
pays : ils déplaisent sur-tout aux Européens, tandis.
SUR LES CHÎNOIS. 3 I 5
que les chansons de ces derniers fatiguent les
oreilles Chinoises, et en sont peu goûtées ; tant il
est vrai que , parmi les hommes , les sensations ne
se ressemblent pas , et qu'elles diffèrent suivant
les habitudes que l'on contracte dès l'enfance.
Les anciens Chinois n'avoient que cinq tons :
Kong , fa; Chang, sol ; Kio,/^;Tche, ut; Yu,
ré ; ils ajoutèrent ensuite , sous les Tcheou , deux
autres tons , le Pien-kong, mi, et le Pien-tche , si.
On peut consulter les ouvrages des missionnaires
pour connoître le système musical de ce peuple ;
je ne parle que de ce que j'ai entendu.
Le genre de la musique est le même dans toute
fa Chine : les airs sont presque tous de la même
facture (n. 9 $2) ; et avant d'avoir été à Péking,
aucun n'avoit attiré mon attention.
Chez l'empereur à Yuen-ming-yuen , nos oreilles
furent frappées de so$s plus agréables ; la musique
étoit plus douce , et pouvoit approcher de celle
dont nous nous servons dans nos églises. Cette
sorte de musique , dont l'invention remonté à
l'empereur Chun , s'appelle Chao-yo , et s'emploie
lorsque l'empereur est assis sur son trône pour
régler certaines affaires , ou qu'il reçoit des ambas-
sadeurs. En général, chaque cérémonie a ses airs
particuliers, et l'empereur ne fait rien sans qu'il
y ait de la musique.
Quant aux concerts qu'on donnoit à nos man-
$\6 OBSERVATIONS
darins à rapproche des villes, nous ne les goû-»
tâmes point ; et quoique certains missionnaires (a)
prétendent que les soldats Chinois tirent des sons
harmonieux de leurs conques marines , nous n'en
fûmes nullement satisfaits.
La musique instrumentale des opéra Chinois ,
si Ion peut se servir de cette expression , n'est pas
moins étrange : l'orchestre étant composé de gros
tambours , de bassins de cuivre , de flûtes , de
violons et de cymbales , elle est toujours aigre et
bruyante ; mais elle Test bien davantage dans les
occasions où l'action s'anime. Dans les combats ,
par exemple, et lorsque les acteurs font des tours
de force extraordinaires, chaque musicien s'agite
avec vigueur , frappe à coups redoublés , et fait un
bruit épouvantable : ce que l'on conçoit sans peine,
lorsqu'on songe que toute cette musique ne con-
siste que dans des battemenj multipliés. En effet,
tandis que le premier musilien frappe un coup,
celui qui vient immédiatement après en frappe
deux, le troisième trois , et ainsi de suite jusqu'au
dernier qui bat continuellement. Cette musique
est cependant très-estimée des Chinois, et ils l'em-
ploient dans toutes les circonstances où ils im-
plorent la divinité : j'ai eu occasion de J entendre
plusieurs fois, et principalement à une époque
( fij Art militaire des Chinois
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SUR LES CHINOIS. j 1J
<>u les Chinois attachés a la maison Suédoise adres-
sèrent des prières aux génies protecteurs , dans
l'espérance d'en obtenir l'arrivée de quelque vais-
seau de la compagnie. Cette infernale musique
dura pendant plusieurs semaines.
La musique vocale est plus douce , mais l'ex-
pression en est singulière. J'ai entendu chanter
à Quanton des filles aveugles ; elles tiroient du
gosier et du nez des sons qu'il nous seroit impos-
sible de rendre. On peut chanter une chanson
Chinoise, mais je pense qu'il est très-difficile de
lui donner le ton convenable sans l'avoir entendu*
chanter £ar les gens du pays, et je crois même
qu'on ne parviendroit jamais à imiter parfaitement
leurs accens.
Les Chinois notent leurs chansons ; ils emploient
pour cela les caractères dont ils se servent pour
écrire, et les disposent de fa même manière, c'est-
à-dire , de haut en bas. La valeur des notes se
connoît par l'espace qu'elles occupent et par les
traits alongés qui sont placés en dessous. Il y a
en outre plusieurs sfgnes pour augmenter la va-
leur d'une note ou la faire répéter, et pour indi-
quer la mesure ou les repos (n.° p).
Les Chinois ont différens instrumens de mu*
sique ; le plus doux et le plus agréable est le
Cheng, sorte d'orgue composé de plusieurs tuyaux
de bambou enfoncés dans une espèce de calebasse
3 ï 8 OBSERVATIONS
de bois. Ces tuyaux sont inégaux en grandeur
et varient pour le nombre : quelquefois ils rem-
plissent toute la circonférence de l'instrument t
d autres fois ils forment un vide par lequel on in-
troduit la main.
Il y a des trompettes de plusieurs formes ; les
unes n'ont pas de trous, d autres en ont huit et
d'autres cinq, avec une embouchure à-peu-près
semblable à celle de notre clarinette. Le mérite
des musiciens qui s'en servent, consiste à soutenir
un ton, ou tout au plus deux. On doit penser que
cette monotonie ne doit pas plaire aux oreille*
Européennes ; aussi n'y a-t-il rien de plus désa-
gréable que la musique militaire et celle des enter-
remens, ou ces instrumens figurent beaucoup.
Les flûtes diffèrent aussi entre elles ; H y en a
une qui a cinq trous , avec l'embouchure placée
en haut. La flûte la plus ordinaire est de bambou :
elle a dix trous ; elle est extrêmement criarde , et
on peut l'appeler avec raison flûte à Faignon f
puisque j'ai vu des Chinois en mettre une pellicule
sur un des trous pour la faire mieux résonner.
Les tambours rendent un son sourd : les très-
gros , qui sont presque uniquement affectés à
l'usage des temples , et ceux d'une moyenne gros-
seur, se placent à terre, ou sont un peu élevés et
soutenus sur quatre pieds : les petits sont montés
sur trois pieds fort hauts; les très-petits se tiennent
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SUR LES CHINOIS. 3 19
a la main, et Ion bat dessus avec un petit bâton.
La caisse est de bois, et fa peau qui la couvre est
de buffle.
Les King sont des instrumens composés de
pierres sonores ou de petits bassins de cuivre.
Ceux faits avec des pierres , en contiennent seize ,
et ceux avec des bassins en ont seulement dix. On
frappe dessus avec un bâton arrondi.
Les cloches varient dans leur forme : il y en a de
rondes par le bas , et d'autres qui sont échancrées ;
celles-ci sont rares. On voit des cloches extrême-
ment grandes ; les plus grosses s'appellent Po-
tchong ; elles n'ont pas de battans , mais on ies
fait résonner en les frappant avec un morceau de
Lois appelé Che [ langue ].
Le Lo est un instrument de cuivre qui ressemble
à un bassin , avec un rebord plat et élevé de deux
à trois pouces; on le tient par une poignée, et
Ton frappe dessus avec un bâton dont le bout est
garni de lanières de drap. Le Lo pèse ordinai-
rement quatre livres et quelquefois plus , car il y
en a de très-grands. Les sons qu'on en tire sont
aigres et perçans ; ils s'entendent de loin. Les
Chinois s'en servent dans toutes les circonstances.
Ils ont aussi des cymbales et des instrumens entiè-
rement de bois ; tel est le poisson de bois creux
dont les soldats se servent dans le Kiang-nan. Ce
poisson a deux pieds et demi de long sur six pouces
310 OBSERVATIONS
de diamètre. Les bonzes se servent aussi d'un
poisson de bois creux et contourné ; ils le placent
sur un coussin, et frappent dessus avec un petit
bâton , tandis qu'ils récitent ieurs prières. L'instru-
ment qui sert a battre la mesure est également de
bois , et s'appelle Pe-pan.
Les Chinois ont également plusieurs instrumens
à cordes : ces cordes sont en soie ; on n'en fabrique
pas d'autres.
Le/ plus grand des instrumens à cordes se
nomme Che ; il peut avoir jusqu'à vingt -cinq
cordes. Le Kin est plus petit , et n'en a que sept.
On joue de ces instrumens avec les doigts ; ce-
pendant on peut frapper dessus avec un petit bâton.
J'ai vu un aveugle jouer du Che : cet instrument
avoit trois pieds de long ; les sons qu'i/ rendoit
étoient assez doux.
Il y a trois sortes de guittares ; les deux premières
ont deux et quatre cordes , et le manche garni de
touches ; la dernière a trois cordes, et n'a point de
touches.
Le violon Chinois est composé de deux cordes
mises à un ton différent ; l'archet passe entre ces
deux cordes. Je ne connois pas d'instrument dont
le son soit plus détestable.
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SUR LES CHINOIS: 32X
DANSE.
Les missionnaires parlent dans leurs écrits de
la danse des Chinois ; mais ce seroit se tromper
que de s'imaginer que ce peuple danse comme
les Européens. Les danses , à la Chine , sont des
marches , des évolutions , ou des espèces de pan-
tomimes dans lesquelles les acteurs agissent sans
sauter. Nous fumes témoins chez l'empereur de
ces sortes de danses ; on ne pouvoit rien voir de
plus bizarre ni de plus ennuyeux.
COMÉDIE.
Il n'y a pas à fa Chine de théâtre public à de-
meure ; lorsque les habitans d'un quartier veulent
avoir une comédie , ils se réunissent et forment
entre eux une somme suffisante pour subvenir aux
frais de la construction d'une saile , et pour payer
les comédiens.
Les salles de spectacle sont composées d'une
grande pièce, et d'une autre plus petite. Ces salles ,
qui sont ordinairement construites en bambou ,
exigent peu de frais et un emplacement très-borné :
c'est tout simplement un angar dont le soi est élevé
de six à sept pieds , fermé de trois côtés , et cou-
vert avec des nattes ( n." 8 ).
Dans certains endroits, les habitans disposent
Tentrée intérieure des pagodes pour y élever feur
théâtre : chez les mandarins , il y a des salles bâties
»
TOME II. X
■
*
£21 OBSERVATIONS
exprès ; elles sont entièrement ouvertes ; et pour
les disposer à recevoir les comédiens , il suffit de les
partager en deux avec des toiles , et d'en entourer
Ja portion de derrière ; le théâtre est préparé en
un instant, d'autant plus que dans les comédies
Chinoises on n'emploie pas de décorations , et que
tout se réduit à une table et quelques chaises pla-
cées en avant d'une grande toile où sont prati-
quées deux ouvertures pour le passage des acteurs.
Les Chinois de tous les états, de toutes les
classes, aiment passionnément les spectacles ; le
peuple et les grands les recherchent également ,
et il se donne peu de repas chez les personnes
riches , où les comédiens ne soient pas appelés. lis
sont bien payés et gagnent beaucoup d'argent ;
aussi leurs habits , qui sont taillés d'après le cos-
tume ancien, sont -ils quelquefois très - riches ;
Les comédiens ont un répertoire de pièces qu'ils
savent toutes par cœur , et ils peuvent les jouer
indifféremment sur-le-champ. Une troupe est com-
posée de sept ou huit acteurs , et même moins , car
le même acteur peut, dans une pièce, représenter
deux personnages différens , parce qu'il s'annonce
en entrant sur la scène, et prévient le public du
rôle qu'il va remplir.
Les sujets qu'on représente sont tirés de /'his-
toire Chinoise , et rendus en langue Mandarine ,
quelquefois avec des expressions anciennes , ou
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SUR LES CHINOIS: 3 2 J
Çui sont si peu en usage, que les trois quarts des
spectateurs ne comprennent pas ïa pièce.
Les acteurs parlent haut et en chantant. Le réci-
tatif, dans les grandes pièces , varie peu ; il s'é-
lève ou s'abaisse de quelques tons seulement , et
est interrompu de temps en temps par des chan-
sons et par la musique de l'orchestre. En général
les acteurs chantent toutes les tirades qui expri-
ment la fureur, la plainte ou ïa joie.
M. Barrow, en parlant du théâtre Chinois (a),
prétend que les pièces n'ont pas le sens commun,
tandis que le lord Macartrfey (b) dit, au contraire,
que l'Orphelin peut être considéré comme une
preuve avantageuse de fart de la tragédie chez les
Chinois. Ces jugemens contradictoires de deux;
personnes instruites , qui ont vu et voyagé en
même temps , doivent surprendre; mais, sans me
permettre de prononcer , je dirai que les Chinois
n'observent point l'unité de lieu et de temps dans
leurs grandes pièces , qui durent quelquefois plu-
sieurs jours ; que l'acteur est souvent supposé par-
courir dans un instant des distances considérables ;
et qu'un personnage , ainsi que le dit Boileau ,
dans son Art poétique,
>: 1 ' .
Enfant au premier acte, est barbon au dernier.
(a) P.irrow , page 220 .
(b) Ma/cartney, tome l II , page j/p.
OBSERVATIONS
Dans les opéra Chinois, les génies apparaissent
sur la scène; les oiseaux, les animaux y parient et
s'y promènent. A notre retour de Peking, les man-
darins nous firent la galanterie de faire représenter
devant nous la Tour de Sy-hou , pièce ainsi inti-
tulée du nom de cette même tour qui existe sur
les bords cFun lac près de fa ville de Hang-tcheou-
fou , dans la province de Tchekiang.
Des génies montés sur des serpens et se pro-
menant auprès du lac , ouvrirent la scène ; un
bonze du voisinage devint ensuite amoureux d'une
des déesses , lui fit la cour , et celle-ci , malgré les
représentations de sa sœur, écouta le jeune homme,
1 épousa , devint grosse et accoucha sur le théâtre
d'un enfant , qui , bientôt , se trouva en état de
marcher. Furieux de cette conduite scandaleuse ,
les génies chassèrent le bonze , et finirent par fou-
droyer la tour et la mettre dans l'état délabré ou
elle est maintenant.
A ces scènes bizarres , si l'on ajoute qu'un acteur
est à côté d'un autre acteur sans le voir; que , pour
indiquer qu'on entre dans un appartement , il suffit
de faire le simulacre d'ouvrir une porte et de lever
le pied pour en franchir le seuil, quoique cepen-
dant il n'y en ait pas le moindre vestige ; enfin,
qu'un homme qui tient une houssine à la main est
censé être à cheval , on aura une idée de l'art dra-
matique chez les Chinois , et du jeu des acteurs.
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SUR LES CHINOIS. 325
Les Chinois jouent mieux dans les petites pièces ;
ils ne chantent pas , mais ils prennent le ton de la
conversation ordinaire. L'histoire des maris trom-
pés par leurs maîtresses, faisant assez souvent le
sujet de ces comédies , il s'y rencontre quelquefois
des situations tellement libres , et où l'acteur met
tant de vérité , que la scène en devient extrême-
ment indécente. L'auditoire est alors enchanté et
manifeste son contentement : ainsi l'on peut juger,
d'après ces comédies , du caractère vicieux des
Chinois, et, d'après les grandes pièces, de leur
goût singulier et extraordinaire.
Quoique les Chinois aiment passionnément les
spectacles, et qu'ifs passeroîent volontiers les jours
et les nuits à les voir, l'état de comédien est mé-
prisé. Les directeurs ont de la peine à compléter
leurs troupes, et sont forcés , pour ne pas man-
quer de sujets , d'acheter , comme on Fa dit plus
haut , ou d'élever de petits enfans.
Les femmes ne montent pas sur la scène à îa
Chine ; elles sont remplacées par des jeunes gens
qui jouent si bien leurs rôles , qu'à moins d'en être
prévenu , on les prendroit pour de jeunes filles.
MÉDECINE; MALADIES.
Tout fe monde peut exercer la médecine dans
l'empire. II n'y a point d'école publique où cet art
soit enseigné ; celui qui veut l'étudier, se met sous
Xi
326 OBSERVATIONS
la direction d'un médecin , qui ïui apprend son
art et ses secrets. II suffit d'avoir guéri quelque
mandarin pour acquérir la réputation (fun mé-
decin très-habile , avoir de la vogue et s'enrichir.
Les gens du peuple paient fort peu, et il est d'usage
qu'un médecin ne retourne pas chez un malade à
moins qu'il ne soit redemandé. Les Chinois n'ont
point de connoissances en anatomie , leurs pré-
jugés les empêchant d'ouvrir un cadavre. Toute
la science des médecins consiste dans fétude du
pouls ; ils en observent exactement les battemens
et en tirent des pronostics sur les indispositions
des différentes parties du corps. En général , ils
attribuent les maladies au Fong-chouy (a) et
au froid et au chaud. Ils ordonnent des tisanes,
des cordiaux , et recommandent la diète. Us ne
saignent pas, mais ils font venir le sang à l'ex-
térieur de la peau, en la frottant fortement avec
une pièce de cuivre. Ils enfoncent des aiguilles
dans certaines parties du corps , et la grande ha-
bileté consiste à savoir les placer , à les faire de-
meurer et à les retirer à propos. Le sang ne sort
pas dans cette opération : on cautérise la plaie en
brûlant dessus des feuilles d'armoise.
Dans les fractures ou dans les maladies pour
lesquelles il est nécessaire d'avoir recours à Tarn-
(et) Vtnt et eau, bonne ou mauvaise disposition.
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SUR LES CHINOIS. 327
pu ta t ion , les médecins ne la pratiquent pas , et le
malade en meurt souvent : c'est la raison qui fait
qu'on ne voit pas d'estropiés à la Chine , et pen-
dant tout mon voyage je n'en ai pas rencontré un
seul. Qu'on réfléchisse combien la saignée, l'am-
putation , et même les lavemens , peuvent sauver
de malades dans certaines circonstances , on ju-
gera combien d'hommes périssent à la Chine faute
d'employer ces moyens si usités en Europe.
Selon la plupart des missionnaires , la petite
vérole existe à la Chine depuis très-long-temps ,
quoique quelques autres prétendent , au contraire,
qu'elle y est récente. L'inoculation fut inventée
sous le règne de Tchin-song des Song , dans
fannée 1000 de J. C. Les médecins introduisent le
virus dans le nez. C'est a cette insertion que les
Angiois attribuent la céché, qui est fort commune
chez les Chinois , tandis que d'autres personnes
disent qu'elle ne provient que de l'usage où l'on
est dans ce pays de boire et de manger extrême-
ment chaud. Mais cette maladie ne proviendroit-
elle pas plutôt de Fespèce de nourriture en usage
à la Chine, c'est-à-dire du riz î car en Turquie, où
l'on en mange habituellement,. les habitans y sont
sujets à devenir aveugles. On pourroit encore at-
tribuer la cécité des Chinois aux vents de nord qui
viennent de Tartarie et passent sur les montagnes
neigeuses qui couvrent ces contrées : au reste ,
X4
328 OBSERVATIONS
c'est aux médecins à prononcer sur cette matière.
On voit beaucoup de lépreux à la Chine, et ils
ne sont pas renfermés. Ceux qu'on rencontre dans
les rues de Quanton sont dégoûtans , et la plupart
ont perdu les doigts , principalement ceux des
pieds. On trouve aussi plusieurs Chinois qui n'ont
pas de nez ; c'est un commencement de lèpre ,
mais qui , quelquefois , ne s'étend pas plus loin.
Il est à présumer pourtant que la lèpre des Chi-
nois n'est pas la véritable ; car la véritable lèpre
étant contagieuse , quelque soin que prennent les
personnes saines pour ne pas toucher à celles qui
en sont infectées , elles ne peuvent pas toujours
les éviter , et par conséquent se trouvent dans le
cas de gagner cette maladie. Il en résulteroit donc
que la plus grande parde de la Chine seroit atta-
quée de la lèpre : cependant , le nombre des lé-
preux n'est pas très-considérable t et paroît ne pas
augmenter. Ce n'est donc pas une vraie lèpre, mars
c'est un sang corrompu , une maladie vénérienne
parvenue à son plus haut degré. Les Chinois savent
pallier cette dernière maladie ; ils la guérissent
même avec des tisanes ou par les sueurs.
Parmi les filles publiques il s'en trouve qui sont
très - malades ; elles prennent des drogues et des
boissons rafraîchissantes; enfin, elles concentrent
le mal de manière gu'il ne paroît rien à l'extérieur.
Ces femmes vont et viennent , et hormis un teim
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SUR LES CHINOIS. 329
ua peu pâle et un visage bouffi , on ne s'imagine-
roit jamais , à les voir , qu'elles sont incommodées.
Les chaleurs des pays méridionaux atténuent le mai
vénérien , et les sueurs , avec quelques drogues ,
le font disparoître : on voit même des personnes
vivre avec cette maladie , et ne pas s'en inquiéter.
La peste a existé à la Chine ; elle s'appelle
Ouen-pin : sous l'empereur Hiao-tsong des Ming ,
en 1503, elle ravagea les provinces du Sud.
SECTES DE LAO-KIUN ET DE FO.
La secte de Lao-kiun est la plus ancienne de
celles qui existent à la Chine. Lao-kiun ou Lao-
tse ( n' 84 ) étoit de la province de Honan, et
naquit 6o4 ans avant J. C. et 5 3 ans avant Con-
fucius. Ce sectaire , voyant la vertu dégénérer
chez les Tcheou , abandonna la Chine et se retira
dans le Ta-tsin , pays soumis aux Romains , où il
écrivit son livre intitulé Tao-te-king , composé de
cinq mille sept cent quarante-huit caractères. Ce
livre , dont le titre veut dire le livre de la puissance
du Tao, n'est qu'une suite de pensées et de maximes
détachées exprimées dans un style très-concis et
très-difficile à comprendre.
Suivant Lao-tse , le Tao est le principe du ciel
et de la terre ; il est la mère de tout ce qui existe ;
enfin, c'est un être très-intelligent, mais en même '
temps incompréhensible.
35° OBSERVATIONS
11 y a eu un chaos qui a précédé la formation
du ciel et de la terre , le repos et le silence. Le Tao
est fixe et ne change pas ; il produit toutes choses ;
il est grand : la règle du c'est lui-même. Celui
qui veut s'unir au Tao est nommé Ching : c'est le
vrai sage ; il doit être sans passions , rejeter les.
biens et les dignités , ne s'occuper que du néant ,
observer le silence , ne pas blâmer ce qui existe %
vivre comme s'il ne vivoit pas , et être touché de
compassion pour les autres.
Lao-tse établit l'immortalité de l'âme : ayant
trpuvé le culte des génies institué , il admit des di-
vinités subalternes, inférieures aux génies, il leur
rendit un culte, et déifia plusieurs empereurs et un
grand nombre de personnages célèbres.
Les sectateurs de Lao-kiun ou les Tao-tse font
consister le bonheur dans une parfaite tranquillité :
l'homme sage , selon eux , doit écarter les désirs et
les passions violentes capables de porter Je trouble
dans l'ame; il doit couler ses jours sans peine et
sans inquiétude , soit pour le passé , soit pour le
présent ou l'avenir, et placer enfin la suprême
félicité dans le plus grand repos. Mais comme ce
repos ne pouvoit manquer d'être troublé par la
pensée d'une fin , les Tao-tse s'adonnèrent à ia
chimie , et travaillèrent à composer un breuvage qui
donnât l'immortalité. L'espoir d'éviter la mort leur
attira beaucoup de sectateurs parmi les mandarins %
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Sl/R LES CHINOIS. 33 ï
et sur-tout parmi les femmes. Quelques empereurs
même, persuadés de l'existence d'un breuvage qui
pouvoit fes faire jouir à jamais d'une vie délicieuse ,
se livrèrent entièrement aux opinions des Tao-tse.
La superstitiqn augmentant toujours, ceux-ci ob-
tinrent le titre de docteurs célestes, et leur chef
fut honoré de la dignité de grand mandarin.
Séduit par les promesses des Tao-tse qui lui
avoient promis la communication avec les esprits,
un des frères de Ming-ty des Han apprenant qu'il
existait dans le pays de Tien-tso [Indostan] un
esprit appelé Fo (n.° SjJ, pressa l'empereur de
le faire venir. Des ambassadeurs se mirent en route
. et pénétrèrent jusque dans l'Inde, où ayant ren-
contré deux Chaîne n ou prêtrts, ils les emmenèrent
avec des livres théurgiques, et des images de Fo ou,
Boudha peintes sur des toiles. L'ambassade fut de
retour à la Chine a la huitième année de Ming-ty,
fan 69 de J. C. Depuis cette époque , la secte de
Fo s'est extrêmement répandue dans la Chine.
Elle met une très-grande différence entre le bien
et le mal ; elle établit des peines et des récom-
penses après la mort , et reconnoît la métemp-
sycose ou la transmigration des ames enseignée
par Boudha , qui dit qu'outre le corps qui naît 9
s'accroît et meurt , il y a dans l'homme une ame
qui ne se détruit pas , qui existe avant le corps ,
qui lui survit, et qui, après avoir subi différentes
332 OBSERVATIONS
mutations , se purifie et se réunit enfin à la divi-
nité (a).
Les Ho-chang, ou prêtres de Fo, prétendent
qu'il est venu sur la terre pour sauver les hommes ,
et que ce n'est qu'en le priant qu'on peut expier
ses péchés. Ils disent que , pour être heureux dans
l'autre monde , il faut observer cinq préceptes ; ne
tuer aucunes créatures vivantes , ne point prendre
le bien d'autrui , ne point commettre d'impuretés,
ne jamais mentir , et ne point boire de vin.
Ces prêtres, que nous nommons bonnes, hono-
rent non -seulement le dieu Fo , mais encore un
grand nombre de personnages auxquels ils donnent
difîerens noms , savoir , les Chin-ven , hommes célè-
bres; les Yuen-kio, hommes recommandabfespar
des vertus éclatantes ; enfin les Poussa, qui sont des
êtres accomplis et regardés comme des divinités.
Les bonzes Tao-tse et les bonzes de Fo ont
toujours été rivaux , et souvent ils ont profité de
leur crédit auprès des empereurs pour s'entredé-
truire. Favorisés sous les Yuen ou Mogols , les
bonzes de Fo faillirent perdre de leur crédit a
l'extinction de cette dynastie ; mais les Ming les
protégèrent, comme l'avoient fait leurs prédéces-
seurs. Les Tartares , actuellement régnans , ies
soutiennent également , et reconnoissent le grand
(a) Mémoires de l'Académie, tme XL
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SUR LES CHINOIS. 333
Lama. Là religion est la même ; mais on fait une
distinction entre les Ho-chang et les prêtres Lamas
du Thibet.
SECTE DE CONFUCJUS.
Confucius naquit 5 5 1 ans avant J. C. Les
Chinois le regardent comme Je premier de leurs
sages et comme leur législateur. Confucius s'ef-
força de rétablir Fancienne doctrine, et tâcha de
rendre les hommes meilleurs , en les exhortant à
obéir au ciel, à l'honorer, à aimer leur prochain ,
et à vaincre leurs passions.
La différence qu'il y a entre les deux écofes de
Confucius et de Lao-tse , est que la première
enseigne à vivre parmi les hommes et cherche à
les corriger ; au lieu que les partisans de la seconde
évitent la société, et ne s'occupent, dans une vie
frugale et retirée , que de leur propre bonheur.
La doctrine de Confucius a prévalu sur celle de
Lao-tse ; c'est celle des savans. On voit dans toutes
les villes un temple dédié à Confucius : on y con-
serve sa figure ou sa tablette. Il est d'usage de
s'assembler au printemps et à l'automne dans ce
temple , et d'y faire des sacrifices en l'honneur de
ce philosophe et de ses disciples , que les Chinois
regardent comme des esprits tutélaires. Cette céré-
monie se pratique aussi dans certaines circons-
tances , et sur- tout dans le temps des examens.
334
OBSERVATIONS '
JUIFS.
Il y a des Juifs à la Chine ; ifs ont une syna-
gogue h Kay-fong-fou, dans le Ho-nan. Le père
Gozani , qui Ta visitée , croît que les Juifs sont
entrés sous les Han, 206 ans avant J. C. Le père
Cibot les fait entrer cinquante-deux ans. plutôt f
sous le règne des Tcheou.
Les Juifs sont en petit nombre. Les Chinois
leur donnent, ainsi qu'aux Mahométans , le nom
de Hoey-hoey. Us les appellent aussi Lan-mao-
hoey-tse, ou Hoey aux bonnets bleus, parce qu'ils
portent un bonnet de cette couleur lorsqu'ils s'as-
semblent dans la synagogue.
christianisme ; Persécutions , Mission-
naires ; utilité des Missions.
L'établissement des Nestoriens date
de 635 ans après J. C, qu'un certain Olopuen
vint à la Chine sous Tay-tsong des Tang : ce
fait est prouvé par le monument découvert à
Sy-ngan-fou en 1625 , sous Hy - tsong des
Ming.
Ces Nestoriens , appelés prêtres du Ta-rsin ,
furent proscrits Tan 845 < le J. C, à /Instigation
des bonzes Tao-tse, alors favorisés par l'empereur
Vou-tsong.
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SUR LES CHINOIS. 335
Sous les Yuen ou Mogols, les Chrétiens et les
Mahométans rentrèrent à la Chine. Saint François
Xavier partit , en 1 5 5 2 , pour aller à la Chine , mais
il mourut à Sancian , sur les côtes de cet empire.
Le père Ricci arriva à Peking en 1 582 : c'est à
cette époque que commença la prédication de la
religion Chrétienne a la Chine.
Les Mahorriétans s'étant révoltés dans la pro-
vince du Chen-sy , f empereur envoya contre eux
des troupes qui les massacrèrent tous , à l'excep-
tion d'un petit nombre. Les mandarins , en recher-
chant ceux qui avoient eu le bonheur d'échapper,
découvrirent dans le Hou-kouang quatre mission-
naires dont les interrogatoires leur apprirent qu'un
prêtre Chinois, nommé Zay-petolo> les avoit in-
troduits dans l'empire.
Cette nouvelle transmise à Peking, l'empereur
donna ordre qu'on lui amenât, sar-Ie-champ, ce
Chinois ; mais celui-ci s'enfuit et parvint à se réfu-
gier à Macao. Telle fut l'origine de la persécution'
qui eut Keu en 1784. Les mandarins des pro-
vinces, pour satisfaire aux ordres de l'empereur,
firent de nouvelles perquisitions, qui ne servirent
qu'à faire arrêter quatre autres missionnaires, maïs
ils ne réussirent point à découvrir la retraite du
prêtre Zay.
Les mandarins de Quanton ne furent pas
plus heureux, quoiqu'ils eussent fait prendre tous
■
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3}6 OBSERVATIONS
les domestiques des PP. procureurs , MM. de la
Torre et Marchini , et qu'ils eussent fait battre un
Chinois Chrétien nommé Antoine. Forcés de les
renvoyer sans en avoir pu tirer aucun indice , Us
maltraitèrent ensuite cruellement M. Simonelli ,
vieillard âgé de soixante-dix-sept ans. Cependant
toutes ces démarches ayant été infructueuses , ils
se transportèrent à Macao , et y visitèrent quel-
ques couvens ; mais, irrités de ce que plusieurs re-
ligieux n*avoient pas voulu leur donner l'entrée de
leurs maisons : ils arrêtèrent les vivres et suspen-
dirent le commerce. Ils envoyèrent même des
troupes contre Macao , et firent prendre des ren-
seignemens sur 1 état de cette place ; mais ceux
qui étoient chargés de ce soin , ayant rzpporté
qu'il seroit difficile de forcer les Portugais , parce
qu'à l'abri de leurs murailles ils pourroient tuer
beaucoup de monde sans aucun danger pour eux,
les mandarins devinrent plus modérés dans leurs
prétentions.
Au mois d'octobre , les grands de Quanton
firent venir dans la ville M. de la Torre , pour
l'interroger , et l'obligèrent ensuite de signer un
papier dont on lui cacha le contenu.
Quelque temps après , le hanniste Pankefcoua
vint voir M. de la Torre, et lui apprit que Tempe-
reur ayant su qu'il étoit lettré , lui avott pardonné
en le laissant le maître de se punir lui-même :
mais ,
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SUR LES CHINOIS. 337
mais , ajouta-t-il , cette affaire ne sera pas terminée ,
tant que les PP. Zay et Lomeo (Barthelemi) ne
seront pas pris , et il seroit prudent de quitter la
Chine. Malheureusement le P. de !a Torre ne
tint pas compte de cet avis ; il s'imagina que ies
choses en resteroient là , et résolut de ne point
sortir de Quanton. Plusieurs commissaires étant
ensuite arrivés de Peking , M. de fa Torre fut
appelé de nouveau par les mandarins , le 1 5 jan-
vier 1785 ; les Chinois prirent ses papiers , et
emmenèrent avec eux M. Marchini ; mais celui-cï
ayant été interrogé , eut la permission de revenir,
laissant dans la ville le P. de la Torre, qui partit
pour Peking le 23 du même mois , accompagné
de deux mandarins, l'un civil et l'autre militaire.
A son arrivée dans la capitale il fut mis en prison,
et y mourut de faim le 29 avril, au moment où,
par fes sollicitations des missionnaires de Peking,
il avoit obtenu son élargissement. La persécution
cessa au commencement de mai. De tous les mis-
sionnaires pris dans les provinces , quatre furent
condamnés a une prison perpétuelle , et les au-
tres envoyés en exil en Tartarie , ou reconduits à
Macao.
Des chefs, parmi les Chrétiens Chinois, furent
■
exilés , d'autres battus et condamnés à la cangue
pour trois mois. Enfin , les mandarins donnèrent
un édit par lequel il fut enjoint à tout Chinois de
TOME II. Y
33o OBSERVATIONS
changer de religion dans le courant de Tannée ,
sous peine d'être puni sévèrement.
Quoique tout fût terminé dans les provinces , les
mandarins de Quanton continuèrent de rechercher
le nommé Zay -, et se rendirent a Macao en juin
1785 , afin de ie demander : ils insistèrent pour
que le gouverneur Portugais vînt chez eux ; mais
celui-ci s'y refusa , et ne voulut pas même per-
mettre que M. Descouvrières , procureur des mis-
sions Françoises , s'exposât en sortant de la ville
pour aller chez les .mandarins. Ces derniers voyant
qu'il ne leur étoit pas possible de se procurer le
P. Zay , qui avoit quitté Macao au commencement
de l'année , et s'étoit embarqué sur un bâtiment
Anglois , écrivirent à Peking , qu'il étoit soràtt
et qu'il avoit disparu. Ainsi se termina cette per-
sécution suscitée contre les Chrétiens, et qui par
suite fut très - préjudiciable aux mandarins eux-
mêmes. Tous ceux de la province de Quanton ,
depuis cette ville jusqu'à Nan-hiong-fou , qui est
à l'extrémité de la province , furent dégradés de
trois degrés , et forcés de payer une amende de sept
cent mille taëls [5 ,2 5 0,000 Iiv]. Les hannistes don-
nèrent cent vingt mille taéls [900,000 liv] ; et tous
les mandarins des lieux où les missionnaires axoient
été arrêtés , ou par où ils avoient passé , furent
cassés. Pankekoua , pour avoir logé M. de la Torre,
quoiqu'il en eût la permission des mandarins d;
-
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SUR LES CHINOIS. 33p
Quanton , fut obligé de payer cent mille taêls
[750,000 liv. ] , et il lui fut enjoint d'être plus
circonspect à l'avenir. On prétend même que cinq
ou six bateliers qui avoient passé le P. Zay , sans le
connoître , eurent la tête tranchée. On voit par-là
que le gouvernement Chinois est extrêmement sé>
vère : mais si , comme on le remarque , il est très»
s
habile à profiter des occasions qui se présentent
pour se procurer de l'argent , les mandarins ne le
sont pas moins à se tirer d'embarras dans les af-
faires épineuses , et sont sur-tout peu embarrassés
sur les moyens ; aussi saisirent - ils le seul qu'ils
avoient de se justifier, celui d'accuser M. de la
Torre , dont la mort mit fin aux poursuites du gou-
vernement. Cepencfont la manière dont la cour
de Peking termina cette persécution, ne dut pas
satisfaire beaucoup les mandarins , et l'on doit
croire que dans la suite ils fermeront les yeux sur
la croyance de certains individus. Néanmoins ,
quelle que soit leur conduite future , on ne peut
regarder les missionnaires comme solidement éta-
blis à la Chine , car les préjugés et les mœurs s'op-
posent trop visiblement à l'introduction de la reli-
gion Chrétienne : d'ailleurs on doit peu compter
sur les Chinois , qui sont capables de changer d'opi-
nion d'un moment à l'autre , et toujours disposés à
le faire suivant les circonstances. II ne faut cepen-
dant pas en conclure que les missionnaires soient
Y z
1 *
346 OBSERVATIONS
absolument inutiles, et qui! n'est pas nécessaire
de les conserver : ce seroit se tromper grande-
ment , et Ton commettroit une faute majeure en
les rappelant.
Avant de porter un jugement sur le plus ou sur
le moins d'utilité des missions , il est nécessaire
d'examiner ce qu'on entend par missions , et en
quoi elles consistent. On doit distinguer deux
sortes de missions à la Chine , l'une qui n'est pas
avouée du gouvernement Chinois , et qui se fait
à son insçu dans les provinces ; i'autre qui en est
approuvée , et qui réside a Pékin g.
La mission de l'intérieur coûte peu de chose :
on trouvera difficilement des hommes aussi ver-
tueux et aussi désintéressés que ceux qui Ja com-
posent : privés des douceurs de la vie, manquant
presque de tout, exposés tous les jours à souffrir
la mort, le seul désir de s'instruire et de propager
la religion Chrétienne , leur fait oublier tous les
maux qu'ils endurent. Je parle ici sans préjugés ,
je rapporte ce que j'ai vu , et je me crois obligé de
dire la vérité. Le Gouvernement François en sou-
tenant les missionnaires qui parcourent le vaste
empire de la Chine , est toujours à même de se
procurer des éclaircissemens utiles , soit sur la
position des lieux , soit sur le commerce, soit sur
mille autres objets importans. Je ne suis pas ici
l'admirateur aveugle des missionnaires , mais j'en
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SUR LES CHINOIS. 3 4 t
aî connu plusieurs dont les cônnoissances étoient
très-étendues ; leurs écrits d'ailleurs le prouvent
assez , et Foti ne peut disconvenir que nous ne
devions beaucoup a ces hommes laborieux et in-
fatigables.
Je conviens que les missionnaires s'exposent err
entrant furtivement à la Chine, et qu'ils courent
au-devant de leur perte; mais qu'importe à la na-
tion que quelques individus se sacrifient pour une
récompense qu'ils ne lui demandent pas , et qu'il
n'est pas en son pouvoir de leur donner , tandis
qu'elle en peut tirer de grands avantages. Il est
donc de l'intérêt de l'État d'encourager les mis-
sionnaires de l'intérieur de la Chine , et c'est en
les soutenant , en les favorisant , que le gouver-
nement les aura toujours a sa disposition.
Quant à la mission de Peking , les faits par-
lent assez en faveur de son utilité , et il faudroit
être aveugle pour ne pas reconnoître combien il
est important que nous en ayons une autorisée
dans cette capitale. Un pareil établissement seroit
acheté au poids de l'or par une nation rivale ; elle
donneront tout au monde pour pouvoir l'employer
à son gré. Tant que la Chine restera fermée pour
les Européens , la nation qui conservera quelques
individus à Peking , doit s'estimer très-heureuse :
par eux elle peut savoir , elle peut empêcher , elle
peut tout entreprendre. Je parle d'après des faits
Y 3
1^1 OBSERVATIONS
connus, mais dont les détails ne peuvent être di-
vulgués. II est donc , je fe répète , de la dernière
importance, de la saine politique, que le Gouver-
nement François vienne au secours des mission-
naires , et qu'il protège ces hommes vraiment
respectables.
Quarante mille francs peuvent suffire pour la
mission de Peking, et autant pour l'entretien de
celle de l'intérieur : la dépense de ces sommes
modiques doit-elle arrêter un moment l'Etat î
Abandonner les missions seroit un mafheur :
peut-être les circonstances présentes ne démon-
trent-elles pas assez évidemment combien elles
sont nécessaires; mais une fois qu'elles seront dé-
truites ou abandonnées , le moment viendra ou
l'on sentira quelle perte on aura faite. Trop heu-
reux s'il est possible de les rétablir alors , tandis
qu'il faut présentement fort peu de chose pour
les conserver.
MAHOMET AN S.
Les missionnaires (a) supposent que les musul-
mans sont entrés à la Chine l'an $99 après J. C,
sous les Souy; et pour preuve, ils citent un pas-
sage Chinois , où il est dit que la première fois *
au milieu des années Kay-hoang des Souy, il vint
(a) Missionnaires, tome XIV, page jo.
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SUR LES CHINOIS.
un homme du royaume de Sa-na-pa-sa-ngan-ty-
kan-se-ke pour prêcher sa religion.
L'empereur Ven-ty ayant commencé à régner
en 590, et étant mort en 6o4, le milieu est 597,
et non 599 ; mais quand cette époque seroit
encore postérieure de quelques années , elle sera
toujours prématurée , car il est difficile de la
faire concorder avec les différens événemens de ïa
vie de Mahomet. Pour se tirer d'embarras, les
missionnaires font naître Mahomet en 560; mais
cette date n'est pas conforme a celle qui est rap-
portée par les auteurs Anglois de l'Histoire uni-
verselle , qui placent la naissance de Mahomet
en 578.
On peut supposer néanmoins que le prophète
est né plutôt, et ce que rapporte Abufféda le con-
firme. Suivant lui , Khadija avoit quarante ans
lorsqu'elle épousa Mahomet ; elfe vécut vingt-
quatre âns avec lui, et mourut trois ans avant
l'hégire. La fuite à Médine étant de 622 , Khadija
mourut donc en 6 19. En retirant de ce nombre les
vingt-quatre années que Khadija vécut avec son
mari, on trouve que Mahomet fépousa en 595 :
il avoit vingt -cinq ans alors; i! étoit donc né
en 570. De plus, Mahomet étant mort en 632,
à l'âge de soixante-deux ans, cette époque porte
nécessairement sa naissance à l'année 570. Khadija
ayant vécu dix ans avec Mahomet depuis qu'il se
Y 4
344 OBSERVATIONS
mit à enseigner sa doctrine , et étant morte en
619, il s'ensuit qu'il ne commença a s'ériger en
prophète qu'à l'âge de trente-neuf a quarante ans,
c'est-à-dire en 609.
On voit que ces différentes dates ne peuvent
s'accorder avec celle rapportée par les auteurs Chi-
nois, l'année 509 ou 597 dont il est parlé dans
le passage ci-dessus étant antérieure de dix a douze
ans à 609 , temps auquel Mahomet commença sa
prédication , et précédant même de beaucoup la
première fuite de quelques Musulmans qui se sau-
vèrent en Ethiopie peu d'années avant l'hégire.
L'événement arrivé sous Ven-ty n'a donc aucun
rapport aux Musulmans ; i! faut croire que les
Chinois , qui défigurent étrangement les noms ,
ont voulu parler d'un royaume différent des pays
que conquit Mahomet, et que la ressemblance
des mots a trompé les missionnaires.
Les Mogols ou Yuen , qui s'emparèrent du tronc
en 1279 et chassèrent les Song , amenèrent un
grand nombre de Musulmans. Ceux-ci furent
très-nombreux jusqu'à la dynastie des Ming , qui
commença à régner en 1 368, après avoir détruit
les Tartares : le moyen qu'ils employoient pour se
soutenir, étoit d'acheter des enfans qu'ils élevoient
dans leur religion. Les temps malheureux et les
famines leur en procuroient beaucoup.
Le dernier empereur Kien-long a détruit cent
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SUR LES CHINOIS.
mille Mahométans dans les années 1783 et 1784.
Lorsque nous passâmes à Hang - tcheou -fou ,
nous vîmes une mosquée ; mais elle étoit aban-
donnée.
Les Mahométans, que les Chinois appellent
Hç^y, et qui habitent les pays situés à Fextrémité
du Chen-sy jusqu'à Ily en Tartarie , sont partagés
en trois classes distinguées par la coiffure : ceux
de la première portent un bonnet rouge en forme
de pain de sucre, ce qui leur a fait donner le nom
de Hong-mao-Hoey-tse [Hocy aux bonnets rouges];
ceux de la seconde ont un bonnet blanc , on les
appelle Pe-mao-hoey-tse [Hoey aux bonnets blancs] ;
ceux de la troisième , s enveloppant la tête d'un
iong morceau de toile , on les a nommés Tchan-
teou-hoey [Hoey s' enveloppant la tête ].
SECTE DE JUKIAO.
Eis Fan 1 070 de J. C. , sous les Song, plusieurs
savans cherchèrent à interpréter les King. Un de
ces philosophes, nommé Chao-kang-tse, distingué
par son érudition , établit que le monde a com-
mencé et qu'il aura une fin , qu'ensuite il renaîtra ,
se détruira et se reproduira successivement.
Ce philosophe détermina la durée du monde, et
la porta à cent vingt-neuf mille six cents ans, qu'il
divisa en douze périodes , chacune de dix mille
huit cents années. Suivant lui , dans la première
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yl6 OBSERVATIONS
période, le ciel s'est formé peu à peu par le mou-
vement que le Tay-ky imprima à la matière, pour
lors immobile ; dans la seconde , la terre s'est
produite de la même manière ; dans la troisième,
l'homme et tous les êtres ont commencé à naître y
et ainsi de suite jusqu'à la onzième période où fout
se détruira, et le monde retombera dans le chaos,
dont il ne sortira qu'à la fin de la douzième période.
Vers Tan i4oo, l'empereur Yong-Io des Ming
ordonna à plusieurs lettrés de faire un corps de
doctrine d'après les principes de Chao-kang-tse.
Ces savans interprétèrent les King , les livres de
Confucius et de Meng-tse ; ils donnèrent le nom
de Tay-ky [grand faite ] au principe de toutes
choses. On ignore la raison pour laquelle ils rap-
pelèrent ainsi , et d'où ils tirèrent ce nom de
Tay-ky ; car ce mot n'existe dans aucun des King
ni dans les livres composés par Confucius et par
Meng-tse. Confucius dit seulement, en interpré-
tant l'Y-king : « La transmutation contient le Tay-
a> ky i il produit le parfait et l'imparfait ; ces deux
3> qualités produisent quatre images, qui, à leur
» tour, produisent huit figures. » D'après ce pas-
sage, ces nouveaux philosophes prétendirent que
le Tay-ky est séparé des imperfections de la nature;
que c'est un être existant, et qui est une même
chose avec le parfait et Timparfait , et avec le ciel , la
terre et les cinq élémens , qui sont : le métal , le bois ,
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SUR LES CHINOIS. j4j
Teau , le feu et fa terre. Le Tay-ky , suivant eux ,
est fixe; mais lorsqu'il se meut, il produit FYang,
matière subtile et agissante , le ciel , le feu , le jour ,
le parfait , le mâle ; et lorsqu'il se repose , il pro-
duit i'Yn , matière grossière et sans mouvement, fa
terre, la lune , l'obscurité , l'imparfait, la femelle.
Du mélange de I'Yang et de TYn sortent huit élé-
mens , qui , par leur union , font la nature par-
ticulière et la différence de tous les corps : de là
naissent les vicissitudes de l'univers, la fécondité
ou fa stérilité de la terre.
Le Tay - ky a le pouvoir de tout produire ,
de tout conserver et de tout gouverner ; il est
l'essence de toutes choses. Ces philosophes lui
donnent aussi le nom de Ly : c'est , disent-ils , ce
qui, joint à la matière, compose tous les corps
naturels.
Enfin les partisans du Tay-ky ont fini par de-
venir athées , en excluant toute cause surnaturelle
et en n'admettant qu'une vertu inanimée unie à la
matière. A l'égard de la morale , ils ont adopté
des principes plus raisonnables. Us veulent que le
sage se propose le bien public pour but de ses
actions , et qu'il étouffe ses passions pour ne suivre
que la raison. Ces philosophes établissent en outre
les devoirs réciproques entre le prince et les su-
jets , entre les pères et les enfans ; enfin , entre le
mari et la femme.
3 \o OBSERVATIONS
De toutes ces explications peu satisfaisantes dtf
Tay-ky , il est résulté que la plupart des Chinois
n ayant pas d'opinion décidée , les uns sont tombés
dans l'athéisme , les autres ont reconnu un être
primitif, mais sans trop savoir ce qu'il étoit ; et ce
qui prouve combien l'homme s'égare et se perd
lorsqu'il veut trop raisonner , c'est que tous ont
mêlé a leurs différens sentimens les nombreuses
superstitions des autres sectes.
De toutes les religions établies à la Chine , au-
cune n'est dominante : elles sont toutes subordon-
nées au gouvernement , qui , même dans certaines
circonstances, a diminué le nombre des prêtres et
détruit une partie des temples.
L'empereur à la Chine est le chef suprême.
Tous les individus qui composent l'emp/re sont
égaux devant lui. Les bonzes ou les prêtres ne
jouissent d'aucun privilège particulier, et sont
soumis, comme tous les autres citoyens, à la vo-
lonté du souverain.
CUITES.
m
Les premiers hommes, nécessairement frappés
<Tétonnementet d'admiration à la vue des merveilles
de la nature, ne durent pas rester long-temps sans
soupçonner l'existence d'un Etre suprême et créa-
teur de l'univers. Pénétrés de cette idée sublime ,iîs
adorèrent dans le principe la Divinité; mais bientôt
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SUR LES CHINOIS. 349
s'éloignant de ce culte pur et sans mélange , ils
tournèrent leurs hommages vers des choses qui
étoient plus à leur portée , et frappoient davantage
leurs sens.
A mesure que la population s'accrut , les vertus
disparurent et firent place a des crimes jusqu'alors
inconnus. Les méchans se multiplièrent , et parmi
eux se montrèrent de grands scélérats , dont la des-
truction fut un bonheur pour les peuples. Il étoit
juste que ceux qui avoient purgé la terre de sem-
blables fléaux , obtinssent l'estime et l'admiration de
leurs concitoyens ; mais l'importance et le mérite
de leurs actions , échauffant l'imagination , on finit
par les adorer , et de là naquit le culte des héros
et des demi-dieux.
Délivrés des maux qui les avoient tourmentés ;
mais pressés par d'autres auxquels il étoit impos-
sible de remédier , les hommes s'imaginèrent bientôt
qu'il devoit exister des êtres supérieurs aux mor-
tels , mais inférieurs à la Divinité , et qui prési-
doient sous elle aux saisons , aux élemens , aux
maladies et aux accidens qui affligent l'humanité.
Ce furent ces idées qui les portèrent à admettre
un nombre infini de dieux subalternes , classés
en bons et mauvais génies , culte répandu chez
tous les peuples , et dans lequel ils ont plutôt
A,
recours aux mauvais, qu'à l'Etre suprême, parce
qu'il semble plus naturel de prier celui dont on
3J0 OBSERVATIONS
redoute quelque mal , que de s'adresser à FÉtre
infiniment bon, qui ne peut faire que du bien.
Les Chinois durent donc suivre cette marche
générale de l'esprit humain ; aussi les voyons-nous
d'abord adorer l'Etre suprême sous les noms de
Chang-ty , de Hoang-tien et de Tien (a), et lui
offrir des sacrifices sur les hauteurs et dans des
temples. Au Chang-ty on joignit par la suite les
esprits tutélaires, qu'on nomma Chin ou Kouey-
chin , auxquels on rendit un cuite ; tel est la doc-
trine dont il est parlé dans les King. La morale
se réduisoit alors aux deux vertus appelées Gin
et Y : la première exprimoit la jîiété envers Dieu
et les parens , ou la bonté envers les hommes ; et
la seconde signifioit l'équité et la justice.
(a ) Chang-ty veut dire souvtrain Seigneur; Hoang-tien ,
tain Ciel; Tien, Ciel: ces mots, suivant les King, expriment U
Divinité. Le mot Tien , Ciel, est pns indifféremment pour rttre
suprême et pour le Ciel visible : dans le cas où il est parle èa
Maître de l'univers , le mot Tien a la même acception que dans
cette phrase , que le Ciel vous conserve !
Sur le frontispice d'une des salles du temple du Ciel, à Pckmg,
on lit ce* deux roots Chinois et Tartare , Kien , Apkal - han :
le mot Kien veut simplement dire en chinois, le Ciel; mais H
est clairement explique par le mot Tartare, Apkaï-han ou Han-
apka-i, le Maître du Ciel, les Tartares formant le génitif {1} en
ajoutant ni aux mots terminés par une consonne , et / à ceux
qui finissent par une voyelle. M n'y a donc plus de doute sur ta
signification des mots Kien et Tien , qui sont les mêmes , et qui
veulent dire le Ciel.
(1) Grwm. Tart. , par M, Langtès,
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SUR LES CHINOIS. 3 J l
La dynastie de Hia qui commença à régner 2205
ans avant J. C. , éleva un temple au Chang-ty,
sous Je nom de Che-chy [maison des générations et des
siècles ], Les Chang, qui lui succédèrent 1766 ans
avant J. C. , rebâtirent ce temple et l'appelèrent
Tchou-ou [maison renouvelée]. Les Tcheou, qui les
suivirent 1 122 ans avant J. C. , firent élever un
autre temple , et le nommèrent Ming - tang [ le
temple de la lumière]. Dans ia suite, les autres dynas-
ties voulurent faire plus que celles qui les avoient
précédées \ elles imaginèrent de séparer en deux le
mot Ming(^, composé des caractères Ge [soleil] r
et Yue [lune] , et bâtirent un temple au soleil et un
autre à la lune : c'est de ce partage et de cette
dénomination que sont sorties ensuite une foule
de superstitions. Les hommes une fois entraînés
vers Terreur, loin de 1 éviter , l'embrassent et la
saisissent aveuglément : tout fut personnifié ; ie
vent, la pluie, le tonnerre et les maladies , devin-
rent des divinités ; les guerriers , les empereurs et
les hommes célèbres , furent des demi - dieux.
Les Chinois oublièrent bientôt le culte du
Chang-ty, et négligèrent la doctrine des King : en
vain Confucius , par ses sages préceptes , chercha
à la rétablir ; les troubles survenus après lui
(a) Voyez, dans la table des empereurs , le caractère Ming . de
Ming-ty, 58 ans avant J. C.
352 OBSERVATIONS
replongèrent les peuples clans l'ignorance. Chy-
hoang-ty en soumettant J'empire, 2^.6 ans avant
J. C. , rétablit la paix; mais ce prince, trop at-
taché à la secte des Lao-tse , fit brûler les livres
et persécuta les savans : sous les Han on se mît
à la recherche des King échappés à l'incendie ; on
s'appliqua à l'étude , à la philosophie et à la mo-
rale. Ces occupations convenoient a des philo-
sophes ; mais les hommes dépourvus de lumières ,
généralement mécontens de leur sort , et cher-
chant sans cesse les moyens de l'améliorer , aban-
donnèrent un culte trop abstrait, pour embrasser
une religion qui leur offroit autant de dieux qu'ifs
pouvoient former de vœux. Aussi les Chinois s'at-
tachèrent-ils avidement à la secte de Fo, apportée
de l'Inde l'an 6 5 de J. C. : ils adorèrent les génies ,
les Poussa ; ils crurent à la transmigration des
aines , aux peines, aux récompenses futures; et si
les lettrés , presque tous incrédules , néinmoins
superstitieux, étudièrent la doctrine des King, ils
se rendirent en même temps aux temples pour y
prier les idoles.
Ml
Les grands crurent dans un Etre suprême; mais
emportés par le torrent de l'opinion générale , ifs
ne purent se défendre de la superstition univer-
sellement répandue. Les empereurs , regardés
comme des êtres supérieurs, se réservèrent le droit
d'adorer le Tien , mais ils sacrifièrent également
à
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SUR LES CHINOIS. 35^
à Teaprit de la terre , au soleil , à la lune , et s'at-
tachèrent plus* ou moins aux idées des Tao-tse,
et des bonzes de Fo. Les Tartares qui sont sur le
trône , protègent ces derniers et reconnoissent
le grand Lama ; cependant ils font les sacrifices
établis ^t pratiqués par leurs prédécesseurs , et se
rendent dans les temples aux temps marqués par
le tribunal des rites.
II n'existe dans tout l'empire qu'un temple con-
sacré au Tien , et l'empereur a seul ie droit d'y
faire des sacrifices , et d'adresser ses prières à la
tablette du Hoang - tien - chang - ty [auguste ciel ,
suprême empereur].
Le temple du soleil , ou Ge-tan , est en dehors
de la ville Tartare, du côté de l'est; lempereury
envoie tous les ans , à 1 equinoxe du printemps , un
prince faire les cérémonies en l'honneur du soleil*
Le temple de la lune , ou Yue-tan , est situé a
l'ouest en dehors de la ville Tartare; l'empereur
envoie de même une personne, à l'équinoxe d'au-
tomne , pour faire les cérémonies en l'honneur de
la lune.
Lorsque l'empereur fait des sacrifices dans le
Tien - tan , et dans le Ty - tan , il s'y prépare par
un jeûne de trois jours; à cette époque tous les
tribunaux sont fermés , et il est défendu de manger
de la viande et du poisson.
Le Tien-tan / iminence du ciel J, est dans la vifle
TOME II. Z
OBSERVATIONS
Chinoise de Peking ; l'empereur y fait un sacrifice
au solstice d'hiver , consistant en bœufs , porcs ,
chèvres et moutons.
Le Ty-tan [éminence de la terre] , est couvert en
tuiles vertes , et situé aussi dans la ville Chinoise ;
l'empereur y sacrifie à la terre , au solstice dtèté.
\j& peuple , les lettrés , les mandarins et l'empe-
reur, ayant des cultes séparés et cependant mêlés
de différentes cérémonies appartenant à d'autres
croyances , il n'est pas étonnant que , dans une aussi
grande confusion , l'esprit général de la nation se
soit tourné vers la superstition, et n'ait adopté tout
ce qui pouvoit lui sembler ou utile ou consolant:
aussi les Chinois comptent-ils un grand nombre de
dieux et de génies tutélaires ( nJ" 86, Sj, S S, Sp)
des- villes , des maisons , de la campagne , des vents ,
de la terre et des eaux. Ils ont tous un petit autel
chez eux, et des idoles devant lesquelles ils se pros-
ternent et brûlent des papiers dorés*, à la nouvelle
et à la pleine lune. Us placent sur leur porte le nom
ou la figure d'un génie appelé Men-chin , espèce-
de dieu conservateur ou de dieu pénate qui tient
d'une main une massue , et de l'autre une clef.
J^e peuple adore le soleil et la lune ; il allume*
en leur honneur des lanternes aux nouvelles et
pleines lunes , et dans les éclipses il s'imagine que
ces deux astres sont en danger d-être dévorés par
un dragon ; cette opinion est générale. Dans ces
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SUR LES CHINOIS. 3 5 J
cif constances, mandarins, lettrés, simples citoyens,
tous s'assemblent pour prier > tous battent sur les
tambours de cuivre , et cet épouvantable bruit ne
cesse qu'avec la fin de l'éclipsé.
Le dragon est en grande vénération chez les
Chinois ; ifs l'appellent X esprit de l'air et des mon-
tagnes ; ils le représentent couvert d'un bouclier
Elit d'écaillés de tortue , soutenant l'univers et
veillant à sa conservation. Le dragon est l'emblème
de l'empereur , lui seul a le droit d'en porter un
à cinq griffes brodé sur ses habits.
De temps immémorial on a été dans l'usage dé
pratiquer des jeûnes publics à la Chine : dans les
grandes sécheresses , les paysans font des proces-
sions ; les mandarins vont dans les temples pouf
intercéder les dieux , et il est défendu de tuer des
porcs et de manger de la viande jusqu'à ce que le
ciel ait accordé de la pluie. On sacrifioit autre-
fois des bœufs , des agneaux et des cochons ; mais
les troupeaux étant rares , cet usage n'existe plus
actuellement. Du moins , pendant tout lè temps
que f ai demeuré à Quanton , je n'ai vu présenter
dans les temples , que des fruits ou des volailles
cuites, ayant la partie inférieure du bec enlevée,
ou des cochons rôtis en entier et seulement ou-
verts par la moitié. Une seule circonstance m'a
cependant fait voir, à Yu-chan-hien , que les Chinois
font des sacrifices sanglans. Dans les offrandes ou
Zz
356 OBSERVATIONS
dans les sacrifices qu'on fait aux dieux, le peuple
ne laisse , soit pour les idoles , soit pour les bonzes 9
• aucune portion des fruits ou des animaux offerts ;
il remporte tout après les prières achevées , et se
contente de donner quelques monnoies aux prêtres
de. la pagode.
SORTS.
La Chine est rempfie de charlatans et de de-
vins qui se mêlent de dire la bonne aventure. Aveu-
gles pour la plupart et jouant d'un instrument , ils
vont de place en place, en promettant toujours des
richesses et de la fortune à ceux qui les consultent,
ou en les engageant a visiter les temples et à con-
sulter les sorts. Les anciens Chinois faisoient un
grand usage des sorts. Confucius s'exprime ainsi
dans îe Tchong-yong : « Un sage doit connoître
» d'avance les événemens futurs. Lorsqu'une nou-
» velle dynastie est sur le point de s'établir, il arrive
» des présages heureux ; et lorsque l'ancienne va
53 finir, ii en survient de malheureux : onconnou
» ces événemens par les sorts. Lorsque le malheur
» et le bonheur doivent venir, l'homme probe et le
» méchant peuvent les prévoir ; mais ie vrai sage
» est comme un génie. »
H y a deux manières de consulter les sorts : fa
première consiste à secouer un tube de bambou
rempli de petites baguettes plates , longues de sept
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SUR LES CHINOIS. 357
à huit pouces*, à en retirer une au hasard et a Ia t
porter ensuite au bonze , pour avoir l'explication
des caractères qui sont marqués dessus : dans fa
seconde manière , on prend deux morceaux de bois
longs d'environ six a sept pouces , et taillés comme
line fève partagée dans sa longueur ; on les jette
en f air , et Ton réitère l'opération jusqu'à ce qu'ils,
retombent dans le sens que l'on désire. Telle est
la fbiblesse des mortels; ils craignent, après de
mûres réflexions , d'entreprendre une affaire , et ils
l'entreprennent aveuglément et au hasard, après
avoir consulté le hasard lui-même.
Avant de bâtir une maison on consulte les sorts ;
mais on cherche sur-tout une bonne exposition ;
car les Chinois redoutent infiniment ce qu'ils ap-
pellent Fong-chouy f le venter l'eau] , c'est-à-dire,
une influence bonne ou mauvaise. De ce Fong-
chouy dépendent le bonheur et le malheur de la
vie. Les Chinois sont constamment occupés à se
le rendre favorable, ou à le détourner , s'ils croient
qu'il leur soit contraire.
On évite les influences malignes , ainsi que je
Fai dit précédemment, en ne plaçant pas les portes
d'une maison en face les unes des autres , et, lors-
qu'on ne peut faire autrement , on dresse vis-à-vis
des espèces de paravens en bois pour arrêter le
mauvais génie. Le moyen le plus sûr, est de cons-
truira une poite ronde , qui est celle du bonheur,
358 OBSERVATIONS
et il est rare de ne pas en trouver une dans
chaque maison Chinoise. D'autres portes, faites
en éventail, ou en fleur, ou en feuille, ont aussi
leur avantage : le mauvais génie se trouve embar-
Tassé dans ces portes , et n'ose les franchir. En gé-
néral , les Chinois tiennent beaucoup aux portes
ou au génie qui y préside. Si le peuple seul croyoîî
à de pareilles extravagances , cela ne seroit pas
extraordinaire ; mais les gens riches et instruits en
sont également imbus. II y a quelques années que
les Danois voulurent ouvrir dans leur maison une
fenêtre donnant sur le quai et sur la maison de
l'un des premiers marchands Chinois de Quan-
ton : aussitôt que celui-ci eut appris l'intention
des Danois , il les supplia de renoncer à ce pro/et,
dans la crainte où il étoit, disoit-il, que les tigres
peints sur les embrasures de la forteresse ne vinssent
à voir chez lui. Ce qu'il y a de plus singulier, c'est
que de chez le marchand on voit la forteresse en
face ; mais apparemment qu'il se persuada qu'il
étoit plus dangereux pour lui d'être aperçu de
côté par les tigres. On évite aussi avec soin le
Fong-chouy dans les enterremens , et Pon con-
sulte les devins pour découvrir un emplacement
favorable pour les tombeaux.
Les Chinois croient aux jours heureux et mal-
heureux. Le gouvernement publie tous les ans un
aimanach , dans lequel les momens favorables sont
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SUR LES CHINOIS. '359
indiqués. L'heure de minuit, suivant les idées Chi-
noises , est heureuse , parce que c'est l'heure à la-
quelle le monde fut créé.
Comme les Chinois implorent les génies dans
toutes les circonstances de la vie , il n'est pas sur*
prenant qu'ils les invoquent pour en obtenir la con»
servation de leurs enfans. Lorsqu'ils craignent de
les perdre , ils les consacrent à quelque dieu , et
pour cela, ils leur percent une oreille et y suspen-
dent une petite plaque de cuivre , d'argent ou d'or ,
avec le nom du génie; d'autres fois ils attachent les
cheveux de l'enfant des deux côtés de la tète et for-
ment deux petites touffes : dans ces deux cas , les
enfans sont voués à une divinité ; elle en prend
soin, et détourne d'eux les accidens et les malheurs.
Il résulte de ce que je viens de rapporter , que
les Chinois sont très-adonnés à la superstition , et
que personne , jusqu'à l'empereur lui-même , n'en
est exempt , puisque , ainsi qu'on l'a vu dans mon
voyage , Kien-long ne sortit pas de son palais le
4- février , dans la crainte d'une éclipse et des évé-
nemens qui pouvoient arriver dans une circon-
stance aussi funeste. Mais, si les rêveries des sectes
de Lao-tse et de Fo ont rendu les Chinois super-
stitieux , elles leur ont donné du moins l'idée d'une
vie future , et leur ont persuadé que l'ame étant im-
mortelle, seroit punie ou récompensée suivant ses
mauvaises ou ses bonnes actions ; idée salutairé
Z 4
360 OBSERVATIONS
et qui prouve que celui qui , en s'accommodant
aux foiblesses des hommes , a inventé des dieux
vengeurs des crimes , et des génies protecteurs et
rémunérateurs de la vertu , est plus louable , sans
doute, que celui qui , voulant dépouiller l'homme
de ses préjugés , ne lui montre que le néant pour
terme de toutes ses actions.
PAGODES.
D'après le caractère superstitieux de la nation,
on doit s'attendre à trouver à la Chine un grand
nombrede temples et de chapelles. Il y a plusieurs
pagodes a Quanton ; celle dite de la Cochinchine
et bâtie dans la partie occidentale de la ville , est
remarquable ; mais celle qui est érigée à Honstn >
vis-à-vis de Quanton, et qui se nomme Hay-
tchang-tse, Test encore davantage.
Dans cette pagode, après avoir dépassé les deux
portes d'entrée, on trouve une cour qui conduit à
deux vestibules , dont l'un renferme quatre figures
de pierre assises. La cour qui suit a quatre pavil-
lons à deux étages , qui contiennent des idoles.
Au pourtour de cette cour règne une galerie avec
des colonnes , qui sert de communication aux
cellules des bonzes. Ces cellules sont petites et
ne reçoivent le jour que par la porte. Les chefs
des prêtres ont aux quatre angles de la cour leurs
fogemens a qui sont a. double étage. Au milieu dei
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SUR LES CHINOIS. 361
galeries, le réfectoire et les cuisines sont d'un côté ,
et l'infirmerie de l'autre. On voit des cerfs dans la
seconde enceinte , et un peu plus loin , sur le côté ,
quelques gros cochons fort gras et très-vieux : ces
animaux orit été voués à la divinité pendant la ma-
ladie de quelque bonze ; ils sont libres , et on les
laisse mourir de vieillesse.
On distingue deux sortes de Miao ou pagodes
des Tao-tse et des bonzes dè Fo, savoir, les Miao
Kouan et les Miao ordinaires. Les premiers qui
sont , en général , les plus considérables , ont des
biens-fonds , des maisons et des terres. Les pagodes
ordinaires ont été fondées par des bonzes ou des
particuliers , et par conséquent sont plus ou moins
riches. Il y a peu de palais appartenant à l'empe-
reur , qui n'aient une pagode dans leur voisinage.
Les temples sont presque tous bien entretenus , les
bâtimens en sont simples , les cours sont plantées
d'arbres, et rien ne ressemble plus à nos couvens
d'Europe. Les pagodes de Peking sont en bon état;
elles paroissent encore mieux soignées que celles
des provinces.
Les temples sont toujours ouverts. On trouve
à l'entrée , dans une salle ou dans un des pavil-
lons , un gros tambour et une grosse cloche de
métal, sur laquelle on frappe avec un marteau de
bois. Dans la pièce où réside le principal dieu,
les Chinois ont toujours soin de mettre une table
5^2 OBSERVATIONS
couverte de bouquets et de vases pour ïes parfums,
lis suspendent aussi devant la divinité une chan-
delle odorante faite en spirale : ces chandelles ,
composées de bois de sandal , d'odeurs et de
gomme , durent fort long-temps et brûlent conti-
nuellement ; mais si elles viennent à s'éteindre ,
on se contente de les rallumer ; car les Chinois
n'ont pas sur cet objet la même superstition que
les Romains avoient sur le feu sacré.
On trouve aussi en avant des pagodes , de
grands vases en fonte , qui servent a brûler les
offrandes ou papiers dorés : ces vases varient peu
pour la forme ( n.° 72). Outre ces temples, on ren-
contre beaucoup de chapelles dans la campagne et
à fentrée des villages ; elles sont érigées en Fhon-
neur des génies de la terre , des eaux et des mon-
tagnes : mais souvent , au lieu de chapelle , les
Chinois se contentent de placer une pierre debout,
sur laquelle ils gravent le nom de l'esprit tutélaire.
Cette pierre est presque toujours au picdcTun arbre
ou d'une touffe de bamboux : quelques chandelles
d'odeur, et deux ou trois fleurs de papier en font
tout l'ornement.
Dans tous les lieux où il y a quelque danger a
courir, les Chinois ont soin de bâtir de petites
pagodes, où les voyageurs et les bateliers vont
implorer les génies. Lorsque quelque circon-
stance les empêche de visiter la pagode a ils ne
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SUR LES CHINOIS. 363
manquent pas , en passant , de brûler des papiers
et de battre sur leurs bassins de cuivre ; mais
d'autres fois ils gardent un profond silence , et
ressemblent assez à des gens qui craignent de
réveiller une personne endormie. Cest sur-tout
dans Je Kiang-nan que nous avons remarqué un
pius grand nombre de temples. Bâties dans les
plus agréables positions et dans des sites char-
mans , les pagodes de cette province jouissent, en
générai , d'une vue superbe. Mais si les pagodes
du Kiang-nan et du Tchekiang sont bien entre-
tenues , celles du Petcheiy sont dans un état dé-
plorable : loin d'être conservées , quoique dans le
voisinage de la cour , elles sont au contraire aban-
données , la plupart découvertes , et laissent les
dieux exposés aux injures de l'air ; les cloches sont
jetées sur le terrain , et le bonze , forcé de fuir un
asyle qui tombe en ruines , erre à l'aventure et de-
mande l'aumône.
Dans le Kiang-sy,les temples sont générale-
ment en bon état , ainsi que dans le Quang-tong.
La pagode la plus extraordinaire que nous ayons
vue dans cette dernière province , est celle qui
est construite auprès de la ville de Jin-te-hien
(*: 80 ).*
Les temples de la Chine renferment un grand
nombre de figures ; on en trouve toujours à l'en-
trée qui représentent des génies ; elles sont fort
• *
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3<?4 OBSERVATIONS
grandes , et quelquefois d'une taille gigantesque:
celles que nous vîmes a la pagode du /ac Sy-hou ,
avaient de vingt-cinq à trente pieds de haut. Ces
génies ont différentes attributions , qui sont dé-
signées par les choses qu'ils tiennent à ia main :
un sabre annonce le dieu de la guerre ; une guit-
tare, celui de la musique (n* 8p); une boule
signifie l'esprit du ciel. Les dieux de l'intérieur
sont ordinairement d'une proportion moyenne et
plus raisonnable ; les uns sont couchés noncha-
lamment, les autres sont assis sur des fleurs et les
jambes croisées; mais ils sont tous gros et replets:
cela doit être , car les Chinois faisant grand cas
de l'embonpoint, on croira sans peine qu'ils se sont
bien gardés de représenter leurs dieux maigres et
chétifs.
Le nombre des dieux et des génies étant très-
considérable , il seroit très-difficile de les dépeindre
tous. La seule pagode du lac Sy-hou en contient
cinq cette. Plusieurs des dieux qu'on voit dans les
temples , sont représentés suivant la manière in-
dienne, c'est-à-dire avec plusieurs bras : nous vîmes
il Yang-tcheou-fbu une déesse qui en avoit trente.
La déesse de toutes choses , appelée Teou-mou,
a huit bras ; elle est assise dans un char tfcaîné pai
sept cochons noirs.
La déesse de la reproduction et de la fécondité
de la nature a seize bras ; elle repose sur une fleur
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SUR LES CHINOIS, 365
de nénuphar. Les Chinois racontent à son sujet
la fable suivante : « Trois nymphes du ciel s'étant
» baignées dans une rivière , une d'elles mangea
» des fleurs de nénuphar et devint enceinte ; elle
» resta sur la terre, et mit au monde un fils qu'elle
» éleva jusqu'à ce qu'il fut grand ; elle lui dit alors
» de rester dans une île écartée , et d'attendre qu'un
» homme vînt le chercher ; après quoi la nymphe
*> s'envola vers le ciel. Celui que la déesse avoit
» annoncé, parut à l'époque marquée, et emmena
» Je jeune homme, qui devint dans la suite un
» personnage célèbre , et donna des lois à tout
» l'empire. » Les Chinois entendent par les seize
bras les seize siècles pendant lesquels la Chine a
vécu sous la protection de la déesse.
Le dieu Fo est assis sur une fleur de nénu-
phar ( n.° 8 y ). La déesse des éclairs est debout ,
ayant deux cercles de feu dans les mains , et un
poignard à la ceinture. Le dieu du feu marche
sur des roues enflammées , et tient une lance et
un cercle ( n.° 87 ).
Le lord Macartney a peint un dieu dans un
cercle composé de tambours , et l'a appelé le Ju-
piter Chinois. Le mot Jupiter est mal employé ,
car nous entendons par-la le maître du ciel , au
lieu que la figure dépeinte par l'auteur Anglois ,
est celle d'un génie subalterne , nommé Louy-
kong , qui préside au tonnerre (n.° 86).
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366 OBSERVATIONS
Les dieux Chinois sont quelquefois seuls , et
d'autres fois entourés de plusieurs génies infé-
rieurs ; ils ont plus ou moins de réputation , sui-
vant les grâces ou les faveurs qu'ils sont censés
avoir accordées. Plusieurs de ces <iieux ont des
cornes au front, ou portent des têtes d animaux;
il y en a qui ont trois yeux , mais ils sont rares :
enfin , les Chinois ont des dieux de toutes les
façons ; ils ne sont pas d'ailleurs embarrassés pour
la représentation de leurs génies , car ils se con-
tentent souvent de mettre sur une pierre ou sur
un morceau de papier le nom du dieu qu'ils veu-
lent implorer. Un Chinois craint-il qu'en soulevant
une grosse pierre il ne lui arrive un accident 9 il
en prend une petite , l'entoure de quelques chan-
delles , et brûle des papiers dorés ; cette cérémonie
achevée , il se met à l'ouvrage et ne redoute plus
riep : c'est ainsi que les préjugés conduisent ia
plupart des hommes.
BONZES.
On estime que le nombre des bonzes existant
dans l'empire, peut s'élever à un million. Les mis-
sionnaires ne sont pas d'accord sur la quantité de
ceux qui demeurent à Peking , ou dans les en-
virons : le P. Trigaud en met quinze mille , le
P. du Halde deux mille , et les autres mission-
naires six mille. N'ayant pas de notions exactes à
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SUR LES CHINOIS. 367
ce sujet, je ne prononcerai pas entre ces auteurs.
On compte deux cents bonzes dans la pagode
de Honan , vis-à-vis de Quanton : il y en avoit trois
cents dans celle que nous visitâmes auprès du lac
Sy-hou , et cinquante dans une autre maison qui
n'est pas fort éloignée de Hang-tcheou-fou.
Les bonzes se rendent au temple le matin , fe
soir , et deux heures avant fe jour. Le chef des
prêtres est placé en avant pendant f office , et ac-
compagné de deux autres prêtres. Il frappe de
temps en temps sur un instrument de bois creux ,
fait en forme de poisson , et posé sur un coussin ;
les bonzes sont debout et se prosternent par inter-
valles; ils chantent et répètent très-souvent le mot
omïtofo ; ils sont fort recueillis , et ne détournent
point fa tête.
On distingue deux sortes de bonzes , les uns
appelés Tao-tse , ou sectaires de Lao-kiun ; et les
autres nommés Ho-chang, ou bonzes de Fo. Les
premiers vivent en communauté , ou seuls , ou
mariés ; ils ne se rasent point, et relèvent, sur la
tête, leurs cheveux quelquefois enveloppés d'une
toile , d'autres fois ramassés sous une espèce d'é-
cuelfe jaunâtre et polie; ils portent une grande
robe sans collet avec des manches larges.
Les bonzes de^Fo ne se marient pas; ils ont
la tête rasée, et portent, ainsi que les Tao-tse,
une robe noire ou grise ; dans les cérémonies ils
3 68 OBSERVATIONS
ajoutent une écharpe et un bonnet rouges ; ifs ne
mangent ni viande , ni poisson , ni ail , ni oignon ;
ne boivent pas de vin , et mènent enfin une vie rrès-
frugale; néanmoins, ils sont assez ordinairement
gros et gras. Les bonzes ont des supérieurs , et leur
noviciat est fort rude.
Les Tao-tse sacrifient aux démons , un cochon ,
un poisson et une poule ; ils exercent, ainsi que
les Ho-chang , le métier de devins , vont comme
eux dans les cérémonies , assistent aux enterre-
mens pour chasser les mauvais génies, se mêlent
de guérir les malades, et bénissent les jonques
au moment où elles mettent en mer ; ils parcourent
les rues, ainsi que dans l'Inde, en se frappant,
pour expier les péchés des hommes , et font des
quêtes : enfin , il n'est sorte de moyens qu'ils n em-
ploient pour tromper les trop crédules Chinois.
Kao-tsou desTang, a la mort de son père Tay~
tsong, en 64p de J. C. , ayant assigné un lieu
particulier aux femmes de l'empereur défunt , ap-
pela ce palais , Ngan-y-fang [ séjour dt la tranquil-
lité]. C'est à cette circonstance que les bonzesses
doivent leur origine : ces femmes vivent en com-
munauté, sont habillées comme les bonzes , ont
la tête rasée et entourée d'une toile. Les bonzesses
sortent et peuvent se marier; mais elles en doivent
prévenir auparavant leur supérieure : si elles de-
viennent enceintes étant encore dans la retraite ,
elles
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SUR LES CHINOIS, 4 365*
elles sont punies. Ces femmes s'appellent Che-ly,
et ordinairement Ny-kou.
Quoique les Chinois emploient les bonzes dans
un grand nombre de circonstances, ils les mépri-
sent ainsi que tous ceux qui embrassent- cet état
dans un âge avancé , et qui ne sont ordinairement
que de la dernière classe du peuple ; c'est ce qui
fait que les bonzes achètent de jeunes enfens pour
les élever dans leur doctrine, et pour la perpétuer.
Un principe établi à la Chine , est que tout homme
a m,
doit son travail à la patrie : or , les bonzes renon-
çant à tout , pour se livrer a la contemplation , ou
plutôt à la fainéantise , il n'est pas étonnant que le
peuple n'ait aucune considération pour des gens
qui manquent au devoir le plus sacré. C'est aussi
pour écarter cette mauvaise opinion , et s'attirer
le respect et la confiance , que les bonzes saisis-
sent toutes les occasions pour acquérir des ri-
chesses et de la considération. Consultés dans les
funérailles sur la place convenable pour enterrer
un mort , ils s'entendent avec le propriétaire du
terrain , et partagent avec lui le prix de la vente :
faut -il s'attirer la protection de l'empereur , ils le
mettent au nombre des dieux : veulent -ils faire
venir le peuple dans les temples , et en recevoir
d'abondantes aumônes , ils annoncent des prodiges
et des choses extraordinaires ; ils disent qu'il faut
faire des offrandes ou bâtir des temples, sans quoi
tome 11. A a
37° OBSERVATIONS
on est privé de leurs prières , et les ames des
défunts passent successivement dans le corps de
différentes bêtes , en expiation des fautes qu'eJJes
ont commises. Le peuple y croit plus ou moins ,
mais il fréquente les pagodes , et donne de for-
gent ; les bonzes s'enrichissent , et c'est tout ce
qu'ils demandent.
FÊTES.
Les Chinois ne connoissent point de jour de
repos , ils travaillent sans cesse. L'usage, en Asie,
Veut que les hommes s'occupent Sans relâche , mais
ils ne le font pas avec la même activité et la même
force que les Européens. Ce travail continuel de-
mandoit quelque repos ; il a donc fallu trouver
un moyen de délassement qui attirât Tattenrîon du
peuple , et suspendit ses travaux ; c'est dans cette
vue que les fêtes ont été instituées.
Une des principales , chez les Chinois , est celle
de la nouvelle année ; et comme à cette époque ils
dépensent beaucoup d'argent, ils saisissent toutes
fes occasions de s'en procurer, ou se présentent
chez leurs débiteurs , pour recouvrer celui qu'ils
ont prêté.
Toutes les affaires cessent pendant les trois pre-
miers jours de la nouvelle année ; on passe ce temps
en visites , on se fait des présens , on s'habillé de
son mieux; enfin, il n'est personne qui n'achète
àu moins des souliers neufs.
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SUR LES CHINOIS. 37*
Le premier jour de Tan , les Chinois commen-
cent dès minuit à tirer des pétards : il s'en con-
somme, un nombre si prodigieux, que j ai vu des
rues tellement jonchées de morceaux de pétards dé-
chirés > qu'il étoit impossible d'apercevoir ie pavé.
Ce jour est employé à visiter les parens,,Ies amis ;
et lorsqu'on en rencontre quelques-uns, ou des
personnes de connoissance , on les salue profon-
dément en les félicitant à plusieurs reprises. Pen-
dant ces premiers jours , toutes les portes sont
fermées ; on cole à fentour des papiers rouges ,
et l'on en suspend d'autres découpés ou chargés
des nombres 1,2, 5. Les mariniers mettent éga-
lement des. papiers rouges à la poupe et à la proue
des bateaux» pour attirer le bonheur. On allume
aussi à cette époque des lanternes ; majs ce n'est
qu'au 1 j / de la lune qu'on célèbre (a fameuse fête
des lanternes : elle commence quelquefois le 1 3 au
soir, et finit le 1 6 et même le 1 7 à la^nutt. A cette
époque, plusieurs quartiers forment entre eux une
association pour illuminer certains endroits : on
suspend une quantité considérable de lanternes
aux portes des maisons et dans le milieu de la rue ;
mais, dans ce dernier cas, on tend des bannes
pour les mettre à l'abri de la pluie, car plusieurs
de ces lanternes coûtent fort cher.
Chez les mandarins et les gens riches , ces jours
sont employés en festins ; on joue la comédie f on
Aa 2,
'37* OBSERVATIONS
tiré des feux d'artifice. Ces Feux , qui diffèrent entiè-
rement des nôtres , sont renfermés dans des espèces
de tambours, d'où il se détache peu-a-peu des /an-
ternes, des vases de fleurs qui se déploient en tom-
bant , et paroissent illuminés ; quelquefois ce sorft
de petite bateaux armés de pétards et qui se canon-
nent entre eux ; d'autrefois ce sont des espèces de
treilles chargées de feuilles et de raisins : ces feux
d'artifice sont très -agréables , mais ils n'ont rien
d'imposant.
Les Chinois ne peuvent expliquer l'origine de
fa fête des lanternes , et ils en rapportent diffé-
rentes causes. La première est la mort de la filie
d'un mandarin: cette jeune personne, disent-ils,
étant tombée dans l'eau et s'étant noyée , son père
et le peuple , qui regrettoient beaucoup sa perte ,
la cherchèrent inutilement pendant long -temps
avec des lanternes.
La seconde , c'est qu'un empereur s*ennuyant
jadis d'être distrait dans ses plaisirs , par l'alterna-
tive continuelle du jour et de la nuit, ordonna , d'a-
près le conseil d'une de ses femmes , de construire
nu palais entièrement inaccessible aux rayons du
soleil , en fit éclairer l'intérieur par une grande
quantité de lumières , et s'y tint ensuite renfermé.
On ajoute que le peuple s'étant révolté , l'em-
pereur fut chassé , et le palais détruit ; et que,
pour conserver la mémoire de cet événement , on
gle
SUR LES CHINOIS. 373
alluma tous les ans des lanternes à la même époque»
D'autres auteurs, sans donner une origine ex-
traordinaire à cette fète , rapportent simplement que
sous l'empereur Jouy - tsong des Tang, 712 ans
après J. C. , ce prince permit d'allumer un grand
nombre de lanternes durant la nuit du 1 $ de fa
première lune. Dans la suite, l'empereur In-ty,
en 950 de J. C. , fit durer cette fète jusqu'au 1 8 ;
mais après ce prince elle fut réduite à trois jours ,
et cessa le 17.
Les Chinois célèbrent au printemps une fète en
l'honneur de l'agriculture; ils promènent alow une
vache faite de terre , accompagnée de plusieurs
cnfans habillés en laboureurs , et portés sur des ta-
bles ; ce cortège est suivi et entouré de musiciens.
Ifs en ont aussi une autre dans l'automne (n' 6) ,
pendant laquelle ils portent des lanternes > des trans*
parens et d'énormes poissons de papier. Quatre
hommes soutiennent une table garnie de fruits ,
sur laquelle une jeune fille se tient debout sur une
branche d'arbre , ayant a côté d'elle une autre petite
fille, et en avant un jeune enfant habillé en vieil-
lard. La marche est ouverte par des musiciens et
par des gens qui tirent des pétards toutes les fois
qu'on s'arrête. Les habitans devant lesquels passe
cette espèce de procession , dressent des tables gar-
nies de fntits , de bétel et de tabac, et en offrent' à
tous ceux qui composent le cortège.
Àa 3
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374 OBSERVATIONS
Une fête très-agréable est celle que Ton tait au-
cinquième jour de la cinquième lune. Un man-
darin , dit-on , recommandable par ses qualités et
fort aimé , s'étant noyé jadis , les habitans mon-
tèrent dans des bateaux et le cherchèrent pendant
long-temps : c'est à cet événement qu'on rapporte
l'origine de cette ft te , appelée Ta-long-tchouen
(n.' 2 } J.
On se sert dans cette occasion de bateaux longs
et étroits, qui sont peints, ornés de figures de dra-
gons et de banderoles , et contiennent jusqu'à
soixante rameurs et plus. Ceux-ci manœuvrent
au son d'un tambour et d'un bassin de cuivre, sur
lesquels on frappe avec plus ou moins de préci-
i
pitation , selon qu'il est nécessaire d'accélérer ou
de ralentir la marche, car souvent ils se défient
entre eux. Dans ces circonstances , ils vont avec
une grande rapidité, cherchent a se dépasser, et
se heurtent, s'abordent ou chavirent même; de
sorte que plus d'une fois on en a vu plusieurs se
noyer : aussi les mandarins , pour prévenu de sem-
blables accidens , ne permettent pas toujours de .
célébrer cette fête.
A la même époque , les Chinois cuisent du riz
dans des feuilles de bananier. Ce riz est rouge en
dehors ; il est collant et forme une masse qui n'a
pas bon goût. Ces espèces de gâtea^ont une
forme triangulaire.
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SUR LES CHINOIS. 375
Les Chinois font, durant les mois de juillet et
d'août, de grandes processions, pour obtenir de
la pluie, ou pour demander aux dieux une bonne
récolte. Ih vont quelquefois fort loin, et portent
de petites chapelles et des banderoles. La musique
accompagne Toujours ces cortèges, qui sont nom-
breux. • • :
Outre ces processions , dans lesquelles on n'a
en vue que les biens de la terre , les Chinois en
font d autres uniquement en l'honneur des morts.
Ces processions ont lieu au printemps. La marche
est ouverte (n.° j ) par un bomme portant des pa-
piers dorés , et suivi par des musiciens et par des
enfans tenant a la main des figures d'hommes, de
chevaux et d'oiseaux en papier. Viennent ensuite
des hommes avec des lanternes , des banderoles
bleues et blanches , des parasols et des chapelles
de papier. Sept à huit bonzes, disant des prières ,
marchent derrière une petite pagode en bois , et
sont accompagnés par plusieurs personnes bien
habillées ou vêtues de deuil.
Les Chinois de, Macao célèbrent au milieu de
la septième lune une autre fête pour les morts ;
elle dure deux jours , et finit dans la nuit. Cette
fête étant dispendieuse, tous les habitans d'un quar*
tier se rassemblent pour faire les frais nécessaires
à l'élévation de la chapelle et au paiement de*
prêtres et des musiciens. L'édifice est peu de chose;
A a 4
37*6 OBSERVATIONS
il est fait de bamboux , couvert en nattes et s'en-
lève après la fète (n? 91 ). Trois bonzes officient
pendant la cérémonie ; ils sont rasés et appar-
tiennent à la secte de Fo ; ils ont des robes étoffes
grises , mais quelquefois noires. Le bonze prin>-
cipaJ porte en outre une écharpe rouge par-dessus
sa robe. Ces prêtres sont très-recueillis, et frappent
de temps en temps sur un bassin de cuivre en
faisant des prières. Lorsque le premier des bonzes
offre du riz aux dieux , il l'élève plusieurs fois avant
de le répandre ; mais lorsque c'est du vin , ii y
trempe auparavant ses doigts et en asperge la terre
devant et a côté de lui. Dans l'après-midi du Jour
ou la fête finit , les prières sont plus longues. Le
bonze s'embarque à la nuit dans un bateau ; ilfoh
le tour de la baie , jette des papiers , et lâche dans
la mer un crabe, action dont je n'ai pu apprendre
la raison : « c'est la coutume » , m'ont répondu les
Chinois , et ils ne m'ont rien dit davantage.
Vers les dix heures du soir on dresse deux
tables , dont une est plus élevée que Vautre. On
pose sur la première des offrandes consistant en
fruits ; on y met en outre deux petits vases et une
clochette : sur la seconde table on place un vase
et des chandelles parfumées. Le premier bonze y
avec son écharpe rouge et ayant sur la tête un
bonnet découpé (n? fi ), plus élevé du derrière que
sur le devant, galonné en or. et surmonté d'un gros
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SUR LES CHINOIS. 377
bouton à quatre faces plates ornées de petits mi-
roirs , se tient assis devant la table , ayant les deux
autres bonzes à sa gauche. Après avoir prié pen-
dant quelques momens , il s'attache derrière la tête
une bandelette à laquelle pendent deux longs ru-
bans marqués de caractères : ces rubans prennent
naissance auprès des oreilles et tombent sur sa poi-
trine ; il les prend de temps en temps entre ses
doigts , les élève à la hauteur de ses yeux , et les
laisse retomber après avoir prié. Vers la fin de la
cérémonie , on fait une espèce de cône en terre
humide, dans lequel on plante an grand nombre
de chandelles parfumées : on brûle ensuite un che-
val de papier , et on pratique , à peu de distance
de la chapelle , plusieurs senriers bordés par de
petits monticules de sable , sur lesquels on met
également des chandelles parfumées. Le bonze se
promène dans ces intervalles , et récite des prières.
Pendant le temps que dure la ftte , les musiciens
jouent des instrumens et font un bruit extraordi-
naire , qui ne cesse que le second jour vers les
deux heures de la nuit que la cérémonie est achevée
et que chacun Se retire chez soi.
Les Chinois ont en outre plusieurs fêtes parti-
culières , par exemple , pour célébrer la soixantième
et la quatre-vingtième année de leurs parens; mais
ces fètes n'ont lieu que dans la famille.
37# OBSERVATIONS
CARACTÈRES ; ÉCRITURE.
L'ÉCRITURE , chez les Chinois, ne fut dans
rorigine r que la représentation ou plutôt le simple
trait des choses que îes hommes avoient devant
les yeux; ainsi la figure d'un oiseau voulut dire un
oisrau. Mais ce moyen, qui étoit bon pourfendre
des objets visibles , ne pouvoit suffire pour ex-
primer les idées abstraites ; il fallut donc inventer
de nouveaux signes , ou combiner ceux qu'on avoit
déjà, afin de peindre, pour ainsi dire , îa pensée,
et de fa représenter par les images d'êtres sen-
sibles, ou par lés symboles d'êtres invisibles.
Peu-à-peu les caractères se composèrent oTune
suite de figures que l'art et le hasard invemèrenr.
Dans le principe le nombre en fut très- borné %
mais il s'accrut Beaucoup dans la suite d'après les
besoins, les notions nouvelles et le développement
des vices et des vertus, qui sont une suite néces-
saire de l'accroissement de la population.
Cest cet assemblage de caractères que \es an-
ciens Chinois distribuèrent en six classes appelées
Lo-chou (a) ;
(a) Plusieurs missionnaires ont employé , au lieu du terme
Lo-chou , ceux de Lieou-ly ou Lieou-y ; mais c'est par erreur .
car les Chinois entendent par ces expressions , les six arts pri-
mitifs, qui sont, suivant tes uns, l'agriculture, l'arpentage, !<■
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SUR LES CHINOIS. J75>
Savoir , i .° Siang-hing [ image et symbole ]. Cette
classe comprenoit deux sortes de caractères. : la
première, ceux qui formotent une image, cest-à-
dire , qui peignoient les objets qui tombent sous les
sens ; ainsi un vase signifia un vase : la seconde ,
ceux qui représentoient , soit métaphoriquement ,
soit aHégoriquement , les idées qu'on attacboit à
certaines figures , ou qui avoient quelque rapport
avec elles ; un cœur , par exemple , exprima V amour
et Yaffection. Cette classe renfermott a peine deux
cents caractères , qui suffirent néanmoins pour
composer tous les autres.
2. 0 Tchy-sse [indication delà chose]. Cette classe ,
beaucoup plus nombreuse que la première , com-
prenoit les caractères qui avoient un sens très-
é tendu , c'est-à-dire, qui, non - seulement si^
gnifioient ce qu'ils représentoient , mais encore
recevoient toutes les significations que la pensée
pouvoit donner à leurs figures. Des herbes et de
l'eau sur un champ dénotèrent une terre maréca-'
gruse, trois hommes placés les uns après les au-
tres exprimèrent X action de suivre, la ligne simple
marqua f unité et la perfection.
3. 0 Hoey-y / jonction d'idées ]. Cette classe conte-
noit les caractères qui indiquoient un rapport d'idée»
«
calendrier, l'architecture, les manufactures et la navigation; et
suivant les autres , la musique, les cérémonies, l'arithmétique ,
iVxritnre, fart de se battre et la navigation.
38O OBSERVATIONS
avec les mots dont ils étoient composés , c'est-à-
dire , qui exprimoient ce qu'un seul caractère ne
pouvoit rendre. Bouche et chien signifièrent aboyer;
parole et porte voulurent dire f interrogation ; cœur
et mourir marquèrent Youbli ; un homme placé sur
un champ figura un village,
4.° Kiay-yn / explication par le son J. Cette classe
naquit de la difficulté qu'il y avoit à représenter
exactement les différentes espèces d'animaux. Pour
éviter cet embarras , on imagina de placer à côté
de la figure d'un animal un caractère dont le son
en désigna particulièrement l'espèce. La figure d'un
oiseau avec le caractère Ya , exprima un canard;
celle d'un poisson avec le mot Ly , désigna une
carpe , et l'image d'un arbre , avec Pe ou Liou,
représenta un cyprès ou un saule.
î .° Kia-tsie [idée empruntée, métaphorique]. Cette
classe, qui faisoit passer au figuré, la signification
simple d'un caractère, a jeté de l'obscurité dans la
langue Chinoise , parce que le sens figuré d'un
mot n'a pas toujours d'analogie, au moins sensible,
avec le mot primitif. Dans cette classe, tour re-
présentoit en même temps une tour et Y immobilité,
salle se prenoh pour mère , maison pour épouse, le
soleil et la lune signifi oient éclairer, arbre et cou-
teau, corriger. 1
6\° Tchouen - tchou [extension , développement].
Cette classe comprenoit les caractères dont la
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SUR LES CHINOIS. 381
signification changeoît suivant ia position delà clef,
et ceux dont la signification s'étendoit à tous fes
sens que ie caractère pouvoit représenter. Un cœur
placé au-dessous du caractère d'esclave, exprima
la colère, et un cœur mis à côté du caractère de
maître , désigna V application ; le caractère Chan ,
écrit seul , voulut dire une montagne ; doublé , if
signifia une chaîne de montagnes ; et lorsque ces deux
caractères forent surmontés d'un troisième , ils fi-
gurèrent une montagne élevée : cette classe comprit
aussi tous les caractères qui se rapportoient à la
morale, à l'histoire , aux mœurs, aux usages , aux
traditions anciennes et aux préjugés.
Pour la morale , l'oreille a côté du cœur si-
gnifia la pudeur, la honte ; un tigre sur un cœur ,
convoitise ; un homme qui s'en va et parole , vaines
promesses ; fille et pensée , irrésolution,
Pour Fhistoire, arc et chasse dénotèrent les
peuples du nord ; homme et troupeau, les peuples
d'occident ; l'empereur Yao et parole , discours
religieux; Yao avec soleil, savoir éminent, et avec
alimens , nourrir le peuple ; homme sous le ciel ,
première origine.
Pour les mœurs et les usages , les mots ancien ,
se servir et vin , désignèrent la défense de boire ; cris
et cadavre , enterrer ; vin et cachet , mariage , la
coutume étant de présenter du vin à l'épouse ;
habit et hallebarde , habit court, les soldats ayant
382 OBSERVATIONS
l'habitude de porter les habits courts; feu et tigre
chasse aux tigres , cette chasse se faisant ia nuit et
aux flambeaux. • •
D'après les traditions et lés préjugés, dix et
bouche signifièrent les anciens ; vieux et parole" ,
discours instructif ; vieux et limite, certain.
Telles sont les six classes sous lesquelles tes
anciens Chinois rangèrent leurs caractères ; idée
ingénieuse et qui donne l'explication non -seule-
ment de ces mêmes caractères , mais qui fait voir
comment les premiers hommes sont parvenus peu-
à-peu à rendre leurs pensées. On doit piger qu'il
fut facile de peindre un arbre , un oiseau , une
montagne ; mais la difficulté fut très- grande lors-
qu'on voulut exprimer une chose idéale.On associa
alors plusieurs figures , on les combina les unes
avec les autres ; enfin on parvint à former des ca-
ractères qui , s'ils ne représentèrent pas très-exac-
tement ce qu'on s'étoit proposé , furent néanmoins
adoptés et confirmés par l'usage et l'habitude. Mais
cette écriture hiéroglyphique, ou plutôt cette pein-
ture , présentoit des inconvéniens et des difficultés.
On ne tarda pas à s'en apercevoir, et l'on chercha
à les éviter. Dès ce moment, l'écriture ou les ca-
ractères subirent des changemens ; on travailla pen-
dant long-temps à les corriger , et ce ne fut pas sans
peine qu'ils parvinrent enfin à l'état de perfection
où ils. sont maintenant.
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SUR LES CHINOIS. 383
Les Chinois ne sont pas d'accord sur le véritable
auteur de l'écriture (a) ; les uns pensent que c'est
Fo-hy, qui régnoit 295 3 ans avant J. C. ; d'autres
soutiennent que c'est l'empereur Sse-hoang, qui
vivoit avant ce prince ; mais le plus grand nombre
s'accorde à regarder comme l'inventeur des carac-
tères, un mandarin civil àppeié Tsang-hie (b) , qui
existoit sous le règne de Hoang-ty, 2698 ans
avant J. C.
Les écrivains qui attribuent cette invention à
l'empereur Sse-hoang, assurent qu'il n'exista ja-
mais sous Hoang-ty t de mandarin civil nommé
Tsang-hié ; ils prétendent que l'erreur provient
de ce que, dans le Che-pen, où il est parlé de Sse*
hoang-tsang-hié , le commentateur Song-tçhong a
fait mal -à -propos de Tsang-hié un mandarin de
Hoang-ty , et que les écrivains postérieurs ont con-
fondu le texte avec le commentaire. En effet, l'em-
pereur Sse-hoang avoit pour surnom Hié, et il
est appelé très-souvent Tsang-hié. Le roi Vou-
hoay , fit graver dans la suite les caractères tle
Tsang-hié sur $a monnoie, et Fo-hy les mit depuis
usage dans les actes publics : or, ces trois mo-r
«arques ayant existé avant Hoang-ty , l'invention
des caractères ne date plus de ce dernier prince f
mais remonte beaucoup plus haut.
(a) On se servoit autrefois Hc cordelettes.
(h) Plusieurs ont prononce Kié ou Shié.
uigmze
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384 OBSERVATIONS
Quelle que soit la date de l'origine de récri-
ture, et que Tsang-hié ait vécu avant ou du temps
de Hoang-ty, c'est lui que les Chinois regardent
comme Fauteur des caractères. Des traces (Toiseaux
imprimées sur le sable , lui en ayant donné la
première idée , il appela ces caractères Niao-ky-
tchouen [lettres imitant les traces des pieds des oi-
seaux] ; mais comme ils avoient aussi de la res-
semblance avec un animal du Midi appelé Kho-
theou , on les nomma Kho-theou-tchouen f lettres
en forme de têtards ]. Cest de ce dernier nom que
Ton se sert pour désigner Jes anciens caractères
usités sous les trois premières familles : on n'en
comptoit dans le principe que cinq cent quarante ;
mais on en perdit plusieurs par la suite, car Ouen-
hengditque, du temps de l'empereur Ou -ty des
Han , quelqu'un ayant trouvé dans une maison qui
avoit appartenu a Confucius , des caractères an-
tiques ressemblant à des têtards , personne ne put
les expliquer.
Cette première écriture , inventée paiTsang-\ûé ,
dura jusqu'à Siuen-vangdesTcheou , 826 ans avant
J. C. , époque où le président des historiens , nom-
mé Chy-tcheou , rangea les caractères sous quinze
classes, appelées Ta- tchouen-tse : Tempereur let
fit graver sur dix tambours, dont neuf sont encore
conservés au collège impérial de Peking.
Chy-hoang-tydesTsin, qui régna l'an 2.46 avant
J.C.,
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SUR LES CHINOIS. 385
J. C. , en prenant pour base les cinq cent qua-
rante caractères antiques , fit faire une réforme
des Ta-tchouen , par Ly-se , son premier ministre ,
qui en composa de nouveaux qu'on nomma Siao-
tchouen-tse.
Tchîng-miao, qui a voit travaillé avec Ly-se à
la confection de§ Siao-tchouen , en changea bientôt
la forme , et de courbés qu'ils étoient, il les rendit
droits , et leur donna le nom de Ly-tse.
Sous Eui-chy-hoang-ty , successeur de Chy-
hoang-ty, 2.06 ans avant J. C. , les tribunaux
firent de nouvelles corrections dans les caractères ,
auxquels on donna le nom de Kiay-chou ; fa facilité*
de ies tracer les répandit insensiblement dans tout
l'empire.
Quatre-vingts ans après J. C. , sous Tchang-
hoang-ty des Han , on inventa de nouveaux carac-
tères , qui furent nommés Tsao - tse [caractères
d'herbes] ; mais ils ne furent en vogue que sous
la dynastie des Tsin , qui succéda à celle des Han.
Ces caractères défigurent les mots , et ne sont
plus d'usage que pour l'écriture courante. Il étoit
réservé à la dynastie des Heou-han , ou Han pos-
térieurs t qui ont régné depuis l'an 24 de J. C.
jusqu'en 264, de perfectionner l'écriture et de lui
donner la forme qu'elle a conservée jusqu'à pré-
sent. Sous cette dynastie Lieou - te , voyant la
difficulté qu'il y avoit à former les caractères ,
TOME 11. B b
3$6 OBSERVATIONS
imagina une nouvelle manière d'écrire, qui, en
conservant aux caractères leur première origine,
lefr débarrassoit néanmoins de leur ressemblance
pittoresque avec les objet» qu'ils exprimoîent.
Les différentes manières d'écrire se bornent donc ,
i.° au Kho-theou, qui est la plus ancienne écri-
ture ; 1.° au Ta-tchouen-tse , qui a duré jusqu'à
la 6n des Han ; 3. 0 au Siao-tchouen y au Ly-tse,
et au Kiay-chou , inventés sous Chy-hoang-ty , et
son successeur ; 4-° au Tsao-tse , qui eut cours
sous les Han et sous les Tsm; 5. 0 au Hing-chou,
qui est l'écriture actuelle (a).
• L'écriture Hing-chou est composée suivant le*
règles des Lo-chou ; et Lieou-te , en inventant les
nouveaux caractères , leur conserva l'esprit et h
système des anciens. Mais ces caractères modernes,
s'ils sont plus faciles et plus commodes à écrire ,
ont perdu beaucoup et ne parlent plus aux yeux
aussi bien que ceux dont on faisoit usage aupa-
ravant , parce que , pour leur donner une propor-
tion plus symétrique ou plus agréable , on en a
défiguré plusieurs. j
Un autre inconvénient de ces caractères, c'est
qu'ils demandent beaucoup de soin, sort dans la
*
(a) Les Chinois ont, en outre, des écritures d'une forme singu-
lière. L'empereur Kien-long s'est servi pour l'impression de ion
poème intitulé la ville de M ou fui ru , de trente-deux espèces de ca-
ractères difôrens. Eloge de Moukden , page / }t.
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sur les chinois; 387
composition , soit pour, récriture , car un trait de
plus ou de moins suffit pour en changer totalement
Ja signification. Cestdoncà tort que quelques per-
sonnes ont avancé qu'un caractère Chinois pouvoit
être entendu, qu'il f&t bien ou mal écrit : cette as-
sertion prouve qu elles ignoroiem la formation des
caractères Chinois.
L'écriture Hing-chou est composée de six traits
élémentaires , avec lesquels on peut écrire tous les
caractères. Ces six traits radicaux, joints à deux
cent huit caractères primitifs , composent les deux
cent quatorze clefs Chinoises sous lesquelles tous
les caractères sont classés. Plusieurs auteurs ont
cru que leur nombre s'éievoit à près de quatre-
vingt mille, mais ils se sont trompés.
On comptoir dans le principe dix mille carac-
tères. Le dictionnaire Chue-ven , fait par Hiu-tchy ,
sous Ho-ty des Han, Tan 89 de J. C, et les autres
dictionnaires composés d'après lui, n'en contien-
nent que de huit à dix mille : cependant plusieurs
circonstances occasionnèrent une augmentation
dans les caractères. Un certain Yang-yong en
ajouta cinq cents , et les liaisons des Chinois avec
les peuples de l'ouest, obligèrent le général Pan-
tchao et son frère Pan-kou d'en former encore de
nouveaux. L'arrivée des bonzes de Fo augmenta
bien davantage le nombre des caractères ; car ,
sous les Heou-Ieang , le bonze Hing-Hiun fit voir
B b 2
388 OBSERVATIONS
que la langue Chinoise s'éjoit enrichie de vingt-snc
mille quatre cent trente mots. Dans fa suite , les
Tao-tse ne voulurent pas céder aux prêtres de Fo
dans ce genre d'innovation ; de sorte que fan
1090 de J. C, Se-ma-kouang offrit à Gin-tsong
un dictionnaire composé de cinquante-trois mille
cent soixante-cinq caractères , dont vingt-un mille
huit cent quarante- six sont doubles pour le sens
et fa signification. Ainsi , il est évident qu'il n'existe
pas quatre- vingt mille caractères , et que Ton peut
en retrancher près de la moitié, dont encore il suffit
de savoir dix mille pour bien comprendre tous les
livres.
Il ne faut pas cependant s'imaginer que ces drr
ou trente mille caractères soient rendus chacun
par un son particulier ; les sons , au contraire ,
sont en petit nombre. Le père du Halde en compte
trois cent trente , M. Barrow trois cent quarame-
deux , et plusieurs sa vans missionnaires trois cent
soixante-quatre. Si ces auteurs diffèrent entre eux >
cela provient seulement de la différence de pro-
nonciation . Mais quel que sort le nombre exact
des sons , il est évident qu'étant très - borné , il a
fallu trouver un moyen de les multiplier ; c'est
pour cette raison que les Chinois ont inventé cinq
tons simples et cinq tons gutturaux , à Faitfe des-
quels un caractère peut se prononcer de plusieurs
manières différentes.
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SUR LES CHINOIS. 385)
On distingue deux seuls tons principaux , Ping
et Tse ; le premier est égal , c'est-à-dire sans éléva-
tion ni abaissement ; le second s élève, s'abaisse ou
se raccourcit.
Le premier ton , Ping , se subdivise en deux :
Ping-ching [uni, égal et eiair]; Hia-ping [uni,
bas et obscur ].
Le second ton , Tse , se partage en trois :
Chang / élevé J, fa voix est haute d'abord et finit en
baissant; Khuu [ traînant] , la voix est basse dan»
le principe , et monte en finissant ; Je / pressé ou
rentrant ] ; ce ton est le même que le précédent ,
excepté que la voix est brève et rentrante ; mais
l'addition de ces tons , soit bas , soit élevés, n'ayant
donné que mille quatre cent quarante -cinq, et
suivant quelques auteurs, mille cinq cent vingt-
cinq manières différentes de prononcer*, elles n'ont
pu suffire à la prononciation de tous les carac-
tères : aussi en existe-t-il un grand nombre dont
le son est semblable. Cette difficulté, cependant,
qui paroît considérable au premier moment , dis-
paroît , lorsqu'on réfléchit que dans l'écriture les
caractères ne sont pas les mêmes , et que dans
le discours- le sens de la phrase en indique la
signification.
Les Dictionnaires Chinois sont rangés ou par
tons ou par clefs. Les dictionnaires par clefs por-
tent en tête les deux cent quatorze clefs rangées
Bbi
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35>0 OBSERVATIONS
par ordre de traits , c'est-à-dire , en commençant
par la clef composée b?un seul trait , et continuant
jusqu'à celle qui en a dix-sept. Tous les caractères
existant dans la langue Chinoise , sont ensuite dis-
tribués sous celles des clefs auxquelles ils appar-
tiennent, en observant à leur égard, pour les traits
qui les composent , le même ordre que pour les
clefs.
Lorsqu'on veut donc trouver la prononciation
et la signification d'un caractère quelconque , il
faut premièrement découvrir dans ce même carac-
tère la clef principale , puis chercher sous cette
même clef la place qu'occupe ce caractère d'après
le nombre de ses traits, et Ton a sa signification;
mais dans les dictionnaires faits par les mission-
naires , et qui sont composés conformément au
système de» Chinois , il y a nécessairement une
troisième opération , qui consiste , pour avoir fex-
pfication du caractère, à aller le chercher dins h
table des sons , suivant la prononciation indiquée
sous le caractère déjà trouvé.
Les Chinois ont pareillement composé des
dictionnaires dans lesquels ils enseignent la ma-
nière de trouver la prononciation. Pour avoir, par
exemple , la prononciation du caractère Jin , ils
écrivent les mots Jou et Lin , et ajoutent le raoi
Tsie [ couper] ; ce qui signifie qu'après avoir retran-
ché ou de Jou , et la lettre L de Lin , il faut joindre
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SUR LES CHINOIS. 39!'
J et in pour avoir la prononciation Jin. Cette
méthode est extrêmement défectueuse.
Quoique les clefs sous lesquelles sont rangés
les caractères, influent jusqu'à un certain point
sur* leur signification , ou plutôt quoiqu'elles en
donnent Tanalogte , il ne faut pas cependant s'ima*
giner que Ton acquiert la connoissance des mots
par celle qu'on a des clefs ou des parties qui le*
composent ; et si l'on peut parvenir quelquefois ,
par ce moyen , à trouver la signification d'un ca-
ractère , on court risque de se tromper dans Je
plus grand nombre.
STYLE.
Les Chinois ont plusieurs manières de com-
poser, c'est- à - dktft;, .différentes sortes de styles;
savoir, i.° le Kou-ouen , 2. 0 le Ouen-tchang,
3. 0 le Kouan-Hoa, 4-° le Hjang-tan.
Le Kou-ouen est le style des King ( a)*
(a) On compte cinq King; savoir : l'Y-king , ou explication
des Koua de Fo-hy ; le Chouking , ou fragment considérable de
l'histoire ancienne rédigée par Confucius ; ie Chy-king * ou re-
cueil de poésies ; le Lyky , ou compilation de loix, de cérémo-
nies, d'usages, et de maximes de Confucius recueillies par les
disciples de ce philosophe .; le Tchun - csieou , ou annales du
royaume de Lou, composées par Confucius.
Plusieurs Chinois ne regardent comme véritables King que les
trois premiers.
Il y a encore des King du second ordre , ce sont, t.* les
Bb4
392 OBSERVATIONS
Le Ouen-tchang est le style des compositions
élevées. •
Le'Kouan-hoa est le langage des mandarins,
des lettrés et de toutes les personnes instruites.
Le Hiang-tan est le patois ou le langagé^du
peuple. •
Le Kou-ouen se subdivise en trois sortes : le
Chang-kououen , qui est un style concis et rempli
d'images : c'est celui des King et de quelques
anciennes descriptions ; le Tchong-kou-ouen , qui
est le style des ouvrages composés depuis les
King jusqu'à l'incendie des livres par Chy-hoang-
ty, en 213 avant J. C. ; et le Hia-kou-ouen , qui
est le style des livres faits depuis les Han jusqu'à
la fin de la dynastie des Son g,. Ces deux derniers
styles approchent de celui* deflCing ; mais il y a
une différence : on peut la comparer à celle qui
existe en peinture , entre Forigmal d'un grand
maître et la copie faite par une main habile.
Le Ouen-tchang n'est pas aussi laconique que
■ « — 1 —
Ssc-chou , ou ics quatre livres de Confucius ; savoir : le Ti-hio
/ la grande science ] , le Tchong yong [ le Juste milieu J , le Lun-ya
f discours et paroles ] , et les ouvrages de Meng-tsc ;
a.° Les deux livres sur les rites de la dynastie des Tcheou ;
j.° Les livres de la piété filiale, le livre intitulé Tao-tc-king,
le Tsou-tsc et le Chan-hay-king, pour la poésie ;
4. 0 Les trois anciens commentaires du Tchun-tsieou ;
5. 0 Les ouvrages de Se-ma-tsicn et de quelques autres auteu».
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I
SUfc LES CHINOIS. 303
le Kou - ouen ; mais il est plus fleuri et plus
recherché. II faut , pour bien écrire en Ouen-
tchang, connoître parfaitement la formation des
caractères , et savoir distinguer ceux que les Chi-
nois appellent morts ou vivans , pleins ou vides.
Dans TOuen-tchang , un écrivain doit chercher de
préférence les caractères qui fortifient la pensée,
i embellissent et ia rendent , pour ainsi dire , pal-
pable. Veut- il exprimer, par exemple , que l'em-
pereur est mort ! II ne se sert pas du mot ordi-
naire Sse / mourir ] , il emploie de préférence le mot
Pong/ montagne qui se fend et s'écroule J, parce que ce
caractère peint et rend avec énergie toute l'étendue
de l'idée que se fait Fécrivain de la mort d'un em-
pereur. II peut encore , en parlant de cet événe-
ment, se servir du terme Pin-tien [un hôte est entré
au ciel J. Cette expression plus douce remplit le
même but , sans émouvoir cependant le lecteur
aussi fortement que la première.
Le juste emploi de ces mots demande beaucoup
de talens , et le choix en est difficile dans la langue
Chinoise, dont la richesse et l'abondance nuisent
souvent à la clarté du discours. L'arrangement des
tons nécessite également un grand travail ; car un
écrivain qui ne veut pas que son livre soit rejeté
avec dédain , doit éviter attentivement que le même
son frappe l'oreille plusieurs fois de suite : enfin ,
une composition en Ouen- tchang parfaitement
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3p4 OBSERVATIONS
faite et bien écrite , est un morceau qui exige beau-
coup de soins et de connoissances.
Le Ouen-tchang demande à être écrit, et non à
être parlé ; quoiqu'il soit moins concis que le Kou-
ouen , et qu'iL emploie quelquefois des particules
de temps , de nombre ou de conjonction , le sens
de la phrase déterminant seul le verbe ou l'adjectif
dans le Ouen-tchang , on conçoit que le discours
parlé seroit souvent obscur, puisque les ouvrages
écrits dans ce style sont eux-mêmes sujets à être
commentés différemment.
Le Kouan-hoa est beaucoup plus étendu que
le Ouen-tchang ; ce style acquiert plus ou moins
de force et de clarté, suivant le génie de celui
qui parle. Il admet des synonymes, des prépo-
sitions , des adverbes , des particules , enfin tout
ce qui peut lier -le discours , le rendre clair, ex-
pressif, et le mettre à la portée de tout le monde.
L'arrangement des mots y est plus simple et plus na-
turel , les temps sont variés et le sens est plus intel-
ligible ; mais en même temps le Kouan-hoa perd U
être écrit, et ne convient que pour le langage.
Le Hiang-tan n'est qu'un Kouan-hoa corrompu ;
c'est un patois qui varie suivant les provinces et
suivant les cantons. Les Chinois instruits savent
parler celui de l'endroit où ils sont nés , mais ils
n'oseroient s'en servir pour converser avec def
mandarins ou avec des lettrés.
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SUR LES CHINOIS. 395
II n existe à la Chine que deux manières de
parler, c'est en Kouan-hoa ou en Hiang-tan ; et
comme il est reçu que les gens en place ne peuvent
faire usage que du premier, il est évident qu'on
s'exprime également bien à Peking, à Quanton
et dans les autres villes de la Chine : la seule dif-
férence n'existé* que dans la prononciation. II y a
certaines provinces où l'on prononce mieux', prin-
cipalement dans le Kiang-nan ; mais la manière
de prononcer plus ou moins •fortement n'influe
pas sur le Kouan-hoa , elle agit seulement sur le
son.
La prononciation de la langue Chinoise est très-
difficile ; elle ne peut s'apprendre que dans le pays
même , et il faut une oreille extrêmement sensible
pour saisir toutes les nuances ou inflexions occa-
sionnées par les cinq tons , soit simples , soit
gutturaux , soit aspirés , qui différencient le son
de chaque caractère.
Les Chinois n'ont pas le b, le d, Tr f Vx et le
^ ; Us rendent le q et le c par la lettre k ; ils n'ont
aucun mot commençant par a ou par c, et tous
leurs mots finissent par les voyelles a , c, i , 0, u,
tu, et par tes consonnes n, ng et /.
Les lettres ch , f, g , j , l, m,n, s, v, y, sont
simples et sans aspiration ; les lettres k, p , t,
tch t ts, sont simples ou aspirées.
La lettre h est gutturale ou sifflée : elle est
39^ OBSERVATIONS
gutturale dans les mots où ïk est suivie de a , e , o,
oa, ou, ong ; elle est sifflée dans ceux qui ont un i
après ïk. Nous n'avons pas en françois de lettre
qui ait le même son que ïk gutturale des Chinois ,
et notre r est la seule qui en approche le plus; mais
ïk gutturale des Chinois est parfaitement rendue
par ïx des Espagnols ; par exemple , dans le mot
Don Quixote.
L'k sifflée peut se rendre en françois en mettant
une s avant ïk : Shien [ ville]. Les miss ionn aire î
qui ont été à la Chine ont éprouvé beaucoup de
difficultés pour rendre tous les tons diflférens , et
pour écrire ou exprimer exactement l'équivalent
des sons Chinois. Ces hommes sa vans et inrati-
gables n'étant pas tous de la même nation, ont
dû nécessairement les écrire d'une manière non
uniforme ; aussi l'orthographe de tous les diction-
naires est loin de se ressembler.
GRAMMAIRE (a).
Dans les compositions d'un style é\e\é , \es
Chinois ne déclinent aucun nom et ne conjuguent
aucun verbe. Un mot peut être pris en même
temps pour un verbe, pour un nom au pour un
(a) J'avois fait une grammaire de la langue Chinoise yovr
être placée à la tête du dictionnaire; mais l'impression de cet
ouvrage paraissant abandonnée, je me bornerai ici à donner une
légère idée de la grammaire, en la dégageant des caractères
Chinois et des accens qui différenciait ks mots.
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SUR LES CHINOIS. 397
adverbe. La position du mot fait le verbe ou le
substantif, et rend ce dernier déclinable.
Si Ton jette les yeux sur les ouvrages de Con-
fucius , on verra qu'il n'y a rien de fixe : mais
cette manière d'écrire, bonne pour les livres , ne
pouvant, suffire dans, le discours, les Chinois on,t
ajouté des particules qui marquent les cas dans les
noms et les temps dans les verbes ; ils ont employé
des adverbes et des prépositions , enfin ils ont fait
entrer dans le discours tout ce qui pouvoit servir -
à le lier , et à rendre le sens plus net , plus précis
et plus facile à comprendre.
■
Substantif.
Le nominatif se rend par un mot simple : par
exemple , Fong [ le vent /. Quelquefois les Chinois ,
*Ur-tout ceux des provinces du nord, ajoutent Jes
mots Teou , Tse , Eul ; mais si l'on veut parler
avec élégance , on n'en fait pas usage. Le nojnn
natif se place près du verbe et le précède.
Le génitif se distingue par les particules Ty et
Tchy ; mais on les sous-entend lorsque le sens de
fa phrase est assez clair. Dans ce cas, on place
en avant le mot qui est dans la dépendance : Kiar
tchou [ de la maison le maître ].
Le datif est caractérisé par les particules Yu
et Y ; elles précèdent le substantif, mais souvent
on les omet : Ny-kiao-ngo [ enseignez-moi].
39S OBSERVATIONS
L'accusatif ne se distingue que parce qui/ est
placé après le verbe , ainsi que dans h phrase
ci-dessus ; il y a cependant certains verbes qui sont
précédés par l'accusattf
Le vocatif emploie les particules Ya et Tsay. La
première sert dans les exclamations : elle est peu
usitée dans le discours ; mais elle s'emploie , ainsi
que la seconde, dans les compositions.
L'ablatif se forme avec certaines particules qui
précèdent toujours le verbe : Ny-tong-ta-kuu
f avec lui alle\ ]*
Le pluriel se rend par Men et Teng , qui se
placent après les mots. Men sert pour toutes sortes
de noms ; Teng est employé pour faire le pluriel
de Ngo [moi] , et donne en même temps plus
d'extension au mot.
Les Chinois ont aussi une autre manière de
former le pluriel , en mettant avant ou après les
mots des particules qui expriment quunàté : Jin-
kiay ou Jin-tou / homme en totalité ]. *
-
■
Adjectif
L'adjectif n'est sujet à aucune concordance a\ec
le substantif, mais H le précède presque toujours :
Hao- jin / un bon homme ]. S'il vient après , on met le
mot Ty : cependant lorsqu'on emploie des adjectifs
synonymes, il est plus élégant de supprimer ce
dernier mot ; Fou-kouey-jin [ un riche homme J.
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SUR LES CHINOIS.
399
Comparatif.
Le comparatif est formé chez les Chinois par
différentes particules , dont les unes servent dans
fes compositions , et les autres dans le discours ,
Keng-hao {meilleur ]; mais elles occupent diverses
places , car il est bon d'observer que dans la langue
Chinoise la position d'un mot apporte une grande
différence au sens de la phrase : Ta-y-tche f plus
grand d'un pied ] , Y-tche-ta / grand d'un pied /.
Superlatif.
Le superlatif se forme en plaçant avant ou après
les mots certaines particules qui expriment beau-
coup, ou en répétant l'adjectif et le faisant suivre
par fe mot Ty : Hao-hao-ty / tres-bienj.
Les Chinois emploient aussi des particules
pour exprimer le sexe chez Jes hommes ; Nan-jin
/ un homme J, Nuu-jin / une femme ]. Pour les ani-
maux , ils en ont d'autres; Kong sert pour expri-
mer ie mâle chez les animaux à quatre pieds, et
Mou les femelles. Hiong et Kio servent pour le
mâle des oiseaux , et Mou et Tse pour leurs
femelles ; mais ce qui est plus difficile dans la
langue , c'est que les particules pour exprimer le
genre , les noms de profession , pour marquer le
nombre de quelque chose, sonr en grande quan-
tité , et ne peuvent pas s'employer indifféremment :
4oO OBSERVATIONS
Y-py-ma [un cheval], Y -ko-jin [un homme] , Y-mey-
tchin / une aiguille ].
Pronoms personnels.
Ngo [moi] , Ny [toi] t Ta ]/ui],Ky [soi-même/*
Ce dernier n admet pas de pluriel ni de particule
pour désigner un cas quelconque. Tsin [propre],
et Tchy / lui], ne s'emploient que dans les com-
positions.
Pronoms possessifs,
La langue Chinoise n'a pas , à proprement
parler , de pronoms possessifs ; elle les forme en
ajoutant Ty aux pronoms personnefs.
Pronoms démonstratifs.
Tche et Na signifient celui, celui-là ; on ajoute
ordinairement la particule Ko ; Tche-ko / cela ], à
moins que le substantif n'ait pas lui-même une
particule numérique.
Pronoms relatifs.
Ty et Tche signifient lequel , celui qui ; tve s«
placent qu'à la fin du membre de la phrase. Ty est
d'un grand usage ; Tche sert dans les compositions,
ou lorsqu'on veut s'exprimer avec élégance.
Les Chinois ont d'autres mots qui ont la même
signification que les pronoms , mais qui se placent
en avant des mots : Mey r ko [chacun] , Souy-nien
[chaque année].
VERBES.
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SUR LES CHINOIS. ^Ot
VERBES.
Les Chinois ne conjuguent leurs verbes qu'avec
des auxiliaires; ils parlent assez souvent a la troi-
sième personne , sur-tout lorsqu'ils s'adressent à
des supérieurs : alors ils se servent du mot , votre
serviteur ou votre disciple; et s'ils parlent à des égaux,
ils se disent leur frère cadet ; s'ils interrogent, ils
s'expriment ainsi : votre seigneurie a-t-etle fait!
Les Chinois parient généralement d'une manière
obscure; ils recherchent les équivoques, et évitent
souvent de rendre entièrement leur pensée ; d'ail-
leurs le génie de la langue veut que Ton néglige
ce qui pourroit éclaircir le discours , et que Ton
dise beaucoup en peu de mots. La construction de
la phrase est extrêmement simple , et n'admet que
le présent, le futur et le passé; moi faire à présent,
moi faire demain , moi faire fini ; et si le sens indique
assez clairement le temps du verbe , on n'ajoute
rien pour le faire mieux connoître. II n'y a dans
la langue Chinoise que des verbes actifs et des
verbes passifs.
VERBES ACTIFS.
Temps présent.
Ce temps n'admet aucune particule auxiliaire;
Ngo-ngay [j'aime].
Prétérit imparfait.
Chy et Chy-tsie [lorsque] servent à marquer ce
temps ; Ngo-lay-chy [quand je venoisj.
TOME il. C c
4©2 OBSERVATIONS
Prétérit parfait.
On emploie, pour marquer ce temps, /es mots
Leao [finir] , Y [déjà] , et Yeou [avoir]; le pre-
mier mot suit le verbe, et les deux autres le pré-
cèdent : Ngo-ngay-leao [j'ai aimé].
Prétérit plusque- parfait.
On exprime ce temps avec Ouan-ieao et Kouo-
leao [déjà passé] , Ngo-kiang-kouo-leao [ je l'awis
déjà dit].
Futur.
Ou se sert, pour ce temps, des trois particule*
Hoey [bientôt], Tsiang [mt-à- 1 'heurt ] , Yao [je
veux] , Ngo-hoey-Khuu [j'irai] ; mais on les né-
glige dans les circonstances ou les mots indiquent
le temps; Ngo-ming-y-khuu [j'irai demain].
Impératif.
L'impératif n'a aucune partieufe : Ny-khuu [aller
vous-en]. Ort met quelquefois Khy [commencer/ après
le verbe; Kay-khy [ouvrer].
Optatif et subjonctif.
Ces modes se rendent par les mots qui expri-
ment le désir : Yuen [souhaiter] f et Pa-po-te [plût
à Dieu] ! Pa-po-te-Iay [je désire qu'if vienne ].
Prétérit imparfaiU
On emploie pour ces temps les mots suivans:
Jo [si] , Jo-chy [si cela étoit], Souy [quoique] \ Jo-
ta-lay [s'il fût venu].
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SUR LES CHINOIS. 4°î
futur.
On se sert , pour le futur du subjonctif , des mots
Tsay [ des que J , Fang [ lorsque ], Tsieou [aussitôt,
dans le moment] \, Ngo- tche-teao , Tsieou -khuu-
chouy [ après avoir diné , aussitôt il faudra que je
dorme ] ',
Infinitif.
L'infinitif se rend par fe verbe seul : Chouy
/ dormir] , Kay-chouy / il faut dormir],
Cérondif
Les gérondifs se forment avec les mots Ty et
Goey ; Fe premier placé avant fe verbe , et le second
après; Ngzy-ly [aimant] , Goey-khuu [pour aller].
"Participe présent.
Ce participe s'exprime avec la particule Ty ou
Tche; Ngay-ty ou Ngay-tche-jin [l'Homme aimant]»
Participe futur.
Le participe futur se forme en mettant une
des particules du futur avant le participe : Hoey ,
Tsiang, Yao , Fan-yao-ngay-tche-jin [celui qui sera
Mimant ].
VERBES PASSIFS.
II y a dans la langue Chinoise certains verbes qui
ont une signification passive ; tels que Pong-leao
/// fut abîmé] , Hoay-leao [ il fut détruit] ; mais gé-
néralement les verbes actifs deviennent passifs en
y ajoutant une particule.
C c x
4o4 OBSERVATIONS
Particules donnant la signification passive.
Chy doit être placé après le nominatif du verbe:
Ny-chy-ngay-tche-jin [vous êtes aimé].
So se met avant le verbe : Ny-so-ngay-ty fvour
êtes aimé].
Py se place devant le verbe et la personne qui
sourire ; Py-ta-leao / il fit fouetté ].
Tche s'emploie quand on parle des personnes;
Ty peut servir dans le même sens ; mais il s'emploie
plus ordinairement quand on parle de choses ina-
nimées.
Lorsqu'on parle impersonnellement , on ôte
Tche pour le remplacer par Ty : Chy-tchay-ty
[on a envoyé].
Ces particules ajoutées au participe actif, for-
ment le verbe passif.
Présent.
Ngo-chy-ngay-tche [je suis aimé].
Imparfait.
Ny-py-sien-seng-so-kiao-ty-chy-tsie [quand voa*
itie^ enseigné par le maître].
Parfait.
Ta-py-ta-leao [il a été battu ].
Plusque-parfait.
Ngo-py-ting-ouan-leao [quand /avois été entendu].
Futur.
Ny-men-tsiang-py-ta [vous sere^ battu].
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SUR LES CHINOIS; 4^5
*
Impératif.
Ny-goey-ngay [sois aimé].
Optatif et subjonctif
Ngo-yuen-py-fbu-tsin-so-ngay-ty [plût à Dieu
que je fusse aimé de mon pire] ! Yo-chy-ny-chy-so-
ngay-ty [ s'il arrive que vous soye^ aimé]!
Imparfait.
Souy-ny-py-ngo-so-ngay-ty-chy-tsie [quoique vous
fussiez aimé de moi].
Parfait.
Souy-ta-chy-so-ngay-Ieao [quoiqu'il ait été aimé].
Plus que- parfait.
Ngo-py-ngay-ouan-Ieao / que j'eusse été aimé].
Infinitif
Chy-ngay-ty [ être aimé].
Les Chinois ont plusieurs prépositions qui gou-
vernent l'accusatif ou l'ablatif ; la plus grande partie
précèdent les noms qu'elles régissent , d'autres les
suivent , et quelques - unes se placent devant ou
après indifféremment.
Ifs ont aussi un grand nombre de conjonction»
et d'adverbes de temps, de lieu, de quantité, de
qualité, &c. , soit pour affirmer, soit pour inter-
roger ; mais tous ne s'emploient pas indistinc-
tement , et sur-tout ne se placent pas sans choix
Ce 3
4o6 OBSERVATIONS
dans ia phrase ; c'est ce qu'il faut savoir lorsqu'on
veut parler avec élégance.
II y auroît encore beaucoup a dire sur la construc-
tion des phrases , et sur la manière de s'exprimer r
des exemples jmême ser oient absolument néces-
saires ; mais comme il seroit indispensable d'y
ajouter des caractères, je réserve pour un autre
temps à publier les différens recueils que j'ai ap-
portés avec moi. Je terminerai cet article par dire
que les Chinois ne ponctuent pas leurs compo-
sitions , c'est-à-dire , qu'ils ne mettent rien pour
distinguer la fin des phrases. Un lettré qui se
permettroit d'employer des points dans une pièce
d'éloquence , la verroit rejeter par les examina-
teurs , qui s'en trouveroient offensés. Les anciens
ne ponctuoient pas > et les modernes n'osent ie
faire dans les ouvrages de haut style , ou qui doi-
vent passer sous les yeux de l'empereur. On im-
prime les King sans points , à moins qu'ifs ne
soient accompagnés d'un commentaire.
NOMBRES.
Y [un], Eu! [deux ], San [trois], Sse [quatre],
On [cinq], Lo [six], Tsy [sept], Pa [huit], Kieo*
[neuf], Che [dix ], Che^eul [dou V ], Eui<he [vingt] ,
Pe [cent], T 'sien [mille], Ouan [dix mille], Y-pe-
ouan [cent fois dix mille ou un million].
Pour exprimer le surplus, on se sert des mots
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sur les chinois:
Lin g, To et Ko. Che-Iîng-san [dix plus trois] ,
Che-nien-to [ dix ans et plus] , Y-pe-eul-ko [ un
cent plus deux]; le nombre précède toujours le subs-
tantif; Sse-ko-jin [quatre hommes] .
Manière habituelle de compter.
Les Chinois n'ont pas de chiffres comme les
nôtres ; ils écrivent tout au long la somme indi-
quée ; mais dans récriture courante , ils abrègent
les caractères; et, par exemple, au lieu de mettre
les deux caractères , San-che [trente], Us tracent
trois lignes perpendiculaires qu'ils traversent par
une ligne horizontale.
Les Chinois emploient , pour nombrer , une ma-
chine de bois semblable .à l'abacus des Romains:
cet instrument, nommé en patois , San-pan , et en
mandarin , Soen-poen , esi composé de dix ran-
gées de boules enfilées par une tige de cuivre,
?t partagées de manière que la partie supérieure
de chaque tige n'a que deux boules , tandis que
l'inférieure en a cinq ; chaque boule 4>n haut
vaut cinq, et celles d'en Jhas chacune un.
Les Chinois comptent avec une grande facilité ,
et commencent indifféremment par une rangée
quelconque 9 a moins que la somme ne soit ; trop
forte , et qu'elle ne les oblige de partir du com-
mencement de la macbine. Ils nombrent égale-
ment en disposant les boules tantôt à droite , et
Cc4
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^o8 OBSERVATIONS
tantôt à gauche ; cependant l'usage est d'aller de
droite à gauche.
ÉTUDES; EXAMENS.
Il existe peu de villages à la Chine où Ton ne
rencontre une école; il y en a dans tous les bourgs
et dans toutes les villes. Le gouvernement ne sub-
vient aux frais d'aucun collège établi dans les pro-
vinces ; il entretient seulement celui de Peking,
appelé Koue-tse-kien , dans lequel l'empereur fait
élever les enfans des grands. Les mandarins civils,
depuis le premier rang jusqu'au quatrième , dans
la capitale ; ceux depuis le premier jusqu'au troi-
sième , dans les provinces ; et les mandarins mi-
litaires du premier et du second ordre ont le droit
cPy envoyer un de leurs enfans. Ces élèves ob-
tiennent, après trois ans de résidence, de petits
emplois avec des appointemens. ^
On trouve un grand nombre de maîtres d eco/e
dans toute la Chine ; les gens riches qui cher-
chent à donner à leurs enfans fa meilleure édu-
cation , ont des précepteurs chez eux ; ce sont des
Chinois , ou qui ne sont pas parvenus au rang
de docteur, ou qui travaillent pour l'obtenir. L'état
de précepteur est honorable , et les enfans ont un
respect profond pour leurs maîtres.
Dès Page de cinq ans les enfans commencent
à apprendre les caractères ; ies livres qu'on leur
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SUR LES CHINOIS. '4°9
met entre les mains, sont i.° Je Pe-kia-sing [noms
propres des cent familles], dans lequel sont désignés
tous les individus qui composent la nation : cette
étude est nécessaire à la Chine, où les noms pro-
pres ayant tous une signification particulière , et
n'étant distingués par aucun indice dans les livres,
on est embarrassé de savoir si un mot est un nom ,
ou ne Test pas; 2. 0 le Tsa-tse [mélange de lettres]:
ce livre traite des choses usuelles et nécessaires à
la vie ; 3 .° le Tsien - tse - ouen [assemblage de mille
lettres]; 4. 0 le San-tse-king [vers de trois syllabes ],
dans lequel on a rassemblé les premiers élémens
de la morale et de l'histoire.
Les enfans , quoique réunis , apprennent haut
et parlent tous ensemble ; ils répètent deux fois par
jour leurs leçons , et sont punis lorsqu'ils ne sont
pas en état de le faire ; il y a peu de relâche pour
eux, excepté durant les réjouissances du nouvel
an , et quelques fours dans le cours de l'année.
Après les premiers élémens , les enfans passent
à l'étude des Sse-chou , ou les quatre livres classi-
ques ; mais on ne les leur explique que lorsqu'ils
en savent parfaitement tous les caractères. Avant
de leur donner les King, on les exerce à écrire,
soit en calquant des caractères, soit en les recou-
vrant avec de l'encre , et en en suivant exactement
les contours, soit en les traçant sur une tablette
blanche et vernie qu'on lave ensuite lorsqu'elle est
4 ÏO OBSERVATIONS
entièrement remplie. Les Chinois s'appliquent \
bien écrire ; car, dans les écrits ou les mémoires,
il faut que les caractères soient faits avec précision
et netteté.
Dans Tétude des King , on commence par le
Chy-king, après quoi Ton passe au Ly-ky , au
Chouking, et au Tchun-tsieou. Les enfàns ap-
prennent ensuite les règles du Ouen-tchang ; et,
lorsqu'ils sont assez instruits , on les envoie aut
examens qui se font dans les villes du troisième
ordre , chez le Tchy-hien , ou gouverneur d'une ville
du troisième ordre. Le nombre des composons est
quelquefois de six cents; maïs, après le premier
examen , il se réduit à quatre cents , qui reçoivent
le nom de Hien-ming. Le second examen a lieu
chez le Tchy - fou , o* gouverneur d'une ville du
premier ordre , où les Hien-ming se rendent pouf
composer , dans de grands batimens destinés à cet
usage. Sur ce nombre de quatre cents , on n'en
choisit souvent que deux cents auxquels on ac-
corde le nom de Fou-ming.
Les examens dont je viens de parler , ne sont
pas les seuls que le6 éiudians doivent subir. Un
mandarin envoyé de Pekrng, et auquel on donne
le titre de Hio - tao, ou Hio -yuen , parcourt 1«
provinces , et fait dans chaque grande ville deux
examens , l'un au printemps et l'autre en hiver:
il emploie trois ans k cette tournée. Cest devant
•
-
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SUR LES CHINOIS. ^\ I
lui que se présentent Jes Fou-ming , pour com-
poser. On veille à ce qu'ils ne portent pas de livres
avec eux , et que l'examinateur ne connoisse pas
Jes auteurs des compositions; mais l'intrigue et les
présens font beaucoup. Sur quatre cents concur-
rens, le Hio-yuen n'en nomme -que quinze, qui
reçoivent le titre de Sieou - tsay (bacheliers] ; ils
ont des marques distinctives et le privilège de ne
pouvoir être frappés de bamboux suivant le ca-
price d'un mandarin. En cas de faute de leur part,
cette punition ne peut leur être infligée que par
un mandarin particulier , qui a l'inspection sur
leur conduite. Pour conserver le grade de Sieou-
tsay , il faut composer dix fois ; et comme on ne
peut s'exempter de paroître aux examens , que
dans les cas de maladie ou de deuil , plusieurs
Chinois, et même des Sieou-tsay , préfèrent d'a-
cheter le titre de Kien-seng, en payant mille écus
au bureau des finances : ce dernier titre est moins
honorable que celui de Sieou-tsay , mais il n'est
pas nécessaire de composer pour l'obtenir.
tes Kien-seng et les Sieou-tsay se rendent
tous les trois ans dans la capitale de la province ,
afin de composer pour le titre de Kiu-gin ; cet
examen est présidé par deux mandarins envoyés
exprès de Peking , et dont le premier s'appelle
Tching-tchou-kao , et le second Fou-tchou.
Sur un nombre considérable de Kien-seng et de
4*2 OBSERVATIONS
Sieou-tsay, on ne nomme que soixante Kiu-jin;
le premier est décoré du titre de Kiay-yuen.
L'année suivante , tous les Kiu-jin des provinces
sont obligés d'aller à Peking pour subir un examen
qui a lieu tous les trois ans , et dans lequel ils ac-
quièrent le grade de Tsin-tse , ou docteurs. C'est
parmi ces derniers que l'empereur choisit ceux
qu'il élève à la dignité de Han-Hn ; quant aux
autres ils peuvent se regarder comme solidement
établis; car, outre les présens qu'ils reçoivent de
leurs amis et de leurs parens , ils sont suscep-
tibles de parvenir aux emplois les plus importans.
Beaucoup de Kiu-jin ne se rendent cependant pas
à la capitale, et se contentent de ce titre qui leur
suffit pour obtenir des places honorables (d}~
II résulte de là que beaucoup de Chinois cou-
rent la carrière des lettres, non pas tant pour se
distinguer par leur esprit et leurs talens, que pour
obtenir des places, de la considération et de la for-
tune ; ainsi cet état de lettré , si vanté par certains,
auteurs , n'a pas l'unique étude pour but , et ne
doit être regardé que comme un acheminement aux
biens et aux grandeurs.
Mais si l'étude est un moyen ' de parvenir , 'û
(a) Les gens de guerre subissent des examens et acquiern*
des titres semblables à ceux des lettrés ; ils doivent savoir tirer <fe
Tare , monter à cheval et donner des preuves de force et d'agi-
lité. Y
■
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SUR LES CHINOIS. 4 1 3
ne faut pas croire cependant qu'elle seule suffise
pour mener aux emplois ; et si le mérite et la vertu
peuvent faire distinguer un sujet, les richesses font
davantage; car quelques talens joints à l'aisance,
conduisent plus loin que les seules connoissances.
Un lettré sans fortune et sans place ne jouit
pas à la Chine d'une grande considération ; aussi
voit-on beaucoup de Chinois acheter des titres qui
les mettent à même d'être placés. Une preuve que
le mérite seul ne donne pas les emplois , c'est
que plusieurs mandarins , purement militaires ,
sont gouverneurs de villes quoiqu'ils n'enten-
dent rien aux affaires ; mais ils ont avec eux des
mandarins civils qui les dirigent; et c'est ce que
nous avons remarqué plusieurs fois pendant notre
voyage. D'ailleurs , les grands mandarins du pre-
mier et du second ordre peuvent proposer pour
un emploi, leurs enfans , sans que ceux-ci subis-
sent aucun examen , et soient décorés d'aucun
titre ; ils ne sont obligés d'en prendre que pour
les places éminentes.
II ne faut pas conclure non plus , du soin qu'on
prend d'élever les enfans, que tous les Chinois
sachent lire et écrire ; on doit penser que les gens
de la campagne, occupés des travaux agricoles , et
vivant avec peine , n'ont ni le temps ni les moyens
de s'instruire ; mais en général on rencontre à la
Chine beaucoup plus d'hommes qu'en Europe,
4l4 OBSERVATIONS
qui savent assez lire et écrire pour toutes Fes cir-
constances où ils en ont besoin.
■
ASTRONOMIE.
*
C'EST se perdre dans des conjectures sans
nombre, que de vouloir fixer Forigine de Tastro-
nomie. Cette science , dont la découverte remonte
jusqu'aux temps les plus reculés, n'eut , dans le
commencement , que des progrès lents et difficiles
parmi les premiers hommes , que le besoin seul
de reconnoître les époques propres à fagricui-
ture , força d'étudier le cours des astres. Le ciel
pur et serein de rÉgypte et de plusieurs contrées
de l'Asie , mettant les habitans de ces pays plus
à même d'examiner la marche des corps célestes ,
les Égyptiens et les Chaldéens sur -tout, dont
Tunique occupation étoit de garder des troupeaux,
se distinguèrent par une longue suite cf obser-
vations : cependant, quoique les Chaldéens /es
fassent remonter à une antiquité très - reculée, on
ne trouve rien de bien positif avant \e règne de
Nabonassar , qui monta sur le trône 7^7 ans avant
J. C. ; tout ce qui précède cette époque n est
appuyé que sur des traditions très-vagues et très-
incertaines.
Les Égyptiens donnèrent les premiers une forme
■
fixe à l'année. Ce peuple observateur ne dut pas
an effet rester Ion g -temps sans être frappé des
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SUR LES CHINdlS. 4 1 5
différens changemens qui s'opéroient dans la con-
figuration de la lune , et qui s'achevoient dans un
temps limité ; il appela cette période un mois lu-
naire. Les saisons amenant des variations remar-
quables , on s'aperçut bientôt que ces variations
étoient comprises et revenoient dans le cours de
douze lunaisons ; cette révolution fut nommée
année , et comme la lune en déterminoit la durée ,
on Tappela année lunaire. Cette année fut d'un
usage général , et les premiers peuples n'en con-
nurent pas d'autre ; car il fallut faire plusieurs
observations avant de remarquer qu'au bout d'un
certain nombre d'années l'ordre des saisons étoit
renversé, et que le temps nécessaire à ce que le
soleil revînt dans le ciel au même point d'où il
étoit parti , étoit un peu plus long que les douze
lunaisons dont on avoit composé Tannée. Ce ne
fut donc que long- temps après la découverte de
J'année lunaire que l'on connut Tannée solaire , et
qu'on vit la nécessité d'intercaler une lune pour
faire coïncider les deux années ensemble.
Les Chinois font remonter leurs connoissances
en astronomie jusqu'à la plus haute antiquité. Sui-
vant le Chouking, livre composé sous la première
dynastie , on connoissott du temps de l'empereur
Yao, 2357 ans avant J. C. , les mouvemens cé-
lestes et la longueur des années solaires et lu-
naires. Dès Tan 225 5 , sous Chun , on faisoit des
4 l 6 OBSERVATIONS
observations astronomiques. D'autres auteurs af-
firment que Ton possédoit ces connoissances sous
Hoang-ty, 2608 ans avant J. C. Mais ces rapports
sont contredits par le Ouay-ky, qui dit que ce ne
fut que sous l'empereur Ty-ky , fan 2197 , qu'on
lixa (a durée du mois lunaire, et qu'on lui donna
trente jours ; ce qui est probable , puisque les
astronomes Chinois ne sont pas cfaccord entre
eux , et ne savent pas à quelle année ni à quel
jour du cycle correspond J'éclipse arrivée sous
Tchong-kang , 21 $9 ans avant J. C.
Depuis le commencement de la troisième dy-
nastie des Tcheou, en 1 122 avant J. C, jusqu'à
l'année 722 , c'est-à-dire , dans l'espace de 4oo ans,
on trouve seulement, sous le règne de Vou-vang,
une observation de solstice faite entre les innées
1 1 o4 et 1 098. Depuis cette époque jusqu'au règne
de Yeou-vang, on ne cite qu'une éclipse arrivée
sous ce prince en 776.
Telles sont les observations faites à /a Chine
depuis Yao jusqu'à Yeou-vang, c'est-à-dire, dans
un espace de 1 600 ans : mais celles de solstice
faites sous Yao , sont présentées avec tant d'obs-
curité , que les astronomes ne peuvent se concilier
dans leurs calculs ; et les autres observations sont
si douteuses et en si petit nombre , qu'on ne peur
s'en servir , ni en rien conclure sur l'habileté des
observateurs. Quoi qu'ii en soit , si les Chinois
1* »
ont
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*
SUR LES chinois: £\j
ont fait des observations dès le commencement de
leur empire , ils n'en sont pas devenus meilleurs
astronomes. Plus adonnés à l'astrologie qu% fas-
tronomie, ils ont observé les astres et examiné
les changemens qui arri voient dans le ciel, non
pour en découvrir la cause , mais seulement afin
d'en tirer des pronostics pour l'avenir. La per-
sévérance de leurs observateurs , et les connois-
sances qu'ils ont reçues des étrangers , leur ont
été inutiles ; et l'on ne peut dire des Chinois ce
que Ton a dit des autres peuples , que chez eux
l'astrologie a beaucoup contribué aux progrès de
Fastronomie.
Depuis les Han , 206 ans avant J. C. , ils eurent
des liaisons avec les Indiens , les Perses , les Arabes
et les Romains. Vers l'année 1 64 de J. C. , ils par-
couroient les pays qui s'étendent depuis la Chine
jusqu'à la mer Caspienne, et ils profitèrent à cette
époque d'un traité d'astronomie venu du Ta-tsin.
En l'an 44o de J. C. , ils eurent recours à un prêtre
Indien pour observer et calculer les solstices,
n'ayant pas eux-mêmes de méthode exacte.
En 719, le roi de Samarcande envoya à l'em-
pereur de la Chine un traité d'astronomie.
En 721, les Chinois voulurent calculer une
éclipse , mais le calul se trouva faux.
En 1290, le Mahométan Dgemaleddin com-
posa pour eux un livre d'astronomie.
TOME H. Dd
4 I 8 OBSERVATIONS
li y avoit trois cents ans que les Arabes avoiem
la direction du calendrier , lorsque le père Adam
Schaal en fut chargé ; mais ce missionnaire ayant
été mis en prison en 1 664 » de nouvelles erreurs
remplirent tellement le calendrier , que Je père
Verbiest , auquel la cour ordonna de le corriger, en
1 669 , se vit forcé d'en retrancher un mois entier.
Depuis cette époque, les missionnaires ont la di-
rection du calendrier ; mais actuellement même
ces pères ne s'occupent que de la partie astrono-
mique des trois almanachs qui se publient tous les
ans ; les Chinois continuent de rédiger la partie
•astrologique.
Le calendrier ordinaire divise l'année par mois
lunaires ; il contient une table du lever du soleil,
calculée pour chaque jour , suivant les /atrfudes
des principaux lieux ; il indique les nouvelles et
pleines lunes , et le nom du cycle de 60 qui ré-
pond à chaque jour. Le second calendrier fait con-
noître le mouvement des planètes ; c'est ce qui
sert aux Chinois à former des conjectures sur
l'avenir. Le troisième calendrier , réservé pour
l'empereur , indique les conjonctions des planètes
avec fa lune , et la situation de cet astre par rap-
port aux étoiles.
La publication du calendrier est une arTai"?
d'état. L'empereur en distribue des exemplaires
grands, aux mandarins et aux peuples tributaires.
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sur les chinois: 4 l $
II s'en vend aussi un très*grand nombre, parce que
chaque individu cherche à se procurer un livre
qui le guide dans les opérations futures de ia vie.
Depuis le chef dé l'empire jusqu'au dernier des
sujets , tous sont occupés de pensées chiméri-
ques, tous croient aux malheurs prédits par les
astres. Cette superstition, qui entretient chez les
hommes l'opinion funeste qu'un événement an-
noncé est inévitable, doit avoir de terribles con-
séquences dans les temps de trouble ; et il est
étonnant que les empereurs n'aient pas cherché à
détruire dans l'esprit de la multitude cette fatale
croyance, qu'une planète éclipsée ou moins lumi-
neuse menace leur trône et leur tête ; mais, comme
je l'ai déjà remarqué , l'empereur est aussi crédule
que le peuple.
D'après cette manière de penser , on peut croire
que cette nation produira peu d'habiles astro-
nomes , et ce que je vais rapporter le confirme.
Des nuages ayant un jour empêché d'observer une
éclipse , les missionnaires se plaignirent de ce
contre -temps , tandis que les Chinois, enchantés
de n'avoir rien vu , allèrent en rendre compte à
l'Empereur , et le félicitèrent de ce que le ciel ,
touché de ses vertus , lui avoit épargné le chagrin
de voir le soleil éclipsé (a J.
(a) Lettres édifiantes . tome XXII , page /p2. .
Dda
^20 OBSERVATIONS
L'astronomie, ajoute le père Parennîn , languira
toujours à la Chine, puisque ceux qui sont chargés
d'observer le ciei , désirent qu'il n'y paroisse rien
d'extraordinaire.
Les Chinois comptent sept planètes, qu'ils nom-
ment Tsy-yao / les sept brïllans ], en y comprenant
le soleil et la lune. Les planètes , suivant leurs
idées superstitieuses , influent sur tous les événe-
mens qur arrivent en ce inonde, et sur la vie et la
mort des hommes ; leur couleur plus ou moim
sombre , menace de quelque accident.
Le soleil dent le premier rang parmi les astres ;
il préside à l'année et aux saisons ; sa couleur pâle
annonce des malheurs ou la mort d'un prince;
des révoltes doivent suivre nécessairement une
éclipse de soleil. La lune sert a indiquer Je temps ;
lorsque sa clarté ordinaire est ternie , les hommes
doivent s'attendre à des événemens fâcheux. Les
Chinois représentent le soleil par fa figure d'un
oiseau dans un cercle , et la lune par celle d'un
iapin pilant quelque chose dans un mortier. Ces
peintures ne sont pas faites pour les enfans , car
elles existent sur les drapeaux de l'empereur , ainsi
qu'on peut le voir dans le recueil des objets des-
tinés à son usage. Les cinq autres planètes , ap-
pelées en chinois Ou-sing [ les cinq astres J , sont .
Tou [la terre] , qui répond à Saturne, et règne
à la fin de l'été ;
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SUR LES CHINOIS. ^2*
Mo [le bois] , qui répond à Jupiter, et préside
au printemps et même à Tannée ;
Ho [le feu ] , qui répond à Mars, et préside à
Tété , aux deuifs et aux travaux publics ;
Kin [le métal] , qui répond à Vénus , préside a
l'automne , et protège les ministres ;
Chouy [l'eau] , qui répond à Mercure, et pré-
side à l'hiver et à Feau.
Les Chinois ont rangé toutes les étoiles sous
différentes constellations , dont les noms particu-
liers ont rapport au gouvernement de la Chine ;
ils ont installé dans le ciel un empereur, un prince
héritier, ses femmes , ses fils et ses enfans ; ils
ont établi des tribunaux ; enfin , ils ont donné
aux étoiles les titres des dignités, les noms des
hommes , des animaux , des lacs , des fleuves , des
rivières , des villes , et des instrumens de toute
espèce que Ton trouve dans l'empire.
Us ont placé dans le nord un palais du milieu ,
au centre duquel réside i'étoiîe polaire ; et à peu de
distance un autre palais appelé Ou-ty-tso [trône
des cinq empereurs ], composé des cinq étoiles de la
queue du Lion , qui préside à toutes les parties
du monde. Les sept étoiles de la grande Ourse
sont nommées Pe - teou [boisseau du nord], ou
mesure de la vie des hommes et des divers événe-
mens qui arrivent sur la terre.
Us ont mis dans le ciel un marché céleste , dont
Dd3
fal OBSERVATIONS
{a principale étoile Ty-tso [ trône de Vemperrur J
cépond à l'alpha d'Hercule : ce marché renferme
plusieurs constellations dont les noms ont rapport
aux objets qui se trouvent dans un marché.
Ils ont divisé en outre le firmament en quatre
parties , dont chacune contient sept constella-
tions (a).
Dans la partie orientale,
Kio [la corne] )
K^g [la cour] , .'} rident a la Vierge.
Ty [la fa ] répond à la Balance.
Tang [la maison ] .......... J
Sin [le caur] > répondent au Scorpion.
Oucy [la queue], )
Ky [le crible] répond au Sagittaire.
Dans la partie septentrionale ,
■
Nan-teou [le boisseau du Sud], répond au Sagittaire.
Nieou [le betuf] répond au Capricorne.
Niu [la fille] | . . „ m
Hiu [le vide] j rép Au Verseau et aupetitChe^C
Goey [le danger ] répond au Verseau et à Pégase.
Che [ la chambre ] répond à Pégisc.
Pie / la muraille] répond à Pégase et à Andromède.
Dans la partie occidentale,
Kouey / le fondement ] répAux Poissons et à Andromède.
Leou [la récolte des fruits] répond au Bélier.
Goey [ l * tstomac] . . . . répond à la Fleur de lys.
s (a) On peut consulter mon Planisphère Chinois. Acad. <As
stiences >tomt X , 1782.
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SUR LES CHINOIS. 4 2 3
Mao [le soutien des choses de la)
„ a[urf j 4 j répond aux Pleyades.
Py [espèce de filet] répond au Taureau.
Tsu [les carnes de hibou ] }
Tarn [Us]. j "P° ndent 4 CWo"-
Dans la partie méridionale,
Tsîng [ le puits 7 répond aux Gémeaux.
Koucy [ le génie/ répond à !*Lcrevi$$«.
Lîeou [ le saule ] \
^ "g /' ''J'j'J * \ répondent à l'Hydre femelle.
A c hanor [ l'ouverture ] ( r 7
Ye [l'aile]... )
Tchin [le timon .] répond au Corbeau.
Ces vingt-huit constellations composent le zo-
diaque , que les Chinois nomment Hoang-tao / voie
jaune], L'équateur est appelé Tche-tao [voie de cou-
leur de chair]; il est partagé en douze Kong fpa lais],
c'est-à-dire, en douze portions de 30% chacune
divisée en deux , et formant les vingt-quatre Tsie-ky
qui ont rapport aux saisons et aux drfférens temps
de Tannée.
Ces vingt -quatre Tsie-ky sont:
,. Ly-tchoun [commencement ) § nt
du printemps] > or
1. Yu-chouy [ eau de pluie], . 1 au Vcr<c *°»
3. King-tche [mouvement des\
vers] | a « pafais , Ycou-kong , répondant
4. Tchoun-fen [ équinoxe du l aux Poissons.
printemps] J
5 Tsmg-rning^rrrW7.| # Chin-fcong , répondant
t. Ko-yu [pluie pour les se- ^
menas] .....) %
Dd4
uiginze
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4*4 OBSERVATIONS
7. Ly-hia [commencement Je \
j^d ( 4-* pal»»» Ouy-komg, répondant
S. Siao-man [petite abon- l au Taureau.
dance] )
o. Mang-tchang [semence de ) . . . _ _
. j 15. palais, Ou-kong, répondant
•,0. Hil-,chyMrf«'</Y,</!; J 1UX GémeiUlt
11. Siao-tchou [petite cha-\
leur] I 6\ c palais, Sc-kong, répondant à
11. Ta-tchou [grande cha-[ l'Ecrcvissc.
leur] '
13. Ly-tsieou [commencement ]
de l'automne] ( 7.* palais, Chîn4cong,rcpon<lint
14. Tchou-tchou [fin de la l au Lion.
chaleur] '
ï<. Pe-Iou [rosée blanche] . . . ) 0 , , . *r ,
Tsieou-fcn^WW*.- j i£v^ ' "P 0 "*"*
17. Han-Iou [rosée froide? . . . ) _ . . ,
, 9 . hf^jammmmmadi j lo .p^ Sf Tdkwi4 ^ #
/wry . ......... . . . > dant au s Î(J|U
ao. bi*o-$ucu [petite neige] . . ) 1
ai. T*-%*tu [grande neige] . . ) . ,
a». Tong-tchy [Mufti- 1 u ?2iU5 > Tietel *'
t au Sagittaire.
aj. Siao-han [petit froid]. . . ) n.« palais, Hay-kong. repon-
a4< T*-hm /grand froid] . . . J dant au Capricorne.
Le premier Tsie-ky répond au 15/ degré du
Verseau; le second, au i. ct degré des Poissons;
le troisième , au i j. e degré, et ainsi de suite.
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SUR LES CHINOIS. '4*5
De la Manière de compter les Jours , les Heures
et les Mois,
Avant l'arrivée des Européens, les Chinois ne
connoissoient pas les montres ; ils se servoient de
cadrans solaires , d'horloges d'eau nommées Kou-
leou , pour mesurer le temps ; et l'on annonçoit
Fheure en frappant sur un grand tambour. Les Chi-
nois comptent douze heures dans un jour, ainsi une
heure chinoise répond a deux des nôtres. La pre-
mière heure commence à onze heures du soir , et finit
à une heure du matin. Chaque heure se partage en
deux Poen-chy/ moitié d* heure ] ; chaque Poen-chy
est divisé en quatre quarts, nommés Chy-ke.
La première partie de l'heure s'appelle Chang ,
et la seconde Hia ; le milieu se nomme Tchong, et
la fin Mo. Pour exprimer midi , on dit Chang-ou;
midi passé, Chang-ou-tso; Yaprès-midi, Hia-ou;
minuit, Poen-ye. On place ie mot Poen avant le
mot Ye ; car s'il le suivoit , le sens ne seroit plus le
même. Poen-nien veut dire f au milieu de Vannée ;
et Nien-poen , une année et demie.
Les jours du mois sont désignés par les carac-
tères du cycle de soixante , qui paroît avoir été
dans le principe la seule grande division du temps.
Les Chinois disent, tel événement arriva Eul-yue
fa la seconde lune] , Ky-se-y , au jour Ky-se / six'ùme
du cycle ]•
4i6
OBSERVATIONS
Noms des heures.
1. re heure, Tse-chy.
2. e . Jd. . .Tcheou-chy.
3. e . Jd. . .Yn-chy.
4. c . Jd. . .Mao-chy.
5. '. Jd. . .Chin-chy.
6. e . Jd» . .Se-chy.
7 # c heure , Ou-chy.
8. c . Jd. . .Ouy-chy.
9/. Jd. . .Chin-chy.
io. e . Jd. . . Yeou-chy.
1 i. c . Jd. . .Se-chy.
12.*.. id. . . Hay-chy.
Les douze heures portent aussi les noms de
différens animaux.
Chu [rat],
Nieou [bœuf].
Hou [tigre] .
Tou [lièvre].
Long [dragor],
Che [serptnt].
Ma [cheval],
Yang [brebis],
Heou [singe]*
Ky [poule] .
Keou [chien],
| Tchu [porc],
La nuit se divise en cinq veilles , qui sont plus
ou moins longues , suivant la durée de la nuit : la
première veille dure de huit heures à dix heures,
la seconde, de dix à douze heures ; fa troisième,
de douze à deux heures ; la quatrième , de deux à
quatre heures ; et la dernière , de quatre à cinq
ou à six heures.
La première veille s'annonce par un coup de
tambour ; la seconde , par deux coups ; la troi-
sième, par trois coups, et ainsi de suite.
Les Chinois comptent les jours en suivant^ te
cours de la lune , un , deux, &c. ; mais quelque-
fois ils se servent du mot Nien [vingt], après le
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SUR LES CHINOIS. 4 2 7
vingtième jour du mois, et disent Nien-y [vingt-un ],
Nien-ou [vingt-cinq] .
L'année est de douze funes ; on en intercale une
tous les trois ans pendant Fespace de neuf années ,
et une autre deux ans après ; ensuite on en intercale
une tous les trois ans , pendant l'espace seulement
de six ans, et une autre deux ans après (a); de
manière qu'on intercale d'abord quatre lunes dans
l'intervalle de onze années , et puis trois lunes
dans fintervalle de huit ans , c'est-à-dire, sept
pendant le cours de dix-neuf ans. Dans le.s années
communes, on compte les lunes depuis la première
jusqu'à la douzième ; mais dans les années inter-
calaires , on compte deux fois de suite la même
lune; cette lune reçoit le nom de Joun. Depuis la
seconde lune jusqu'à la dixième inclusivement,
on les répète indifféremment ; mais on ne répète
jamais la première , la onzième et la douzième.
L'année lunaire est de trois cent cinquante-quatre
jours ; elle commence à la première nouvelle lune
qui paroît après le premier degré du verseau. Il
y a des mois de trente jours , et d'autres de vingt-
neuf ; les premiers s'appellent Yue - ta / grande
lune]; et les seconds, Yue-siao [petite lune],
La première lune qui commence à la fin de
(a) Table des Cycles , ouvrage Chinois , fait par ordre Je
f empereur.
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'428 OBSERVATIONS
janvier ou en février , se nomme Tching-yue ; h
6econde , Eul-yue.
La conjonction est appelée , Yue-so ;
Le i. cr quartier id. Yue-ouang;
Le déclin id. Yue-hia-ouang;
Le dernier quartier id. Yue-hia-hien.
Les Chinois partagent quelquefois fe mois en
trois. Depuis le premier de ïa lune jusqu'au dixième
jour, ils disent Tse-chy-kien ; depuis le dixième
jusqu'au vingtième , Chang-siun ; et depuis le
vingtième jusqu'au trentième , Hia-siun.
Une écJypse est appelée, Yue-che;
Le d. cr jour de Tan. id, Tse-y ;
La d. re nuit de fan. id. Nien-ye.
L'année , en chinois , se dit Nien ; une période
de trente ans , Y-chy ; un siècle ou une généra-
tion, Chy-kiay ou Jin-chy ; année nouvel/e , Sin-
Nien ; année courante , Kin-nien. Le mot Nien
[année], est très-ancien, puisqu'on l'emp/oyoît plus
de 2500 ans avant J. C. , dans la même signifi-
cation. Depuis Ty-tchy, 2366 avant J. C, on
appela les années Tsay. Yu , premier empereur
de la dynastie des Hia , leur donna le nom de
Souy ; et Tching-tang , eu 1766, ceiui de See ;
mais , en 1 1 34 avant J. C. , Ouen-vang rendit i
Tannée le nom de Nien.
Les Chinois donnent à leur empereur , pendant
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SUR LES CHINOIS. 429
sa vîe , un nom propre différent de celui qu'ils lui
donnent après sa mort ; le premier sert à compter
les années de son règne , et n'est plus d'usage après
lui ; le second sert à le désigner dans la salle des
ancêtres et dans l'histoire. Par exemple , Kang-hy
n'est pas le vrai nom de l'empereur Tartare, qui
commença à régner en 1 662 après J. C. , son nom
est Ching-tsou-jen.
Cet usage de donner un nom à la première
année du règne , et de compter à partir de cette
année, a commencé sous Hiao-ouen-ty , empe-
reur des Han, 179 ans avant J. C. , qui fit appeler
la dix-septième année de son règne , Heou. Cette
année répond à Tan 163 avant J. C. : on comp-
toit auparavant par l'ordre numérique des années
du règne de l'empereur.
Manière de compter les Années et les Jours.
Cette manière de compter consiste à combiner
deux cycles , celui des heures et celui des années ;
de sorte que le dernier fait six révolutions , et le
premier cinq, avant que les deux premiers termes
des cycles , des heures et des années , se retrou-
vent ensemble. Le cycle de dix, ou des années ,
s'appelle Che-kan [les dix troncs]; et le cycle des
heures , Che-eul-tchy [les douje branches]} ce cycle
sert pour les années et les jours.
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SUR LES CHINOIS.
431
GOUVERNEMENT.
Les premiers Européens qui pénétrèrent à Ja
Chine , et qui croyoient qu'excepté l'Europe , toute
la terre étoit barbare , furent bien étonnés de
trouver aux extrémités du Monde une nation po-
licée , ayant des lois , des mœurs, des usages ré-
glés , et un gouvernement établi depuis un grand
nombre de siècles. lis revinrent dans leur patrie ra-
conter ces merveilles ; mais leurs récits parurent
aussi extrordinaires a leurs compatriotes, que ces
peuples lointains J'avoient paru eux - mêmes aux
yeux de ces voyageurs. On révoqua en doute leurs
rapports, et ce ne fut que long-temps après qu'on
reconnut qu'ils avoient dit ia vérité ; mais autant
on s'étoit montré difficile à croire les relations de
ces premiers voyageurs, autant on devint crédule
et enthousiaste a mesure qu'on fréquenta davan-
tage les Chinois; on les représenta comme formant
un empire depuis plusieurs milliers d'années ; leur
morale , leurs lois , leur gouvernement furent
dépeints comme parfaits ; enfin , d'un peuple or-
dinaire on fit un peuple de sages, gouverné par
un empereur qui étoit plutôt le père que le maître
de ses sujets. Je ne prononcerai pas sur un éloge
aussi pompeux ; mais je rapporterai , en simple
voyageur , ce que j'ai vu.
L'empereur a le pouvoir d'abroger les lois établies,
'43 * OBSERVATIONS
et d'en faire de nouvelles. Maître absolu , si dan$
certaines circonstances , la hardiesse de quelques
censeurs s'oppose à sa volonté suprême, l'exil ou
la mort Ta bientôt délivré de cet obstacle. Dis-
pensateur de tous les honneurs , il nomme et
casse les mandarins à son gré. Les seuls princes
titrés ne peuvent être dépossédés sans avoir subi
un jugement; mais comme l'empereur nomme les
juges , il a toujours le moyen de disposer de la
vie ou de la liberté de ceux qui ont encouru
sa disgrâce ; c'est ce qui est arrivé sous Yong-
tching (a).
Le pouvoir du chef de l'empire, déjà immense
de sa nature , s accroît encore par le respect filial
que le gouvernement Chinois entretient avec soin
dans toutes les classes des sujets. Le respect pour
l'empereur va jusqu'à l'adoration ; fe peuple le
regarde comme le fils du Ciel ; ses ordres sont
sacrés , et lui désobéir est un crime irrémissible.
Mais, comme les grands, dont l'autorité dénVedu
prince, ont droit à une partie de ce même Tes-
pect de la part du peuple , l'empereur , pour les
empêcher d'en abuser , les change tous les trois
ans , les oblige de se présenter devant lui chaque
fois qu'ils quittent ou qu'ils vont occuper un em-
ploi ; et , pour avoir un gage de leur bonne conduite,
■
(t) Année 1714, Lettre» édifiante» ,' toma XVII a XVlll.
il
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SUR LES CHINOIS. ^33
il fait élever leurs enfàns dans le collège impé-
rial de Peking. Ce moyen facile de s'opposer
à tout agrandissement des mandarins , et de les
tenir dans la dépendance , est encore fortifié par
un antique usage qui les force de faire eux-mêmes
la confession de leurs propres fautes ; et comme
il est naturel à Fhomme de déguiser, ou du moins
de pallier le mal qu'il a pu commettre , l'empereur ,
pour connoître la vérité , expédie secrètement dans
les provinces des inspecteurs qu'il charge d'exa-
miner la manière dont les peuples sont gouvernés.
Sur l'avis de ces inspecteurs , il punit ou récom-
pense ; et afin que les exemples servent de frein
ou d'encouragement , il fait insérer dans la gazette
de la cour, les noms de tous les mandarins cassés
ou élevés, blâmés ou approuvés.
Ce système de n'accorder des places qu'à ceux
qui se comportent bien , cette surveillance conti-
nuelle exercée sur les dépositaires de l'autorité ,
produiraient un excellent effet si l'empereur pou-
voit tout voir par lui-même ; mais cela est impos-
sible , car vouloir gouverner un peuple comme
on gouverneroit sa propre famille, ainsi que le
recommande Confucius , est une de ces belles
maximes qui font honneur au philosophe , et qui
ne peuvent être strictement mises en pratique. Ces
commissaires impériaux si redoutables , puisqu'ils
représentent l'empereur , et en ont toute l'autorité ;
TOME il. E e
434 OBSERVATIONS
ces examinateurs de la conduite des grands offi-
ciers , qui peuvent les accuser et les destituer ,
n'exécutent pas toujours fidèlement fes ordres
qu'ils ont reçus. Aussitôt qu'ils arrivent dans une
province , tous les mandarins s'empressent daller
au devant de leurs désirs , et de leur offrir des
présens \ et comment les refuseroient-ib , puisque
l'empereur lui - même en reçoit de très - consi-
dérables l
♦
L'amour des présens a toujours existé à la Chine :
il est ordinaire de faire des dons de quatre-vingt et
cent mille francs. Une charge de gouverneur de
ville coûte plusieurs milliers d'écus , et quelque-
fois de vingt à trente mille. Un vice-roi, avant d'être
en possession de sa place, paie de soixante à deux
cent mille francs ; il n'y a pas de visiteur ou de
vice-roi , qui ne se retire avec deux ou trois mil-
lions. J'ai vu moi-même un Hopou de Quanton,
quitter sa place après un an de résidence, empor-
tant avec lui un million de piastres [j,4°o,ooo liv.].
Tous les mandarins chargés d'une commission de
la cour, sont nommés par le ministère : lorsque les
commissions sont achevées, les personnes qui /es
ont remplies font des présens aux ministres , aux
princes du sang, et aux présidens et assesseurs des
tribunaux ; mais ces mandarins ne donnent pas
tout, ils en gardent une bonne partie pour eux,
bien persuadés qu'on ne les inquiétera pas pour
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SUR LES CHINOIS. ^35
leur administration. En effet , ceux qui auroient
quelques plaintes à faire , n'ont pas la faculté de
s'adresser à l'empereur , mais seulement aux mi-
nistres ou aux officiers principaux de la chambre;
or, tous ces personnages étant liés d'intérêt, au-
cune requête ne parvient , et les piaignans ne
peuvent réussir a obtenir la moindre justice (a).
Yong-tching voulant arrêter les funestes effet»
de cette vénalité, fit augmenter, en 1730 , les ap-
pointerons des gouverneurs des villes , et leur
défendit de recevoir aucun don. Kien-Iong renou-
vela les mêmes défenses; mais les mandarins trou-
vent facilement les moyens de les éluder; car nulle
part on n'est aussi industrieux que dans ce pays ,
à imaginer un bi?Às pour arriver sûrement à ce
que l'on désire ; et celui qui demande , comme celui
auquel on s'adresse, trouvent toujours les moyens,
l'un d'offrir un présent , et l'autre de le recevoir.
Par exemple, à Quanton, les mandarins chargés
des commissions des grands de Peking, font de-
mander aux marchands de cette ville des objets
d'Europe ; ceux-ci , soit par crainte , soit pour faire
leur cour, les offrent d'abord à moitié prix; mais
bientôt ils se réduisent au quart , lorsqu'on leur
objecte qu'ifs veulent trop gagner. Ces effets ainsi
achetés a Quanton pour le quart de leur valeur,
(a) Voyage au Nord t Lange , tome VIII , page 2pf.
E e 2
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436 OBSERVATIONS
sont envoyés dans la capitale , et vendus après
avoir subi une nouvelle diminution. C'est de cette
manière que les grands se procurent des mar-
chandises a vil prix. Nous avons vu entre leurs
mains des montres qui valent ordinairement quatre
cents piastres à Quanton, et qu'ils n'avoient payées
que cinquante, ou le huitième du prix du premier
achat.
Si les mandarins des provinces n'empïoyoîent que
ces moyens pour contenter les fantaisies des minis-
tres , et si ces mêmes fantaisies n'alloient pas plus
loin, le mal ne seroit pas très-grand ; mais étant
forcés, pour conserver leurs places, de faire des
présens d'une valeur considérable , et n'ayant pas
d'ailleurs des traitemens suffisans pour leurs pro-
pres dépenses , ils se trouvent dans la nécessité de
rançonner tous ceux qui dépendent d'eux, de com-
mettre mille vexations , de ne s'occuper que de leur
fortune , et de fermer les yeux sur la conduite des
autres mandarins, ou de leurs subalternes. Ainsi ,
les ordres du prince deviennent nuis, e\ ceue sur-
veillance réciproque des mandarins est souvent chi-
mérique. Dans certaines circonstances , il est vrai,
et sur-tout dans les troubles , on écrit à Peking :
l'Empereur fait mettre les vice-rois coupables aux
fers , il les casse et confisque leurs biens ; mais en
intimidant les mandarins, ces punitions ne les cor-
rigent pas , elles ne font que suspendre pour un
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SUR LES CHINOIS. ^37
moment leurs brigandages, et ne remédient pas
efficacement au mal, puisque ces mêmes manda-
rins disgraciés rentrent bientôt en faveur , et sont
envoyés pour gouverner d'autres provinces , où
ils réparent leur fortune. L'empereur se sert des
grands , comme d'une éponge , pour pomper
les richesses de ses sujets ; lorsque l'éponge est
pleine , il la presse et la reporte aHleurs , afin
qu'elle se remplisse de nouveau. Je le répète ,
les Chinois aiment prodigieusement l'argent ; ils
saisissent avec avidité tous les moyens de s'en
procurer : ce n'est jamais que l'occasion qui leur
manque ; on en jugera par les faits que je vais
rapporter.
Un Fou-yuen de la province de Quang-tong
Favoit gouvernée avec intégrité ; il en fut nommé
vice-roi : une fois en possession , il imita la con-
duite de ses prédécesseurs. Auri sacra famés.
Le mandarin dont le lord Macartney s'est plaint
dans son ambassade, avoit été vice -roi du Quang-
tong et du Quang-sy. L'empereur, en le nom-
mant, lui avoiè dit : « je vous place dans une ville
3> où il y a beaucoup de curiosités d'Europe , et
yy d'où on ne m'envoie rien. » On peut présumer
que, comprenant le sens de ces paroles, le vice-
roi rendu dans sa province , n'oublia ni l'empe-
reur ni lui-même. Les Chinois qui avoient à lui
demander des grâces , n'entroient chez lui qu'avec
E e 3
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OBSERVATIONS
un présent de quinze à. vingt mille piastres ; et nn
particulier ne put obtenir de le voir, parce crue la
somme qu'il pouvoit offrir , ne sclevoit qu'à dix
mille piastres [ 5 4»ooo liv. ] ; mais les secrétaires
en firent leur profit et lui promirent de parier en
sa faveur à leur maître. Ce mandarin , dont la con-
duite étoit connue des Anglois, dut nécessaire-
ment les voir de mauvais œil, aussi fit-il tous ses
efforts pour les éconduire.
Certains auteurs ont regardé fe gouvernement
Chinois comme parfait. « Chez ce peuple de sages ,
>j disent - ils, tout ce qui lie les hommes est reii-
3> gion ; et la religion elle-même n'est que ia pra-
:» tique des vertus sociales. C'est un peuple mûr
» et raisonnable , qui n'a besoin que du frein des
» lois civiles pour être juste (a). »
J'ai vécu long -temps à la Chine; j'ai traversé
ce vaste empire dans toute sa longueur ; j ai vu
par tout le fort opprimer le foible , et fout homme
ayant en partage une portion d'autorité, s'en servir
pour vexer , molester et écraser le peuple.
Les mandarins des villes cherchoient à s'emparer
d'une partie du salaire dû à nos coulis et à nos por-
teurs; ils les frappoient même lorsqu'ils vouloient
se plaindre.
Un de nos petits mandarins ne rougit pas de
(a) Raynaf.
SUR LES CHINOIS. 439
prendre une somme de vingt mille francs qui de-
voit être distribuée à nos domestiques Chinois»
Les Mandarins de Peking chargés de nous
fournir des vivres, en vendoient la moitié. Le Ho-
tchong-tang (a) lui -même se réserva les deux
belles pendules apportées par les Holfandois , allé-
guant pour prétexte qu'il ne vouloit pas compro-
mettre le mandarin qui avoit été chargé du soin de
les escorter ; comme si cet homme pouvoit être
responsable de ce que les porte -faix avoient fra-
cassé ces machines en tombant dans les mauvais
chemins.
Mais ne nous arrêtons pas a des faits d'une
aussi foible importance ; examinons le gouverne-
ment lui-même , et jugeons-fe par ses résultats.
Le Tsong-tou de Quanton fit faire, en 1794»
des galères , pour poursuivre les pirates qui ia-
fèstoient les côtes ; il écrivit à Peking que tout étoît
prêt. L'empereur répondît : « Votre prédécesseur
y> m'a dit qu'il n'y avoit plus de pirates , les frais
yy de l'armement seront pour votre compte. »
Qu'arriva - 1 - il ï les galères restèrent la ; le Tsong-
tou paya ce qu'il voulut , et les pirates existent
encore. Le fait est que le Vice- roi précédent
avoit fait réellement armer des galères ; mais les
mandarins , au lieu d'aller attaquer les voleurs ,
(a) Premier ministre de Kicn-Iong.
Ee4
44<> OBSERVATIONS
préférèrent de faire le commerce d'opium , et écri-
virent a leur retour que tout é toit fini. J'ai vu moi-
même une quarantaine de têtes, soi-disant de pi-
rates , envoyées d]Haynan ; ce devoit être la sans
doute une preuve bien évidente de l'expédition :
point du tout ; la plupart de ces têtes appartenaient
à des cadavres qu'on avoit déterrés. Passons à un
autre fait.
I^e Tsong-tou de Quanton est chargé daller au
Tonquin pour en rétablir le prince détrôné ; il est
surpris par les troupes du rebelle ; les Chinois
sont taillés en pièces , et le vice-roi se sauve avec
peine. Écrire à l'empereur qu'il a été battu , c'étoit
exposer sa tête. Que fait-il î il mande à Peking
qu'il a transigé avec le rebelle , qu'il Fa proclamé
roi y et que celui-ci se rend lui-même à la cour
pour obtenir l'agrément de l'empereur. Ce simu-
lacre de roi fut reçu par toute la Chine avec les
honneurs dus à un souverain , tandis qu'il n efoit
qu'un très-petit officier du vainqueur, et que, re-
tourné dans son pays, il rentra dans ses fonctions.
Des personnes dignes de foi m'ont assuré Tavoir
vu depuis.
Mais , me dira-t-on , peu importe que ce roi du
Tonquin soit al!é à Peking ou soit resté chez lui :
que fait à la Chine la perte de quelques soldats !
c'est dans le régime intérieur que la bonté du gou-
vernement se fait admirer : c'est dans le temps des
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SUR LES CHINOIS. 44/
disettes qu'il faut voir la vive sollicitude de fem-
pereur pour la conservation de son peuple.
Les mauvaises récoltes arrivent malheureuse-
ment assez souvent à la Chine , soit qu'elles pro-
viennent du vice de la culture , ou plutôt de Ja
nature du grain qui y est cultivé le plus ordinai-
rement. Dans ces temps de calamité , où l'homme
ne connoît que le besoin , Je Chinois se livre avec
fureur à tous les excès qu'il fui inspire. Les vols ,
les brigandages , les meurtres , deviennent com-
muns alors , et l'on voit même les hommes se
manger les uns les autres. II y a eu des exemples
de cette dernière barbarie lorsque j'étois à la
Chine.
Dans ces circonstances désastreuses, les man-
darins envoient des mémoires à Peking. Les tri-
bunaux les examinent avant de les présenter à
l'empereur. Lorsque ces mémoires sont parvenus
sous ses yeux, il ordonne aux grands de délibérer
sur les moyens à employer pour soulager la misère
des peuples. Les tribunaux s'assemblent et sup-
plient l'empereur d'envoyer des hommes sages
et désintéressés. L'empereur donne aussitôt un
Chang-yu pour nommer tels ou tels mandarins.
Cet édit , qui respire une bonté paternelle , s'im-
prime dans toutes les gazettes, pour faire voir aux
Chinois la vigilance du chef de l'État ; cependant
les personnes désignées ne partent pas. Si Ton
I
'442 OBSERVATIONS
veut qu'elles fessent diligence , on leur fournit des
chevaux de poste, et elles voyagent au compte du
gouvernement. Si on ne leur en donne pas, il faut
qu'elles marchent à leurs frais ; alors elles deman-
dent du temps pour se préparer : enfin , après
avoir pris les ordres de sa majesté , elles sortent
de Peking. Par-tout où le mal n'existe pas , elles
reçoivent des applaudissemens ; mais ceux qui
souffrent de la disette, ont le temps de mourir
avant que le remède parvienne, et souvent il n'ar-
rive que lorsque tout le monde a péri. Les com-
missaires de la cour, une fois rendus sur les lieux,
visitent les greniers ; s'ils se trouvent vides , ifs
cassent les mandarins et punissent les subalternes;
mais tout cela ne donne pas de riz ; et pendant
deux ou trois mois qu'on a difTéré d'en faire venir,
un grand nombre cThabitans sont morts de raim
et de misère.
L'usage à la Chine e$t de déposer dans les gre-
niers publics une partie des grains provenant du
tribut annuel. Cette précaution est louable ; mais
ces greniers sont ou mal administrés , ou insuffi-
sans. Le P. d'EmrecolIes a bien raison de dire que
les lois Chinoises sont bonnes, mais qu'il seroît
à souhaiter qu'elles fussent mieux observées (a J.
Un trait rapporté par M. Barrow fait connoître la
(a) Lettres édifiantes, tome XV, page t22.
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SUR les chinois; 443
manière dont les mandarins se conduisent et exé-
cutent les générosités de l'empereur , et vient à
l'appui de la réflexion du missionnaire.
Une inondation ayant submergé, en 1791 , un
village dans le Chan-tong, les habitans n'eurent
que le temps de se sauver , et se trouvèrent ré-
duits à la plus profonde misère. L'empereur s'étant
rappelé qu'il avoit logé chez ces paysans , ordonna
de les secourir d'une somme de cent mille taëls
[750,000 liv.]. Cette somme sortit du trésor; mais
le premier trésorier prit pour lui vingt mille taëls ,
le second dix mille, le troisième cinq mille, et
ainsi de suite ; de sorte qu'il ne revint à ces infor-
tunés que la somme de vingt mille taëls [ 1 5 0,000 i.].
Ceci fait voir de quelle manière l'empereur
vient au secours des peuples , et comment ses
intentions généreuses sont remplies ; mais s'il se
montre compatissant dans certains cas, il ne faut
pas conclure d'après cela , et d'après le style tendre
et paternel de ses édits , qu'il est le père de ses
sujets , car ce seroit tomber dans une grande er-
reur. Cette sollicitude apparente, les expressions
ménagées qu'il emploie , sont uniquement pour
la forme , et ce n'est qu'une marche adroite pour
entretenir les Chinois dans la soumission. Quel-
ques troubles s elèvent-ils , et les disettes en oc-
casionnent toujours, alors la sévérité est déployée,
on tue , on massacre , et le gouvernement calcule
444 OBSERVATIONS
froidement la nécessité de faire périr un grand
nombre d'individus pour faire renaître fe estime :
en un mot, les Chinois sont conduits sévèrement 9
et s'ils ne se plaignent pas toujours , c'est qu'ils
n'y gagneroient rien.
Les marchands sont méprisés ; les mandarins de
Quanton traitent avec dureté les hannistes (a), et
ceux-ci paient pour ne pas être forcés de ramper.
Si des gens riches sont aussi mal regardés , il est
facile de conclure le traitement que peut attendre
un homme du peuple qui est pauvre et sans appui.
Les Tartares , en s'emparant de la Chine , n'ont
rien changé à la forme du gouvernement ; ils ont
seulement partagé l'autorité en doublant les places,
dont ils se sont réservé la moitié : aussi remplis-
sent-ils tous les grands emplois militaires et une
partie des offices civils. Ils sont généraJemenr Aaïs
des anciens habitans , et les empereurs actuels ,
quoique Tartares , déférant à ce sentiment na-
tional , traitent les mandarins Chinois avec bien
plus de ménagement et d'indulgence que les man-
darins Tartares. Mais, si les princes qui occupent
présentement le trône , ont fait quelques innova-
tions dans la forme du gouvernement, ils ont , en
habiles politiques, maintenu les usages établis,
et continué sur - tout à surveiller les examens ,
( a) Marchands Chinois, qui traitent avec les Européens.
\
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SUR LES CHINOIS. 44S
persuadés que, par ce moyen, ils consolideroient
leur puissance. En effet , comme il faut générale-
ment, pour parvenir aux emplois , obtenir des
grades , l'espérance de devenir mandarin tient un
grand nombre de Chinois dans la soumission et la
dépendance. De plus , le choix d'un sujet sortant
de la dernière classe , donne au peuple une haute
opinion de son gouvernement, et lui fait croire
qu'il sera plus ménagé par un tei magistrat que
par tout autre^II se trompe cependant : plus la
condition d'un Chinois parvenu à la dignité de
mandarin étoit obscure auparavant , et plus il croit
la faire oublier , en traitant avec mépris ceux qui
étoient ses égaux. 11 s'imagine que la figure d'un
oiseau ou d'un tigre, brodée sur le devant ou sur
ie dos de son habit , lui donne tous les genres de
mérite ; il sollicite des places , devient gouverneur
d'une ville , d'une province ; il parvient au poste
éminent de Tsong-tou : alors , abusant de l'autorité
que le prince lui a confiée, et s'abandonnant aux
sentimens peu délicats qu'il puisa dans sa première
éducation presque toujours vicieuse, il pille, vole
et vexe les peuples, jusqu'à ce que l'empereur,
instruit de ses excès, le casse, l'exile, et le fasse
rentrer dans la foule d'où le hasard l'avoit fait sortir.
Le premier ordre des mandarins est celui des
r
Colao , ou ministres d'Etat , des premiers prési-
dens des cours et des principaux officiers militaires.
4i6 OBSERVATIONS
Le nombre des Colao n'est pas fixe % mais il ne
surpasse pas cinq ou six.
Le conseil de l'empereur, appelé Nouy-yuen
[cour du dedans] , est composé des Colao, des pré-
sidens des tribunaux et des secrétaires. Il décide
des affaires du dedans et du dehors.
Outre ce conseil, il y en a un autre formé des
Colao, des présidens des cours et de leurs asses-
seurs. Il y a dans Pékin g six cours souveraines ou
tribunaux. *
1. ° LeLy-pou, ou tribunal des mandarins, est
chargé de tout ce qui les concerne ; il veille sur
leur conduite et en rend compte.
2. * Le Ho- pou a le soin des pensions; il
veille sur les revenus, les impôts, i agriculture,
les mon noies , le sel , le transport des grains ,
fa paye des employés et les secours accordés aux:
peuples.
3. * Le Ly-pou règle l'étiquette envers Tempe-
reur, impératrice , les princes et les mandarins ;
il veille aux cérémonies qui ont lieu dans les ma-
riages et les enterremens ; il a l'inspection sur les
rites religieux, sur la religion, sur les ambassades,
sur les examens et les écoles.
4. ° Le Ping-pou a soin de tout ce qui regarde
la guerre , soit pour les régiemens et les ordon-
nances, soit pour les examens militaires : les postes
sont de son ressort.
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SUR LES CHINOIS. 44?
5/ Le Hing-pou a Finspection sur les crimes,
sur les délits , et sur le défrichement des terres.
6.° Le Kong-pou dirige les ouvrages publics ,
les canaux, les routes, les palais , les ponts ; if
veille sur les manufactures , les mines de charbon :
c'est lui qui paie Jes dépenses ou les provisions
des autres tribunaux , et les armes et munitions
demandées par le tribunal du Ping-pou.
Après ces six tribunaux il y a celui des princes ,
nommé Tsong-gin-fou. Ce tribunal règle le trai-
tement des princes du sang; il veille sur leur
conduite , et toutes les affaires criminelles qui les
concernent sont de son ressort : il a la surveillance
des esclaves, des eunuques et des officiers de l'in-
térieur du palais.
Tous Jes princes descendans du fondateur en
droite ligne, portent la ceinture jaune : ceux qui
descendent de ses oncles et de ses frères, portent
la ceinture rouge.
Les titres de principauté sont héréditaires et
passent aux enfans ; il faut leur faire leur procès
pour les en priver.
Tous les princes qui n'ont pas de principauté et
qui ne sont pas pourvus d'emplois avec des reve-
nus , reçoivent fa haute-paye des soldats Tartares,
et cent taôls [750 liv.] lorsqu'ils se marient. Ce
traitement est foible ; aussi y a-t-il des princes
fort misérables. Lorsqu'ils meurent, f empereur fait
4^8 OBSERVATIONS
donner à leur famille la même somme pour sub-
venir aux frais d'enterrement.
Chacun des six grands tribunaux a deux prési-
dens et vingt-quatre conseillers, moitié Tartares et
moitié Chinois. Aucun tribunal ne peut juger seul
en dernier ressort, et a besoin du concours des
autres : c'est ce qui empêche chacun d'eux de de-
venir trop puissant.
Outre ces six grands tribunaux, il y a le tribunal
appelé Tou- tche-yuen , tribunal des Yu-tche
f censeurs publics ]. Ces censeurs ont, avec les pre-
miers magistrats des tribunaux, le droit de faire
des remontrances à l'empereur. Ce tribunal fournit
des inspecteurs généraux appelés Ko-tao ; chacun
des six grands tribunaux en a un auprès de lui,
qui examine et rend secrètement compte à Tern-
pereur de ce qui s'y passe. Ce tribunal est aussi
chargé d'envoyer, tous les trois ans, des visiteurs
dans chaque province. Ces officiers , lorsqu'ils sont
arrivés dans les lieux qui leur sont assignés , sont
au-dessus de tous les mandarins ; ils "inspectent
leur conduite ; mais l'usage est de ne dénoncer
que ceux dont les injustices sont trop criantes et
trop visibles.
Le tribunal des Yu-tche envoie en outre des
visiteurs secrets. Il fait partir tous les trois ans ,
pour toutes les provinces, les Hio-yuen ou man-
darins chargés des examens , et nomme aussi
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SUR LES CHINOIS. 449
le Siuen - ho ou inspecteur <Ju canal impérîàl :
cette place est une des plus lucratives. Tous les
mandarins qui composent ce tribunal des censeurs,
ne sont que du septième ordre, niais ils jouissent
d'une grande autorité.
Après le tribunal des Yu-tche, il y a celui nommé
Jong-tching-fou , qui veille sur les soldats et les
officiers de fa cour ; il a sous lui cinq tribunaux
d'armes , appelés Ou-fou. Au-dessous de ces tri-
bunaux if y en a encore un grand nombre d'autres
particuliers , qui relèvent des six premières cours ,
ou du tribunal des Yu-tche.
C'est par ces tribunaux que l'empereur entend
et voit, pour ainsi dire , tout ce qui se passe; mais
c'est par fes vice-rois qu'il gouverne et qu'if règne»
Maître suprême , mais vigifant , méfiant et sévère ,
il inspecte, élève et abaisse fes grands tour-à-tour,
et c'est sur l'instabilité des places , et sur fe désir
qu'on a d'en obtenir qu'if fonde sa sûreté et celle de
l'Etat. La politique des empereurs de fa Chine est
de faire dépendre tout d'eux-mêmes , de changer
à leur gré les gens* en place , d'entretenir une mé-
fiance et une surveillance continuelles parmi les
mandarins , de s'opposer à ce qu'ils ne deviennent
trop riches ou trop puissans , et par conséquent de
diviser sans cesse les richesses et le pouvoir , afin
d'empêcher qu'il ne se forme dans l'État aucun corps
capable de contrebalancer l'autorité du souverain,
TOME II. Ff
450 OBSERVATIONS
et de fomenter des ftcjtons ou des troubles. Sons
un empereur despote , il en doit résulter , if est vrai ,
des abus de pouvoir, mais ces abus retombent plu-
tôt sur les grands que sur le peuple. L'expérience
prouve que les mouvemens populaires arrivent plus
souvent sous les princes débonnaires et faciles, que
sous ceux qui sont sévères , parce que les grands,
sûrs de l'impunité avec les premiers , se portent 2
des excès qui révoltent les peuples.
Telle est la manière de gouverner à la Chine;
elle diffère de celle qu'on emploie en Europe
mais tous les hommes ne peuvent être conduits ce
même. Les opinions, les institutions impriment
aux habitans de chaque pays un caractère différent,
et il est impossible de régir des Asiatiques comme
des Européens. Les abus qui existent dans le gou-
vernement chez les Chinois , tiennent sans doute
h" la disposition et au génie de ce peuple , et
vouloir les réformer, seroh peut-être dang-ereux.
Quoi qu'il en soit , il est facile de se convaincre ,
par ce que j'ai rapporta, que c'est à tort que cer-
tains écrivains ont avancé que* la manière de gou-
verner à la Chine remporte sur celle des autre»
pays , que la législation y est parfaite , et que cet
empire ne forme qu'une seule famille, dont Ten -
pereur est comme le patriarche (a).
( a) Raynal , tome I, page , et tome VII, page -2/«f.
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SUR LES CHINOIS. ^5 *
Bne seule chose sur laquelle le gouvernement
soit blâmable , et cependant excusable en même
temps , c'est la défense de sortir, du pays ; car
en empêchant la sortie des hommes , c'est fermer
une issue à la population surabondante, qui se
trouve par-là forcée de se dévorer elle-même ; mais
les Chinois ont prévu que Té migration et la libre
communication des peuples amèneroierit des opi-
nions étrangères, peut-être aussi des étrangers
mêmes , et ils ont craint que leur admission ne
devînt funeste à la tranquillité publique.
Depuis que la Chine subsiste , combien d'em-
pires culbutés ! que de peuples anéantis et tombés
dans l'oubli \ Si elle est encore intacte, elle le doit
autant à sa manière de voir qu'a sa situation géo-
graphique. En permettant aux Européens de s'éta-
blir chez elle , son antique gouvernement crouleroit
bientôt : le renversement du trône de? Mogols et
l'asservissement de l'Inde sont des exemplès assez
frappans.
CLASSES DES CITOYENS.
«
I l n'y a point de noblesse à la Chine ; aucun
état n'est fixe ni héréditaire. Un fils succède aux
biens de son père , mais non a ses dignités. Les
seuls descendans de la famille régnante ont le rang
de princes ; ils possèdent des revenus , niais ils ne
jouissent d'aucun pouvoir. On regarde comme
Ff 2
45* OBSERVATIONS
nobles tous ceux qui sont ou qui ont été manda-
rins , et ceux qui ont obtenu quelques degrés.
C'est encore un titre de noblesse que d avoir reçu
quelque marque d'honneur de l'empereur : ces
titrée s accordent même aux ancêtres des personnes
que le prince veut honorer , mais ne se transmet-
tent pas aux enfans. Les fils du plus puissant man-
darin , s'ils n'ont pas de talens , rentrent bientôt
dans la classe ordinaire , d'autant plus que les biens
du père , ne passant pas à un seul entant , mais
étant partagés entre tous les frères, les richesses
diminuent en proportion du nombre des héritiers:
aussi les familles ne subsistent pas long-temps dan*
le même état de splendeur.
La famille la plus ancienne est celle de Confu-
cius ; c'est la seule qui jouisse d'un titre d'honneur
qui passe au descendant direct.
II y a sept classes de citoyens ; les mandarins ,
les militaires , les lettrés , les bonzes , les labou-
reurs y les ouvriers et les marchands. Tous les
citoyens , lorsqu'ils ont les degrés nécessaires ,
peuvent parvenir aux emplois ordinaires ; mais if
faut du talent , du crédit et des services pour en
obtenft de plus importans.
Les mandarins de robe et dépée sortent presque
tous des trois dernières classes de citoyens. L*éta\
dé mandarin , soit civil , soit militaire , est le plus
respecté ; tous les Chinois aspirent k le posséder,
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SUR LES CHINOIS. 453
d'autant plus que celui qui en est revêtu jouit d'une
portion d'autorité , et se trouve à même d'acquérir
des biens et des honneurs.
0 Les lettrés sont des aspirans qui briguent les
places , et font tous leurs efforts pour les obtenir ;
car un lettré sans emploi est peu considéré. Les
rioms des lettrés sont inscrits au tribunal du Ly 7
pou ; c'est lui qui est chargé de la nomination de
tous les mandarins , et qui instruit i'eiflpereur lors-
qu'il y a des places vacantes.
Les bonzes sont en grand nombre. La supers^
tition étant générale a la Chine, ils savent en tirer
parti ; aussi possèdent-ils des maisons , des terres
et des fermes.
Les laboureurs sont nombreux : c'est la classe
que le gouvernement protège le plus ; c'est elle
aussi qui est la moins riche. Les Chinois , soit
qu'ils cultivent leurs propres terres , soit qu'ils
fassent valoir celles des autres , sont en général
peu fortunés.
Les marchands sont peu considérés , et Ton
méprise même ceux qui , sortant de leur patrie ,
s'exposent à toutes sortes de dangers pour aller
commercer au loin. Nous ne devons pas nous
étonner, après cela, si les Chinois n'ont pas une
grande estime pour les marchands Européens qui
fréquentent la Chine , puisque > les mettant sur
la même ligne que leurs compatriotes qui vont
Ff 3
454 OBSERVATIONS
chercher fortune hors de leur pays , ils fes regardent
à -peu -près comme des vagabonds. C'est d'après
cette opinion que les Chinois préfèrent le labou-
reur au marchand : encore placent -ils avant ce
dernier l'ouvrier et l'artisan.
Beaucoup d'auteurs ont écrit qu'à la Chine îes
enfans exercent le même métier que leurs pères:
selon eux ifs ne peuvent en changer. Il est de
fait, au contraire, que les fils apprennent" rare-
ment le métier de leur père , et que ce n'est que
la nécessité qui les y contraint. Aussitôt qu'un
Chinois a 'de l'argent , il se livre au commerce ; et
lorsqu'il est devenu plus riche, il achète quelque
titre qui le mette à même d'obtenir de petits man-
darinats, et de jouir plus tranquillement du bien
qu'il a gagné ; car les marchands qui continuent
leur profession après s'être enrichis, son* obligés
de cacher leur fortune, dans la crainte d'éveiller
l'avidité des mandarins, ou d'inspirer de fomôra g e
au gouvernement , qui n'aime pas qu'on fasse
■
parade de son opulence.
Les comédiens, ainsi que les ministres de dc-
Bauche , sont réputés infâmes et inadmissibles aui
examens pour être mandarins. L'empereur Kien-
long a rendu une ordonnance, portant qu'il faudra
trois générations pour effacer la tache d'avoir été co-
médien et pour pouvoir obtenir un grade civil. Ls
geôliers , les bourreaux sont mal vus , à cause ce
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sup les chinois; '455
ïeur état ; mais ils peuvent le quitter quand ils ont
de quoi vivre. . .
II existoit il y a quelques armées une classe,
d'hommes appelés To-min, qu'on regardoit comme
iniàmes : ces gens se trouvoient dans la province
de Tche-kiang , et particulièrement à Chao-hing ,
où ils vivoient dans une rue séparée , et ne pou-
voient remplir que les métiers les plus vils. Ces
To-min descendoient cependant des seigneurs qui
vivoient lors de la destruction des Song par les
Yuen , en 1 279 après J. C. Mais Fempereur Yong-
tching leur a rendu l'état civil par un édit portant
qu'ils seroient traités et regardés a l'avenir comme
les autres citoyens.
Les conducteurs des barques impériales. , appelés
Kan-kia, sont encore mal fainés , parce que les
gens qui sont employés h tirer ces bateaux , sont
ordinairement des Chinois condamnés à l'exil pour
quelque crime.
MANDARINS.
Les mandarins sont changés tous les trois ans;
aucun d'eux , excepté les militaires , ne peut pos-
séder un emploi dans la province où il est né ; il
faut qu'il en soit éloigné de cinquante lieues , et
ce n'est qu'à l'âge de soixante ans qu'il acquiert
Je droit d'en être plus rapproché.
Nui officier n a la liberté de se marier dans la
Ff 4
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OBSERVATIONS
province ou dans la ville qu'il gouverne. Tous les
mandarins doivent quitter leurs places à la mort
cFun père, d'une* mère, d'un grand-père et d'une
grand'mère.
Lorsqu'un mandarin obtient un poste supérieur
. dans une province où l'un de ses parens est em-
ployé , ceiui-ci est obligé d'avertir fes tribunaux
de Peking , qui le font passer ailleurs.
Le père et le fils , l'oncle et le petit- fils ne peu-
vent être dans le même tribunal. Un petit man-
darin a tout pouvoir dans son district ; mais i!
dépend d'autres mandarins plus élevés , qui eur-
mèmes à leur tour sont subordonnés aux grands
officiers de la province. Les mandarins doivent se
surveiller les uns les autres , et rendre compte de
la conduite de leurs inférieurs ; ils sont même
responsables des fautes que ceux-ci peuvenr com-
mettre ; mais les inférieurs savent les tromper de
toutes les manières. Quant aux grands officiers %
s'ils s'accusent quelquefois entre eux, ce n'est que
lorsqu'ils n'ont rien à craindre de ceux qu'Us cher-
chent a détruire.
Si un vol ou un assassinat est commis sans qu'on
découvre Fauteur, le mandarin du district où s'est
passé le crime est destitué.
Les mandarins travaillent de grand matin , er
ne doivent prendre aucune nourriture avant d'avoir
été au conseil*
■
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SUR LES CHINOIS. 4$7
Aucun d'eux n'est justiciable tant qu'il est en
place , parce qu'il représente le souverain ; il faut
qu'il soit cassé pour que la justice puisse avoir
droit sur lui.
Ces réglemens prouvent assez les vues sages du
gouvernement ; ii a cherché tous les moyens de
contenir les gens en place; et, comme le dit très-
biep un auteur, rien ne seroit comparable à Tordre
établi à la Chine, si les mandarins n'écoutoient pas
autant leurs passions (a) ; mais il est si rare de voir
■
un homme sortir de son emploi sans être devenu
riche , que les Chinois regardent comme un phénix
tout mandarin désintéressé même jusqu'à un cer-
tain point (b). Enfin , c'est un proverbe en Chine ,
que l'empereur lâche autant de loups et de voleurs ,
qu'il crée de mandarins (c).
Les mandarins , ainsi que je l'ai dit plus haut ,
sortent des trois dernières classes des citoyens ,
qui sont, les laboureurs , les artisans et les mar-
chands ; cependant le peuple leur obéit aisément ,
et leur donne en parlant , les titres de Lao - ye
[seigneur] , Ta-ko-ye [grand seigneur] , Ta-jin
[grand homme].
On ne parle aux mandarins qu'à genoux, à
(a) Duhàîdc, tome Il , page
(b) Missionnaires, tome VIII , page 41*
(c) Magalhem, page 166*
OBSERVATIONS
moins qu'on ne soit revêtu d'un office , ou qu'oit
ne jouisse d'un grade qui en dispense. L'appareiL
des magistrats en impose , mais pius encore la
manière sévère dont un Chinois seroit puni s'il
ne se retiroit pas à l'approche d'un mandarin , et
s'il n'attendoit pas respectueusement, la tête droite
et les bras pendans, que cet officier soit passé.
Lorsque les missionnaires (a) ont écrit que les
grands craindroient de heurter un vendeur d'allu-
mettes, ils ont un peu exagéré la politesse des
mandarins. A la Chine, ce n'est pas le sentiment
qui porte au respect, ç'est la force et la crainte; le
chemin des devoirs est marqué , quiconque s'en
.écarte, y est prompternem ramené par le bambou.
Les mandarins ne paraissent jamais dans les
lieux de leur juridiction , sans être accompagnés
d'un cortège considérable , composé de tous Jes
gens de leur tribunal ; la marche est ouverte par
deux Chinois , açmçs de deux bamboux longs et
plats , servant à donner la bastonnade ; Us crient
de temps en temps , pour avertir de l'arrivée du man-
darin, et sont suivis par deux autres hommes, qui,
pour le même motif, battent sur un large bassin
de cuivre : après eux viennent un certain nombre
de bourreaux pourvus de chaînes , de fouets , de
sabres; ensuite ceux qui portent les parasols, les
(ii) Missionnaires, tome VIII , page zrS.
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sur les chinois: ^59
étendards et Jës marques de dignité de Fofficier
public ; quelques soldats a cheval précèdent le
palanquin qui est porté par quatre hommes', et
entouré des principaux domestiques ; d'autres sol-
dats mêlés de personnages tenant k la main les
choses nécessaires au service du mandarin , ter-
minent le cortège. Si c'est pendant la nuit que la
marche a lieu , on porte des lanternes et Ton en
suspend autour dû palanquin. Le cortège d'un
homme en place est quelquefois de plus de cent
personnes ; mais cette suite si nombreuse et si
pompeuse en apparence, est peu de chose lors-
qu'on l'examine de près. La pompe consiste dans
le nombre des serviteurs , mais non dans leur belle
tenue. La cour même de Peking n'a rien de ma-
gnifique. Excepté les personnes qui approchent
d'un mandarin , \out le reste est fort mal habillé ;
souvent les parasols sont déchirés , et la soie qui
les couvre au lieu d'être rouge, est presque jaune
de vieillesse ou de saleté. La discipline et Tordre
ne sont pas mieux observés; car a peine le man-
darin est-il sorti de son palanquin , que les cava-
liers quittent leurs chevaux et se mettent à jouer
par terre avec les autres soldats ; les bourreaux ,
les estaffiers , les coupe - têtes en font autant ;
enfin , personne ne garde sa place. Mais , si la
suite d'un mandarin n'est ni bien entretenue , ni
bien habillée, elle est néanmoins nombreuse ; et
t\6o OBSERVATIONS
pour nourrir tout ce monde et fournir à mille
autres frais, les appointemens que donne l'Etat ne
suffisent pas , car les mandarins n'ont positivement
que le juste nécessaire (aJ.Le gage fe plus élevé ,
dit le P. Trigaut , ne monte pas à rniHe écus t
ce taux est un peu foible; mais il est constant que
les mandarins ne voleroient pas autant s'ils étoient
mieux ^payés. Les injustices ne leur coûtent que
la peine de les tenir secrètes , et ifs ne manquent
pas de tirer du peuple de quoi subvenir à toutes
leurs dépenses.
Les officiers civils et militaires sont tous soldés
sur les revenus de la province, dans les différens
lieux où ils sont employés : ceux qui sont attachés
au trésor, reçoivent en outre un droit sur /es
sommes qui leur passent par les mains. ♦
MANDARINS CIVILS.
Les Tsong-tou sont les premiers officiers qui
régissent le peuple : leur juridiction s'étend sur
une ou deux provinces ; on n'en compte que onze
dans tout l'empire.
Le Fou-yuen est le gouverneur de la province.
Le Pou-tching-sse, est le grand trésorier , et
grand )uge civil. Ces trois grands officiers ne re-
lèvent que des tribunaux de Peking. Dans les
— - _
(a) Missionnaires, tome IV t page ijp.
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SUR LES CHINOIS.
provinces de Quang-tong et de Fo-kien , il y a
un Hopou ou grand douanier, qui relève directe*
ment du tribunal des finances de la capitale de
f empire : le Hopôu de Quanton n'est chargé que
de l'inspection du commerce avec les Européens ;
il marche après les premiers mandarins de la pro*
vînce. Les autfes mandarins sont :
Le Ngan-charsse, premier juge criminel;
LesTacnye, intendans de deux villes du premier
ordre , chaque province étant partagée par districts ;
Le Tching-tchou-kao, président des examens:
il vient de Peking tous les trois ans ;
Le Hio-yupn , inspecteur des écoles : il vient
également de Peking , et fait deux examens dans
trois ans ; ; i
Le Yen-yuen, intendant du sel;
Le Y-tchouen-tao , intendant des postes , de*
bâtimens et des bateaux ;
Le Pin-py-tao , inspecteur des troupes ; t
Le Tun-riao , intendant des chemins ;
Le Ho-tao, inspecteur des fleuves ;
Le Hay-tao , inspecteur des côtes de la mer ;
Le Tchy-fou , gouverneur des villes du pre-
mier ordre ;
Le Tchy-tcheou , gouverneur des villes du se-
cond ordre ;
Le Tchy-hien , gouverneur des villes du troi-
sième ordre.
462 OBSERVATIONS
Lorsqu'on parie de ces trois dernières dasses
de mandarins , on ajoute le nom de la ville : par
exemple , potir dire ie gouverneur de Quanton,
on dit, Quang-tchy^fou. Dans les grandes villes,
comme à Quanton > il y a deux Tchy-<hien , c'est-à-
dire , que kiville et son territoire sont partagés
en deux portions , dont chacune est gouvernée
par un Tdiy-hien. Cette dénomination a souvent
trompé les étrangers , qui ne con ce voient pas com-
ment une viHe du premier ordre pouvoit être, en
même temps, une.Viile du troisième ordre. Peking,
dont le nom est Chun -tien -fou , renferme deux
Hién , l'un appelé Tay-tsirtg-h ien , et (autre Oaang-
ping-hien.
La ville de Hang-tcheou-fou , dans le Tch&
kiang, a deux Hien ; savoir, Gin-to-hren, etTsien-
tahg-hien.
Les villes ont en outre des sous-gouverneurs,
nommés EuWou.; <tes assesseurs, appeiés Eirl-ya ;
et plusieurs autres mandarins ; savoir :
Le Nan-hay, chef de police , et ses assesseurs
ou lieutenans de quartier;
Le Chouy-kô-tse* receveur des droits sur les
boutiques des marchands ;
Le Sse-yu , gardien des prisons ;
Le Chouy-ta-che , douanier ;
Le Kou-ta-che, inspecteur des magasins;
Le Y-tcheng, inspecteur des postes >
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SUR LEA CHINOIS. 463
Le Hio-tcheng , inspecteur des écoles.
Outre ces mandarins il y en a d'autres qui
ont la direction du sel ; chacun de ces mandarins
a ses assesseurs , et les personnes nécessaires pour
former son tribunal appelé en Chinois Ya-men.
Tous ces officiers sont entièrement soumis à leurs
supérieur*
Les bourgs et les villages ont aussi de petits
officiers chargés du soin d'y établir etxPy maintenir
le bon ordre.
Le nombre des mandarins varie suivant les dif-
férens auteurs qui en ont parlé. Le P. Arràot met
huit mille neuf centsojxante-cinq mandarins, dont
mille huit cent soixante-deux supérieurs; M. Ma-
cartney porte le nombre de ceux-ci à mille neuf
cent vingt -un , et ne parle pas des subalternes.
D'autres écrivains en mettent neuf mille , et le
P. du Halde treize-mille six cents ; cette différènce
ne provient que de ce que ces auteurs ont compté
tout ensemble , et n'ont point fait de distinction
entre les grands et les petits officiers.
j
MANDARINS MILITAIRES. ,
Il y a à Peking cinq tribunaux nommés Qu-fou ,
qui comprennent les cinq classes dans lesquelles
tont rangés tous les mandarins militaire^: ?
La i. re Heou-fou / arrière-garde ] ;
a.' Tso-fbu [allé gauchej ;
464 OBSERVATIONS
La 3.' Yeou-fou [aile droite] ;
4. ' Tchong-fou [corps du milieu] ;
5. ' Tsien-fou [avant- garde ] .
Ces cinq classes , qui ont à leur tête un prési-
dent et deux assesseurs toujours pris parmi les
officiers les plus élevés , dépendent (Tun tribunal
suprême nommé Jong-tching-fou , dont le chef est
un des plus grands seigneurs de l'empire ; il a un
mandarin de lettres pour adjoint , et deux asses-
seurs. Ce tribunal veille sur tous les officiers et sol-
dats de la cour; mais dans les affaires fmportantes
il dépend du tribunal nommé Ping-pou.
Mandarins Tartarcs.
Le générai Tartare se nomme Tsiang-kiun , et
ses deux lieutenans Tou-tong. Viennent ensuite
Les Kou-chan [colonels] ;
Les Tsang- lin g / lieutenans-colonels de cavalerie ] ;
Les Fang-yu [capitaines] ;
Les Hiao-ky-kiao [lieutenans/ ;
Mandarins Chinois.
Le premier officier s'appelle Ty-tou; il com-
mande tqutes les troupes de la province.
Le lieutenant-général se nomme Tchong-kiun ;
sa place est au centre de l'armée.
Le Ty-tou a sous lui six Tsong-ping [généraux } ;
des Fou-tsiang [maréchaux-de-camp] ; des Tsan-
ttiang [ brigadiers ] ; des Y eou - ky / colonels ] ; des
Cheou-pey ^
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SUR LES CHINOIS. 465
Cheou-pey [lieutenant - colonels] , des Tsien-tsong
/ capitaines ], des Pa-tsong / lieutenans J, des Pe-tsong
ou centeniers , qui commandent à cent soldats.
Le nombre des officiers militaires est de sept
mille quatre cent dix-sept ; d'après ïes Angiois ,
il seroit de sept mille neuf cent soixante - cinq ,
ce qui ne diffère pas beaucoup. Le P. du Halde
compte dix-huit mille mandarins de guerre ; mais
il a compris dans ce calcul les bas - officiers com-
mandant cent soldats.
COSTUME DE L EM PERE U R ET DES
MANDARINS.
La couleur jaune -clair est réservée pour l'em-
pereur et ses fils; ses parens même, et tous les
mandarins ne portent que des habits violets.
Les grades déterminent les habits des manda-
rins , et personne ne se permet de porter un vête-
ment qui ne lui convient pas ; les femmes même
des gens eiî place suivent cet usage, et leurs robe»
sont conformes au rang de leurs maris. Un parti-
culier n oseroit avoir sur son habit de la broderie
en or, c'est le privilège des mandarins.
On n'a pas été tout-à-fait exact lorsqu'on a dit
que les dragons brodés sur les robes de l'empereur
et des mandarins ne différoient que dans le nombre
des griffes. L'empereur , ses fils et Jes Régulos
[princes du premier ordre J du i. <r et du a. e rang,
TOME II. G g
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466 OBSERVATIONS
portent des dragons à cinq griffes, nommés Long;
les Régulds du 3.* et du 4- r rang portent aussi
ies mêmes dragons, avec quatre griffes; mais ceux
du 5 rang , ainsi que tous les mandarins , portent >
au lieu de dragons, des espèces de serpens à quatre
griffes appelés Mang.
Les grands seigneurs et les mandarins se re-
connoissent aux habits, à fa plaque, à la ceinture
et au bouton placé sur le sommet de feurs bonnets,
qui sont de deux espèces, Fun d'hiver et Fautre
d'été : le premier , garni de pelleteries , se prend
au 1 5 ou vers le 25 de la neuvième lune [ milieu
d'octobre]; et le second, au 1 5 ou vers le 25 de
la troisième lune [milieu d'avril].
Le bouton de cérémonie , pour le bonnet de
l'empereur, consiste dans trois perles, supportées
chacune par un dragon d'or; ces trois dragons sont
placés Fun au-dessus de Fautre, et ornés chacun dè
quatre perles, le tout surmonté d'une be))e perle;
ainsi cet ornement est composé de seize perles.
Le bonnet d'été a un bouton pareil, mais il esl
de plus orné par devant d'une figure d'or dè Fo ,
entourée de quinze perles , et par derrière d'une
broderie avec sept perlés.
Les bonnets ordinaires □"hiver et d'été , n'ont
qu'une seule perle pour bouton f quelquefois même
le bouton est seulement formé par de petites gances
de soie entrelacées.
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SUR LES CHINOIS. 467
L'habit de dessus de l'empereur a quatre cercles
brodés avec des dragons à cinq griffes; deux de
ces cercles sont sur les épaules , un sur la poitrine,
et le quatrième sur le dos.
Son collier contient cent douze perles , dont
quatre grosses , et divers autres ornemens com-
posés de rubis, d'azur et de succin. L'empereur
peut seul avoir un collier de perles ; il se sert ordi-
nairement d'un collier de corail ; mais souvent il
ne porte ni bouton , ni collier , non plus que ses fils
et petits - fils ; sa ceinture est jaune -clair, avec
quatre cercles d'or ornés de rubis, de saphirs et
de perles.
Le premier fils de l'empereur , appelé Hoang-
tay-tse, porte sur son bonnet d'hiver et d'été, un
bouton formé de trois dragons d'or , enrichis de
treize perles et surmontés d'une plus grosse ; mais
le devant du bonnet d'été est orné d'une figure
d'or de Fo, entourée de treize perles, et le der-
rière, d'une broderie avec six perles; son collier
est de corail avec des ornemens de saphirs ; sa
ceinture est jaune-clair , avec quatre cercles d'or
ornés de pierres d'azur et de perles.
Les autres fils de l'empereur, nommés Hoang-
tse, ont le même bouton que le fils aîné , pour le
bonnet d'hiver et d'été ; mais le haut n'est terminé
que par un rubis , et au lieu d'une figure de Fo ,
ils n'ont au bonnet d'été que cinq perles par devant,
Gg 2.
466 OBSERVATIONS
et quatre par derrière ; leurs colliers sont pareils
à celui du fils aîné.
Les Tsin-vang, Régulos du premier rang, por-
tent sur leurs bonnets d'hiver et d'été, deux dra-
gons d'or ornés de neuf perles avec un bouton
de rubis ; leur bonnet d'été est de plus orné par
devant de cinq perles , et de quatre par derrière
posées sur une fleur d'or ; leur habit est violet
avec des dragons à cinq griffes.
Les Kiun-vang , Régulos du second rang , ont
sur leur bonnet d'hiver , deux dragons d'or ornés
de huit perles avec un rubis pour bouton ; leur
bonnet d'été a quatre perles par devant , et trois
par derrière ; leur habit est le même que celui des
princes du premier rang.
Les Pey-Ie , Régulos du troisième rang , ont au bon-
net d'hiver, deux dragons d'or ornés de sept perles
avec un rubis pour bouton ; leur bonnet defé porte
trois perles sur le devant, et deux sur le derrière; ia
plume de paon qui est attachée au haut du bonnet ,
et qui pend en arrière , a trois yeux ; leur collier est
de pierre d'azur; leur habit est violet avec un dra-
gon à quatre griffes brodé au milieu d'un cercfe
placé sur la poitrine, et un pareil sur le dos.
Les Pey-tse , Régulos du quatrième rang , ont
au bonnet d'hiver, deux dragons d'or ornés de six
perles , et un bouton de rubis ; le bonnet deté
n'a que deux perles en avant et une derrière. Ljl
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sur les chinois: 469
plume de paon a trois yeux , et leur habit est le
même que celui des Pey-Ie.
Les Koue-kong , Régulos du cinquième rang ,
ont sur le bonnet d'hiver, deux dragons d'or ornés
de cinq perles , avec un rubis pour bouton ; le
bonnet d'été n'a qu'une perle en avant , et une
pierre verte en arrière. La plume de paon qu'ils
portent a deux yeux ; le bonnet ordinaire de tous
cçs Régulos, n'est surmonté que d'un simple rubis
pour bouton ; l'habit est violet avec une plaque
carrée sur la poitrine et sur le dos ; au milieu de
ces plaques est un grand serpent à quatre griffes ,
appelé Mang.
Les Min-kong (a) portent sur le bonnet d'hiver
et d'été , un bouton d'or travaillé , orné de quatre
perles et surmonté d'un bouton de rubis. Leur
bonnet ordinaire n'a qu'un bouton rond de corail ;
leur habit est violet et pareil à celui des Koue-
kong ; leur collier est de corail avec des orne-
mens en azur , en or et en succin ; ce collier sert
pour les quatre ordres qui précèdent celui-ci , et
pour les cinq qui le suivent.
Les Heou portent sur leur bonnet d'hiver et
d'été , un bouton d'or travaillé , orné de trois perles
et surmonté d'un rubis.
(a) Les Min-kong, les Heou et les Pe, sont des princes du
xcond ordre.
Gg }
4jO OBSERVATIONS
Les Pe portent sur fe bonnet cFhiver et (fêté 9
un bouton d'or travaillé , orné de deux perles
et surmonté d'un rubis. Les princes de ces trois
classes ont le même habit, et le même bouton pour
le bonnet ordinaire.
COSTUME DES MANDARINS.
On compte neuf ordres de mandarins, distin-
gués par le bouton , la plaque et la ceinture. Il y
a deux sortes de boutons dans chaque ordre , Tun
rond, et l'autre oblong taillé en aiguille à pans;
mais je n'ai vu porter ce dernier qu'une seule fois.
Premier ordre.
Ces mandarins portent en cérémonie un bonnet
avec un bouton d'or travaillé , orné d'une perle
et surmonté d'un bouton oblong de rubis, rouge
transparent.
Leur habit est violet avec une plaque carrée
sur la poitrine , et une autre sur le dos , dans
lesquelles il y a en broderie une figure de Ho
[ pélican ].
. Leur ceinture est ornée de quatre pierres bru-
che f agate ] t enrichies de rubis.
Les officiers militaires du même ordre portent
les mêmes décorations , mais la broderie des deux
plaques est différente , c'est un Ky-lin / animal
fabuleux des Chinois ].
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SUR LES CHINOIS. 47 1
Second ordre.
Le bonnet de cérémonie porte un bouton d'or
travaillé , orné d'un petit rubis surmonté d'un
bouton de corail travaillé , rouge opaque.
Le bonnet ordinaire n'a qu'un bouton rond de
corail travaillé ; l'habit est violet , les plaques ont
en broderie un Kin - ky f poule dorée ].
La ceinture est ornée de quatre plaques d'or
travaillées et ornées de rubis.
Les officiers militaires portent les mêmes déco-
rations; ils ont dans la plaque un Su [ lion ].
Troisième ordre.
Le bonnet de cérémonie porte un bouton cTor
travaillé , orné d'un petit rubis surmonté d'un
bouton de saphir , bleu transparent. La plume de
paon n'a qu'un œil.
Le bonnet ordinaire n'a qu'un simple bouton
rond de saphir.
L'habit est violet , les plaques ont en broderie
un Kong-tsio [ paon ].
La ceinture est ornée de quatre plaques b?or
travaillées.
Les officiers militaires portent les mêmes déco-
rations; la figure de la plaque est un Pao / pan-
thère à taches rondes].
Quatrième ordre.
Le bonnet de cérémonie porte un bouton d'or
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4j2 OBSERVATIONS
travaillé , orné d'un petit saphir surmonté cTun
bouton de pierre d'azur, bleu opaque.
Le bonnet ordinaire n'a qu'un bouton rond de
pierre bleue opaque.
L'habit est violet, les plaques ont en broderie
un Yen [ grue ].
La ceinture est ornée de quatre plaques dTor
travaillées , avec un bouton d'argent.
Les officiers militaires ont les mêmes décorations ;
mais la figure de la plaque est un Hou / tigre ].
Cinquième ordre.
Le bouton du bonnet de cérémonie est <Tor tra-
vaillé, orné d'un petit saphir surmonté d'un bouton
de cristal de roche , blanc transparent ; le bouton
ordinaire est rond et de cristal.
L'habit est violet ; sur la plaque est brodé un
Pe-hien [faisan blanc],
La ceinture est ornée de quatre plaques d'or
unies, avec un bouton d'argent.
Les officiers militaires portent les mêmes déco-
rations, et dans la plaque un Hiong [ours].
Sixième ordre.
Le bonnet de cérémonie porte un bouton d'or
travaillé, orné d'un petit saphir surmonté d'un
bouton fait d'une coquille marine , blanc opaque;
la plume pour cet ordre n'est pas une plume de
paon, mais une plume bleue.
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SUR LES CHINOIS. 473
Le bonnet ordinaire n'a qu'un bouton rond ,
blanc opaque.
L'habit est violet ; la broderie des plaques est
un Lu-su [ cigogne ].
La ceinture est ornée de quatre plaques rondes
d'écaillé , avec un bouton d'argent.
Les officiers militaires portent les mêmes dé-
corations ; la broderie des plaques est un Pien
/ petit tigre ].
Septième ordre.
Le bonnet de cérémonie porte un bouton d'or
travaillé , orné d'un petit cristal surmonté d'un
bouton d'or uni ; le bouton ordinaire est aussi d'or,
mais sans ornement.
L'habit est violet ; la broderie de la plaque re-
présente un Ky-chy [perdrix],
La ceinture a quatre plaques rondes d'argent.
Les officiers militaires ont les mêmes décora-
tions , excepté que la figure brodée de la plaque
représente un Sy *[ rhinocéros ].
Huitième ordre.
Le bonnet de cérémonie porte un bouton d'or
travaillé , surmonté d'un bouton d'or également
travaillé ; le bouton ordinaire n'est formé que
d'un seul bouton d'or travaillé.
L'habit est violet , avec la figure d'un Ngan-
chun [caille ] , brodée dans la plaque.
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4j4 OBSERVATIONS
La ceinture a quatre plaques faites de corne de
bélier, avec un bouton d'argent.
Les officiers militaires ont Jes mêmes décorat/ons ;
la figure brodée de leur plaque est la même que
celle du septième ordre.
Neuvième ordre.
Le bonnet de cérémonie porte un bouton d'or
travaillé , surmonté d'un bouton d'argent travaillé ;
le bouton ordinaire est d'argent travaillé.
L'habit est violet ; la figure brodée de la plaque
représente un Tsio f moineau ] .
La ceinture est ornée de quatre plaques faites
de corne noire, avec un bouton d'argent.
Les officiers militaires prennent les mêmes dé-
corations ; la figure brodée de leur plaque est un
Hay-ma / cheval marin ].
Après les mandarins, les Chinois qui ont obtenu
des grades dans les examens, soit civils, soit mili-
taires, portent aussi une marque distinctive.
Les Tsin-tse ou docteurs , portent sur le bonnet
un bouton d'or travaillé , surmonté de trois ra-
meaux d'or à neuf feuilles ; le bouton ordinaire est
le même que celui des mandarins du septième ordre.
Les Kiu-jin portent un bouton d'argent tra-
vaillé , surmonté d'une figure d'oiseau en or ; le
bouton ordinaire est composé d'un bouton rond,
d'or uni, posé sur une base d'argent; l'habit est
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SUR LES CHINOIS. 475
gros bleu , bordé de bleu céleste ; la ceinture est
celle des mandarins du huitième ordre.
Les Kien-seng portent un bouton d'argent uni ,
surmonté dune figure d oiseau en or ; l'habit et la
ceinture sont les mêmes que ceux des Kiu-jin.
LesSeng-yuen , que les missionnaires appellent
Sieou-tsay, portent un bouton d'argent, surmonté
d'une figure d'oiseau en argent ; le bouton ordi-
naire est rond , il est d'argent et uni ; l'habit est
bleu céleste , bordé de bleu plus foncé ; la cein-
ture est celle des mandarins du neuvième ordre.
Le bonnet des mandarins est toujours recouvert
d'une houpe rouge ; les officiers du Ly-pou que
nous vîmes au palais à Peking , au lieu de l'avoir
de poil uni et droit, la portoient de poil crépu.
La plume de paon est , comme on l'a déjà vu ,
une distinction accordée par l'empereur, et reçue
de sa main.
Le collier appelé Chao-tchu, sert à distinguer
les grands mandarins ; il est composé de cent huit
grains partagés en quatre divisions par quatre gros
grains ; ceux d'en bas sont un peu plus forts que
ceux d'en haut. La plaque brodée que les manda-
rins portent sur la poitrine et sur le dos, repré-
sente dans le haut des nuages, et dans le bas de la
terre sur laquelle pose l'animal.
Le jaune étant une marque de distinction ré-
servée à l'empereur, les habits de ses gens, et ses
4~6 OBSLUVATIONS SUR LES CHINOIS
voitures sont de cette même couleur. Les premier*
ministres et les grands seigneurs se servent de
palanquins couverts en drap vert ( n. 3 42 ). Cette
couleur est rarement employée, sur-tout dans les
provinces , et je n'ai vu qu'un seul grand man-
darin de Quanton se servir d'un palanquin de drap
vert; mais peut-être n'auroit-il pas osé le faire dans
la capitale. L'empereur peut employer le nombre
de porteurs qui lui plaît ; nous l'avons vu porte
par huit , par seize et par trente -deux hommes.
Les premiers mandarins se font porter par huit
hommes, et les* mandarins inférieurs par quatre.
Les particuliers n'oseroient aller en palanquin avec
ce nombre de porteurs ; ils ne peuvent en em-
ployer que deux ; leurs chaises même ont une
forme différente , elles sont moins carrées , plus
hautes et plus étroites (n.° 20).
UN DU TOME SECOND.
IMPRIMÉ
far les soins de J. J. Marcel, Directeur généra! de l'Imprimerie
impériale, et Membre de la Légion d'honneur.
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